Henri dit le Jeune (Elizabeth Hallam, « Henry (1155–1183) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, édition en ligne, mai 2006. 1155 – ), prince angevin, roi d'Angleterre conjointement avec son père à partir de 1170, est le fils et héritier présomptif d' de 1156 à 1183. Il tient son surnom de son couronnement anticipé du vivant de son père.
Biographie Jeunesse
Henri le Jeune naît à Londres, le . Il est le deuxième des cinq fils d', duc de Normandie et roi d'Angleterre, et d'Aliénor, duchesse d'Aquitaine. À la mort de son frère aîné Guillaume, en , il devient l'héritier du trône d'Angleterre.
En 1158, à la collégiale Saint-Pierre de Neuf-Marché il est fiancé à Marguerite, première fille du roi et de son épouse Constance de Castille. Le au NeubourgChristopher Harper-Bill, Nicholas Vincent, : new interpretations, Boydell Press, 2007, 194., après l'obtention d'une dispense papale d'âge accordée par , le mariage des deux jeunes enfants (lui 5 ans, elle 2 ans) est célébréFrank Barlow, The feudal kingdom of England, 1042-1216, History of England, Longman, 1999, 241.. Cette union rapide est due à la volonté d' d'entrer en possession de la dot de sa belle-fille, le Vexin normand.
En 1162, il est envoyé pour être éduqué auprès de Thomas Becket, alors chancelier d'Angleterre. Becket se prend d'affection pour lui, et écrira l'avoir considéré comme son fils adoptif. Toutefois, avant la fin de 1163, Becket, devenu archevêque de Cantorbéry, est tombé en défaveur auprès du roi, et la tutelle du jeune Henri lui est retirée et est confiée à Guillaume Fitz Jean, un administrateur royalRalph V. Turner, « Aliénor d'Aquitaine », Éd. Fayard, 2011, 184..
est décidé à assurer très tôt la succession de son fils sur le trône, à la manière capétienne, et à le faire couronner roi. Ainsi, en 1162, Henri le Jeune reçoit un serment de fidélité des barons anglais. Une commande pour lui fabriquer une couronne est passée, et en 1163, il reçoit, conjointement avec son père, l'hommage du roi d'Écosse . Mais Thomas Becket s'oppose fermement à ce couronnement, et, le conflit avec le roi prenant de l'ampleur, l'archevêque doit s'exiler en France à partir de 1164, et le couronnement est reporté.
Roi d'Angleterre
En 1169, lors de la rencontre de Montmirail, Henri le Jeune, déjà vassal du roi de France, son beau-père, pour la Normandie, fait hommage pour les principautés paternelles d'Anjou et Maine, ainsi que pour la Bretagne, que son frère cadet Geoffroy tient de lui. Il reçoit également le titre honorifique de « sénéchal de France ». Richard, lui, prête hommage au roi de France pour l'Aquitaine.
Le , Henri le Jeune est d'abord adoubé (fait chevalier) par son père et est enfin sacré et couronné roi d'Angleterre à Westminster par Roger de Pont-l'Évêque, archevêque d'York, assisté de dix ou onze évêques anglais et normands. Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry et primat d'Angleterre, est normalement le seul habilité à sacrer le roi d'Angleterre. Furieux, Becket demande à des sanctions contre les ecclésiastiques qui ont pris part à cette cérémonieFrank Barlow, « Becket, Thomas (1120?–1170) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.. Le pape décide de leur suspension et pour certains, de leur excommunication. C'est ce dernier épisode qui conduira à l'assassinat de Thomas Becket, le , dans la cathédrale de Cantorbéry.
Peu près le couronnement d'Henri le Jeune, à l'été 1170, constitue la maisonnée de son fils aîné et affecte alors auprès de lui, un maître en chevalerie et un mentor en la personne de Guillaume le MaréchalRalf V. Turner, op.cit., p. 185., qu'il désigne « pour garder et enseigner le jeune roi d'Angleterre ».
Le , dans la cathédrale de Winchester, a lieu un second couronnement afin de satisfaire de France, qui veut que sa fille Marguerite soit couronnée.
Révolte de 1173-1174
Bien qu'Henri le Jeune ait fait hommage au roi de France pour toutes les possessions continentales du Plantagenêt, hormis l'Aquitaine d'Aliénor dont Richard a été investi, et qu'il en soit donc légalement le possesseurChristopher Tyerman, « Henry (1155-1183) », dans Who's Who in Early Medieval England, 1066-1272, Éd. Shepheard-Walwyn, 1996., il n'en contrôle aucune. D'une part, son père lui refuse la moindre responsabilité, contrairement à ses deux cadets ; et d'autre part, il ne touche aucun revenu, ce qui l'empêche de mener le train de vie qu'il souhaiterait, et il est donc très endetté.
Un autre objet de conflit entre le père et le fils est la mort de Thomas Becket en 1170. Toujours en 1170, il se fâche avec son père lorsque son frère Richard (plus tard Richard Cœur de Lion) reçoit le duché d'Aquitaine, possession de leur mère. En 1173, Henri le Jeune proteste contre le fait que son père envisage de donner des territoiresLes fiefs de Chinon, Loudun, et Mirebeau. à son plus jeune frère Jean sans Terre à l'occasion de ses fiançailles avec Alix (fille du comte et de Maurienne).
Ce dernier épisode le décide à agir, influencé par son beau-père, le roi de FranceThomas K. Keefe, « (1133–1189) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, édition en ligne, janvier 2008.. En , il s'enfuit de la cour de son père pour celle de . Il se rebelle alors ouvertement, et est bientôt rejoint par ses frères Geoffroy et Richard. Les ennemis d' profitent alors de l'occasion, et la coalition est complétée par Philippe d'Alsace, comte de Flandre, et de grands barons de l'Empire Plantagenêt, alliés à qui Henri le Jeune promet des revenus dans ses domaines.
Mais triomphe de tous ses ennemis et écrase ses adversaires en Normandie en 1173. Après la mort au combat du comte de Boulogne, son frère, le comte de Flandre abandonne la coalition. , le comte de Leicester, et Guillaume le Lion, le roi d'Écosse sont capturés ; Aliénor, la femme d', qui complote contre lui, est emprisonnée.
Henri et ses frères font finalement la paix avec leur père, le à Montlouis. Il est convenu qu' suspende la donation de fiefs à Jean. En retour et sous réserve de bonne conduite, Henri le Jeune reçoit livres angevines (3750 livres sterling) pour pouvoir maintenir son rang, et deux châteaux en Normandie que son père choisira.
Fin de carrière
Dans les années suivantes, Henri le Jeune reste loyal à son père. Il participe à ses côtés à diverses tâches royales, mais sans enthousiasme. Néanmoins, les causes de sa révolte sont toujours présentes, car le jeune roi n'a toujours pas de fief sur lequel régner.
En 1176, son père lui interdit d'effectuer le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, et il rejoint la cour de Philippe d'Alsace, le comte de Flandre. Ce dernier joue de son influence sur lui pour le manipuler. Il finance aussi le train de vie dispendieux du jeune homme, notamment sa passion pour les tournois. En 1179, Philippe d'Alsace se désintéresse de lui et se rapproche de Philippe Auguste, qui monte sur le trône de France en 1180. Peu après, le père et le fils sont côte à côte pour combattre le comte de Flandre qui tente de prendre sous sa coupe le jeune roi de France, avec qui ils se sont alliés.
En 1182, Henri le Jeune exige à nouveau de son père plus de pouvoir, mais celui-ci refuse. Comme auparavant, il rejoint la cour de France, et le désaccord est réglé par l'augmentation de sa pension journalière. Peu après, accompagnant son père, il aide son frère Richard à réprimer une révolte de barons aquitains. Mais il entre en conflit avec ce dernier qui s'est emparé de Clairvaux, situé dans l'Anjou, près du Poitou, et l'a fortifié. Il est probablement aussi jaloux de sa réussite en Aquitaine, car Richard a obtenu de leur père toute latitude pour gérer le duchéJohn Gillingham, « (1157–1199) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, édition en ligne, janvier 2008.. Il décide alors de soutenir ouvertement les barons rebelles d'Aquitaine, notamment .
Mort et inhumation vignette|Gisant d'Henri dans la cathédrale de Rouen.
En , une tentative de réconciliation est faite par , mais Richard refuse de faire hommage à son frère aîné pour l'Aquitaine. Henri le Jeune le suit dans son duché, non comme il le fait croire pour tenter une réconciliation, mais pour y soutenir les barons rebelles. Il est accueilli en sauveur à Limoges, les barons préférant soutenir un seigneur nonchalant qu'un tyran comme Richard. Mais en , il est assiégé à Limoges par son père et son frère, avec tous les barons rebelles. Il fait chercher des troupes de mercenaires qu'il paye avec le butin du sac de la ville et du sanctuaire de saint Martial. Le roi Philippe Auguste décide alors de lui prêter main-forte, et il est accompagné de , duc de Bourgogne et , comte de Toulouse.
De retour d'un raid sur Angoulême, les habitants lui refusent l'entrée dans la ville. Il doit fuir dans le sud du duché, et pille le monastère de Grandmont et les sanctuaires de Rocamadour. Il tombe gravement malade à Martel, et essaie de se réconcilier avec son père. Mais celui-ci, croyant à une énième ruse de son fils, l'ignore. Henri le jeune meurt le de la dysenterie. Sa disparition met fin à la rébellion en Aquitaine, et au conflit qui se préparait entre les rois d'Angleterre et de France.
Alors que son corps est rapatrié en Normandie, pour y être inhumé dans la cathédrale de Rouen selon son souhait, les habitants du Mans s'en emparent et le placent dans leur cathédrale. Finalement, sur l'insistance d' et la menace de représailles des Rouennais, il est transféré à Rouen et inhumé dans le chœur « avec une pompe royale ».. Selon les dernières volontés du jeune roi, ses entrailles sont enterrées à Limoges.
Son tombeau, avec gisant du ., est situé dans le déambulatoire de la cathédrale Notre-Dame de Rouen, installé à son emplacement actuel en 1956.. Longtemps caché, il a été redécouvert par l'abbé Cochet en 1866 brisé.. Il a servi de modèle au gisant de Rollon, détruit lors des bombardements de 1944.. Deux poèmes de Bertran de Born déplorent la mort du jeune rei englès': Mon Chan Fenisc et Si Tuit li Dol'''.. Son épitaphe : « CUI.FRATER.FUIT.COR.LEONIS.DICTUS HENRICUS.IUNIOR.SEDEM.IN.NORMANNIA.ARMIS.IURIQUE.NEGATAM AN.M.C.LXXXIII.A.MORTE.TANDEM.HIC.AEGRE.TENUIT » (traduction : Frère de Richard, dénommé Cœur de Lion, Henri le jeune, prétendant au siège de Normandie qui fut refusé à ses armes et à son bon droit, l'obtint enfin, ici-même, par sa mort, à son corps défendant en l'an 1183.)
Portrait et réputation Pour Elizabeth Hallam, il est grand, blond, séduisant et attirant, capable de persuader par le discours, et exagérément généreux. Mais Henri le Jeune a plus la carrure d'un jouisseur que d'un chef d'État. D'une personnalité certes charmante, il est toutefois décrit régulièrement comme nonchalant, frivole et inconsistant. Pour Christopher Tyerman, il est bien plus intéressé par la poursuite du plaisir et de l'excitation que par les devoirs incombant à un roi couronné. À aucun moment, même après sa réconciliation avec son père en 1174, il ne montre son envie de prendre des responsabilités, et ses revendications de fiefs n'ont pour autre but que d'avoir des moyens de financer son train de vie. Bien au contraire, il montre qu'il n'a pas du tout saisi quelle était la destinée qui lui était dévolue. Pire, son irresponsabilité met en danger l'empire familial durant sa rébellion de 1173-1174 ; et son frère et son duché en 1183. Sa personnalité explique évidemment pourquoi son père se refusait à lui confier quelque terre que ce soit.
Ascendance
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
. Elizabeth Hallam, « Henry (1155–1183) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, édition en ligne, .
R. J. Smith, « 's Heir: The Acta and Seal of Henry the Young King, 1170-83 », The English Historical Review, 116, 466 (2001), 297-326. L. Diggelmann, « Marriage as Tactical Response: and the Royal Wedding of 1160 », The English Historical Review'', 119, 483 (2004), 954-964.