L'histoire de Rimouski traite de cette thématique de la ville de Rimouski depuis ses origines. Elle débute par des indices de la présence des premiers chasseurs amérindiens vers l'an 8000 avant notre ère jusqu'au passage des premiers navigateurs européens au , à la création de la seigneurie de Rimouski en 1688 et à l'arrivée du premier seigneur résident, René Lepage de Sainte-Claire, en 1696, à son lent développement qui a mené à la création et au détachement de plusieurs municipalités au et dans la première moitié du et au regroupement de toutes ces petites villes en 2002 pour former la ville actuelle.

Préhistoire et protohistoire

À la fin de la dernière glaciation, le territoire occupé par Rimouski et l'ensemble du littoral bas-laurentien émergent graduellement du couvert de glace, puis de la mer de Goldthwait, dont le niveau redescend à partir de avant le présent (BP) pour laisser apparaître le littoral de l'estuaire du Saint-Laurent tel qu'on le connaît de nos jours.

Différents indices laissés dans le sol donnent des indications sur les changements qui sont survenus au milieu terrestre durant la période qui suit la fonte de l'inlandsis. La végétation apparaît peu à peu sous forme d'étendue de toundra jusqu'en 9500 BP puis, peu à peu, la forêt de conifère s'avance il y a environ 8000 ans. La faune refait son apparition, les poissons devenant abondant et les grands mammifères commencent à repeupler le territoire.

Les premières traces d'occupation humaine sur le territoire actuel de la ville de Rimouski surviennent au cours de la période du Paléoindien récent, c'est-à-dire (± 130) ans BP. Des traces d'industrie lithique de culture Plano ont été retrouvés dans plusieurs sites situés sur une terrasse à une élévation de dans le secteur de Sainte-Odile-sur-Rimouski à l'occasion de la construction d'une bretelle de l'autoroute 20, en 1992.

L'archéologue Claude Chapdelaine avance l'hypothèse que les groupes Plano de l'Est se seraient graduellement déplacés Ils se déplaçaient en plus petits groupes que leurs prédécesseurs en raison de la compétition pour les ressources, des climats plus rigoureux et des milieux plus pauvres sur le plan biotique, les obligeant à pratiquer un nomadisme étendu.

Les objets retrouvés sur les sites de Rimouski semblent être taillés dans une même variété de chert. Bien que l'on n'ait pas déterminé de manière définitive la provenance des matériaux ayant servi à confectionner les outils des premiers Rimouskois, certains indices tendent à indiquer une origine gaspésienne pour certaines pièces, mais ce matériau pourrait aussi provenir des carrières du Témiscouata, où on a découvert des cherts à radiolaires d'appariement chimique similaire. Les analyses de la composition des matériaux ouvrent également la possibilité que les nomades qui ont fréquenté le site de Saint-Odile proviennent de la région de Québec.

Durant une seconde période, désignée par les archéologues sous le vocable d'Archaïque maritime, s'étend de 7000 à 2000 ans BP. Les manifestations culturelles découvertes durant cette période dans la région datent d'environ 4000 ans, pour le plus ancien, situé sur la rive est du cap à l'Orignal, dans le Parc national du Bic. Le site, asséché 1000 ans plus tôt, recèle plusieurs indices sur le mode de vie des Amérindiens qui ont utilisé le site : outils et retailles de roche silicieuse ainsi que de nombreuses pierres cassées et rougies, indiquant la présence de foyers utilisés pour le chauffage, la cuisson des aliments ou le fumage de la viande.

D'autres sites de la période archaïque, découverts à Saint-Fabien-sur-Mer et au cap à l'Orignal, dénotent le passage de groupes peu nombreux et très mobiles. Les rares matières lithiques retrouvées s'apparentent à des roches de la côte nord de la Gaspésie et pourraient dénoter le passage de groupes remontant l'estuaire du Saint-Laurent à partir du nord-est.

Explorations Jacques Cartier entreprend au total trois voyages au Canada entre 1534 et 1542, s'enfonçant toujours plus dans le fleuve à la recherche d'un passage vers l'Inde et la Chine, ainsi que diverses richesses pour son roi. C'est lors de son deuxième voyage (1535-1536) que l'explorateur malouin Jacques Cartier part pour Terre-Neuve avec la mission de « parachever la découverte des terres occidentales ». François est roi de France au nom duquel il reçoit le mandat d'explorer. Il arme une flottille de trois navires : La Grande Hermine, La Petite Hermine, et L'Émérillon, cent-dix hommes et de quinze mois de vivre. À la fin d'août 1535, il atteint le littoral rimouskois. Il décrit dans sa remontée les îles du Bic, Bicquette et du Nord-Ouest et note la présence de l'île Saint-Barnabé. Il décrit comme une autre île plus à l'Est, « où il n'y a poinct de passaige entre terre et elle que par basteaulx ». . Il poursuit ensuite sa route vers Stadaconé et Hochelaga.. ou il fera face et surpris par les glaces à l'hiver canadien. Ce premier hiver sera fatal pour une bonne partie de son équipage, vingt-cinq au total. Forçant l'abandon faute d'équipage au printemps suivant de la Petite Hermine. droite|sans_cadre|124x124px Samuel de Champlain mouille dans le havre du Bic et nomme cette région « Pic », s'inspirant du massif rocheux devant lui. Dix ans plus tard, le fondateur de Québec modifiera légèrement le nom en parlant du Bic : Le sommet du massif sera renommé pic Champlain en 1979..

Le missionnaire jésuite Henri Nouvel est le premier Européen à décrire un passage en sol rimouskois, lorsqu'accompagné d'un groupe d'Amérindiens, il y célèbre une messe le 8 décembre 1663 face à l’île Saint-Barnabé ou à la Pointe-au-Père avant de remonter la rivière Rimouski vers l'intérieur des terres.

Seigneurie de Rimouski

thumb|alt=Gravure représentant la Nouvelle-France en 1660.|Carte de la Nouvelle-France en 1660.

Afin de peupler la Nouvelle-France, les autorités de la colonie instaure le régime seigneurial vers 1627. Le régime concède des seigneuries à des « seigneurs » provenant de l'élite locale qui doivent ensuite s'y installer et les peupler. Ces seigneuries sont situées le long des rives du fleuve Saint-Laurent, principale voie de transport et de communication de la colonie.

La seigneurie de Rimouski est concédée le 24 avril 1688 à Augustin Rouer de Villeray et de la Cardonnière. Elle mesure deux lieues de front sur le Saint-Laurent par deux lieues de profondeur et inclut les rives de rivière Rimouski, l'île Saint-Barnabé et les îles adjacentes. Cependant, l'acte de concession est imprécis sur la délimitation des frontières. Augustin Rouer de Villeray ne développe pas son fief et l'intendant Champigny, rencontre des fermiers de l'île d'Orléans pour trouver un seigneur prêt à plus d'efforts de colonisation. Le 10 juillet 1694, René Lepage de Sainte-Claire échange sa terre en culture sur l'île d'Orléans à Rouer de la Cardonnière pour la seigneurie de Rimouski.

thumb|left|upright=.7|Blason de René Lepage de Sainte-Claire. Probablement la même année, René Lepage arrive à Rimouski pour construire une maison et défricher la terre. Il s'installe avec sa famille en 1696, les familles Gosselin et Saint-Laurent les rejoignant entre 1696 et 1701. En 1696, d'autres membres de sa famille obtiennent les seigneuries Lessard et Lepage-et-Thibierge limitrophes de la seigneurie de Rimouski et gérées par René Lepage. En 1703, il acquiert lui-même la Seigneurie Pachot, située près de la rivière Mitis, le territoire de tous ses fiefs mesure cinquante kilomètres de front sur le Saint-Laurent entre le Bic et la rivière Mitis.

thumb|Le monument en l'honneur de René Lepage de Sainte-Claire, sur le boulevard du même nom. La communauté compte trois familles et quinze habitants en 1701, année où le registre de la paroisse Saint-Germain, desservie par des prêtres itinérants, est initié. En 1711, René Lepage concède des lots à ses fils Louis Lepage de Sainte-Claire et Pierre Lepage de Saint-Barnabé près de la rivière Rimouski et fait construire la première chapelle paroissiale près du site actuel du Musée régional de Rimouski. De nouvelles familles s'installent à Rimouski dès 1711, la vie y étant relativement facile malgré la pauvreté du sol, la chasse et la pêche permettant d'améliorer les conditions de vie.

René Lepage, premier seigneur résident de Rimouski, décède en août 1718. Son fils aîné, Pierre Lepage de Saint-Barnabé, lui succède comme seigneur. Pierre Lepage est marié depuis 1716 et s'est construit une maison sur le lot reçu en 1711. Il retourne habiter la maison paternelle à la demande de sa mère qui a encore charge de onze enfants mineurs. Il s'occupe rigoureusement des affaires de la seigneurie et s'assure à chaque automne que les ententes signées avec les censitaires soient déposées et validées chez un notaire de Québec . En 1724, il remet à l'intendant Bégon l'aveu de dénombrement des seigneuries de Rimouski et de Rivière-Métis qui recense les infrastructures présentes dans la seigneurie et mentionne la présence de six familles hormis celle du seigneur soit environ soixante habitants.

Le père récollet Ambroise Rouillard arrive à Rimouski en 1724 et devient le des petites communautés du Bas-Saint-Laurent. Agissant quelquefois comme notaire auprès des familles, le père Rouillard rédige l'acte de donation d'un lot à l'ermite Toussaint Cartier en 1728. La population de la communauté atteint environ en 1734, malgré une épidémie de petite vérole qui la frappe en 1733. Entre 1733 et 1735, Pierre Lepage voit à l'établissement de ses frères et sœurs et concèdent des lots et la maison paternelle. Ses frères et sœurs mariés et installés, il retourne vivre avec sa conjointe et ses onze enfants.

Entre 1735 et 1740, il règle le partage des biens fonciers de son père. Plusieurs de ses frères quittent la seigneurie et échangent leurs droits en faveur de leurs frères qui demeurent à Rimouski. Le territoire des seigneuries est divisé en deux à la hauteur de Pointe-au-Père, Paul Lepage prend possession de la partie est et Pierre Lepage conservent la partie habitée à l'ouest. Cette période permet aussi à la famille Lepage d'établir la paroisse Saint-Germain, Nicolas Lepage fait don de pour l'achat d'un tableau du saint patron Germain d'Auxerre et de vases liturgiques, Pierre Lepage faisant don d'ornements liturgiques et du terrain de la chapelle et du presbytère.

thumb|left|La Maison Lamontagne de Rimouski, classée monument historique en 1974. L'arpentage de la seigneurie est effectué en 1744 et on y dénombre trente concessions et de terres en culture. La même année, les frères Côté épousent deux filles de Pierre Lepage et s'établissent dans l'est de la seigneurie. Gabriel Côté construit un moulin à farine et Basile une maison, la maison Lamontagne représentative des maisons rimouskoises du milieu du et bien culturel du Québec depuis 1974.

Les conflits franco-britanniques marquent la vie rimouskoise entre 1745 et 1760. Pendant la troisième Guerre intercoloniale, la perte de la forteresse de Louisbourg en 1745 fait craindre l'arrivée d'une flotte britannique devant Rimouski jugée indéfendable et amène les habitants à fuir à l'intérieur des terres entre 1746 et 1748. Pierre Lepage établit ses trois fils en 1746, l'aîné Germain Lepage se marie et construit la troisième demeure seigneuriale et ses deux autres fils obtiennent de vastes parcelles de terre en amont de la rivière Rimouski. Finalement en 1751, Pierre Lepage obtient l'agrandissement de la seigneurie vers l'est jusqu'à Pointe-au-Père.

Pierre Lepage décède en 1754 et son fils Germain Lepage lui succède comme seigneur. Deux ans plus tard, Germain Lepage meurt lors d'une épidémie de variole qui décime la population de Rimouski et appauvri la famille seigneuriale. Le frère de Germain, le second Pierre Lepage, prend alors la tutelle des enfants mineurs de son frère. Sa tutelle est marquée par le conflit judiciaire opposant les Lepage à la famille