Patrice Athanase Guillaume Talon, né le à Ouidah (colonie du Dahomey, actuel Bénin) est un homme d'affaires et homme d'État béninois, président de la République du Bénin du au . Il est président du Sénat depuis .
Patrice Talon a fait fortune dans la filière des intrants agricoles dans les années 1980, puis de l'égrenage du coton au Bénin au cours des années 1990 et 2000. Principal financeur de l'élection du président béninois Thomas Boni Yayi en 2006, il entre en conflit avec ce dernier à partir de 2011. Les démêlés qu'il a avec le chef de l'État dans les dossiers de subventions agricoles, du programme de vérification des importations (PVI) n'ont jamais connu de plainte officielle devant un tribunal. Il s'est exilé en 2012 à Paris après être ciblé dans une affaire de tentatives d'empoisonnement contre le président Boni Yayi, ce qu'il traite de canular. avant les ordonnances du non-lieu du juge Angelo Houssou en .
Il figure au des plus grandes fortunes d'Afrique subsaharienne francophone dans le classement Forbes. de 2015. Son patrimoine est estimé à 400 millions de dollars.
Du retour d’exil en , il remporte l'élection présidentielle du 20 mars 2016 soutenu par la coalition rupture et le faiseur de roi Sébastien Ajavon, qui devient plus tard son opposant. Son adversaire d'alors, le Premier ministre sortant Lionel Zinsou, reconnaît sa défaite le soir même de l'élection. Il est investi président de la République le à Porto-Novo. Il est réélu au premier tour de l'élection présidentielle du 11 avril 2021 avec 86,36 % des voix.
En , Patrice Talon devient le nouveau président de l'Union économique et monétaire ouest-africaine au terme d'un double sommet CÉDÉAO-UÉMOA..
Après deux mandats, il quitte la présidence de la République en et devient ensuite sénateur. Le , il devient président du Sénat.
Biographie
vignette|gauche|Patrice Talon. Issu en ligne patrilinéaire d'une famille de trafiquants d'esclaves français., Patrice Talon est né d'un père cheminot natif de Ouidah et d’une mère issue de la famille Guedegbe d'Abomey. Patrice Talon est marié à Claudine Gbènagnon, née à Porto-Novo, avec qui il a eu deux enfants du nom de Lionel et Karen Talon.
Après un baccalauréat série C obtenu à Dakar, la capitale du Sénégal, il entre à la faculté des sciences et techniques de l'Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar. En deuxième année de maths-physique, Patrice Talon, qui depuis l'enfance est obsédé par les avions, réussit au concours de pilote de ligne d'Air Afrique et est envoyé à la base aérienne de Digne, en France, pour la visite médicale. Il est toutefois recalé pour « inaptitude moteur.».
Il s'installe alors à Paris, où ses aptitudes aux affaires (qu'il pratiquait depuis le collège avec des petits trafics de pièces détachées au Nigeria) lui ouvrent très rapidement les bonnes portes. Il entre en 1983 dans l'activité de négoce des emballages et des intrants agricoles. Il crée en 1985 la Société de distribution inter-continentale (SDI), qui fournit des intrants agricoles aux producteurs de coton.
En 1990, à la suite des recommandations de la Banque mondiale dans le cadre de l'accord de libéralisation économique mis en place dans les États ouest-africains, le Bénin était appelé à se désengager de la filière de la production de coton ; Patrice Talon gagne alors le marché d' de trois usines d'égrenage de coton au Bénin. Il devient ainsi un acteur incontournable du coton béninois malgré l'installation progressive de plusieurs concurrents privés, mais jugés nettement moins bien organisés.
Ses entreprises Depuis 1985, Patrice Talon a mis en place progressivement un tissu industriel d'envergure sous la coupole de la holding SFP (Société de financement et de participation) basée au Bénin. Cette holding est majoritaire dans les filiales béninoises :
Année de créationRaison socialeSigleDescription1985Société de distribution intercontinentaleSDIPremière société de Talon. Spécialisée dans la distribution d'intrants agricoles (engrais, herbicides, pesticides). Présence nationale et sous-régionale (Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Togo, Mali, Sénégal).1990Industries cotonnières associéesICASociété (forme GIE) chapeautant les premières usines d'égrenage du groupe (CCB à Kandi, ICB à Ouassa Pehunco et SOCOBE à Bohicon) puis deux usines rachetées par la suite à des opérateurs privés (IBECO à Kétou et SCN à Ndali).1997Société des huileries de BohiconSHBObéissant à la logique d'intégration du secteur, les sociétés cotonnières du groupe Talon pour transformer en huile végétale les graines de coton issues de l'égrenage des usines ont participé à hauteur de 25 % aux côtés du groupe SIFCA au capital de la SHB avant de racheter en 2006 les parts des Ivoiriens et devenir majoritaire.1998Agence de transit et de logistiqueAtralSociété spécialisée dans le transit avec pour objectif celui d'optimiser les opérations d'importation et d'exportations des autres sociétés du groupe.2003SIGIB - NovotelSIGIBActionnaire majoritaire à Novotel Bénin.2008Société de développement du cotonSodécoIssue du rachat de 10 usines appartenant à la Sonapra, la société nationale.2011Bénin ControlBCSociété chargée de la conduite de la réforme du PVI.
Il faut rajouter les sociétés d'envergure de la Côte d'Ivoire notamment Afchem Sofaco, l'un des plus gros distributeurs ivoiriens de produits phytosanitaires, la Seap CI, une usine de fabrication d'engrais à San-Pédro.
En outre, le groupe détient des parts minoritaires dans la Société de gestion et d'intermédiation (SGI BENIN), la Serhau SEM et UBA Bénin. alt=L'usine de Ouassa Pehunco située dans une zone reculée et complètement enclavée du pays, bénéficie toutefois de la connexion Internet grâce au VSAT|thumb|L'usine de Ouassa Pehunco située dans une zone reculée et complètement enclavée du pays, bénéficie toutefois de la connexion Internet grâce au VSAT.
Carrière politique Le premier client de la première société de Patrice Talon fut la Société sucrière de Savè, contrôlée par le gouvernement communiste de l'époque. Depuis lors, l'homme d'affaires a vu son business indirectement lié avec l'État béninois, conséquence de l'envergure des filières où ses activités sont déployées.
En 1990, le président Nicéphore Soglo libéralise la filière coton, ce qui permet à Patrice Talon de se faire une place dans le secteur. La prospérité de ses usines attise très tôt les convoitises et de nouveaux opérateurs économiques, souvent encouragés par le président Mathieu Kérékou, obtiennent à leur tour des licences d'installation d'usines.
La filière coton devient très vite pléthorique et très mal organisée sous Kérékou. Cependant, de très bons cours du coton génèrent des profits colossaux en 2004. Mais leur effondrement brutal l'année suivante provoque la quasi-faillite de la plupart des opérateurs du secteur. Contraints de fermer, l'opérateur Fagbohoun cède son usine à Patrice Talon, qui en fait la SCN et Mathieu Adjovi cède à son tour IBECO. La MCI de Martin Rodriguez croule sous les procès et les dettes et ne sera opérationnelle qu'avec un coup de pouce de l'État.
Pendant ce temps, les entreprises de Patrice Talon, qui ont passé des provisions aux temps des vaches grasses, continuent à survivre. Elles rachètent les concurrents et s'étendent à d'autres secteurs. ATRAL est créé pour éviter de passer par de longues chaînes d'intermédiaires nécessaires aux procédures d'import et export. Un port sec est créé à Allada pour faciliter l'empotage des balles de coton. L'usine HYDROCHEM est opérationnelle pour la fourniture accélérée d'engrais chimiques. La SHB réutilise les graines résultant de l'égrenage du coton pour en faire de l'huile végétale.
En 2008, Patrice Talon obtient auprès du gouvernement de son ami Boni Yayi, le rachat des 10 usines d'égrenage encore sous contrôle étatique, ce qui fait du groupe Talon de facto un quasi-monopole de la filière coton avec 15 usines sur 18 au total.
En 2011, indépendamment à la coton, Patrice Talon obtient du gouvernement le juteux marché du programme de vérification des importations (PVI). Mais à peine les activités du PVI démarrées, les relations se brouillent entre l'homme d'affaires et le président Yayi. Ce dernier l'accuse soudainement de mauvaise gestion non seulement dans le PVI mais dans toutes ses affaires, alors même que Patrice Talon est le soutien financier du président..
Le PVI est brutalement retiré sans dédommagement à Patrice Talon, la Sodéco est réquisitionnée par l'État et il est reproché à Patrice Talon d'avoir fraudé sur les subventions d'engrais de la campagne 2011. Les démêlés s'accumulent et à la suite de fuites l'informant d'un projet d'enlèvement, Patrice Talon est contraint de s'enfuir et de se réfugier à Paris. Le président Yayi l'accuse alors d'avoir fomenté depuis son exil un coup d'État visant à l'empoisonner. Patrice Talon rétorque qu'il n'en est rien et qu'en réalité Yayi cherche à lui nuire depuis qu'il a refusé de supporter sa tentative de réviser la Constitution béninoise aux fins d'obtenir un troisième mandat.
En 2015, l'affaire est classée, il peut rentrer au Bénin et se lancer en politique, avec des idées telles que le mandat présidentiel unique et la consolidation de la république., et le surnom de « compétiteur né »..
Candidat à l'élection présidentielle de 2016, il se présente comme candidat de la rupture et de la justice indépendante. Il annonce ne briguer qu'un seul mandat de cinq ans (il souhaite inscrire cette limitation dans la constitution). Au premier tour, il arrive en seconde position juste derrière le Premier ministre sortant Lionel Zinsou. Le soir du , grâce notamment au soutien de l'homme d'affaires Sébastien Ajavon, arrivé troisième au premier tour, Patrice Talon remporte le second tour de la présidentielle (65,37 % contre 34,63 %), Lionel Zinsou ayant reconnu sa défaite.
Présidence de la République vignette|redresse|Patrice Talon en 2017. Il prend ses fonctions le , et succède à Thomas Boni Yayi.
Le , son ministre de la Défense, Candide Azannaï, démissionne, pour protester contre un projet de réforme constitutionnelle qui limite entre autres le mandat présidentiel à un seul mandat de sept ans, et qui est contesté par le personnel judiciaire, qui craint de perdre son indépendance. Le , le Parlement refuse d'examiner le texte puis le rejette le lendemain , avec 60 voix pour, 22 contre et 1 neutre..
Le , il présente un nouveau projet qui propose d'organiser les élections présidentielles et législatives le même jour, abolit la peine de mort et améliore la représentativité féminine.. Il est de nouveau rejeté par 62 voix pour, 19 contre et une abstention, alors qu'il aurait fallu un minimum de 66 voix pour.
En , en prévision des élections législatives béninoises de 2019 sont créés l'Union progressiste et le Bloc républicain pour soutenir l'action du président.. Il prend le contrôle de la Cour constitutionnelle, dont il nomme les membres. Elle est désormais présidée par son ex-ministre et ancien avocat personnel.
Décrit comme conservateur, il ne nomme que quatre femmes sur 22 ministres et, à la suite des élections législatives d', les femmes restent très minoritaires parmi les députés. Selon le journaliste et enseignant Francis Kpatindé, la politique de Patrice Talon se traduit par un recul des droits humains et du droit de grève.
Le , Patrice Talon annonce quitter le pouvoir en 2026 après la présidentielle..
En , les autorités ont annoncé la découverte d'une tentative de coup d'État contre Patrice Talon, et était prévue le , menée par l'homme d'affaires et allié de Talon, Olivier Boko. L'ancien ministre des Sports Oswald Homéky et le commandant de la Garde républicaine ont également été désignés comme co-conspirateurs, conduisant à l'arrestation de Olivier Boko et Oswald Homéky.