L'histoire de l'art en AcadieL'Acadie comprend grosso modo le Nord et l'Est de la province canadienne du Nouveau-Brunswick ainsi que des localités plus isolées à l'Île-du-Prince-Édouard, à Terre-Neuve-et-Labrador et en Nouvelle-Écosse. Au sens large, l'Acadie fait aussi référence aux communautés de la diaspora acadienne situées au Québec et aux États-Unis ; des personnes d'ascendance acadienne se retrouvent également en France, aux îles Malouines et dans les Antilles. L'Acadie n'est pas reconnue officiellement mais formerait une nation par sa langue, sa culture, ses institutions et ses symboles. s'échelonne sur plus de quatre siècles. Les premiers textes littéraires d'Amérique du Nord sont produits par Marc Lescarbot en Acadie en 1606. La situation socio-économique et ensuite le Grand Dérangement ont toutefois longtemps empêché les Acadiens de produire un grand nombre d'œuvres d'art. La tradition orale reste d'ailleurs forte jusque dans les années 1960, où la culture se diversifie.

Enpremier vignette|Présentation du Théâtre de Neptune face à l'habitation de Port-Royal. Dessin de Charles William Jefferys. L'empremier, autrement dit la période de l'histoire acadienne d'avant 1755, compte peu d'artistes dont l'œuvre a survécu jusqu'à nos jours et aucune organisation professionnelle. Marc Lescarbot produit toutefois les premiers textes littéraires en Amérique du Nord en 1606. Des visiteurs comme Biard, Leclercq, Denys, Dièreville, Maillard et Bourg écrivent ensuite sur la géographie, la flore et la faune de l'Acadie. Des religieux comme de Saint-Vallier témoignent quant à eux des conditions religieuses et économiques. La lenteur de la croissance démographique et la situation stratégique de l'Acadie, causant de nombreuses guerres, expliquent d'ailleurs que les textes produits en Acadie ne sont pas comparables à ceux du Canada ou de la France.

De la déportation à la renaissance

La déportation des Acadiens a lieu de 1755 à 1763 mais le rétablissement complet de la population n'a pas lieu avant les années 1820. La culture et la société acadienne se reconstruisent lentement, , sans littérature mais avec une tradition orale florissante ayant laissé histoires, légendes et chansons jusqu'à nos jours. Un système scolaire commence à prendre forme vers le milieu du et le Collège Saint-Joseph est fondé à Memramcook en 1854. Ses diplômés s'impliquent activement dans leur communauté et, aidés par le clergé, ils se préoccupent de leur identité et de leurs aspirations dans une société désormais dominée par une majorité d'anglo-protestants.

De la Renaissance aux années 1950 La prise en main de la société, de l'économie et de la politique par les diplômés du collège Saint-Joseph et du clergé est ravivée par les Conventions nationales acadiennes, la première ayant lieu à Memramcook en 1881. Le débat nationaliste, inspiré par les œuvres de François-Edme Rameau de Saint-Père et stimulé par le clergé québécois, domine la littérature jusqu'en 1966. Présent dans les sermons des prêtres, les discussions et dans les médias – L'Évangéline et Le Moniteur acadien –, le débat englobe la politique, l'économie et la société La redécouverte de leur histoire inspire les Acadiens, un domaine où Pascal Poirier se démarque par ses écrits. Le débat nationaliste domine la production culturelle tout en favorisant la guérison du traumatisme de la déportation des Acadiens et la redéfinition de l'acadianité.

Il n'y a pas à proprement parler de classe sociale pouvant se permettre le mécénat jusqu'à la renaissance acadienne du ; c'est alors que le clergé peut occuper ce rôle.

Peinture et sculpture Jusqu'au début du siècle, la sculpture et la peinture est surtout réalisées par les décorateurs d'églises, parfois autodidactes. Parmi les principales œuvres toujours existantes, notons celles de Philomène Belliveau, Caroline Léger, Anna Bourque-Bourgeois, Jeanne Léger, Alma Buote et Yolande Boudreau, qui ont toutes étudié l'art à l'étranger. L'église Sainte-Anne-de-Kent, qui comptait entre autres des tableaux d'Édouard Gautreau, était surnommée la « chapelle Sixtine de l'Acadie » jusqu'à sa destruction dans un incendie en 2007. À partir des années 1930, le médecin québécois Paul Carmel Laporte enseigne la sculpture et le dessin à Edmundston et forme plusieurs artistes de renom, dont Claude Picard, Claude Roussel et Marie Hélène Allain.

Tapis houqués vignette|upright=0.5|Femme fabriquant un tapis houqué en 1938. . La plupart des modèles se font en série mais certaines houqueuses comme Elizabeth LeFort se font connaitre pour leur murales, notamment La Dernière cène.

Musique Selon un vieux proverbe, les Acadiens sont nés avec la musique dans le sang. Le violoniste Arthur LeBlanc et la cantatrice Anna Malenfant se font connaître à l'étranger au début du . Eugène Lapierre – un Québécois d'origine acadienne – et Benoît Poirier deviennent des organistes réputés à Montréal.

Littérature vignette|gauche|Gilbert Buote, auteur du premier roman acadien. En poésie, F. Moïse Lanteigne et Napoléon-P. Landry sont à noter, de même qu'Antoine-J. Léger, Hector Carboneau et J.-Alphonse Deveau dans le roman. Le premier roman, Placide, l'homme mystérieux, publié en 1904 par Gilbert Buote, n'est toutefois pas nationaliste mais est une histoire policière se passant à New York.. Eddy Lacroix publie le premier recueil de poésie, La Vie en croix, en 1948.

Théâtre Au cours de cette période, Alexandre Braud et Jean-Baptiste Jégo se démarquent au théâtre, ce dernier dépassant le thème nationaliste et mettant l'accent sur la lutte pour la liberté de l'enseignement, un thème aussi abordé par James Branch.

Premières apparitions au grand écran

Le film américain An Arcadian Elopement, tourné en 1907, est le premier à traiter des Acadiens ; il reprend toutefois le mythe de l'Acadie terre promise. Entre 1908 et 1929 s'ensuivent six versions d'Evangéline, le poème d'Henry Longfellow inspiré de la déportation des Acadiens. C'est d'ailleurs cette œuvre qui inspire , le premier film canadien, tourné en 1913. Les frères Joseph et Sam De Grasse comptent parmi les pionniers du cinéma américain durant les années 1910.

L'Office national du film du Canada fonde un studio à Moncton en 1947.. Le court-métrage The Acadians est coproduit par l'organisme la même année. L'enfilade de scènes pittoresques a été décrite comme un « chef-d’œuvre de condescendance coloniale ». Il faut attendre 1948 pour qu'un premier documentaire, Louisiana Story, de l'Américain Robert Flaherty, montre une image des Acadiens dénuée de tout mythes ou préjugés coloniaux. Les tapis houqués, déjà présent dans The Acadians, sont l'un des sujets d'un autre film sur les Acadiens, Coup d'œil, produit par l'ONF en 1950. En 1952, le Québécois Roger Blais réalise, pour le même studio, Voix d'Acadie, un court film d'archives considéré comme l'un des premiers témoins réels de la culture acadienne, dans ce cas la chorale du Collège Saint-Joseph. À noter que ces films sont distribuées en français au moins un an après la version anglaise et que Patrick Condom Laurette dénonce le fait qu'aucun film n'a été réalisé sur la chorale féminine du Collège Notre-Dame d'Acadie, pourtant considérée comme la meilleure au pays à l'époque.

Des années 1950 aux années 1980

Le débat nationaliste n'est plus au centre de la pensée acadienne, car l'existence même de la communauté acadienne n'est plus en question. Dans les contexte des mouvements radicaux des années 1960, de la Révolution tranquille au Québec, du programme Chances égales pour tous de Louis Robichaud, le Rassemblement des jeunes, en 1966, remet en cause le débat nationaliste et rejette la culture traditionnelle acadienne. Les grèves étudiantes et les nuits de la poésie favorisent également ce mouvement, de même que le grand succès de La Sagouine d'Antonine Maillet, de la popularité des chansonniers, de la publication de jeunes auteurs et de la fondation des Éditions d'Acadie. Durant cette période du « retour à Beaubassin », des artistes acadiens du Nord se déplacent à Moncton, une situation expliquée par la présence des studios de la Société Radio-Canada et de l'Office national du film mais surtout de l'influence de l'Université de Moncton. Ce mouvement se poursuit jusque dans les années 1980 mais, malgré quelques succès cinématographiques, la censure, les problèmes de financement et le mercantilisme nuisent ensuite.

Selon Patrick Condom Laurette et Claude Roussel, la situation politique de l'Acadie et la nature folklorique de son art laissent peu de place au futur... D'ailleurs, un aspect résiduel de l'Acadie en tant que culture populaire, représenté par des œuvres comme Evangéline, inspire parfois encore les artistes, notamment et Roméo Savoie avec son tableau Seal of Approval (1978) et son poème Eurydice voyeuse (1981). En 1982, le même artiste affronte plutôt le néant avec The Great Acadian Fan (1982). D'un autre côté, « un certain style » antimoderniste, d'aspect « folkesque », inspiré par le souci commercial et les médias, dérivé de l'œuvre des peintres religieux québécois du , puis des sculpteurs sur bois, inspire des sculpteurs comme Claude Roussel et Raymond Martin. Les années 1980 sont une décennie de malaise pour de nombreux Acadiens et l'exposition Acadia Nova, organisée en 1981, survient au début d'une période où les artistes désacadianisent leur œuvre, car, selon Philippe Doucet, « l'enfant, qu'était l'Acadie pendant plusieurs siècles, a maintenant franchi le stage de son adolescence ».

Il faut attendre les années 1960 pour trouver de véritables initiatives de mécénat, quoique l'église du Christ-Roi, conçu en 19?? par Yvon Roy à Moncton, préfigure cette période.

Peinture et sculpture Claude Roussel met sur pied le département des arts visuels de l'Université de Moncton en 1963, permettant la formation structurée d'artistes. Le recteur de l'université, Clément Cormier, tente de « sortir les Acadiens de leur petit reste folklorique ». À la même époque, plusieurs artistes doivent encore suivre des cours à l'extérieur avant de poursuivre leur carrière en Acadie, dont Gertrude Godbout, Eulalie Boudreau, René Hébert, Georges Goguen, Roméo Savoie, Hilda Lavoie-Frachon et Claude Gauvin. Certains réalisent des peintures religieuses et murales pour les églises, dont Claude Picard et Ernest Cormier. Les sculptures environnementales en pierre de Marie-Hélène Allain sont exposées dans plusieurs édifices publics. Nelson Surette se fait connaître grâce à ses tableaux représentant la vie quotidienne. Adrien Arsenault est aussi reconnu. Nérée De Grâce puise son inspiration dans le folklore acadien et ses tableaux se retrouvent dans plusieurs collections à travers le monde, ainsi que sur un timbre de 1981. Les musées canadiens possèdent des œuvres d'autres artistes, dont les plus connus sont les sculpteurs Arthur Gallant, Alfred Morneault et Octave Verret ainsi que les peintres Léo B. LeBlanc, Médard Cormier et Camille Cormier.

Poésie Donat Coste, un acadien de la diaspora, dénonce l'hypocrisie de la société moderne en 1957 dans L'Enfant noir. Un autre Acadien de la diaspora, Ronald Després, décrit le monde de façon tragiquecomique dans ses nombreux poèmes et son roman Le Scalpel interrompu.

La poésie est la première forme littéraire à être influencée par le renouveau idéologique et social des années 1960. Ses thèmes sont centrés sur l'Acadie, la recherche d'identité et le rejet des valeurs traditionnelles. Entre 1973 et 1976, quatre poètes marquent la littérature par leur langage familier et leur recherche stylistique. Raymond Leblanc illustre le désir de bâtir un pays tandis que Herménégilde Chiasson dénonce le « mort-vivant » collectif, quand ils n'écrivent pas sur l'amour et la vie quotidienne, sans prétentions politiques. Guy Arsenault traite de façon légère la façon dont l'Acadie est dépréciée alors qu'Ulysse Landry dénonce l'envahissement et la dépréciation de la vie quotidienne par la modernité.