Alan Lomax, né le et mort le , est un ethnomusicologue, folkloriste, musicologue et collecteur de musiques américain, connu pour avoir collecté la musique des États-Unis et des Caraïbes, et des nations européennes qui ont influencé cette musique. Il eut aussi une carrière d'interprète et de producteur, notamment pour Leadbelly (Huddie Ledbetter) et Woody Guthrie.
Il travailla dans plusieurs pays du monde et eut une carrière particulièrement longue de collecteur de musiques, en quantité comme en qualité, puisqu'il fit ses premiers enregistrements en 1933, en compagnie de son père, et ses derniers en 1985, soit un travail de .
Biographie
Alan Lomax est né le à Austin, Texas. Il est le fils de John Lomax, lui-même musicologue et folkloriste, et un des pionniers dans la collecte de chants et de musiques des États-Unis avec Robert Winslow Gordon à qui il succéda dans ce travail pour les archives sonores de la Bibliothèque du Congrès (Library of Congress). C'est avec son père qu'il commença sa carrière de collecteur dès 1933, à peine âgé de , lorsque celui-ci proposa à la Bibliothèque du Congrès de se faire prêter un matériel d'enregistrement (studio mobile et disques vierges) en échange de quoi il se chargerait, avec sa famille – sa seconde épouse Ruby Terrill Lomax, son fils aîné John Jr. et ses deux filles Shirley et Bess –, d'enregistrer et de documenter des chants et musiques à travers tout le pays.
Les premiers enregistrements des Lomax se firent surtout dans les pénitenciers ainsi que dans des comtés ruraux du sud du pays (Kentucky, Louisiane, Mississippi, Tennessee, Texas, Arkansas, Caroline du Sud et Caroline du Nord) où ils recueillirent pour l'essentiel des chants de prisonniers noirs, mais aussi de travailleurs noirs des plantations du Sud et de travailleurs d'origine et de culture hispaniques.
L'intérêt initial des Lomax pour les chants de prisonniers noirs avait au moins trois causes. D'abord John Lomax supposait que dans cet environnement confiné avec des liens faibles avec l'extérieur où ils ne pouvaient compter que sur leurs propres ressources, ces chanteurs et musiciens pouvaient représenter une sorte de conservatoire des chants noirs du sud, comme il l'expliqua en 1933 :
La deuxième raison principale est l'hypothèse de John Lomax selon laquelle les musiques des noirs du Sud furent un élément prépondérant dans l'élaboration des styles musicaux propres aux États-Unis, une hypothèse confirmée par la suite par les musicologues folkloristes intéressés par le domaine.
La troisième raison, politique, est à la base de ce travail : John Lomax était un progressisteCe qui lui valut d'être licencié de l'Université du Texas avec six autres collègues lorsque le gouverneur James Ferguson, un membre de l'American Party de l'époque, un mouvement réactionnaire et populiste allié au Parti démocrate (à l'époque un parti très conservateur socialement, notamment dans les États du sud), opposa son véto à la nomination de certains membres de cette Université. qui en tant que tel n'avait pas de réticences envers l'étude des musiques populaires produites par des groupes dépréciés (noirs du sud, blancs pauvres des Appalaches ou des monts Ozarks, populations hispanophones locales ou immigrées). Au-delà de sa valeur ethnographique et musicologique ce travail est donc comme une préfiguration des Cultural Studies : mettre en valeur des sous-cultures pratiquées par des populations défavorisées et déconsidérées par la culture dominante.
Alan Lomax participa aux premières expéditions de son père de 1933 à 1937 ; parallèlement il mena ses propres travaux à partir de 1935, seul ou avec Elizabeth Lyttleton Harold qu'il épousa en 1937. Il mena aussi des études en philosophie, couronnées en 1936 par un diplôme à l'université du Texas à Austin.
Il fut engagé par la Bibliothèque du Congrès en 1937, dont il devint le premier employé rémunéré de l'American Folklife Center en tant que assistant in chargeexpression malaisée à traduire, proche d’ « assistant responsable », ce qui exprimait que sa position hiérarchique était subalterne mais qu'il avait la responsabilité de fait du fonds des archives sonores. Durant cette période il continua ses collectes avec Elizabeth Lyttleton puis divers autres collaborateurs : Mary Elizabeth Barnicle, Helen Hartness Flanders, Zora Neale Hurston, George Pullen Jackson, Robert Liss, Pete Seeger, Jerome Wiesner.
Politiquement plus radical que son père, il fréquenta les milieux syndicalistes, et fut proche du parti communiste des États-Unis (CPUSA), ce qui explique son départ pour l'Europe à l'époque de la « chasse aux sorcières » associée au nom du sénateur Joseph McCarthy.
Parallèlement à son travail à la Bibliothèque du Congrès, Lomax commença ou poursuivit une carrière de producteur artistique, producteur de radio, éditeur et artiste. Il fut notamment à l'origine des carrières commerciales de nombreux artistes, principalement originaires du Sud des États-Unis, en tout premier Leadbelly (Huddie Ledbetter), qu'il enregistra pour la première fois avec son père en 1933, lors de leurs premières collectes au pénitencier d'État de Louisiane (également surnommé pénitencier d'État d'Angola), où il purgeait une peine pour tentative de meurtre. À la suite d'une pétition qu'ils remirent au gouverneur de Louisiane, les Lomax parvinrent à obtenir la grâce de Leadbelly, John Lomax s'engageant à l'employer comme chauffeur et homme à tout faire. Par la suite, Alan Lomax devint son producteur pour le disque et pour la scène.
Dans la période 1938-1950, d'abord comme producteur radiophonique à CBS puis, après guerre, comme producteur discographique dans le cadre de sa collaboration avec Decca Records, il contribua à promouvoir ces musiques auprès d'un plus large public. Parmi les artistes qu'il découvrit on peut citer The Soul Stirrers qu'il enregistra en 1936 pour la Bibliothèque du Congrès (un groupe de Gospel auquel appartint Sam Cooke au début de sa carrière, vers 1950), Sonny Terry (Saunders Terrell) en 1939, Muddy Waters (McKinley Morganfield) en 1941. Il soutint aussi la carrière de nombreux artistes de blues, de jazz ou de folk, tels Big Bill Broonzy, Memphis Slim, Sonny Boy Williamson (John Lee Williamson), Pete Seeger (avec qui il travailla pour la Bibliothèque du Congrès), Woody Guthrie. À partir de 1950 il commence aussi des collectes hors des Amériques, principalement en Europe occidentale.
Sa production livresque fut aussi assez abondante, et compte une vingtaine de titres et près de quarante volumes : essais de musicologie, compilations et anthologies, catalogues commentés, écrits seul ou, le plus souvent, en collaboration. Outre ces ouvrages, il a aussi beaucoup écrit d'articles et de nombreux livrets accompagnant ses productions discographiques, qui forment une partie non négligeable de ses travaux d'ethno-musicologie et de musicologie.
Il fut aussi l'auteur ou l'initiateur de plusieurs films pour le cinéma ou la télévision, et mit ses compétences dans le domaine au service de la collecte musicale, qu'il réalisa en vidéo de 1978 à 1985, le premier opus de la série American Patchwork Series qu'il en tira étant le célèbre The Land Where the Blues Began, sorti en 1979.
Enfin, tout au long de ces années, il fut aussi un important producteur discographique, éditant d'abord ses propres collectes et enregistrements ou ceux qu'il avait initiés, mais élargissant par la suite à d'autres sources, notamment pour le folklore des nombreux pays et continents qu'il n'avait pas lui-même parcourus.
De 1942 à 1944 il suspendit ses activités et s'engage dans l'armée, où il intègra d'abord l’Armed Forces Radio Service (le service radio des armées) pour lequel il produisit des émissions de musique folklorique américaine puis, en 1943, l’Office of War Information (le Bureau pour l'information de guerre) pour lequel il conçoit, avec des programmes pour soutenir le moral des troupes, comme Bound for Glory où se produisirent Sonny Terry et Woody Guthrie, et The Martins and The Coys, écrit par Elizabeth Lyttleton, où l'on entend Woody Guthrie, Burl Ives, Pete Seeger et les Lomax, et la série discographique, et la série Transatlantic Call : People to People, à destination des soldats envoyés en Europe.
En 1993, il fonda lAssociation for Cultural Equity (ACE, Association pour l'égalité entre cultures), une association qui agira dans le cadre du département des Beaux-Arts du Hunter College à New York, et y sera responsable du Center for Cultural Equity dont l'objectif est « l'exploration et la conservation des traditions mondiales représentatives. » Ce centre permit aussi à Alan Lomax de trouver un lieu d'accueil pour ses archives et fut une « base logistique » qui lui permit de mettre en œuvre ce qui deviendra les Alan Lomax Archives et constitue, avec les archives de la Bibliothèque du Congrès, la base de lAlan Lomax Collection publiée par l'éditeur Rounder Records.
En 1996 une grave attaque l'obligea à cesser ses activités. Il est mort six ans plus tard, le ) ; la même année il reçut un Grammy award pour l'ensemble de son œuvre. Il avait aussi reçu la National Medal of Arts (médaille nationale des Arts) en 1986 et se vit décerner un honorary doctorate of philosophy (doctorat honoris causa en philosophie) par l'Université Tulane en 2001.
Après sa mort, une grande partie du fonds Lomax de l'ACE fut versée à l'American Folklife Center de la Bibliothèque du Congrès en 2004 et réunie avec les travaux que John et Alan Lomax avaient réalisés pour cette institution. Cet ensemble constitue les Alan Lomax Archives.
Le travail de collecte
Dès 1935 Alan Lomax élargit ses investigations : contrairement à son père qui collecta surtout dans les « États du Sud », le Dixieland et les États limitrophes, Alan commença des collectes dans les îles Caraïbes (Bahamas et Haïti), en Floride, puis de cette date à 1942 et de 1944 à 1949, dans le District de Columbia, en Nouvelle-Angleterre (Maryland, État de New York, New Hampshire, Vermont…), dans le Midwest (Illinois, Indiana, Ohio, Wisconsin…). Ses investigations aux États-Unis ne le menèrent en revanche pas vers l'Ouest américain ni les États du sud à l'ouest du Texas.
De 1950 à 1958 ses collectes se firent uniquement en Europe, mais sur une large aire : Îles britanniques, France, Espagne, Italie. À partir de 1959 et jusqu'en 1985, il revient sur son premier terrain, avec notamment, en 1962, une vaste collecte dans les Caraïbes (le Caribbean Voyage) qui lui permit de rendre compte de la très grande diversité culturelle et musicale de ce petit espace, avec un parcours des pays ou territoires de langue officielle anglaise, française, espagnole, créole ou néerlandaise, leurs multiples créoles à base française ou espagnole, leurs pidgins, leurs habitants d'ascendance multiples : indo-pakistanaise, africaine, européenne, chinoise, etc. Durant ces années il ne fit que deux séries de collectes hors des Amériques, l'une au Maroc en 1964, la seconde en Roumanie et en Russie en 1967.
À partir de 1978 et jusqu'en 1985 il mena une autre série de collectes, cette fois en vidéo, qui représente quelque d'enregistrements. Une partie de sa filmographie des années 1950 et 1960 s'apparente aussi à de la collecte.
La production discographique Comme producteur et éditeur