L'art de l'Iran mongol est l'ensemble des productions artistiques du grand Iran depuis la conquête de Gengis Khan (début du jusqu'à la conquête de Timur-i Leng, dit Tamerlan (dernier quart du . Sont comprises dans cette appellation les productions : des Il-khanides et de leurs successeurs (Muzaffarides, Jalayirides) de la Horde d'or

Contexte historique

À la mort de Gengis Khan (1227), son territoire est divisé entre ses quatre fils : Ögödei devient grand Khan à la place de son père, tandis que Djötchi fonde la Horde d'or, Tolui prend le pouvoir en Chine et Djaghataï se trouve maître du grand Iran. Rapidement toutefois, Ögödei est évincé du pouvoir, et c'est le dirigeant chinois qui prend le titre de grand Khan. En 1279, Kubilai Khan est nommé à ce poste. Fondant la dynastie des Yuan, il se convertit au bouddhisme et instaure la pax mongolica.

Dynastie djaghataïde

En Iran, après la mort de Djaghataï (1241), une dispute éclate entre ses fils et petit-fils. Alughu, l'un des petits-fils, fonde la lignée djaghataïde, qui règne en Transoxiane, au Turkestan Oriental et au Semiretchie (« sept rivières ») jusqu'à la conquête des Timourides, en 1363.

Dynastie Il-khanide

Hülegü, de son côté, poursuit la conquête en s'emparant à nouveau des territoires d'Asie Occidentale que la mort de Gengis avait soustraits à la domination mongole. En 1256, il attaque et met fin à la secte des Assassins, puis s'empare de Bagdad en janvier 1258. Cependant, Hülegü est forcé de s'interrompre en 1259, lorsque la mort de son frère, le grand Khan Möngke, le rappelle en Mongolie pour participer au conseil de succession. La défaite d'Ain Jalut face au sultan mamelouk Baybars met quasiment fin à l'expansion mongole. Ceux-ci dominent alors l'Irak, l'Iran, l'Azerbaïdjan, l'Arménie, la Géorgie et l'Anatolie. La plupart des régions sont dévastées : Balkh et Samarkand sont détruites, les systèmes d'irrigation (qanats), qui remontaient à l'époque achéménide, inutilisables, l'administration centralisée vole en éclats.

La dynastie des Il-khanides (littéralement les "khans régionaux", vassaux du grand khan) est mise en place par Hülegü. Une première période (1256-1295) correspond à la reconstruction du pays, à l'établissement de contacts avec l'Europe. Les dirigeants sont animistes, mais ouverts aux autres religions (bouddhisme, christianisme, islam, zoroastrisme). La capitale se situe à Tabriz, qui connaît alors une vie artistique et intellectuelle importante. La seconde période (1295-1353) correspond à la fois à l'âge d'or et au déclin de la dynastie. Les dirigeants sont convertis à l'islam, mais toujours ouverts aux autres confessions. Trois grands souverains se succèdent au pouvoir : Ghazan Khan, Oldjaïtou et Abu Said, qui sont tous trois aidés par le vizir Rashid al-Din. Cependant, dès la mort d'Abu Said (1336), ce sont de petites dynasties locales, les Muzaffarides (en Perse méridionale) et les Jalayirides (en Irak, au Kurdistan et en Azerbaidjan) qui exercent réellement le pouvoir, et ce jusqu'à la conquête Timouride.

Horde d'Or

Jochi, mort quelques mois avant son père Gengis Khan, reçoit les plaines Kiptchak (Kazakhstan et sud-ouest de la Sibérie) et fonde la Horde d'or. Après son décès, Batu ibn Jochi, son fils aîné, reprend le flambeau de la Horde blanche, tandis que Orda ibn Jochi, le fils puîné, prend la tête d'une Horde bleue, qui reste vassale de celle de Batu. Bien que normalement soumise au grand khan de Chine, la Horde d'Or prend rapidement son indépendance, et s'oppose souvent aux dynasties sédentarisée d'Asie centrale. Ces nomades sont de grands pourvoyeurs de mamelouks, et s'associent parfois à la dynastie égyptienne et aux Francs contre leurs frères mongols.

Art de la dynastie il-khanide Architecture et urbanisme vignette|Plan de la mosquée du vendredi d'Ispahan. On voit bien les renforcements constitués par les quatre iwans, qui forment une sorte de croix. Le cercle derrière l'iwan qui abrite le mihrab indique la coupole. Les il-khanides reprennent en grande partie les traditions des Saljukides d'Iran : la brique est le matériau de construction privilégié, et la céramique et le stuc sont employés pour le décor ; pour les mosquées, on utilise le plan dit « iranien » à quatre iwans ; et d'une manière générale, iwans, coupoles à coque simple, trompes, et muqarnas font partie du répertoire architectural courant. Le décor de céramique prend de l’importance et se complexifie. .

Urbanisme

La ville de Maragha, qui servait de capitale d'été, fut fouillée en 1979. On y a surtout découvert un immense observatoire construit en 1259 sur l'ordre d'Hülegü, comportant seize bâtiments non couverts, et entouré de cinq tours. Tabriz, quant à elle, fut notablement agrandie par l'édification d'un faubourg (faubourg de Shams) comprenant une madrasa, une académie, une bibliothèque, des résidences… En 1304, Oldjaïtou fit à son tour établir une nouvelle capitale : Sultaniya, qui était composée notamment d'une citadelle à seize tours.

Le vizir Rashid al-Din ordonna également la construction de nombreux caravansérails le long des routes principales et de bains dans toutes les villes, ce qui génère des revenus.

Architecture palatiale

Étant donné les origines nomades des mongols, ceux-ci ont tendance à construire les bâtiments d'habitation en matériaux dégradables (bois, tissu). Il existe cependant un palais, Takht-i Sulayman ("le trône de Salomon"), bâti en briques et qui demeure plus ou moins conservé. Construit sur un ancien temple du feu sassanide sous le règne d'Abaqa (1265-1282), il fut fouillé entre 1959 et 1973 par une équipe allemande.

Le palais occupe une enceinte ovale sassanide, réorientée nord-sud par deux portes suivant les coutumes mongoles. Au centre se trouve une grande cour carrée, bâtie autour d'un lac et sur laquelle ouvrent quatre iwans de tailles et de fonctions différentes : celui de l'ouest est cantonné de deux éléments octogonaux qui servaient peut-être d'appartements, tandis que celui du nord mène à une salle de réception. Le décor est abondant et riche notamment dans les carreaux de céramique aux formes diverses et décorés selon différents procédés (lustre, lajvardina, moulage, glaçures colorées…). Certains illustrent des scènes du Shah Nama, car cet endroit était considéré comme le lieu de couronnement des rois sassanides. Des muqarnas sculptés en stuc se trouvaient dans les voûtes et les coupoles, et les chapiteaux étaient sculptés dans du marbre.

Architecture funéraire vignette|La Tour Radekan, à Tchenaran (Iran), tour funéraire en Iran mongol. Janvier 2015. en Iran, deux types de tombeaux sont édifiés : les mausolées sous coupoles et les tours funéraires.

L'exemple le plus important de mausolée sous coupole subsistant est le mausolée d'Oldjaïtou, construit en 1307-1313 à Sultaniya. Haut de et d'un diamètre de , ce gigantesque tombeau se trouvait au centre d'un important complexe comprenant khanqah, hôpitaux, madrasas, bibliothèques, collège philosophique... Il peut rappeler le mausolée de Sanjar, de par ses dimensions notamment, mais son plan orienté vers les points cardinaux (et non vers la Mecque) résulte d'une coutume mongole. De même, il ne compte pas moins de huit minarets, ce qui est extrêmement rare, et doit également être rattaché à la culture mongole. Le décor interne est réalisé avec de la céramique à glaçure turquoise et cobalt, parfois moulée, et grâce à des panneaux de stuc sculpté dont les motifs sont à rapprocher de l'art du livre. Le mausolée d'Oldjaïtou est le seul exemple de tombeau de ce type conservé, bien qu'on pense que ceux de Ghazan Khan et Rashid al-Din, aujourd'hui détruits, aient dû lui ressembler.

Pour les tours funéraires, une grande nouveauté apparaît dans la conception même de la tombe : celle-ci n'est plus isolée, mais jouxte une mosquée du vendredi. Les plans en général sont étoilés (tour de Bastam, tour de Radkan) ou polygonaux (mausolée de Shaykh 'Abd al-Samad à Natanz) à l'extérieur, et plus simples à l'intérieur. Le toit prend la plupart du temps la forme d'un cône. Du point de vue du décor, on note un jeu entre briques glaçurées et non-glaçurées, et l'incrustation de panneaux de stuc sculpté. Les muqarnas sont également très utilisés.

Architecture religieuse

Pour les mosquées, le plan employé est le plan iranien progressivement devenu typique avec ses quatre iwans et la salle de prière sous coupole. Des minarets encadrent les portails dont l'élancement est caractéristique de cette période. Le décor de céramique et de stuc se complexifie, les muqarnas sont très employés, dans les coupoles notamment. Les deux mosquées les plus remarquables de cette période sont celles de Varamin, érigée entre 1322 et 1326, et celle de Yazd, qui date de 1325-1334 mais a subi des ajouts postérieurs. Liste des édifices notables: Grande mosquée d'Ashtarjan Grande mosquée de Bastam Grande mosquée de Farumad Grande mosquée de Varamin

Objets

Dans le domaine des objets d'art, les Mongols produisent principalement de la céramique et du métal, mais aussi des tissus.

Céramique

La céramique de cette période est particulièrement bien connue, grâce à une intéressante source écrite : le traité d'Abu'l Qasim al-Kashani. Descendant d'une grande lignée de potiers, celui-ci compose en 1301 un ouvrage qui donne des recettes (pour la pâte siliceuse notamment), des techniques de décor (minaï, lajvardina, etc.) et de cuisson, etc. Ce traité est tout à fait unique en son genre, étant donné que la plupart des informations qu'il donne étaient conservées comme des secrets d'ateliers.

La céramique est pourtant un art un peu déclinant à cette période, vis-à-vis des pièces saljukides : les formes semblent un peu lourdes, les techniques utilisées coûtent moins cher, le décor se stylise...

Plusieurs centres de production sont recensés par les historiens : Kashan, seul centre absolument sûr, qui produit du lustre, mais semble cesser un temps son activité, entre 1227 et 1269. Tabriz, qui est mentionnée par Abu'l Qasim et d'autres sources historiques Rayy, un lieu actuellement disparu, mais également mentionné par Abu'l Qasim (à côté de l'actuelle Téhéran) Sultaniya, qui ne semble avoir produit que quelques types ciblés Kirman, dont la principale activité est l'imitation de céladons, mais qui produit également du lustre.

On relève de nombreuses formes, qui témoignent d'inspiration diverses : Les formes d'inspiration extrême-orientale, à savoir les coupes à côtes de melon, les coupes à marli festonné et les coupes octogonales et à pans coupés sur piédouche, Les formes d'influence saljukide, au nombre desquelles les présentoirs à épices et les albarelles renflées Les formes nouvelles, mongoles, c’est-à-dire principalement des bouteilles piriformes et des bols profonds.

Dans les décors, on note principalement l'arrivée de motifs chinois, comme les fleurs de lotus, les phénix, les dragons, etc. Ces décors se retrouvent principalement dans les carreaux, et beaucoup moins dans les pièces de forme. Les décors radiés sont extrêmement présents, dans diverses techniques, ainsi que des représentations animées à rapprocher des manuscrits contemporains, malgré l'abandon de la technique du minaï.

Plusieurs groupes peuvent être déterminés grâce à la technique de décor employée, sur une pâte toujours siliceuse : Le , produit principalement à Kashan. Les carreaux de revêtement sont produits jusque dans les années 1340, mais la vaisselle lustrée connaît un déclin dès 1261 et n'est plus produite à partir de 1284. Le , produit uniquement à la fin du et au remplace le mina'i. Comme lui, il s'agit d'une technique de petit feu, mais le décor se contente de peinture de couleurs rouge, noir et blanc, plus un dorage à froid, sur une glaçure transparente bleue ou turquoise.