vignette|Fronton des bâtiments historiques, rue Descartes à Paris.|alt=Photo des bâtiments historiques
vignette|Bas-relief gauche du fronton historique, évoquant la vocation technologique.
vignette|Bas-relief droit du fronton historique, évoquant la vocation militaire.
Lhistoire de l'École polytechnique retrace l'évolution de l'École polytechnique. Faisant partie des grandes écoles de l'an III, fondées à la Révolution française, elle le fruit d'un projet commencé en 1794 lorsque quelques savants décident d'organiser une nouvelle « École centrale des travaux publics », afin de faire face à la pénurie d'ingénieurs et de cadres supérieurs. Renommée « École polytechnique » l'année suivante, la création de cette école s'inscrit dans un contexte de crise générale après la Révolution française, lorsque toutes les universités sont fermées et que le pays a besoin de nouvelles infrastructures. La militarisation de l'École en 1804 par constitue un tournant décisif pour Polytechnique.
L'histoire de l'École devient alors fortement liée aux bouleversements politiques, économiques et sociaux des . Ainsi, les polytechniciens s'illustrent pendant la bataille de Paris de 1814, durant les Trois Glorieuses puis lors de la révolution française de 1848. Plus tard l'École, fortement marquée par la guerre franco-allemande de 1870, prépare la revanche sur l'Allemagne. La Première Guerre mondiale donne à l'École l'occasion de prouver sa valeur dans les armées mais scelle aussi la désaffection des carrières militaires pour les élèves. Polytechnique s'engage alors plus ouvertement dans l'industrie et les polytechniciens participent plus tard à l'essor de la France pendant les Trente Glorieuses. Le déménagement de l'École à Palaiseau en 1976 consacre l'entrée de l'École dans une nouvelle période, tournée vers la recherche et l'international.
L'histoire de cette institution illustre l'industrialisation de la France et la création d'une technocratie à la française, sorte de «noblesse d'État ».
Création de l'école par la Convention
Création des grandes écoles de l'an III (septembre 1794) vignette|gauche|La médaille du centenaire rappelle le décret d'origine et les noms des quatre fondateurs : Lamblardie, Monge, Carnot, Prieur de la Côte d'Or.|alt=Photo de la médaille du centenaire Au lendemain de la Révolution de 1789, la France se trouve dans une situation difficile et manque cruellement d'ingénieurs et de cadres supérieurs : de nombreux officiers ont déserté, toutes les universités ont été fermées à la suite du décret de la Convention nationale du et le réseau de transports du pays, négligé durant de nombreuses années, nécessite d'importantes remises à niveau et améliorations mais également la construction de nouvelles infrastructures. À l'instigation de quelques savants, ralliés aux idées nouvelles, parmi lesquels on trouve le géomètre Monge et le chimiste Fourcroy, le Comité de salut public, dont le rapporteur est Barère de VieuzacGazette nationale ou le Moniteur universel, , crée une commission des travaux publics, par décret du Gazette nationale ou le Moniteur universel, . Jacques-Élie Lamblardie, Gaspard Monge et Lazare Carnot, pères fondateurs de l'École, se voient confier la mission d'organiser une nouvelle « École centrale des travaux publics ». Le est créée officiellement cette École centrale des travaux publics, future École polytechniqueGazette nationale ou le Moniteur universel, .
Installation et première année (décembre 1794) L'École, installée dans les dépendances du Palais BourbonLes locaux qui lui furent initialement affectés étaient des dépendances du Palais Bourbon, là où s’était installée la Commission des travaux publics six mois avant le , date de la loi créant la nouvelle école. Ces dépendances comprenaient les écuries, les remises, l’orangerie, et la salle de spectacle. De plus, on avait aménagé un amphithéâtre de quatre cents places dans l’hôtel de Lassay qui était contigu. Tous ces bâtiments ont aujourd’hui disparu et fait place aux constructions du ministère des Affaires étrangères., est inaugurée le devant déjà enrôlés et de nombreuses personnalités dont Antoine-François Fourcroy et Joseph-Louis Lagrange. Pour que les élèves de la nouvelle école ne soient pas gênés par des problèmes pécuniaires, ils reçoivent pour se rendre à Paris les frais de route d'un canonnier de première classe, soit par jour, et perçoivent un salaire annuel de . Les élèves sont externes et logés chez de « bons citoyens », appelés les « pères sensibles », recommandés par les sections des comités proches du Palais-Bourbon et chargés de veiller sur leurs pensionnaires comme sur leurs propres enfants.. Le directeur des études Gardeur-Lebrun, souvent accompagné du médecin de l'École Chaussier, visite régulièrement les familles d'accueil. Après une deuxième session d'examen, la première promotion de doit suivre une instruction en mathématiques, physique et chimie. Les trois premiers mois de cours, appelés « cours révolutionnaires », permettent de répartir les élèves en trois catégories : ceux qui doivent suivre deux ans de cours avant de rentrer dans les services publics de l'État, ceux qui n'ont besoin que d'un an et ceux qui peuvent rentrer immédiatementLes grandes périodes de l'histoire de l'École : Des débuts révolutionnaires, sur le site officiel de l'École. Seulement, l'établissement rencontre de nombreuses difficultés : les laboratoires ne sont pas prêts, certains professeurs s'avèrent médiocres et les premiers cours ne se font parfois que devant une trentaine d'élèvesCharles C. Gillispie, « L’École Polytechnique », Bulletin de la Sabix [En ligne], 42 | 2008, mis en ligne le , consulté le . URL : http://sabix.revues.org/117.
Première réforme et renommage (septembre 1795) Claude Prieur décide alors de réformer l'École. Celle-ci, renommée « École polytechnique » par la loi du « Chronologie des premières années de l'École polytechnique (1794 - 1799) », Bulletin de la Sabix Lire en ligne, 8 | 1991., est transférée à l'hôtel de LassayLa Convention siège aux Tuileries de 1792 à 1795, puis c'est le Directoire qui institue le bicamérisme en créant le Conseil des Cinq-Cents et le Conseil des Anciens. Avec le décret du , les députés des Cinq-Cents passent de la rive droite à la rive gauche, une traversée facilitée par la mise en service récente en 1791 du pont du roi Louis XVI, de la Révolution de 1792 à 1795, de la Concorde aujourd'hui. Les architectes Gisors et Leconte sont chargés de construire une salle des séances inaugurée le , cinquième anniversaire de l'exécution de Louis XVI, .En s'installant au Palais-Bourbon, les Cinq-Cents y délogent l'École centrale des travaux publics.. Sa mission est alors clairement définie : donner une formation scientifique aux élèves pour les préparer à entrer dans les écoles spéciales des services publics, comme l'École d'application de l'artillerie et du génie, l'École des Mines ou celle des Ponts et Chaussées. L'adjectif « polytechnique », apparu pour la première fois dans un document publié par lui-même Programmes de l'enseignement polytechnique de l'École centrale des travaux publics en pluviôse an III (janvier/), a été choisi afin de symboliser la pluralité des techniques enseignées. L'École acquiert une grande renommée en sciences dans l'Europe, ainsi en 1803, la République helvétique obtient de pouvoir envoyer à l'École vingt jeunes gensPaul Bissegger, « Étudiants suisses à l'École polytechnique de Paris (1798-1850) », Revue suisse d'histoire, 1989, .
L'école sous le Premier Empire (1804-1815)
Réforme militaire napoléonienne (1804) vignette|« Le Conscrit de 1814 », statue sculptée par Corneille Theunissen en 1914 rappelant que les polytechniciens défendirent Paris contre l'invasion étrangère.|alt=Statue de Theunissen En 1804, et pour reprendre en main des élèves souvent très indisciplinés à l'extérieur, , qui avait emmené avec lui en Égypte deux enseignants (Monge et Berthollet) et en cours de scolarité ou tout juste sortis de l'ÉcoleLes grandes périodes de l'histoire de l'École : Une école impériale militaire et disciplinée, sur le site officiel de l'École polytechnique., donne à Polytechnique un statut militaire et caserne les élèvesDécret du .. Il installe alors l'École sur la montagne Sainte-Geneviève à Paris, dans les anciens locaux des collèges de Navarre, Tournai et Boncourt, aujourd'hui ministère de l'Enseignement supérieur et de la RechercheHistoire de l'École polytechnique sur le site du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Considérant qu' il met fin à la gratuité des études en imposant des frais annuels très élevésÉtienne Schweisguth. Shinn Terry, L'École polytechnique., Revue française de sociologie, 1981, , , , lire en ligne. Consulté le et ajoute une épreuve de version latine au concours d'entrée afin de rendre indispensable le passage par les lycées, payants, réservés de fait aux enfants de la noblesse et de la bourgeoisieJean-Pierre Daviet. Terry Shinn, Savoir scientifique et pouvoir social. L'École polytechnique 1794-1914, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1980, Histoire de l'éducation, 1981, , , . lire en ligne, Consulté le . Il dote ainsi l'école d'un modèle militaire-aristocratique. C'est aussi à Napoléon que Polytechnique doit son drapeau et sa devise : « Pour la patrie, les sciences et la gloire », cette dernière ayant été proposée par le Maréchal Berthier, ministre de la Guerre, sous la forme « Patrie, Sciences, Gloire »Le , au Champ de Mars, le lendemain de son couronnement, les drapeaux conformes au modèle de l', quant à la disposition des couleurs, sont distribués par l'Empereur à l'armée. Il en remet bien un à la députation de l'École polytechnique, mais c'est celui d'un autre corps : on a tout simplement oublié de faire confectionner celui de l'École.Le , le Ministre Dejean, directeur de l'administration de la guerre, adresse au général Lacuée, président de la section de la guerre et gouverneur de l'École polytechnique, un courrier par lequel il l'informe que le Maréchal Berthier, Ministre de la Guerre, l'a invité à faire confectionner le drapeau de l'École polytechnique en lui proposant comme devise : PATRIE, SCIENCE, GLOIRE. On adopte une variante de la devise proposée par le ministre et un ordre du général Lacuée, en date du , annonce que le drapeau de l'École est confié à la garde du commandant en deuxième et en donne la description suivante :« Ce drapeau est porté sur sa hampe, surmontée de l'aigle impériale ; il forme un carré total composé d'un carré partiel blanc disposé en losange et occupant le milieu, bordé de branches de laurier peintes en or et portant d'un côté, écrits en lettres d'or : L'EMPEREUR DES FRANÇAIS AUX ÉLÈVES DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE De l'autre côté, aussi en lettres d'or : POUR LA PATRIE LES SCIENCES ET LA GLOIRE Deux triangles bleus et deux triangles rouges, placés alternativement aux quatre angles, terminent le carré total. Ces triangles sont ornés de couronnes de laurier peintes en or. » "in" L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, B. Duprat (Paris) éditeur, 1894 .
Engagement dans la guerre (1814)