La valorisation de la recherche consiste à augmenter la valeur des résultats de recherche et de développement, elle est aujourd'hui comprise et reconnue dans le cadre des politiques d'innovation des universités françaisesLes parties dédiées à la définition sont tirées de Melviez David, La valorisation, une étude de cas internationale, mémoire de maîtrise en sociologie, Université de Montréal, 2008, . Conseil de la science et de la technologie du Québec, La valorisation de la recherche universitaire - clarification conceptuelle, Québec, février 2005, . Cité dans Melviez David, op. cit., 2008, ..
Le terme de valorisation est polysémique, les définitions existantes varient en fonction de l’organisme ou du pays considéré. Le but de la valorisation est, littéralement, de donner de la valeur aux résultats de la recherche.
Définition Le Conseil National d'Évaluation de l'enseignement supérieur (CNE, France) définit la valorisation comme le moyen de « rendre utilisables ou commercialisables les résultats, les connaissances et les compétences de la recherche »rapport du sénateur Adnot, 2006..
De même, les définitions que l'on trouve en Belgique et au Québec esquissent les principaux aspects du conceptLa première définition est donnée par la Politique Québécoise de la Science et l’innovation (2001) et le Ministère du Développement Économique et Régional de la Recherche (2004), la seconde par le Bureau Fédéral du Plan, en 2002, . D’autres définitions peuvent exister pour ces deux pays. cité dans Melviez David, op. cit., 2008, ..
« La valorisation de la recherche universitaire peut être définie comme l’ensemble des activités ayant pour but d’augmenter la valeur des résultats de la recherche et, plus généralement, de mettre en valeur les connaissances. La valorisation ne se résume pas uniquement à l’exploitation commerciale des résultats de la recherche : elle s’appuie également sur le déploiement et l’échange des connaissances dans tous les domaines du savoir ». « La valorisation des résultats de la recherche est le processus mis en œuvre pour que la recherche universitaire ait un réel impact économique et débouche, directement ou indirectement, sur des produits ou des procédés nouveaux ou améliorés exploités par des entreprises existantes ou créées à cet effet ».
Bien que ces définitions décrivent la même activité, une différence importante les séparent puisque la première met l’emphase sur la valorisation en tant qu’activité tandis que la seconde souligne l’importance des résultats qu’elle peut engendrer. La valorisation permet de mettre en relation le monde de la recherche et le monde socioéconomique. Elle se déroule principalement dans le milieu universitaire et le chercheur en est le principal acteurConseil de la Science et de la Technologie du Québec, Chaînes de valorisation de résultats de la recherche universitaire recelant un potentiel d'utilisation par une entreprise ou par un autre milieu, Québec, 2006, cité dans Melviez David, op. cit., 2008, .. Elle concerne tous les domaines universitaires, sans distinction.
Valoriser signifie rendre opérationnel ou commercialisable le savoir et les résultats de la recherche, c'est-à-dire leur fournir une valeur ajoutée. Toutefois, cela ne signifie pas qu'elle est centrée sur la valeur marchande de la recherche. On distingue ainsi deux types de valorisation : une valorisation financière de type commerciale et une valorisation sociale de type non marchande. Dans le second cas, les retombées économiques peuvent exister mais n'est pas la finalité première de la valorisation.
La valorisation de la recherche à des fins commerciales La valorisation, en tant qu'activité, est une démarche spécifique qui peut être adoptée dans deux cas. Dans le premier, le chercheur ou l'équipe de recherche, souhaite passer les différentes étapes de la Recherche et du Développement d'une technologie avant de la commercialiser. Dans le second, ce sont des sociétés de valorisation qui s'occupent du processus. Il s’agit donc, entre autres, de faire du démarchage, de protéger la propriété intellectuelle liée à l’invention, de s’occuper des aspects contractuels et de déterminer une stratégie permettant d’aboutir à la commercialisation.
Différents résultats peuvent être attendus à la suite de cette démarche : soit il y a un transfert scientifique (ou transfert de connaissances) uniquement, ce qui concerne l'intégration de nouvelles méthodes ou approches relevant de l'innovation sociale ou non technologique ; soit il y a un transfert technologique (ou transfert de technologies) ce qui relève de l'innovation technologique et donc concerne les nouveaux produits ou procédés. Cette possibilité comprend également le transfert de connaissances car il faut considérer ici qu'une technologie ne se transmet pas sans son savoir.
Dans le deuxième cas, la commercialisation peut être effectuée soit par octroi d’une licence d’exploitation à une entreprise existante, soit par la création d’une entreprise dérivée (spin-off) qui s’occupera du développement de la technologie en question.Les relations entre la science et la société sont anciennes. L'histoire des sciences et des techniques regorge d'exemples de scientifiques qui se sont intéressés à la fois aux causes des phénomènes qu'ils observaient et aux applications qui pouvaient en découler. De même, un nombre sans cesse croissant d'États ont reconnu et soutenu cette activité qui pouvait générer des développements économiques très importants.
Exemples historiques de valorisation L’exemple le plus connu d’innovation radicale reste de loin la machine à vapeur. Cette innovation a mis beaucoup de temps à passer du stade d’invention au stade d’innovation. En effet, Héron d’Alexandrie fabrique le premier exemple de moteur à vapeur. Il faudra plus de dix-huit siècles pour voir une exploitation commerciale de cette invention. C'est au que renaissent réellement les recherches sur ce procédé. Un ingénieur français, Salomon de Caus décrit des pompes fonctionnant à la vapeur qu’il développe en Angleterre pour cause religieuse. C’est, donc, en Angleterre où il avait développé ses idées qu’elles seront reprises. On obtient une filiation intéressante entre Salomon de Caus, Edward Somerset, Thomas Savery et enfin Thomas Newcomen. Les deux derniers vont déposer le brevet et mettre en place la commercialisation de la première machine à vapeur utilisée en exploitation. Il s’agit d’une pompe utilisée pour l’exploitation minière. Ajoutons qu’ils bénéficient des améliorations apportées par Denis Papin, français protestant ayant quitté la France pour l’Angleterre en 1685. plus tard, James Watt, fabricant d’instruments scientifiques auprès de Joseph Black, professeur à l’Université de Glasgow, répare une de ces machines et va commencer à améliorer ces procédés. Il introduira un grand nombre de modifications qui vont permettre de mieux utiliser la puissance de ces machines. Il dépose de nombreux brevets et pourra développer ses innovations grâce notamment à Boulton qui se révéla un excellent homme d’affaires. Les deux hommes créent une entreprise à Birmingham. Notons, enfin, qu’ils appartiennent à la Lunar Society qui est le premier exemple d’associations réunissant scientifiques et industriels. Cette révolution est donc l’accomplissement de près de de travaux de différents scientifiques ou inventeurs. C’est l’un des premiers exemples d’une innovation de rupture où l’on ait des liens importants entre science et développement technologiques.
L’exemple de Justus Von Liebig est assez remarquable à cet égard. Chimiste et créateur de la biochimie, il découvre les premiers extraits protéiques. Soutenu par Alexander Von Humboldt, il se forme en 1824 dans le laboratoire privé de Gay-Lussac où il rencontre également Thénard et Dulong. Rentré à Giessen, à force de persévérance, il crée le premier laboratoire de recherche intégré à une université et l’un des plus richement dotés du moment. La grande différence avec des laboratoires comme celui du Muséum d’histoire naturelle se trouve dans la formation systématique des étudiants à la recherche. Cette institution fera rêver beaucoup de chercheurs étrangers dont Dumas et Pasteur. Ce sera le modèle repris par Maxwell pour la création du Cavendish laboratory ou également par Duruy pour ceux de l’École Pratique des Hautes Études.
Mais non content d’être un grand découvreur et un grand innovateur institutionnel, il n’hésitera pas à créer une entreprise à Londres en 1865 avec son associé, un ingénieur belge, pour exploiter ces extraits. La société démarre en Uruguay. Cette « start up » avant l’heure a créé une marque désormais universellement connue « Liebig ».
Son grand adversaire scientifique, Pasteur, réussit également à conjuguer recherche très fondamentale et recherche orientée vers l’industrie. Mieux, c’est à partir de problèmes industriels qu’il va créer la microbiologie moderne. Par exemple, jeune doyen de la toute nouvelle faculté des sciences de Lille en 1854 et déjà connu pour ses travaux sur la chiralité des molécules, il commence à travailler avec l’industrie sucrière sur des problèmes de fermentation. Il maintiendra toujours ce type d’approche (étude sur le vin, la bière, la sériciculture ou encore la microbiologie médicale). Son histoire est exemplaire des difficultés d’un scientifique pendant le Second Empire. Il mène ses recherches en partie sur ses propres émoluments et doit en permanence se plaindre auprès des différents ministres voire de l’Empereur. Il recherche les prix non pour le prestige mais bien pour l’argent lié à ces prix qui sont d’ailleurs une des seules sources de financement de la recherche à l'époque. Même lors de son retour à l’ENS où il est appelé par le ministre pour redynamiser cette école en perte de vitesse, il crée le premier laboratoire de l’école dans une soupente de l’école mais n’aura jamais l’argent nécessaire pour mieux développer ce laboratoire. À la même époque (1869), Maxwell crée le laboratoire Cavendish grâce au Duc de Cavendish à Cambridge. Il obtient des fonds extrêmement conséquents en quelques mois.
Émergence de la valorisation dans les politiques économiques C'est à la fin du Moyen Âge que certains États commencent à favoriser l'innovation notamment par l'apparition des premières législations sur la propriété intellectuelle. Le développement de lieu de formation technique d'ingénieurs ou d'experts est un autre exemple de politique embryonnaire qui indirectement va permettre le développement de l'innovation. L'État souhaite disposer du personnel technique dont ses administrations en plein développement ont besoin. C'est l'époque de la création d'un certain nombre d'écoles d'ingénieurs notamment en France. Il faut cependant attendre le développement des prémices du positivisme au milieu du pour voir apparaître réellement des embryons de Système Nationaux d'Innovation. L'un des premiers exemples d'utilisation de la recherche pour développer une politique d'innovation est celle mise en œuvre par la Convention au cours de la Révolution française. À partir de 1792, la Nation est en danger. Toutes les ressources sont mises en œuvre pour défendre le territoire et les scientifiques ne font pas exception. La présence de Carnot au sein du Comité de salut public n'y est pas étrangère.