Jean de Bretagne (v. 1266 – ), comte de Richmond, est un noble anglo-breton. Issu de la maison de Dreux par son père, le duc , Jean entame une longue carrière au service de l'Angleterre, terre natale de sa mère, Béatrice d'Angleterre. Il est un personnage important des règnes de son oncle et de son cousin . Bénéficiant de la confiance absolue de son oncle, Jean de Bretagne est nommé en 1305 gardien de l'Écosse par , dans le contexte de l'occupation de ce royaume par son voisin anglais. L'année suivante, il reçoit le titre, auparavant détenu par son père, de comte de Richmond. En 1310, il figure parmi les vingt-et-un Seigneurs Ordonnateurs chargés de limiter les pouvoirs de son cousin .
Jean de Bretagne sert l'Angleterre essentiellement en tant que militaire et diplomate, mais n'a que peu d'influence politique par rapport aux autres pairs anglais de l'époque. Considéré comme un ambassadeur habile, il est missionné à plusieurs reprises par et pour son talent pendant les négociations. Jean n'a jamais été marié et, à sa mort, son titre et ses possessions reviennent à son neveu, le duc . Bien qu'il ait été globalement loyal envers son cousin lors des rébellions baronniales qui secouent son règne, il finit par soutenir la révolte de la reine Isabelle et de Roger Mortimer. Après qu' eut abdiqué en faveur de son fils, , Jean se retire dans ses domaines français et meurt en Bretagne en 1334, sans descendance connue.
Biographie Origines, jeunesse et lieutenance en Guyenne Jean de Bretagne est le fils cadet du duc et de son épouse Béatrice d'Angleterre, seconde fille du roi et d'Éléonore de Provence. Le duc , bien qu'étant comte de Richmond et de fait pair d'Angleterre, n'est guère impliqué dans les affaires politiques anglaises et se préoccupe davantage de son propre duché. Le jeune Jean de Bretagne naît probablement en 1266, et est envoyé dès son jeune âge en Angleterre à la cour de son oncle maternel, le roi . Il est éduqué aux côtés de son cousin Henri, le fils et héritier d' qui meurt prématurément en . Lorsqu'il atteint l'âge adulte, Jean participe à de nombreux tournois mais ne se distingue pas encore en tant que commandant militaire. Jean de Bretagne demeure au service de la couronne anglaise pendant le règne de son oncle, dont il reçoit plusieurs commandements militaires en Guyenne et en Écosse. L'historien breton Arthur de La Borderie note même de manière abusive : « En bataillant rudement contre l'Écosse, mais jamais contre la France ». Les services que Jean assure par la suite auprès de l'Angleterre sont principalement administratifs et diplomatiques. Bien que les historiens modernes aient tendance à le juger sévèrement, il acquiert très tôt auprès de ses contemporains la réputation d'un médiateur digne de confiance. Son habileté diplomatique est ainsi révélée lors des négociations entre le comte et le roi pendant l'essentiel de l'hiver 1294 et 1295.
La guerre entre le royaume de France et celui d'Angleterre éclate le par la confiscation du duché de Guyenne par le roi de France . La situation du duc , vassal des rois de France et d'Angleterre par ses titres de duc de Bretagne et de comte de Richmond, est délicate, notamment parce qu'il a quelques velléités d'alliance avec son beau-frère . Le roi d'Angleterre nomme en effet en son fils Jean de Bretagne « lieutenant royal en Guyenne ». Ce dernier débarque dans la Gironde avec l'armée anglaise comme second du commandant John de St. John. Après quelques succès ponctuels comme la prise de Blaye et de Saint-Sever, ses troupes échouent devant Bordeaux. L'armée de Jean doit se retirer à Pâques 1295 à Rions, près de Cadillac, devant l'avancée des Français commandés par Charles de Valois et . L'armée de renfort anglaise commandée par le comte de Lincoln est à son tour défaite lors de la bataille de Bonnegarde en . Le duc , créé pair de France en par Philippe le Bel, se retire de l'alliance avec , ce qui lui vaut la confiscation provisoire du comté de Richmond par le roi d'Angleterre. Toutefois, malgré l'échec de l'entreprise et la dérobade de son beau-frère, le roi maintient sa confiance en son neveu lorsque celui-ci rentre en Angleterre à la fin de 1297.
Campagnes d'Écosse auprès d'
— Armorial de Caerlaverock
Après son retour en Angleterre, Jean de Bretagne s'implique dans le conflit militaire avec l'Écosse, qui a débuté dès . Il est présent à la bataille de Falkirk le , lors de laquelle son oncle obtient une victoire décisive face à William Wallace, chef des insurgés écossais. En , Jean reçoit une gratification de 1,000 livres de la part de son oncle, sans doute pour sa participation à cet engagement. Le , il prend part au long siège du château de Caerlaverock, situé dans le Galloway. Au cours de l'année 1303, entame une énième campagne victorieuse en Écosse qui se termine par la soumission le des principaux nobles écossais. La capture et l'exécution de William Wallace en , dernière figure de la résistance écossaise aux Anglais, conduit à une stabilité temporaire en Écosse, qui permet au roi d'Angleterre de renforcer sa mainmise sur le trône d'Écosse. L'importance que prend Jean de Bretagne lors de ces campagnes se manifeste dans les armoriaux que diffuse le roi après ses victoires : dans celui de Falkirk, son blason figure juste après ceux des fils du comte de Lancastre (frère cadet du roi), tandis que dans celui de Caerlaverock, il se trouve immédiatement après celui du roi Édouard. Cette proximité entre le roi et son neveu reflète la confiance absolue qu'a Édouard en son neveu, qu'il semble avoir considéré comme son fils. L'affection que porte envers Jean de Bretagne transparaît également dans la convocation qu'il lui adresse pour assister au Parlement d'Angleterre par lettre du , sous le titre de « Messire de Bretagne » (en anglais : Lord Brittany). vignette|150px|Troisième panneau de l'armorial de Falkirk. Le blason de Jean de Bretagne est le cinquième sur la première ligne.
Édouard, contrairement à son attitude en lorsqu'il s'était saisi du trône d'Écosse, décide de contrôler le pays par le biais d'institutions relativement autonomes. Une ordonnance du Parlement anglais du institue un gouvernement pour le « Pays d'Écosse ». Le , nomme son neveu Jean de Bretagne « Gardien de l'Écosse ». Des zones d'administration anglaise et écossaise sont instituées dans les quatre principales régions du pays : le Lothian, le Galloway, la région entre le Firth of Forth et les Monts Grampians et enfin la région au-delà des Monts Grampians. Les shérifs nommés pour ces régions sont pour la plupart des Écossais qui ont rendu hommage à en 1304. Toutefois, les régions militairement sensibles du Sud-Est et qui comprennent des villes importantes, telles Édimbourg, Linlithgow, Haddington ou Peebles, sont entre les mains d'Anglais. Les forteresses de Roxburgh et Jedburgh sont quant à elles sous le contrôle direct de Jean de Bretagne. Les quelques châteaux d'importance difficilement contrôlables sont confiés à des Écossais qui se sont distingués par leur fidélité sans faille aux Anglais : Stirling est gardé par William Bisset et Dumbarton par John de Menteith. Par ailleurs, un conseil composé de vingt nobles, de quatre évêques, de cinq comtes et de neuf barons est nommé afin d'assister et de conseiller le Gardien du royaume. Enfin, Jean de Bretagne tient également un Parlement à Scone, où les principales réformes réalisées concernent la législation.
Élévation au sein de la pairie anglaise Par lettre datée du , le roi d'Angleterre rend le comté de Richmond à . Après la mort accidentelle du duc à Lyon le , l'investiture du comté de Richmond est transférée le à son second fils et homonyme Jean de Bretagne, qui est préféré à son frère aîné, le duc . Ce geste de la part du roi Édouard témoigne de la forte estime qu'il a pour son neveu et permet à Jean de Bretagne de se hisser parmi les pairs les plus importants du royaume d'Angleterre. En contrepartie de ce don, le roi impose à son neveu l'honneur de Richmond, auquel est rattaché le comté, qui oblige le feudataire à fournir 60 chevaliers pour le service de l'ost royal et est remarquable par sa taille imposante (il comprend 200 seigneuries) et par la continuité territoriale de ses terres du Yorkshire. Le centre de commandement de cet honneur est situé au château de Richmond. Désormais solidement implanté en Angleterre, le comte de Richmond s'implique davantage dans les affaires gouvernementales, bien que son rôle se limite essentiellement à la diplomatie. Ainsi, en , il participe aux préparatifs du voyage en France du prince héritier Édouard, en prévision des négociations du mariage de ce dernier avec la princesse Isabelle de France, fille de . La mort d' en conduit à l'avènement de son fils . Au début du règne de son cousin, Jean de Bretagne tente de maintenir tant bien que mal une certaine concorde entre le nouveau roi et les barons qui critiquent sa façon de gouverner. De plus, les connexions du comte de Richmond avec la France permettent au roi d'Angleterre de parvenir à s'entendre tant bien que mal avec son puissant voisin.
Richmond doit désormais faire face aux tensions internes qui règnent en Angleterre, particulièrement à cause du caractère frivole du nouveau roi et des faveurs qu'il accorde à son favori Pierre Gaveston. Sans doute l'un des comtes les plus âgés du royaume au début du règne d', son avis est souvent respecté par le reste des pairs. En , Richmond codirige au nom du roi une ambassade avec l'évêque de Norwich auprès du pape afin de négocier le retour en Angleterre de Gaveston, exilé l'année précédente sur ordre des barons. Contrairement aux autres barons d'Angleterre, Jean ne semble pas avoir tenu rancune au favori pour son insolence et sa démesure. Au début de 1310, les relations entre le roi et ses vassaux s'aggravent au point que ces derniers prennent contrôle du gouvernement. Excédés par l'influence de Gaveston et la corruption de l'administration royale qui lui est totalement acquise, plusieurs barons désobéissent aux ordres du roi et entrent en armes au Parlement afin d'exiger du roi qu'il accepte une série de réformes visant à limiter ses pouvoirs ainsi que les abus de Gaveston. Le , le roi consent à la nomination de vingt-et-un Seigneurs Ordonnateurs, chargés de réformer le gouvernement du roi et de contrôler sa maison. Jean de Bretagne, en tant que comte anglais, fait partie de ce comité. Il est toutefois considéré comme membre de la faction fidèle au roi. Jean s'abstient de jouer un quelconque rôle dans les tensions suivant la dissolution du comité des Ordonnateurs par le roi. Il assiste ensuite au nouvel exil de Gaveston, à son retour illégal, puis à son exécution par le nouveau comte de Lancastre, lui-même cousin du roi, en . Il incombe alors à Richmond, ainsi qu'aux comtes de Pembroke et de Gloucester, d'obtenir en une offre de pardon du roi aux responsables de la mort du favori.
Soutien militaire et diplomatique à vignette|Le château de Richmond, siège des comtes de Richmond.