vignette|Énigme de la psyché (Rätsel der Psyche) de Margret Hofheinz-Döring (1910–1994).

Le fantasme est une manifestation, consciente ou inconsciente, d’un désir. C'est un concept majeur de la psychanalyse.

Étymologie, histoire et définition du mot « fantasme » « Fantasme » vient du grec phantasma qui signifie « fantôme, hallucination visuelle »Dictionnaire de l'Académie française, neuvième édition, .. De même que la « fantaisie » reprise du grec phantasia signifiant « apparition », fantaisie étant la , « fantasme » est Alain Rey (dir.), Dictionnaire historique de la langue française (1992), tome 2 F/PR, entrées: « fantaisie » « fantasme », Paris,Dictionnaires Le Robert, 2000, , ..

Le mot « fantasme », ayant signifié d'abord « fantôme », s'est introduit avec le sens d' « illusion » au ; il est devenu un terme médical, avec le sens d'« image hallucinatoire » (1832). Puis, toujours d'après Le Robert historique, .

Psychanalyse Le fantasme (allemand : ) est une qui a la soutenant la réalisation d'un désir. Cela peut concerner une production consciente ou un rêve diurne pour se procurer de façon imaginaire un assouvissement érotique, agressif, d'amour-propre, etc. Le fantasme serait également à rapprocher du rêve nocturne ou du symptôme : toutes ces manifestations ont une même origine : le fantasme inconscient.

Traduction française de die Phantasie en psychanalyse Avec le développement de la psychanalyse, le mot « fantasme » s'est mis à marquer au , et dans ce sens, son emploi est à présent courant, là où . Selon le Dictionnaire historique de la langue française, à l'article « fantasme », la graphie phantasme a été aussi d'usage, mais . Le Vocabulaire de la psychanalyse précise que la graphie « phantasme », telle qu'elle est , a été proposée par Suzan Isaacs pour distinguer le fantasme inconscient du fantasme conscient.

La traduction devenue classique par « fantasme » en français du mot allemand Phantasie employé par Freud n'est pas sans poser quelques problèmes de fidélité au texte freudien. En 1989, dans l'ouvrage Traduire Freud, l'équipe de traduction des Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse opte finalement pour reprendre la proposition de Daniel Lagache de traduire die Phantasie par « fantaisie » au sens ancien du mot en français : en 1967 (dans le Vocabulaire de la psychanalyse), l'objection à cette proposition de Lagache était liée au sens moderne du mot « fantaisie » aujourd'hui connoté de celui de « caprice », d'« irrégularité », d'« absence de sérieux », etc.. Mais la traduction par « fantaisie » a l'avantage comme c'est le cas de l'allemand Phantasie (et de sa traduction anglaise fantasy), tandis que « fantasme » désigne seulement . Dans l'emploi qu'en fait Freud, ) en allemand signifie « l'imagination », moins au sens de l' des philosophes que . En français, le terme « fantasme », aujourd'hui est d'une . Dans Traduire Freud, Jean Laplanche note l'observation de Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy dans L'absolu littéraire (1976) où ceux-ci rapportent die Phantasie aux écrits du premier romantisme en la distinguant de l'Einbildungskraft de Kant qui est « l'imagination transcendantale ».

Freud Jean Laplanche et J.-B. Pontalis donnent en 1967 cette définition du « fantasme »: c'est un « scénario imaginaire où le sujet est présent et qui figure, de façon plus ou moins déformée par les processus défensifs, l'accomplissement d'un désir et, en dernier ressort, d'un désir inconscient ». Toutefois, est-il précisé d'emblée dans le Vocabulaire de la psychanalyse, le fantasme peut se présenter sous diverses modalités : .

Genèse de la notion de fantasme chez Freud Le terme , qui appartient à la langue courante et signifie « imagination », « fantaisie », apparaît chez Freud dès les Études sur l'hystérie (1895), avec l'observation faite de la fréquence de rêveries diurnes chez les hystériques. D'après Roger Perron, la notion va se préciser dans les Lettres à Wilhelm Fliess et prendre rapidement place . Perron cite Freud dans la lettre du : . Dans le Manuscrit M, Freud — cité par Perron — explique comment : il s'agit de . Dès lors, souligne Roger Perron, .

vignette|droite|upright=0.7|Ingres, Œdipe explique l'énigme du Sphinx, 1827.

Avec le renoncement à ses neurotica (Lettre à Wilhelm Fliess du ), Freud renonce à son affirmation précédente d'une « réalité » de fait d'un dans l'étiologie de l'hystérie: il va admettre progressivement que. Pour Roger Perron, la naissance de la notion psychanalytique de fantasme date donc vraiment de 1897, et elle serait (Lettre à Fliess du ), ainsi que Freud authentifiera beaucoup plus tard dans Ma vie et la psychanalyse (1925): (Freud en 1925).

Dans la suite de l'œuvre La notion de fantasme se retrouve tout au long de l'œuvre freudienne et surtout avant le tournant des années 1920. Roger Perron cite ainsi « Les souvenirs-écrans » (1899), L'Interprétation du rêve (1900), Le délire et les rêves dans la « Gradiva » de W. Jensen (1907), « La création littéraire et le rêve éveillé » (1908), « Les fantasmes hystériques et leur relation à la bisexualité » (1908), « Les théories sexuelles infantiles » (1908), Totem et Tabou (1913), L'homme aux loups (1918 ), « Un enfant est battu » (1919).

D'après le même auteur, le statut du fantasme reste néanmoins dans l'œuvre de Freud, spécialement . Au chapitre VII de L'Interprétation du rêve, Freud a généralisé le modèle du rêve comme réalisation du désir (« le rêve est l'accomplissement d'un désir ») — où le fantasme inconscient apparaît comme étant d'origine pulsionnelle — au travail de pensée dans son ensemble, rendant compte de la sorte . À une nuance d'importance près toutefois, remarque Perron, que Freud précisera dans « Formulations sur les deux principes du fonctionnement psychique » (1911) : le fantasme . C'est très net au moment de la « satisfaction hallucinatoire du désir » du très jeune enfant qui, en l'absence du sein ou de la personne lui procurant la satisfaction, doit commencer de « se représenter » l'objet né en quelque sorte de son absence même : Wilfred Bion développera à ce sujet une .

Klein Chez Melanie Klein, l'ensemble de la vie psychique ne saurait être compris que comme fantasmatique. Klein écrit en 1975:Klein, M (1975) Love, Guilt and Reparation and Other Works 1921-1945. London: Karnac Books, p. 290.

Lacan

Lacan reprend le concept freudien de fantasme mais en souligne la fonction défensive, un qui empêche le surgissement d'un épisode traumatique et n'appartient pas au seul registre de l'imaginaire.

En revenant sur le fantasme évoqué par Freud "Un enfant est battu" (1919), Lacan met en valeur 2 points essentiels : Tout d'abord, le fait qu'il soit articulable en une phrase et il en souligne la structure grammaticale qui varie selon les moments où il est évoqué, et ensuite l'affect qui accompagne son apparition ou son retour. Gil Caroz, dans son enseignement à l'Ecole de la Cause freudienne en 2017-2018, intitulé L'obsessionnel et son réveil, consacre sa 4ème leçon au fantasme. Il définit le fantasme comme "une articulation qui recouvre d'une signification absolue l'abîme qui existe entre le sujet et l'objet." Il fait du fantasme une formule qui organise toute la vie du sujet, sans qu'il le sache.

Bien que les fantasmes varient d'un sujet à l'autre, il y a une structure théorique générale, le fantasme fondamental, que le patient en analyse en remaniant ses défenses et en modifiant son rapport à la jouissance.

Jacques-Alain Miller (cours du 1er décembre 1982) indique le fantasme comme tel est essentiellement tempérament de la jouissance. C'est une limite apportée à la jouissance. Il précise que Lacan souligne que ce dont le désir se supporte dans le fantasme se constitue de certaines limites. "Le fantasme ramène la jouissance au principe du plaisir" conclut Jacques-Alain Miller.

Lacan propose un mathème pour rendre compte du fait que le fantasme relève du symbolique et de l'imaginaire ainsi que de l'opposition au réel : . Le symbolique est représenté par le ($) qui renvoie à la division du sujet consécutive à sa naissance et son entrée dans le langage, l'objet a (a) est le manque fondamental comblé imaginairement, et la fonction de nouage (◇) du symbolique, de l'imaginaire et du réel qu'opère le fantasme.

Ainsi le fantasme, sous la forme de ce mathème apparait clairement comme soutien du désir dans le graphe du désir construit par Lacan dans Subversion du sujet et dialectique du désir dans l'inconscient freudien (Ecrits, 1966. p.817)

Psychologie analytique

Au-delà de l’idée de désirs refoulés plus ou moins conscients du Moi, en psychologie analytique le mot « fantasme » désigne des contenus psychiques issus des profondeurs de l’inconscient qui se traduisent en émergences agissantes. Pour C G Jung, le fantasme serait « le produit d’une activité psychique créatrice »: il s’agirait d’une irruption de contenus inconscients quand l’attitude est passive ou d’imagination active quand le moi s’engage dans « une attitude intuitive d’attente ». Ainsi, en psychologie analytique, le fantasme est au cœur de la pratique de l’imagination active, une « imagination à qui on donne libre cours pour créer comme elle l’entend selon sa propre logique et les fins qu'elle se donne ».

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

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Articles connexes Fantasmes originaires Réalité psychique Rêve#Psychologie Rêverie#Psychanalyse Réel,_symbolique_et_imaginaire#Imaginaire Théories psychanalytiques sur les hallucinations Imagination Fantasme sexuel

Liens externes

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