Le mouvement national algérien est le mouvement sociopolitique et anticolonialiste qui, né au début du pendant la colonisation française de l’Algérie, mène au déclenchement de la guerre d'indépendance de ce pays en 1954. Il comprend deux tendances politiques : les réformistes d'une part et les indépendantistes d'autre part.
Le réformisme politique nait au début du par les actions menées par le mouvement des Jeunes Algériens, constitué de notables et d’intellectuels musulmans qui fondent les premières associations culturelles et journaux algériens. Son aile assimilationniste évolue en une organisation politique représentée par les élus musulmans qui organisent leur premier congrès en 1927 et fondent ensuite la fédération des élus. Ce courant décline pendant la Seconde Guerre mondiale en raison de l’absence de réformes politiques et du fait de la montée du nationalisme.
Le courant indépendantiste est mené jusqu'en 1954 par le mouvement englobant successivement l'Étoile nord-africaine (ENA), le Parti du peuple algérien (PPA) et le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), dirigés principalement par Messali Hadj. L’Étoile nord-africaine est fondée à Paris en 1926 et milite dès sa création pour l'indépendance de l’Algérie. Après la dissolution de l'Étoile, le Parti du peuple algérien est constitué en 1937, puis le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques en 1946. D’autres mouvements plus modérés évoluent également dans la scène politique algérienne, principalement l’Association des oulémas musulmans algériens, créée en 1931 par les Oulémas dans la droite ligne du mouvement islamiste né en 1920 et prônant un réformisme religieux et culturel, ainsi que le mouvement communiste représenté par le Parti communiste algérien, né en 1936, et l’Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) de Ferhat Abbas, fondée en 1947.
Contexte socio-économique
alt=Tableau d'une école|thumb|École de broderie à Alger, fin du
Au début du , la population algérienne, qui connait une forte poussée démographique, demeure fortement rurale.. Même si les grandes villes sont peuplées principalement par les Européens, le salariat se développe et la noblesse algérienne traditionnelle est marginalisée.. Affaiblie et bouleversée par la destruction de sa formation sociale traditionnelle, due notamment à la perte de ses terres agricoles et pastorales, la population algérienne ne peut pas s’opposer à l’ordre colonial établi..
Si quelques insurrections, suscitées par le mécontentement social et le refus de la conscription tels que le soulèvement dans les monts des Beni-Chougrane en 1914 et le phénomène des « bandits d’honneurs » (qui se développe notamment dans la région des Aurès.), ont lieu dans les campagnes surtout, la contestation de l’ordre colonial semble se déplacer vers la ville, où subsiste une bourgeoisie conservatrice fidèle au passé ottoman et, à partir des années 1920, dans l’émigration algérienne en France. Le mouvement national algérien se présente alors en deux tendances, le mouvement religieux des Oulémas et le mouvement moderniste des « évolués », également nommé les « Jeunes Algériens »..
La situation des Algériens musulmans s’aggrave par la crise économique qui frappe le pays après la Première guerre mondiale. et qui provoque une famine sévère.. Sur le plan juridique, les musulmans sont des « sujets français » qui ne bénéficient pas des droits et des libertés garantis aux citoyens par la Constitution française.. Cette inégalité se manifeste dans différents domaines : code de l'indigénat, service militaire, fiscalité ainsi que dans les accès aux emplois publics. Elle se caractérise également par des restrictions accordées aux libertés publiques : réunions, presse, enseignement et circulation.. En 1919, la plus importante réforme électorale avant 1947 permet d’élargir le corps électoral musulman de en 1914 à pour désigner une cinquante de délégués financiers et de conseillers généraux. Elle permet également à environ votants de choisir membres d’assemblées locales ()..
Jeunes Algériens thumb|left|L’émir Khaled.
Les Jeunes Algériens ou « Parti des jeunes », appellation qui fait référence aux Jeunes-Turcs, est un mouvement né de l’émergence d’une nouvelle bourgeoisie, liée aux intellectuels citadins ou au commerce moderne, dont les éléments — qui ont fréquenté l’école française et exercent des métiers intellectuels, académiques ou administratifs — sont appelés les « évolués ».. Souvent laïques, proches des mouvements des Jeunes Turcs et des Jeunes Tunisiens, ils bousculent les élites traditionnelles. ; ils englobent deux tendances : d'une part des partisans d’un « patriotisme musulman » et de la nahda (en arabe ), la Renaissance islamique, et d'autre part des assimilationnistes partisans des valeurs héritées des « Lumières » et de la Révolution française. Au demeurant, ces deux tendances restent attachés à l’islam, la civilisation islamique et la langue arabe., ce qui leur vaut la désapprobation des Européens d'Algérie et la critique de la presse coloniale, qui les accusent de nationalisme et de panislamisme..
L’émir Khaled, petit-fils de l’émir Abdelkader, est la figure emblématique de ce mouvement ; il avait notamment adressé en 1919 un message au président Wilson réclamant l'application du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes à l'Algérie. et la représentation des Algériens à la conférence de Versailles.. Il triomphe aux élections municipales d’Alger., puis aux départementales en 1920. Il mène de 1920 à 1923 une lutte contre le système colonial français, notamment par le biais du journal L’Ikdam qui présente le combat pour la cause algérienne et la défense des intérêts des musulmans.. Présenté comme un nationaliste anti-français, il est critiqué par la presse européenne de l'époque. et dénoncé par les élus administratifs..
L’émir Khaled est à l’origine du courant dit du « khalédisme » : un mélange des sphères sociales et politiques.. Sur le plan politique, il représente une synthèse entre le communisme anticolonial et l’arabisme naissant, mais également un pont entre l’élite algérienne naissante issue des écoles mises en place par la France, et la masse musulmane auprès de laquelle il est populaire et reconnu comme un meneur nationaliste.. Cependant, après sa démission et son exil en 1923, son mouvement connait un déclin à la suite des échecs électoraux. et à l’abandon par les élus assimilationnistes de la voie nationaliste prise par le mouvement..
Les Jeunes Algériens comptent, comme autres personnalités notables, le docteur Benthami, qui dirige une délégation en 1912 pour mener des réformes politiques., Chérif Benhabilès, signataire d’un manifeste proclamant la naissance du mouvement., Mohammed Ben Rahel, partisan quant à lui d’un meilleur enseignement de la langue arabe ou Mohand Saïd Lechani, figure de l'enseignement « indigène », Sadek Ben Denden, directeur du journal "L'Islam. Organe hebdomadaire démocratique" puis du journal L'Ikdam.
Le mouvement participe activement à la diffusion culturelle et scientifique et à la revendication des droits civiques et politiques : fin du code de l'indigénat, égalité devant l’emploi et le service militaire, libertés individuelles et collectives, instruction, meilleure représentation politique. Il est à l’origine des premiers journaux algériens et de nombreuses associations, ou nadi. Il contribue ainsi à l’émergence du mouvement national algérien dans sa forme moderne.
Évolution du courant indépendantiste Premier parti nationaliste : l'ENA alt=Messali Hadj|vignette|Messali Hadj
Le mouvement national émerge à partir des années 1920 avec la radicalisation du courant nationaliste lancée par la création de l’Étoile nord-africaine (ENA) officiellement en 1926, au sein de l’émigration algérienne en France et au contact des organisations proches de la Internationale.. L’émir Khaled en est le président d’honneur, Hadj Ali Abdelkader, un membre du Parti communiste français, le fondateur.. Par la suite, Messali Hadj s’impose comme le chef charismatique des mouvements indépendantistes..
L’organisation œuvre à répandre les idées anticolonialistes chez les immigrés nord-africains, dans le but d'obtenir l’indépendance totale des pays d’Afrique du Nord (Algérie, Maroc et Tunisie). La propagande indépendantiste est plus favorablement accueillie chez les ouvriers kabyles, nombreux à cette époque. Messali Hadj participe au congrès anti-impérialiste de Bruxelles de 1927 où il rencontre de nombreuses associations et organisations européennes ainsi que des futures personnalités du « tiers-monde ». Son mouvement réclame une justice sociale à l’instar des autres courants du mouvement algérien, mais il s’illustre surtout par sa position de premier parti politique à réclamer l’indépendance de l’Algérie, la constitution des institutions étatiques nationales, et la nationalisation à l’État algérien, des infrastructures économiques et des moyens de productions ainsi que l’officialisation de la langue arabe.. Il organise de nombreuses réunions publiques dans l'objectif de cette indépendance.. Pour Messali Hadj, la France accomplit une œuvre de destruction à l’égard des Musulmans et il déclare à ce propos dans une réunion publique à Alger en 1933 : .
thumb|Exemplaire du journal El Ouma (date inconnue) de l'Étoile nord-africaine Les exigences indépendantistes sont présentées dans le journal du mouvement Ikdam, interdit en 1927 mais remplacé par le journal El Ouma en 1930. Dissoute en 1929 pour , l’ENA renaît sous le nom de la Glorieuse Étoile nord-africaine mais les militants et la presse continuent de parler de l’Étoile nord-africaine.. Elle est cependant définitivement dissoute en 1937 par un décret qui prononce la dissolution de groupements qui portent atteinte à l’intégrité territoriale de la France.. L'ENA est un mouvement populiste qui hérite des méthodes d’organisation, d’encadrement et de propagande des communistes, mais demeure nationaliste, attaché à l’islam et à la pensée centraliste et jacobine., également attiré par le nationalisme arabe de Chekib Arsalan.. La fondation de l’ENA est un fait capital dans l’histoire politique contemporaine de l’Algérie car l’indépendance algérienne est posée par une organisation politique de militants algériens.. Elle adopte également un drapeau qui symbolise l’Algérie indépendante et qui contient les trois couleurs du drapeau algérien..
La montée du PPA
Après de nombreuses arrestations et interdictions, Messali Hadj crée le Parti du peuple algérien (PPA) en 1937. Il rentre en Algérie pour assurer la direction de la nouvelle organisation. Cependant, il est encore une fois arrêté à Alger avec d'autres dirigeants, l'administration française étant inquiète de la popularité grandissante du mouvement dans le milieu rural algérien. et de la progression du nationalisme populaire.. Messali est condamné à deux ans de prison pour : , ce qui entraîne un léger mouvement d'agitations et de grèves. Les membres du PPA triomphent aux élections cantonales en 1937 et municipales en 1938, notamment à Alger.. Messali est élu à une écrasante majorité conseiller général d'Alger, mais l'élection est invalidée par la préfecture.
Le mouvement gagne de plus en plus en popularité, surtout chez les jeunes : les écoliers chantent l'hymne du PPA, des cellules et des mouvements de jeunesse se constituent. Le PPA reste fidèle aux principes établis en 1926 par l'Étoile nord-africaine : abolition du code de l'indigénat, libertés démocratiques, indépendance par le biais d'une constitution souveraine, rejet de l’attachement politique de l'Algérie à la France. et du projet Blum-Viollette.. Le mouvement recrute principalement dans les couches populaires, notamment chez les travailleurs.. Il est indépendant de tout parti français et il utilise différents moyens pour faire sa propagande : tracts, journaux, réunions, fêtes ou enterrements..