L’accord germano-soviétique relatif au commerce et aux frontières, signé le , était un accord général réglant des différends frontaliers et intensifiant le commerce de matières premières et de matériel militaire entre l'Union soviétique et l'Allemagne nazie. L'accord s’inscrit dans le cadre des relations qui avaient débuté en 1939 avec le pacte Molotov-Ribbentrop contenant des protocoles secrets prévoyant une répartition de l’Europe de l'Est entre l'Union soviétique et l'Allemagne, et l’invasion ultérieure par l'Allemagne et l'Union soviétique de ces territoires. Il contenait des protocoles secrets supplémentaires réglant un différend concernant des territoires en Lituanie précédemment répartis entre les deux pays. L'accord germano-soviétique complétant les relations économiques qui avaient été développées par les accords commerciaux germano-soviétique de 1939 et de 1940.

L'accord fut de courte durée. Six mois à peine après sa signature, l'Allemagne envahit l'Union soviétique, et les relations économiques entre les deux pays prirent fin. Les matières premières importées par l'Allemagne d'Union soviétique entre 1939 et 1941 jouèrent un rôle majeur dans l'effort de guerre allemand contre l'Union soviétique après 1941.

Contexte

Besoins en ressources

L’Allemagne manquait de ressources naturelles dont plusieurs matières premières essentielles, nécessaires aux opérations militaires et à son économie. Les planificateurs allemands à la mi-1939 estimèrent que l’Allemagne possédait seulement deux à trois mois de stocks de caoutchouc et de trois à six mois de stock de pétrole. Ils estimaient qu’après une attaque allemande contre la Pologne et le blocus naval alliée subconséquent, l'Union soviétique deviendrait le seul fournisseur potentiel pour de nombreuses matières premières essentielles nécessaires pour une guerre.

Accords germano-soviétiques de 1939 et division de l'Europe orientale thumb|right|Officiers soviétiques et allemands sur la ligne de démarcation examinant une carte right|thumb|Les zones en bleu foncé et en violet constituent la "bande lituanienne"

Le , l'Union soviétique et l'Allemagne signèrent un accord commercial. Il concernait le commerce de certains équipements militaires et civils allemands en échange de matières premières soviétiques. Le , ils signèrent le pacte Molotov-Ribbentrop, qui contenait des protocoles secrets prévoyant une répartition des États d’Europe du Nord et de l'Est en «sphères d'influence» allemande et soviétiqueText of the Nazi-Soviet Non-Agression Pact, executed August 23, 1939.

Une semaine après la signature du pacte Molotov-Ribbentrop, le partage de la Pologne débuta avec l'invasion allemande de la Pologne occidentale, suivie par l'invasion par l'Union soviétique de la Pologne orientale le , en coordination avec les forces allemandes. Aux trois États baltes décrits par le pacte Molotov-Ribbentrop, l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie, ne fut donné d'autre choix que de signer un « pacte de défense et d'assistance mutuelle » qui permit à l'Union soviétique de stationner des troupes sur leurs territoires.

Onze jours après l'invasion soviétique de la Pologne orientale, les deux parties modifièrent le protocole secret du pacte Molotov-Ribbentrop, dans un accord appelé Traité germano-soviétique d'amitié, de coopération et de démarcationGerman–Soviet Boundary and Friendship Treaty qui contenait un "protocole secret additionnel". Entre autres choses, l'accord allouait à l’Allemagne une plus grande partie de la Pologne et transférait la Lituanie aux Soviétiques. Cependant, une petite partie de la Lituanie dénommée la "Bande de Lituanie», la rive gauche de la rivière Scheschupe, devait rester un territoire allemand.

Relations économiques germano-soviétique en 1940 thumb|right|Usine allemande de production du Tiger I, 1943

L’insistance d’Hitler pour envahir la Pologne en 1939, mit une énorme pression sur l'armée allemande, qui n'avait planifié une entrée en guerre que pour 1942 ou 1943. En outre, l'Allemagne faisait face à de graves pénuries en matières de pétrole, de caoutchouc et d'autres matières premières nécessaires pour engager même seulement une offensive sur un front occidental. Le seul État restant capable de fournir les matières premières nécessaires à l'Allemagne était l'Union soviétique. Dans le même temps, les demandes soviétiques de produits manufacturés, telles les machines allemandes, étaient en augmentation tandis que sa capacité d'importer ces marchandises diminuait, de nombreux pays ayant cessé leurs relations commerciales après l'entrée en vigueur du pacte Molotov-Ribbentrop. Le , l'Allemagne et l'Union soviétique conclurent un accord commercial, par lequel l'Union soviétique s’engageait à envoyer en Allemagne des matières premières pour 650 millions de reichsmarks, en contrepartie d'un même montant en valeur de machines, de produits manufacturés et de technologie, page 74-5. Le pacte commercial aida l'Allemagne à surmonter le blocus britannique de l'Allemagne. L'Union soviétique devint un important fournisseur de matières premières essentielles à l'Allemagne, dont le pétrole, cuivre, nickel, chrome, platine, bois et les céréales.

Les pays baltes et la Bessarabie thumb|right|250px|Frontière de 1938 et avance politique et militaire fin 1940 (Axe en noir et URSS en rouge thumb|right|La Bessarabie et la Bucovine constitue la région en vert clair au nord

À la mi-, les troupes soviétiques du NKVD attaquèrent les postes frontières de la Lituanie, l'Estonie et la Lettonie, provoquant leur annexion par l'Union soviétique, y compris la zone Scheschupe, qui devait revenir à l'AllemagneSenn, Alfred Erich, Lithuania 1940 : revolution from above, Amsterdam, New York, Rodopi, 2007 . Le , l'Union soviétique émit un ultimatum exigeant la Bessarabie, la Bucovine et la région de Herța de la Roumanie. Après que les Soviétiques furent convenus avec l'Allemagne qu'ils limiteraient leurs revendications en Bucovine à la Bucovine du Nord, l'Allemagne poussa la Roumanie à accepter l'ultimatum. Comme la France n'était plus en mesure d'être le garant du statu quo en Europe de l'Est, et que le Troisième Reich poussait la Roumanie à faire des concessions à l'Union soviétique, le gouvernement roumain céda, suivant les conseils de l'Italie et l’exemple récent de la France de Vichy. Après l'occupation soviétique de la Bessarabie, environ Volksdeutsche vivant en Bessarabie commencèrent à immigrer en Allemagne.

Cet été là, l'Allemagne devint encore plus dépendante des importations soviétiques. Les conquêtes allemandes de la France, des Pays-Bas et de la Belgique créèrent une demande supplémentaire tout en réduisant les possibilités d'approvisionnement indirect.

Dernières tentatives soviétiques pour se joindre à l'Axe

Hitler envisageait la guerre avec l'Union soviétique depuis . Cependant, après la conclusion, en , du Pacte tripartite entre l'Allemagne, le Japon et l'Italie, l'Union soviétique étudia l’éventualité de s’y rallier. Après de longues discussions et de multiples propositions, l'Allemagne présenta aux Soviétiques un projet écrit d’accord, définissant les sphères d'influence dans le monde des quatre éventuelles futures puissances de l'Axe (Japon, Allemagne, Union Soviétique et Italie)45. Onze jours plus tard, les Soviétiques présentèrent une contre-proposition, rédigée par Staline, où ils acceptaient le pacte à quatre, mais cette contre-proposition comprenait des prétentions soviétiques sur la Bulgarie et une sphère d'influence mondiale s’étendant sur la zone autour de l'Irak et l'Iran moderne. L’offre soviétique arriva en même temps que d'énormes efforts économiques vis-à-vis de l’Allemagne. Les Soviétiques promirent le , la livraison de 2,5 millions de tonnes de céréales, soit un million de tonnes de plus que ce à quoi elle s'était engagée. Ils promirent également une indemnisation intégrale des propriétés du Volksdeutsche.

Peu de temps après, Hitler émis une directive secrète sur une éventuelle invasion de l’Union soviétique. La contre-proposition de Staline fut ignoréeDonaldson, Robert H. and Joseph L. Nogee, The Foreign Policy of Russia: Changing Systems, Enduring Interests, M.E. Sharpe, 2005, , pages 65-66Churchill, Winston, The Second World War, Houghton Mifflin Harcourt, 1953, , pages 520-21, ce qui aggrava les tensions entre les deux pays.

Négociations right|thumb|"Volksdeutsche" se réinstallant après l'occupation soviétique de la Bucovine et de la Bessarabie thumb|right|"Volksdeutsche" se réinstallant après l'occupation soviétique de la Bessarabie thumb|right|"Volksdeutsche" se réinstallant après l'occupation soviétique de l'est de la Pologne thumb|right|Carte allemande de 1940 des "Volksdeutsche" se réinstallant après l'occupation soviétique de l'est de la Pologne

En , les autorités allemandes estimaient que leurs stocks de matières premières étaient suffisants pour tenir jusqu’à l'été 1941. La situation était beaucoup plus grave pour le caoutchouc ; il était indispensable pour n'importe quelle armée mobile, fournissant bottes ou pneus. Les stocks allemands ne disposaient plus que de tonnes. Les protocoles secrets avaient également mis Hitler dans la position humiliante d'avoir à évacuer précipitamment des familles de souche allemande, la Volksdeutsche, qui avaient vécu en Finlande et dans les pays baltes depuis des siècles ; tout en fermant officiellement les yeux officiellement sur les invasions. Les annexions soviétiques en Roumanie causèrent de nouvelles tensions. Dans les protocoles secrets, l'Allemagne avait accepté la cession de la Bessarabie, mais pas celle de la Bucovine. L'Allemagne demandait la livraison des tonnes de céréales pour lesquelles elle avait déjà conclu un contrat de fourniture avec la Bessarabie ; elle demandait aussi la garantie de la sécurité des biens allemands, une garantie pour Volksdeutsche en Bessarabie et Bucovine, et l'assurance que les convois ferroviaires transportant du pétrole roumain ne seraient pas bloqués.

Tandis que Hitler planifiait la guerre à l'Est, il voulait un nouvel accord économique pour obtenir ce tout ce qu'il était possible de l'Union soviétique avant l'invasion, alors que d'autres responsables allemands souhaitaient un tel accord dans l'espoir qu'il pourrait changer la direction anti-soviétique de la politique allemande. Pendant ce temps, en raison des difficultés de livraison et d'autres problèmes, des doutes commencèrent à apparaitre quant à savoir si l'accord commercial germano-soviétique continuerait à être honoré.

Par ailleurs, les négociations devinrent difficiles autour de la question de la «bande de Lituanie». Lorsque les Soviétiques avaient occupé l'ensemble de la Lituanie le , ils avaient également envahi une partie qui avait été promise à l'Allemagne dans les protocoles additionnels secrets du traité germano-soviétique d'amitié et des frontières, modifiant les protocoles secrets du pacte Molotov-Ribbentrop, page 178.