Les (latin : Lucaria, -ium) est une fête romaine agraire, dédiée à une divinité patronne des bois sacrés () et célébrée les et . Les auteurs latins sont lacunaires sur les rites directement liés à la fête, l'analyse moderne des traités agricoles romains la rattache aux travaux d'essartage et de désouchage.
Origine Le nom de cette fête est une probable déformation du mot disparu , selon la dénomination avec une terminaison en -lia de la plupart des fêtes religieuses romaines. Ce nom renvoie au mot latin , qui prend deux sens possibles, étymologiquement « clairière » ou usuellement « bois sacré ». Les deux notions ne sont pas incompatibles, puisque le bois sacré pouvait être exploité et donner un revenu nommé , .
Comme souvent, les auteurs anciens ont un mythe de fondation qui attribue une origine plus ou moins historique à la création de la fête. Verrius Flaccus, retranscrit par Festus Grammaticus, rattache les à la défaite désastreuse face aux Gaulois lors de la bataille de l'Allia, le . Les Romains fuyant le champ de bataille se seraient réfugiés dans le bois (en latin ) entre la via Salaria et le TibreFestus Grammaticus, De la signification des mots, I, LUCARIA lire en ligne.. À la suite de cette défaite, Rome est occupée par les Gaulois Sénons de Brennus et mise à sac. Le jour de cette défaite, le , le , a toujours été considéré comme de mauvais augure par les Romains. Ce récit explicatif est comparable à celui de la Poplifugia qui implique également le sac gaulois de Rome. Georges Dumézil suggère que cette légende est peut-être la mise en forme dramatisée et combinée à des événements historiques d'un processus progressif d'occupation des forêts par des groupes humains.
Déroulement
Même s'ils nomment de nombreux et anciens bois sacrés sur les collines et dans les environs de RomeDictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et Saglio, lire en ligne, les auteurs latins sont muets sur les . Le calendrier des fêtes romaines des Fastes d'Ovide s'arrête en juin. Une lacune dans le texte de Varron fait qu'elle manque de sa liste des fêtesVarron, , VI, 3 en ligne.. Macrobe ne mentionne les que dans une discussion grammaticaleMacrobe, Saturnales I, 4.15, lire en ligne. La date des figure sur plusieurs calendriers, dont certains nous sont parvenus, plus ou moins fragmentaires : diverses inscriptions lapidaires, les Inscriptions trouvées à Rome pour les jeux et fragment de calendrier ., les , un calendrier datant du règne de TibèreRéf. épigraphique : . Jörg Rüpke, Religion of the Romans (Polity Press, 2007, initialement publié en allemand 2001), .
Comme les autres fêtes du calendrier romain, les se déroulent les 19 et 21 juillet, jours impairs avec un jour intermédiaire non festif, ce qui dans le calendrier des fêtes romaines, est généralement une marque de complémentarité entre deux fêtes.
Approche documentaire Puisque le caractère agraire des apparait nettement, il faut chercher dans les traités rustiques des indications sur les travaux relatifs aux bois : ColumelleColumelle, , XI, 2, 52. et PalladiusRutilius Taurus Aemilianus Palladius, De l'économie rurale, VIII, 1. considèrent que la Lune décroissante de juillet est le meilleur moment pour extirper les arbres des champs forestiers, période qui débute avec les . Columelle distingue deux traitements pour dégager un terrain boisé : arracher complètement les arbres avec leurs racines, ou, s'ils sont clairsemés, les couper au piedColumelle, , II, 2, 8 et 11.. La différenciation de deux techniques, dont une exigeant plus de travail mais non systématique, expliquerait le dédoublement des sur deux journées.
William Warde Fowler a remarqué dans le traité de Caton l'Ancien la description d'un rituel préliminaire aux actions de coupe d'un bois (), comportant le sacrifice d'un porc et une formule à réciter : Caton indique ensuit un second rituel, à suivre si l'on creuse pour extraire les souches, avec le même sacrifice et une formule complétée par Caton l'Ancien, , 140. Là aussi, Caton distingue deux techniques, la coupe des bois au pied, et l'arrachage des souches, auxquelles correspondent deux rituels. Ses préconisations s'appliquent à des bois privés et non aux bois sacrés publics, mais pour un Romain de son époque (), tout bois susceptible d'abriter quelque entité divine est sacré.
Selon Georges Dumézil, on entrevoit donc la raison du dédoublement des , reflétant deux techniques de déboisement. Si ces fêtes permettaient l'occupation et l'exploitation sans sacrilège de zones boisées, on ignore faute d'information leur lieu précis de déroulement, leurs rituels symboliques et leurs célébrants.
Postérité En 2011, un des reliefs de l'astéroide Vesta a été nommé en évocation des fêtes romaines, l'astéroïde (4) Vesta étant lui-même porteur d'un nom romain.
Récemment, en 2018, la fête est symboliquement rétablie par la Surintendance archéologique de Rome, avec des événements et des spectacles se déroulant dans la zone archéologique de Crustumerium, à une quinzaine de kilomètres de Rome, au-delà de Settebagni, qui, selon des sources anciennes, correspond au bassin d'eau de l'Allia. Dans cette ville, une rue a d'ailleurs été nommée ..
Notes et références
Références
Bibliographie . . . . . .
Catégorie:Calendrier romain Catégorie:Fête religieuse romaine Catégorie:Fête de juillet