Émile Desloye, né le à Plancher-Bas (Haute-Saône) et mort le dans la même communeSon acte de naissance (état civil de la commune de Plancher-Bas numérisé par les Archives départementales de la Haute-Saône) indique que ses prénoms sont "Emile, Louis, Marie". Son prénom usuel était "Emile", ainsi que l'indique par exemple la raison sociale de son entreprise à partir de 1860 : "Emile Desloye et Cie" (lire plus loin)., ancien élève du lycée de Besançon et de l'École des Chartes, est un homme politique et industriel français.

Origines familiales vignette|gauche|upright|Buste de Honoré Desloye (1802-1886), le père d'Emile Desloye, sculpté en 1859 par Henri-Frédéric Iselin (le plâtre original est conservé au musée Georges-Garret de Vesoul).

Emile Desloye est le fils de Honoré Desloye (Plancher-Bas, 3.01.1802-Idem, 28.02.1886) et de Marie-Antoinette Ruty (Lons-le-Saunier, 2.03.1812-Plancher-Bas, 5.10.1857).

La famille Desloye était anciennement implantée dans la commune de Plancher-Bas : les arrière-arrière-grands-parents d'Emile Desloye, Jean Pierre DesloisUn jugement du 31.12.1859 du Tribunal de instance de Lure établira que le nom de famille de cette branche de la famille (qu'on trouvait notamment écrit "Deslois", "Délois", "Déloy" ou "Déloye") devrait désormais être écrit "Desloye". (Source : mentions marginales des actes d'état civil des personnes concernées, dans les registres conservés aux Archives départementales de la Haute-Saône.) (vers 1702-10.10.1738, "profession de maçon" sur son acte de décès) et Marie Anne Villemey (18.03.1708-18.02.1780), étaient tous les deux nés et décédés dans la communeRecherches généalogiques réalisées dans les registres paroissiaux et l'état civil numérisés des Archives départementales de la Haute-Saône et dans les relevés effectués par "Les Serv@nc'nautes" (généalogistes bénévoles, haute vallée du Breuchin, vallées de l'Ognon et du Rahin), et versées dans les archives de la famille Desloye-Terré-Rötig. .

Le père d'Emile, Honoré Desloye, fut maire de Plancher-Bas (à deux reprises, pendant plus de vingt ans au total : du au , puis du au ), conseiller général (pendant près de dix-huit ans : du au ) et juge de paix du canton de Champagney (pendant plus de dix ans : du à 1861).

La mère d'Emile, Marie-Antoinette Desloye née Ruty, était issue d'une famille du Jura : son père, Charles Henry Ruty (Grozon, 7.02.1775-Lons-le-Saunier, 6.02.1814), était "garde magasin des vivres militaires" à Lons ; sa mère, Sophie Eléonore Prêtre, est née à Morteau (le 5.11.1771).

La papeterie Desloye-Terré vignette|upright|Vue du Rahin à Plancher-Bas, depuis l'intersection des rues du Général-Brosset du 19 mars 1962, à proximité du site de l'ancienne papeterie Desloye-Terré.

En 1809, le fonds de boutique du père de Jean-Baptiste et Honoré Desloye, François-Xavier Déloye, comprenait " de chiffons blancs pour la papeterie".

Sur le plan cadastral de la commune de Plancher-Bas dressé en 1834, la papeterie est représentée au bas de la feuille 3 de la section H (au "Saucy", à la limite avec le haut de la feuille 6 de la section C, où l'on peut distinguer le canal de dérivation). Tout indique que les deux bâtiments de la papeterie présents sur le plan cadastral de 1834 sont aussi les deux corps de bâtiment que l'on voit sur la carte postale ancienne de la papeterie dont on dispose (reproduite ci-dessous) : seulement, à la fin du , le canal de dérivation avait été comblé, et de nouveaux bâtiments avaient été ajoutés vers le nord (partie débutant à l'extrémité droite de la carte postale).

En 1860, la papeterie devient "Emile Desloye et Cie", ainsi que le montre un courrier rédigé par Emile Desloye le 17.06.1860 : "Nous venons de perdre, après quelques jours de maladie, M. ValotJean-Claude Valot (Plancher-Bas, 22.08.1809-Idem, 19.04.1860) : cf. état civil numérisé des Archives départementales de la Haute-Saône et relevés sur le site Serv@nc'nautes. , qui dirigeait en son nom les affaires de mon père depuis vingt ans. […] Notre nouvelle raison sociale est Emile Desloye et CieArchives de la papeterie (coll. privée) : registre 10 / .."

« Les matrices cadastrales mentionnent la reconstruction et la transformation d'un bâtiment industriel vers 1887, puis la destruction partielle de la papeterie par incendie [dans la nuit du 18 au ] 1890. » Toutes les sources disponibles indiquent qu’Emile Desloye prit alors la décision de la reconstruire. vignette|Buste de Marie-Antoinette Ruty (1812-1856), épouse de Honoré Desloye et mère d'Emile Desloye.|alt= Emile Desloye et son épouse Fernande Cadet-Leprévost (1843-après 1892)Emile Desloye et Fernande Cadet-Leprévost (née le 21.10.1843 à Paris) se sont mariés le 12 août 1868 à Maisons-Laffitte (source : état civil numérisé par les Archives départementales des Yvelines). À son mariage, Fernande Cadet-Leprévost était orpheline depuis peu : sa mère est décédée en décembre 1867, son père (ancien professeur au lycée Bonaparte), en novembre 1861. n'ont pas eu d'enfant. C'est Edouard Terré (Paris, 17.05.1832-Paris 7e, 25.01.1913), le mari de son unique sœur (Marie Clarice Félicie, dite Maria Desloye, Plancher-Bas, 23.06.1837-Idem, 19.03.1895), qui succéda à Emile Desloye à la tête de la papeterie"Papeterie à la cuve Veuve Emile Desloye et Terré" : cf. R. Faveraux, ibid.. Edouard Terré, ancien élève de Polytechnique et "ancien officier d’artillerie"Acte de décès, qui le présente aussi comme "manufacturier". , fut aussi le dernier papetier plancherot : "Je compte cesser sous peu ma fabrication", écrit-il en 1906 à l'un de ses correspondantsArchives de la papeterie. Courrier du 13.08.1906, registre 64 / . .

Le papier était fabriqué à partir de chiffons et d'autres tissus récupérés. Parmi les utilisateurs se trouvent les peintres Paul Cézanne et Armand Guillaumin.

En 1875, 30 hommes, 25 femmes et 5 enfants étaient employés par la papeterieR. Favereaux, ibid. .

Actuellement, l'ancienne usine est, pour l'essentiel, à l'état de ruines ; ne subsiste qu'un corps de bâtiment.

Vie politique vignette|Sépulture de la famille Desloye-Terré-Rötig, dans le cimetière de Plancher-Bas, où repose Emile Desloye (1836-1892).

Emile Desloye commence sa carrière politique en remportant le , à la suite de la démission du comte de Grammont, l’élection départementale partielle dans le canton de Champagney face au manufacturier et maire de Plancher-les-Mines Auguste Laurent.

Cette première période au conseil général de la Haute-Saône a duré dix ans : il a notamment été réélu en 1870 et en 1871. Pendant sept de ces dix années, il a occupé les fonctions de secrétaire de l'assemblée départementale.

Emile Desloye a succédé à son père à la mairie de Plancher-Bas le 17.03.1871. Il est resté maire jusqu'au 4.04.1884.

Emile Desloye est député de la Haute-Saône (circonscription de Lure) du 20.02.1876 au 25.06.1877. Il est élu face au député sortant Charles Hérisson par contre . Il siège au centre droit, dans le camp conservateur, qui soutient alors le ministère de Broglie (gouvernement de « l’Ordre moral »). Il perd son siège le , lors des élections provoquées par la crise du 16 mai 1877, par contre à son adversaire, Charles Baïhaut. Il s'était présenté à ces élections comme le "candidat du gouvernement du Maréchal de Mac-Mahon".

Le , soit quelques jours seulement après sa défaite aux législatives, Emile Desloye est réélu conseiller général avec seulement 23 voix d'avance face à François Ferguson (proche de Charles Baïhaut) dans le canton de Champagney. Son élection est invalidée quelques mois plus tard par le Conseil d'État. Il annonce alors "rentrer dans la vie privée" et renoncer à se présenter à l'élection partielle du . Les motifs qu'il invoque pour justifier son retrait seront qualifiés par la préfecture d'"imputations injurieuses et calomnieuses pour le gouvernement de la République", ce qui lui vaudra d'être provisoirement suspendu de ses fonctions de maire.

En 1889, Emile Desloye sort de sa retraite en se présentant à nouveau à l'élection départementale. Le , il est élu par 1.735 voix contre 1.401 à son adversaire (l'opportuniste François Ferguson, de nouveau). À son décès en 1892, il était toujours conseiller général du canton de Champagney. Pendant ces deux ans et demi de mandat à Vesoul, Emile Desloye a été le chef de l’opposition conservatrice. À ce titre, il s'est plusieurs fois porté candidat à la présidence de l'assemblée. Il est notamment intervenu sur les chemins de fer et, en particulier, sur le tramway à vapeur de Ronchamp à Plancher-les-Mines (notamment en août et en septembre 1890). En , dans le mois suivant le décès d'Emile Desloye, c'est son rival historique, l'ancien ministre Charles Baïhaut, qui lui succède pour représenter le canton de Champagney.

La lecture de la presse de l’époque témoigne de l’âpreté des luttes politiques dans les années 1870-1880 : de fréquentes controverses opposent, d’un côté, Le Journal de la Haute-Saône (qui porte parfois le sous-titre « organe des conservateurs »), puis Le Réveil de la Haute-Saône (dont Emile Desloye était l’un des actionnaires) et, de l’autre, le républicain L’Avenir de la Haute-Saône (dont la direction politique est assurée par Charles Baïhaut). Emile Desloye et les journaux qui le soutiennent dénoncent régulièrement les pressions qui seraient exercées par l'administration pour favoriser les candidats dits "républicains modérés" ou "opportunistes". Cet antagonisme est tel, qu'en 1892, ni le préfet de la Haute-Saône, ni aucun de ses représentants n'assisteront aux obsèques d'Emile Desloye à Plancher-BasCf. l'édition du 6 février 1892 du Réveil de la Haute-Saône (op. cit.)..

Un conservateur Emile Desloye s'est régulièrement adressé aux électeurs du canton de Champagney. Avant les élections départementales de l'automne 1871, il leur a écrit ceci : « Notre premier devoir est d’apporter […] un concours absolu au gouvernement de la République et à l’homme éminent [Adolphe Thiers] qui tient aujourd’hui nos destinées entre ses mains. […] Travailler dans la mesure de nos forces à ramener dans notre pays le respect de la loi, de la famille, de la religion ; répandre partout l’instruction, sans oublier que ses bienfaits seraient perdus si l’éducation morale de l’enfant ne marchait de pair avec elle ; rendre à la commune, par une décentralisation bien entendue, une plus grande liberté dans l’administration de ses biens, une plus large part dans le choix des agents qu’elle rétribue ; honorer, encourager l’agriculture, protéger sagement l’industrie ; éloigner des ouvriers les doctrines décevantes, mais […] leur inspirer l’amour du sol natal, de l’ordre et de l’épargne ; […] entrer largement dans la voie des économies : tels sont les principes qui dicteront ma conduite, si vous m’appelez à élever la voix dans l’assemblée de notre département. »

En , peu avant l'élection législative qu'il remportera, il s'est adressé dans ces termes aux électeurs de la circonscription de Lure : « J’ai lutté avec vous contre les exigences de l’ennemi aux jours douloureux de l’invasion, et, après nos désastres, j’ai, l’un des premiers, jeté le cri d’alarme lorsque d’injustes prétentions, que nous pourrions bien voir renaître, ne tendaient à rien moins qu’à séparer de la Haute-Saône quatre des plus beaux cantons de l’arrondissement de Lure pour les réunir à Belfort. […] La Constitution républicaine du est aujourd’hui la loi de la France ; j’accepte franchement le gouvernement qu’elle a institué, mais je le veux résolument conservateur, assurant à la loi son autorité, à la société ses garanties, à la religion le respect qui lui est dû. […] Notre département est essentiellement ami de l’ordre, travailleur et patriote ; il a souffert plus que tout autre de nos désastres ; plus que tout autre il veut la paix, la tranquillité, l’union, cette union des hommes modérés de tous les partis à laquelle l’illustre maréchal de Mac-Mahon ne cesse de faire un si pressant appel. »