La bataille du Tigharghâr.., aussi appelée bataille de l'Ametettaï ou bataille de l'Adrar des Ifoghas., a lieu du au pendant la guerre du Mali. Elle oppose l'armée française et l'armée tchadienne aux groupes armés salafistes djihadistes menés par Al-Qaïda au Maghreb islamique et Ansar Dine.

Après avoir été repoussés en janvier à Konna et Diabaly, les djihadistes abandonnent Tombouctou et se replient dans l'Adrar Tigharghar, une montagne de l'Adrar des Ifoghas, dans le Nord-Est du Mali, qui est leur sanctuaire depuis des années.

Les Français se lancent rapidement à leur poursuite, ils prennent le contrôle des villes de Tessalit et Aguel'hoc et mènent l'opération Panthère dans le Tigharghar. Les premiers affrontements éclatent le et se concentrent principalement dans la vallée de l'Ametettaï. Celle-ci est prise en étau entre deux colonnes blindées, une française à l'ouest et une autre tchadienne à l'est, tandis que les parachutistes parviennent à surprendre les djihadistes en attaquant à pied par le nord.

La vallée est prise le et les djihadistes commencent à abandonner progressivement le Tigharghar. Des missions de fouilles et quelques accrochages continuent cependant d'avoir lieu les jours suivants. Les opérations cessent le .

Avec la prise du Tigharghar, les djihadistes perdent leur principal sanctuaire dans le Sahel ainsi que la plus grande partie de leur arsenal militaire, pris sur l'armée malienne ou en Libye.

Contexte

Depuis son indépendance en 1960, le Mali a été le théâtre de quatre dans sa partie nord, appelée l'Azawad. La cinquième insurrection éclate en , conduite cette fois par les indépendantistes touaregs du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), des insurgés arabes du Front de libération nationale de l'Azawad (FLNA), mais aussi par des groupes salafistes djihadistes : Ansar Dine, Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO). Le , Ménaka est la première ville attaquée.. Puis le 24, Aguel'hoc est conquise et sa garnison massacrée.. Tessalit est prise dès le et le camp militaire d'Amachach, assiégé, finit par tomber le après de long combats.. Les rebelles peuvent alors attaquer Kidal et s'en emparer le .. L'armée malienne en déroute abandonne Tombouctou et Gao, qui sont prises sans combat le et le . Le gouvernement malien perd alors le contrôle de tout le territoire du Nord..

Après avoir affronté ensemble l'armée malienne, les indépendantistes et les djihadistes ne tardent pas à se déchirer. Des combats éclatent en juin et tournent à l'avantage du MUJAO et d'AQMI qui chassent le MNLA de Gao le .. Les djihadistes repoussent ensuite une offensive à Ansongo le .., puis ils prennent Ménaka le ..

À la fin de l'année 2012, les djihadistes tiennent l'essentiel du nord du Mali dont ils se partagent le contrôle : Ansar Dine est maître des environs de Kidal et de la région allant de Tombouctou à Léré, le MUJAO contrôle les environs de Gao, tandis qu'AQMI est surtout en force à l'extrême nord de la région de Kidal. Quant au MNLA, il ne tient plus que des localités mineures, principalement dans le Nord-Est et près des frontières..

En janvier 2013, les djihadistes lancent une offensive sur le sud du Mali, mais elle provoque aussitôt une intervention militaire de la France et de plusieurs pays africains. Repoussés à Konna et Diabaly, les djihadistes se replient vers le Nord... Les Français et les Maliens reprennent Gao le ., puis Tombouctou le 28.. De son côté, le MNLA profite du départ des djihadistes pour s'implanter dans les localités abandonnées. Le , il annonce avoir pris le contrôle de plusieurs villes, dont Kidal et Tessalit. Les rebelles touaregs proposent leur alliance aux Français pour combattre les djihadistes, mais ils déclarent qu'ils s'opposeront par les armes à la venue de l'armée malienne..

Après l'échec de son offensive, Ansar Dine est affaibli par le départ d'une grande partie de ses combattants qui préfèrent changer de camp et fonder un mouvement dissident, le Mouvement islamique de l'Azawad (MIA), qui se rapproche du MNLA.. Le MUJAO décide de son côté de poursuivre la guérilla dans la région de Gao, mais AQMI et les combattants d'Ansar Dine fidèles à Ag Ghali choisissent de se retrancher dans l'Adrar Tigharghar.

L'Adrar Tigharghâr upright=1.3|thumb|left|Carte de l'Adrar Tigharghar et de l'offensive franco-tchadienne sur la vallée de l'Ametettaï lors de l'opération Panthère .

thumb|Paysage de l'Adrar des Ifoghas. La température peut y dépasser les . La présence d'eau est cruciale pour les rebelles.

L'Adrar Tigharghar est un mont de l'Adrar des Ifoghas, situé au sud-est de Tessalit et au nord-est d'Aguel'hoc. De longue date, le Tigharghar est une place forte pour les groupes armés du nord du Mali. Pendant la rébellion touarègue de 1990-1996, il est le sanctuaire du MPLA de Iyad Ag Ghali.. En août 1990, les rebelles touaregs y repoussent une offensive de l'armée malienne... Pendant la rébellion de 2006, la montagne est à nouveau occupée par les combattants touaregs de l'Alliance démocratique du 23 mai pour le changement, toujours menés par Ag Ghali.. Puis, lors de la rébellion de 2007-2009, elle est tenue par les hommes d'Ibrahim Ag Bahanga.. À partir de 2010, le Tigharghar devient le principal sanctuaire au Mali d'Al-Qaida au Maghreb islamique.

Le Tigharghar est découpé par cinq vallées parallèles filant d'est en ouest : la vallée de l'Ametettaï, située la plus au nord, puis la vallée de Tibeggatine, la vallée d'Integant, la vallée de Terz et la vallée d'Assamalmal.. La vallée de l'Ametettaï est identifiée de longue date comme un élément central du dispositif d'AQMI et une zone de vie.. Un cours d'eau file dans cet oued et la végétation y est parfois dense... Les djihadistes font même pousser un potager près d'un puits avec oignons, tomates, betteraves et aubergines..

Entre la vallée de l'Ametettaï et la vallée d'Integant se trouvent le « camp des rochers » et le « camp des sables » : le premier dispose d'un hôpital et le second serait un terrain d'entraînement au tir... Une autre zone plus à l'ouest, surnommée le « Garage » par la DGSE, est un ensemble de baraquements où les djihadistes stockent une grande partie de leur matériel. Non loin du Garage, deux crêtes séparées par deux kilomètres de sable sont baptisées « Sontay » et « Puebla » par les Français en référence à la prise de Sontay en 1883 au Tonkin et au siège de Puebla en 1863 au Mexique... Au sud du Tigharghâr, une zone appelée le « Jardin » est une oasis utilisée comme zone de repos par les djihadistes. Elle se situe près de la vallée d'Assamalmal.

Dans l'Adrar des Ifoghas, surnommé la « planète mars » par les militaires français, la chaleur est extrême et peut dépasser les .. Les caméras thermiques des hélicoptères et les jumelles de vision nocturne sont souvent saturées... Il semble que les djihadistes ne s'attendaient pas à être attaqués dans le Tigharghâr et qu'ils pensaient que les conditions climatiques dissuaderaient une armée occidentale d'y lancer une offensive.... Cependant, l'armée française avait déjà effectué des opérations en Afrique dans des conditions aussi difficiles. et pour les soldats tchadiens la température n'est pas très différente dans leur pays.. Finalement, ce sont les djihadistes qui vont le plus souffrir du climat et de la soif pendant la bataille, les puits et les sources d'eau étant étroitement surveillés par l'aviation française et les combattants qui s'en approchent systématiquement ciblés.. Le Tigharghâr est également vide de toute population civile, ce qui avantage les assaillants qui obtiennent plus facilement l'autorisation d'ouvrir le feu..

Déploiement des forces franco-tchadiennes dans la région de Kidal thumb|gauche|upright=1.3|Carte de la région de Kidal.

Le soir du , deux hélicoptères Tigre, un Gazelle et quatre Puma atteignent l'aéroport de Kidal et débarquent 30 soldats français du CPA-10 et du commando de Penfentenyo face aux pick-up du MNLA. Ils sont suivis par trois avions qui débarquent des hommes du RPIMa et du Commando de Montfort. L'officier qui dirige les forces spéciales françaises rencontre alors le colonel Mohamed Ag Najem, commandant en chef de l'aile militaire du MNLA.. Les Français s'établissent ensuite dans un des deux camps militaires de la ville et commencent leur cohabitation avec les rebelles touaregs, mais contrairement à Gao, Tombouctou, et aux villes du sud où ils avaient été fêtés en libérateurs, à Kidal les Français sont vus comme l'avant-garde de l'armée malienne et l'accueil de la population est bien plus froid..

Mais l'objectif de l'armée française, à ce moment-là, reste le Tigharghar. Dès fin janvier, les environs de l'Adrar sont bombardés par des Rafale.. Puis le soir du , un premier raid aérien de masse frappe l'intérieur de la montagne : quatre Mirage et quatre Rafale détruisent douze objectifs, appuyés par trois Atlantique 2, un drone Harfang, un AWACS et des hélicoptères Tigre. Le raid cible principalement la zone appelée le « Garage », à l'ouest de l'Ametettaï, où ont été localisés deux blindés BMP-1, ainsi qu'une batterie antiaérienne probablement inopérante..

Le , une colonne de quinze véhicules du MNLA et une trentaine d'hommes des forces spéciales françaises sortent de Kidal pour mener une opération commune en direction de l'Adrar Tigharghar. La nuit du 2 au , les Français et les Touaregs se séparent. Les premiers poursuivent vers la vallée d'Assamalmal, visée quelques heures plus tôt par les frappes aériennes. Sur place, le bilan est plutôt maigre, aucun corps ni véhicule détruit n'est découvert, seuls un stock d'essence et quelques motos ont été balayés par les bombes. De leur côté, les rebelles touaregs prennent le contrôle de la ville d'Aguel'hoc où les Français revenus d'Assamalmal les rejoignent. La population, fortement hostile aux djihadistes, fait bon accueil aux nouveaux arrivants. Le MNLA fait quelques prisonniers et découvre plusieurs centaines de kilos de munitions qu'il remet ensuite aux forces françaises en signe de bonne volonté..

La France sollicite aussi l'aide du président du Tchad, Idriss Déby. Celui-ci accepte de déployer son armée dans l'Adrar des Ifoghas. Le , les premiers soldats tchadiens arrivent à Kidal..

La nuit du 7 au , les forces spéciales françaises mènent l'opération Takouba sur Tessalit. Une trentaine d'hommes du RDP, du CPA-10, d'un CTLO marine et de l'ESNO sont parachutés près de l'aéroport. Ils repèrent un bout de piste praticable où deux C-160 Transall peuvent atterrir et débarquer quatre véhicules et quelques hommes supplémentaires. Partis d'Aguel'hoc, les 30 soldats — issus principalement du RPIMa — qui avaient mené la mission de reconnaissance dans la vallée d'Assamalmal font également mouvement sur Tessalit. Dans la matinée, les forces spéciales font leur jonction et pénètrent dans la ville sans rencontrer de résistance. Quelques heures plus tard, venus de Kidal, les Tchadiens du général Déby arrivent sur place à leur tour après être passés par Aguel'hoc. Puis, 54 soldats du RCP sont déposés par un troisième avion. Enfin un sous-GTIA parti de Gao, constitué principalement de soldats du RIMa et formant une colonne de 90 véhicules, arrive sur les lieux et investissent le camp militaire d'Amachach...

Le , les forces spéciales font une première incursion dans le Tigharghar lors de l'opération Tazidert, dont l'objectif est de trouver une trace des otages occidentaux détenus par AQMI. Elles s'infiltrent dans le « camp des sables » et le « camp des rochers », mais ne trouvent aucun trace ni des otages, ni — et à leur grande surprise — des djihadistes. L'opération se termine le ..

À la même période, le GTIA 4 se déploie dans l'extrême nord. 400 soldats français sont présents à Tessalit le .. Les premières patrouilles, baptisées Panthère 0 et Panthère I, ont lieu entre Tessalit et le Tigharghar mais elles ne donnent rien...

Forces en présence