est un photographe, poète et éditeur japonais, actif principalement à Nagoya.. Son œuvre, étroitement liée au surréalisme, associe photographie, photomontage, poésie et édition.. Jelena Stojković souligne la place singulière que lui donnent sa connaissance du français et son intérêt conjoint pour la poésie et la photographie.. Selon elle, Yamamoto devient au cours des années 1930 un point de référence dans les rapports entre surréalisme et photographie. Pour Yuko Ishii et Michael Richardson, son œuvre compte, avec celles d'Ei-Q et de Nakaji Yasui, parmi les plus marquantes de la photographie japonaise du ..
En 1932, Yamamoto réalise le collage The Developing Thought of a Human… Mist and Bedroom and, dont Ryūichi Kaneko estime que l'expression artistique est du même niveau que celle des œuvres européennes contemporaines.. De 1938 à 1939, il édite et publie la revue de poésie surréaliste Yoru no Funsui. En 1939, il rejoint le cercle poétique VOU et compte parmi les membres du Nagoya Photo Avant-Garde lors de sa création. Après la parution du quatrième numéro de Yoru no Funsui, la Tokkō, police politique japonaise, l'interroge sur les textes, les traductions et les photographies publiés dans la revue. Il est finalement relâché à condition de ne plus la publier. Maddox souligne que Yamamoto refuse, dans ce contexte, de renoncer aux dimensions provocatrices, politiques et intellectuelles du surréalisme. Pour elle, sa vie et son œuvre montrent que le surréalisme ne fut pas seulement pour lui un mouvement artistique, mais aussi une attitude et une manière de vivre.
Après la guerre, Yamamoto poursuit ses recherches en photographie et en poésie tout en expérimentant d'autres formes artistiques. Stojković relève que l'érotisme, l'objet surréaliste et le paysage traversent l'œuvre de Yamamoto avant comme après la guerre. Elle note qu'après 1945, il approfondit les rapports entre poésie et photographie, jusqu'à les réunir dans une même composition. Parallèlement, il réalise aussi des œuvres tridimensionnelles et des films en 8 mm. Dans My Thin-aired Room (1956), il met en scène, en quatre photographies, sa propre disparition progressive, puis celle de la pièce qui l'entoure. Stojković voit dans ces récits photographiques un lien direct entre son expérience du surréalisme et les usages conceptuels et performatifs de la photographie qui se développent alors. Elle présente son œuvre comme un point de référence aussi bien pour l'histoire de l'avant-garde japonaise d'avant-guerre que pour le développement de l'art contemporain et de la photographie au Japon.
En 2001, la Tokyo Station Gallery lui consacre une rétrospective qu'Amanda Maddox considère comme un tournant dans la reconnaissance de sa place au sein de la photographie d'avant-garde et surréaliste au Japon.. En 2013, le J. Paul Getty Museum présente son œuvre aux côtés de celle de Hiroshi Hamaya dans Japan's Modern Divide, qui confronte deux voies distinctes de la photographie japonaise moderne.. Son œuvre figure ensuite dans Surrealism Beyond Borders, présenté au Metropolitan Museum of Art en 2021 puis à la Tate Modern en 2022... Dans le catalogue, Stojković étudie Yamamoto et son activité au sein de l'avant-garde photographique de Nagoya..
Biographie
Origines et formation
Yamamoto naît à Teppō-chō, à Nagoya.. Son père, Gorō Yamamoto, tient un commerce de matériel photographique ; membre fondateur du club photographique Aiyū en 1912, il en assure ensuite la présidence.
Diplômé en 1929 de la deuxième école municipale de commerce de Nagoya, Yamamoto part pour Tokyo, où il étudie le français à l'Athénée français, puis la poésie française à l'université Meiji, qu'il quitte avant la fin de ses études. La lecture des revues Shi to shiron et Ciné, cette dernière étant publiée à Nagoya par le poète Chirū Yamanaka, l'initie à la poésie et à la peinture modernistes ainsi qu'au surréalisme. Il commence à écrire des poèmes en 1930, puis à pratiquer la photographie l'année suivante. Jelena Stojković estime que son intérêt conjoint pour la poésie et la photographie, ainsi que sa maîtrise du français, le placent dans une position singulière pour approfondir sa connaissance du surréalisme et choisir la manière de l'intégrer à sa pratique ; elle considère qu'il devient, au cours des années 1930, un point de référence dans les rapports entre surréalisme et photographie.
Débuts dans la photographie et l'édition
vignette|redresse|Dokuritsu, janvier 1932 ; photographie de couverture de Kansuke Yamamoto.
En octobre 1931, Yamamoto participe à la fondation du Dokuritsu Shashin Kenkyūkai, un groupe qui entend rompre avec les conventions du pictorialisme. La revue du groupe, Dokuritsu, publie deux de ses œuvres en janvier 1932, puis le collage The Developing Thought of a Human… Mist and Bedroom and en avril de la même année. Ce collage constitue la plus ancienne de ses œuvres publiées qui soit encore conservée.
En février 1933, Yamamoto adhère au Nihon Genteiban Club. La même année, il découvre les éditions privées de Bunshō Jugaku publiées sous le nom de Kōjitsuan et commence à collectionner des ouvrages de belle facture. Au cours des années suivantes, il rejoint plusieurs autres cercles bibliophiliques. Sa bibliothèque comprend notamment des ouvrages d'André Breton, Paul Éluard, Louis Aragon, Benjamin Péret et Philippe Soupault. Il crée ensuite l'A.B.C.P.C., un club photographique qui se réunit dans le commerce de son père. En 1936, il présente sa première exposition personnelle à la galerie Maruzen de Nagoya et remplace les caractères 勘助 par 悍右 pour écrire son prénom, dont la lecture demeure Kansuke. Il commence alors à faire venir de France la revue Cahiers d'art ainsi que des ouvrages publiés par G.L.M..
Réseaux surréalistes et répression pendant la guerre
vignette|gauche|redresse|Premier numéro de Yoru no Funsui, novembre 1938, édité et publié par Kansuke Yamamoto. vignette|redresse|VOU, , 1940 ; photographie de couverture de Kansuke Yamamoto.
En juillet 1937, l'Exposition internationale du surréalisme au Japon, organisée par Shūzō Takiguchi et Chirū Yamanaka, fait étape à la galerie Maruzen de Nagoya. À la suite de l'exposition, Yamamoto et Yamanaka envisagent de créer une revue consacrée au surréalisme. En novembre de la même année, Yamamoto prend part aux activités de la section photographique du Nagoya Avant-Garde Club, qui réunit des poètes, des peintres et des photographes proches du surréalisme.
En 1937, à Kyoto, Yamamoto devient également membre de la Washi Kenkyūkai. En 1938, il fonde Seidōsha. La même année, par l'intermédiaire de Bunshō Jugaku, il se rend chez le papetier Eishirō Abe, dans le village d'Iwasaka, pour lui commander le papier destiné à Yoru no Funsui.
De novembre 1938 à octobre 1939, il édite et publie les quatre numéros de la revue de poésie surréaliste Yoru no Funsui. La revue associe ses poèmes et ses photographies à des traductions de textes surréalistes français et à des dessins de Yoshio Shimozato.
Yoshiteru Kurosawa relève que plusieurs traductions publiées dans les trois premiers numéros de Yoru no Funsui proviennent du des Cahiers G.L.M., paru en mars 1938 et consacré au rêve. Des textes de Cardan, Paul Éluard, Guy Lévis Mano, Michel Leiris et Karl Philipp Moritz figurent parmi ceux qui sont repris en traduction. Kurosawa indique également que le troisième numéro reprend deux textes de Maurice Blanchard parus dans le des Cahiers G.L.M. en mars 1939. Il mentionne aussi Trajectoire du rêve parmi les sources de ces traductions.
Kurosawa note qu’à la fin des années 1930, des œuvres surréalistes sont déjà reproduites au Japon à partir de revues comme Cahiers d’Art et Minotaure, tandis que les textes poétiques et en prose du surréalisme français y sont beaucoup moins diffusés. Il estime que Yoru no Funsui est alors presque le seul moyen, au Japon, de faire connaître ce type de textes.
Yamamoto commande également des revues et des recueils auprès d’éditeurs français. Un bordereau adressé par G.L.M. à Yamamoto le 21 novembre 1938 mentionne quatre numéros de MINUTES. Dans une lettre à Yamamoto datée du 19 janvier 1939, José Corti mentionne Dormir dormir dans les pierres de Benjamin Péret. Kurosawa précise que Yamamoto se sert des catalogues de José Corti et de G.L.M. pour passer ses commandes.
Avec l'aide de Yamanaka, la revue parvient à Paul Éluard en France ; Amanda Maddox y voit une tentative de prolonger le dialogue entre les surréalistes japonais et européens.
En février 1939, Yamamoto compte parmi les membres du Nagoya Photo Avant-Garde lors de sa création à partir de la section photographique du Nagoya Avant-Garde Club. Après la parution du quatrième numéro de Yoru no Funsui, la Tokkō, police politique japonaise, interroge Yamamoto sur les textes, les traductions et les photographies publiés dans la revue. Selon le témoignage rapporté par John Solt, les policiers lui demandent notamment d'expliquer un passage de l'un de ses poèmes et en quoi sa photographie surréaliste pouvait contribuer à l'effort de guerre japonais.. Yamamoto se souvient de l'interrogatoire comme d'une expérience terrifiante : il devait, explique-t-il, esquiver les questions sans rien dire qui puisse être retenu contre lui. Il est finalement relâché à condition de ne plus publier Yoru no Funsui. En novembre 1939, le groupe est rebaptisé Nagoya Shashin Bunka Kyōkai afin de ne pas attirer l'attention de la Tokkō et adopte une orientation plus conservatrice ; Yamamoto le quitte avant la fin de l'année.
La même année, il rejoint le cercle poétique VOU, fondé par Katsue Kitazono, où il publie des poèmes et des photographies. Il reste membre de VOU jusqu'en 1978.
vignette|redresse|Premier numéro de CARNET BLEU, mars 1941, édité par Kansuke Yamamoto.
De mars 1941 à août 1942, Yamamoto édite les cinq numéros de CARNET BLEU, bulletin du groupe photographique Seidōsha. La publication conserve son titre français jusqu'au cinquième et dernier numéro, qui contient sa traduction japonaise de l'essai « État de la photographie » de Philippe Soupault.
Activités d'après-guerre
Le commerce familial est détruit lors des bombardements de Nagoya en 1945. En 1947, Yamamoto fonde à Nagoya le collectif photographique VIVI avec Keiichirō Gotō, Minayoshi Takada et Yoshifumi Hattori. Le collectif organise trois expositions à Nagoya entre 1948 et 1950. Stojković note qu'après la guerre, alors que Minoru Sakata et Yoshio Shimozato se détournent de la photographie, Yamamoto joue un rôle plus actif dans les milieux d'avant-garde de Nagoya.
En 1949, Yamamoto rejoint la section photographique de la Bijutsu Bunka Kyōkai, dont il reste membre jusqu'en 1954 et avec laquelle il expose à plusieurs reprises. Parallèlement, il continue de publier des poèmes et des photographies dans VOU, et ses travaux paraissent également dans la presse illustrée et quotidienne.
En 1953, il fonde à Nagoya le groupe Mado avec Keiichirō Gotō, Minayoshi Takada et Tatsuo Kondō. En mars 1954, il se rend à Hiroshima et à Nagasaki, où il réalise notamment Hiroshima 1954 et Nagasaki 1954, plusieurs années après les bombardements atomiques. L'année suivante, il fonde à Nagoya le groupe Honō avec Keiichirō Gotō, Tatsuo Kondō, Katsuhiko Okazaki et Kaoru Utsumi.
En 1956, Yamamoto crée le groupe expérimental ESPACE avec Roger van Hecke, Kin'ichirō Katō et Ichirō Hirose. Van Hecke, alors installé au Japon et en relation avec le groupe surréaliste français, sert notamment d'intermédiaire dans les premiers échanges entre Jean-Louis Bédouin et Shūzō Takiguchi. La même année, Yamamoto participe, aux côtés de Shūzō Takiguchi, à la fondation du Nihon Shukanshugi Shashin Renmei (« Fédération japonaise de photographie subjective »), puis présente plusieurs œuvres en décembre à la première Exposition internationale de photographie subjective organisée à Tokyo. Il expérimente également la photographie en couleur à cette époque.