Le fort royal est un fort édifié sur l'île Sainte-Marguerite, la plus grande des îles de Lérins, dans la rade de Cannes. Après le rachat du fort, en 1996, la ville de Cannes y a installé le Musée de la Mer devenu, en 2020, le musée du Masque de fer et du Fort Royal. Il y a aussi un centre international de séjour pour la jeunesseéthic étapes : Cannes Jeunesse.

Historique L'île durant l'Antiquité L'île Sainte-Marguerite est occupée, au moins, dès le Les fouilles réalisées dans les années 1970-1980 ont trouvé des fondations de bâtiments de cette époque.

Le nom antique de l'île Sainte-Marguerite est Léro. Ce nom devait venir d'une divinité locale, Lérôn, dont un sanctuaire lui est dédié sur l'île d'après Pline l'Ancien, citant Strabon. L'île Saint-Honorat se nommait Lérina.

Dans son Histoire naturelle (III, 79), Pline l'Ancien cite la ville de Vergoanum mais qui aurait disparu au .

Au , les Romains s'implantent sur l'île. Les fouilles ont dégagé un ancien système de citernes romaines ainsi que des éléments d'un laconium romain (étuve sèche, comparable à un sauna).

Origines du fort Honorat d'Arles arrive sur l'île Lérina vers 410. Il entreprend d'y créer une abbaye.

La première histoire de l'abbaye, publiée en 1613, ne mentionne aucune fortification sur l'île Sainte-Marguerite. Pourtant, vers 1560, la congrégation réformiste de Sainte-Justine de Padoue et du Mont-Cassin qui avait entrepris de réformer l'abbaye de Lérins à partir de 1514, propose au roi de France de construire un fort sur l'île Sainte-Marguerite en lui abandonnant l'île contre la suppression de la commende du cardinal de Bourbon. Cette solution est proposée une seconde fois, vers 1600, par Guillaume du Vair, président du parlement de Provence. L'île Sainte-Marguerite appartient encore à l'abbaye de Lérins.

Première fortification thumb|280px|Le fort Saincte MargueriteLe premier fort avec le manoir de Jean de Bellon, dessiné en 1632 par Jacques de Maretz En 1612, Louis rétablit la commende au bénéfice de Claude de Lorraine, frère cadet de Charles de Lorraine, lieutenant général du roi en Provence. Pour le désintéresser de la commende, les moines lui donnent l'île Sainte-Marguerite, et espèrent qu'il va fortifier l'île. En 1618, Claude de Lorraine cède l'île à son frère aîné, le duc de Guise. Ce dernier abandonne la plus grande partie de ses droits à Jean de Bellon pour en se réservant un droit de rachat perpétuel.

Jean de Bellon se fait construire un manoir à l'emplacement des ruines de l'établissement du Bas-Empire romain, vaste plate-forme rocheuse au-dessus de la mer en face de la baie de Cannes et du cap de la Croix.

La fortification aurait été construite entre 1624-1627, peut-être sous les ordres de l'ingénieur du roi en Provence, Jean de Bonnefons (mort vers 1636), fils de l'ingénieur du roi Henri IV pour le Dauphiné et la Provence Raymond de Bonnefons (vers 1545-1607), concepteur des remparts d'AntibesConseil général des Alpes-Maritimes : Les travaux militaires à Antibes au . Le fort est représenté sur un relevé fait par Jacques de Maretz pendant une tournée qu'il fait en 1632 avec Henri de Séguiran à la demande du cardinal de Richelieu. On peut y voir la fortification bastionnée sur un plan trapézoïdal irrégulier, le château, la chapelle voûtée et les écuries sur les anciennes citernes romaines. Après une expertise de Séguran demandée par Richelieu, ce dernier fait construire la tour de Batiguier à la pointe ouest de l'île et une autre sur le littoral, au cap de la Croix, en face du fort, vers 1633-1634, le fort Croisette. Une nouvelle inspection est faite en 1634 par l'ingénieur Charles-Bernard Duplessis-Besançon. Il prévoit des réparations des fortifications, mais la France déclare la guerre à l'Espagne le et entre dans la guerre de Trente Ans.

Camp retranché espagnol des îles de Lérins et le nouveau fort vignette|Gravure représentant le siège des îles de Lérins par les troupes françaises en 1637 et les différentes fortifications construites par les Espagnols à partir de 1635.Sur le cap de la Croix se trouve le fort Croisette qui a donné son nom à La Croisette.Chorographie ou description de Provence, tome 2, page 902 par Honoré Bouche (1598-1671) Le , une flotte espagnole de vingt-deux galères, quatre brigantins, neuf galions arrive devant les îles de Lérins ; en débarquent et six canons, sous le commandement de trois gentilshommes, dont Álvaro II de Bazán (1571-1642), marquis de Santa Cruz. Le fort capitule ainsi que la tour de l'île Saint-HonoratHonoré Bouche (1598-1671), Chorographie ou description de Provence, tome 2, 900-902, 910, 1664 Texte.

vignette|gauche|Le fort vu de la rade de Cannes Les Espagnols vont alors commencer une importante campagne de fortification des îles. Ils ont construit deux forts, un à la pointe sud-ouest, appelé fort d'Aragon, l'autre au tiers est de l'île, nommé fort Monterey. Un fortin avec tenaille est construit à la pointe est. La plus grande partie de ces fortifications était composée de terrassements sans revêtement maçonné. Le fort français est reconstruit suivant un plan portant la signature de El Ing(enior) Honofre Ant(onio) Gisolfo et reprenant en pointillés le plan de fort construit en 1627. Le nouveau fort comporte une enceinte pentagonale avec trois bastions sur le front côté terre et deux courtines de l'enceinte, au sud, avec fossé et chemin couvert. Les deux pans de l'enceinte situés de part et d'autre du front de terre comprennent une courtine et se terminent côté mer sur des demi-bastions. Le dernier côté de l'enceinte, le long de la mer, base du pentagone et ayant environ de longueur, est peu modifié. Ce plan semble inspiré par la forteresse de la Mamora ou San Miguel de Ultramar, au Maroc, réalisée par l'ingénieur espagnol Cristobal de Rojas (1555-1614) en 1614. Contrairement au plan, le demi-bastion nord-ouest n'est pas construit.

Une vue réalisée en 1647 probablement de François Blondel, alors ingénieur militaire, montre l'état du fort construit par les Espagnols. La maçonnerie du fort est terminée, une porte côté terre a été ajoutée, protégée par une demi-lune, la porte côté ouest est terminée. Le manoir de Jean de Bellon est devenu le logis du gouverneur, deux groupes, disposés en angle droit, de deux bâtiments parallèles servent de casernement et forment une place d'armes. Un puits a été creusé probablement par les Espagnols près de la courtine est. Une église est représentée.

Bataille des îles de Lérins Richelieu, Grand Maître, chef et surintendant général de la navigation et commerce de France depuis 1626, gouverneur et amiral de Bretagne depuis 1631, amiral de Provence de fait depuis 1633, gouverneur de Brouage, du Havre, de Brest, de Belle-Isle, général des galères depuis le rachat de la charge aux Gondi en 1635, avait entrepris de doter la monarchie française d'une marine royale.

Après la prise des îles de Lérins, le cardinal de Richelieu monte une flotte hétéroclite de montée de et . Cette flotte est placée sous le commandement de d'Harcourt, surnommé le « Cadet la Perle » parce qu'il porte une perle à son oreille gauche, conseillé par le cardinal de Sourdis (1594-1645). Cette flotte est divisée en trois escadres : l'escadre de Bretagne, sous les ordres du commandeur Des Gouttes, chevalier de Malte, et qui comprend le plus gros navire de la flotte, le Saint-Louis, de . D'Harcourt et le cardinal de Sourdis sont à son bord ; l'escadre de Guyenne, sous les ordres de M. de Mantin, à bord de l'Europe, vaisseau de ; l'escadre de Normandie, sous les ordres de Jacques Le Roy, dit Dumé ou Du Mé, sieur d'Aplemont (originaire du Havre ou de Guyenne, vers 1595- Curaçao, 1673)Nota : il est le fils de Nicolas Leroy du Mé, commandant de bateau havrais, à bord de la Magdelaine, vaisseau de seulement. C'est dans cette escadre que se trouve le navire la Neptune de commandée par Abraham DuquesneMichel Vergé-Franceschi, Abraham Duquesne. Huguenot et marin du Roi-Soleil, , France-Empire, Chaintreaux, 2014 .

Le cette flotte appareille de Belle-Isle et franchit le détroit de Gibraltar le pour se joindre aux bateaux placés sous le commandement de Jean-Louis du Mas de Castellane, baron d'Allemagne. La campagne de 1636 est infructueuse à cause des querelles incessantes entre les officiers. D'Harcourt en vient aux mains avec le cardinal de Sourdis qui de conseiller se prétend le généralissime à la mer. Sourdis se dispute avec le maréchal de Vitry (1581-1644), gouverneur de Provence, qui se veut généralissime à terre, Le baron d'Allemagne avec le bailli de Forbin... Richelieu fait part de son grand déplaisir à ses commandants si stériles et chicaniers.

Après avoir hiverné, la flotte du cardinal de Sourdis appareille en . Elle porte une première attaque en Sardaigne, le , avec la prise d'Oristano, mais doit rembarquer à la suite d'une riposte espagnole.

La bataille des îles de Lérins commence le avec le siège des îles et le début de l'attaque des cinq forts espagnols.

Après de siège, manquant d'eau potable, les Espagnols de l'île Sainte-Marguerite capitulent le et ceux de l'île Saint-Honorat le . Mgr de Sourdis célèbre une messe d'action de grâces avec Te Deum le .

Fort Royal Les Français vont abandonner les fortifications espagnoles sauf le fort. En 1639, Richelieu nomme un gouverneur militaire, Charles de Pechpeyrou-Comminges de Guitaut, lieutenant de vaisseau ayant participé au siège et commandeur de Malte. Il a conservé la charge jusqu'en 1649, date à laquelle il se démet au profit de son neveu Guillaume de Guitaut.

Vers 1650, des projets de renforcement du fort par les dehors sont présentés par François Blondel et Pierre de Bonnefons, fils de Jean de Bonnefons, ingénieur des fortifications en Languedoc et Provence. Ce dernier reprend une disposition qu'il avait adoptée pour l'enceinte urbaine d'Antibes en ajoutant des demi-lunes

La construction des deux demi-lunes est faite au milieu du , ainsi que la porte du front de terre appelée porte Royale. La porte est masquée par une demi-lune. On accède à la porte Royale par des ponts à piles maçonnées et à la porte côté ouest, appelée porte Marine, par un ouvrage triangulaire reprenant une proposition de Blondel.

Le plan réalisé en 1679 montre les dispositions des casernes qui n'ont plus été modifiées. Au sud, sont représentés l'église et le magasin à poudre.

Projets de Vauban Vauban fait une première visite au fort en 1682. Il trouve le fort «beau, assez grand et bien revestu». Il propose quelques perfectionnements avec la construction d'un demi-bastion pour protéger la porte Marine, d'achever l'escarpe et les fossés des demi-lunes, de perfectionner le chemin couvert et de faire le glacis. Il propose de transformer le puits en citerne et de placer le magasin à poudres dans le vide d'un bastion. Il demande d'améliorer l'artillerie du fort. vignette|Plan du fort royal de l'île Sainte-Marguerite en 1692 (Facsimile de 1873) À sa nouvelle visite, en 1692, il constate qu'aucune de ses propositions n'a été réalisée. Il demande à Antoine Niquet (1636-1726), directeur des fortifications pour la Provence, de rédiger un nouveau projet. Les travaux reprenant les propositions de Vauban sont commencés en juin 1693 par un entrepreneur antibois.

En 1700, Vauban fait un dernier état des améliorations à apporter au fort, «plusieurs fois proposées sans effet». Vauban indique que la transformation du puits en citerne a été faite.

Le , Antoine Niquet écrit dans une lettre «… il y a bien d'autre chose à faire à cette place pour la mettre en état de deffence mais à quoy bon ?… elle ne garde ni port ni rade… elle n'est par conséquent bonne à rien, son entretien, sa garnison sont à charge de l'État».

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