thumb |upright |Couverture du magazine Weird Tales de juillet 1941. Le thème du robot dans la littérature concerne les œuvres littéraires traitant des robots. Un robot est une machine destinée à automatiser la réalisation de certaines tâches mais la littérature s'intéresse principalement à la création par l'Homme d'un être artificiel à son image et à la place de cette créature dans la société humaine. Ainsi traitait-elle déjà ce sujet avant même l'invention du mot robot et l'avènement de la robotique. C'est pourquoi on trouve, selon les périodes, un vocabulaire diversifié : automate, androïde, créature artificielle…

Origines

Le mot robot apparaît au cours du dans la pièce de théâtre Rossumovi univerzální roboti de Karel Čapek. Les créatures artificielles sont néanmoins un sujet très ancien dans la littérature et on trouve des récurrences dans les thématiques abordées : l'apprenti sorcier et les conséquences de ses expériences ; l'amante androïde, créée pour être parfaite ; la créature cherchant à devenir humaine ; la domination de la machine intelligente ; les machines qui se révoltent contre leur créateur…

Dans les mythologies thumb|left |Une reproduction du Golem de Prague. Les premières mentions de créatures créées par l'Homme apparaissent dans les mythologies ; ainsi la mythologie grecque avec le mythe de Pygmalion et la mythologie juive avec le mythe du Golem. De nombreuses autres mythologies présentent la création par l'Humain d'un double de lui-même.

Dans un certain nombre de cosmogonies, l'être humain est créé à partir de terre par une divinité. Ainsi, dans la Torah, la Bible et le Coran, Dieu crée Adam à partir de la poussière de la terre ; chez les Babyloniens, les hommes sont créés par le dieu Marduk à partir de la boue primordiale (chair de la déesse Tiamat) et du sang du dieu Kingu ; dans la mythologie chinoise, la déesse Nuwa crée les premiers hommes en pétrissant de la glaise. Golem

Il existe plusieurs histoires et légendes mettant en scène des golems. Un golem est créé à partir de glaise en confectionnant une statue humanoïde de la taille d'un enfant sur le front de laquelle on inscrit le mot EMET(H), qui signifie « vie » en hébreu. La statue prend alors vie et devient l'esclave de son créateur. Cependant, le golem grandit et devient un géant, il faut alors effacer la première lettre sur son front, afin de ne plus laisser que MET(H), la mort.

Dans la tradition talmudique, l'acte de création n'est pas réservé à Dieu. Cependant, certaines histoires, comme celle du Maharale de Prague, reprenant le thème de l'apprenti sorcier, recommandent de rester conscient de ses propres limites. Dans cette histoire, le Rabbi Loew crée un golem qui devient très grand et puissant. Il est activé grâce à un papier portant le nom de Dieu dans sa bouche, que le Rabbi retire pour le chabbat. Un jour, il oublie, et la créature saccage le laboratoire, puis s'enfuit vers la ville. Elle n'est arrêtée qu'à grande peine.

Pygmalion

Le mythe de Pygmalion raconte l'histoire d'un sculpteur (roi de Chypre dans certaines versions), célibataire, qui réalise la statue d'une femme dont il tombe amoureux. Il prie alors la déesse Aphrodite de lui donner une épouse semblable à sa statue. Celle-ci accepte et insuffle la vie à la statue, nommée Galatée. Pygmalion et Galatée se marient et ont deux enfants.

Cette légende est l'une des premières à traiter le thème de l'amante androïde, ce qui en fait une œuvre importante, qui deviendra une référence dans de nombreuses œuvres postérieures. Cependant, l'homme n'est alors que partiellement créateur de l'androïde, puisqu'une intervention divine est nécessaire pour l'animer ; de plus, sa statue devient complètement humaine, contrairement à des œuvres plus récentes où la créature reste une machine.

La mythologie grecque est, par ailleurs, particulièrement riche en créatures artificielles. L’Iliade d'Homère présente les servantes androïdes en or du dieu Héphaïstos. Dieu forgeron, ce dernier est souvent présenté comme le fabricant de nombreuses créatures, telles que le Géant Talos, les chiens en or qui assurent la garde de l'Olympe, mais aussi Pandore, la première femme, qu'il conçoit à partir d'argile et d'eau.

Automates dans la littérature moderne

Mary Shelley

Mary Shelley est une femme de lettres britannique qui n'a que vingt ans lorsqu'elle publie, en 1818, Frankenstein ou le Prométhée moderne. Ce roman, vraisemblablement inspiré des histoires de golems, raconte comment Victor Frankenstein donne vie à une créature qu'il a fabriquée de toutes pièces. Horrifié par la laideur de sa créature, il la fuit et l'abandonne. La créature, privée de bonheur, éprouve alors du ressentiment contre le genre humain dont elle se sait exclue et commence à perpétrer des crimes. Le roman traite les thèmes de l'apprenti sorcier et de la révolte de la créature contre son créateur, Frankenstein n'ayant pas anticipé ce qu'il adviendrait de sa créature une fois celle-ci vivante ; mais il traite aussi, dans une moindre mesure, le thème de la créature cherchant à devenir humaine, ou plus exactement, à recevoir de la considération des humains. Quoique cette œuvre relève davantage du registre fantastique que scientifique, elle met en garde contre une recherche scientifique qui ne se soucie pas des conséquences.

Carlo Collodi

Carlo Lorenzini, écrivain italien plus connu sous le pseudonyme de Carlo Collodi, commence à publier en 1881, dans l'hebdomadaire Giornale per i bambini, la première aventure de Pinocchio, un pantin en bois à qui son créateur, Gepetto, a donné vie, et qui cherche à devenir un vrai petit garçon. Le feuilleton s'achève en 1883. L'œuvre rompt avec la tradition de la créature se révoltant contre son maître et se concentre sur le parcours initiatique de la créature vers l'humanité. L'histoire connaît une fin heureuse, bien que cela soit davantage dû aux protestations du public et de la rédaction qu'à une réelle volonté de l'auteur. Pinocchio parvient à devenir un petit garçon, grâce à un changement de comportement ; de vilain garnement il devient « bon » et sa métamorphose physique est une métaphore de ce qu'il est intérieurement.

Amante androïde au L'amante androïde est un thème qui inspire bon nombre d'auteurs du qui revisitent le mythe de Pygmalion et Galatée. Mais, à la différence du mythe classique grec, le thème est traité avec une ambiance beaucoup plus sombre et pessimiste ; on peut parler des andréides fatales.

Ainsi, l'écrivain allemand Ernst Theodor Amadeus Hoffmann publie en 1818 la nouvelle L'Homme au sable, qui raconte l'histoire du jeune étudiant Nathanaël. Celui-ci, bien que déjà engagé, s'éprend d'Olimpia, la fille d'un professeur de physique réputé. Mais en réalité, Olimpia est un automate, créé par le physicien et un avocat. Les deux créateurs se disputent sa possession et, finalement, la détruisent. Nathanaël devient fou et se jette du haut d'un clocher. C'est notamment en commentant cette œuvre qu'Ernst Jentsch puis Sigmund Freud élaborent le concept de Unheimlich, généralement traduit en français par Inquiétante étrangeté, qu'ils utilisent pour définir le malaise que l'on ressent devant un objet dont on ne saurait dire s'il est animé ou non. Cette notion, appliquée à la robotique, est reprise par le roboticien japonais Masahiro Mori qui suggère en 1970 la vallée dérangeante, réaction de malaise face à un robot très réaliste sans être parfait, dont les quelques défauts ressortent comme monstrueux aux yeux des humains.

Ce thème inspire aussi l'écrivain français Prosper Mérimée dans sa nouvelle intitulée La Vénus d'Ille, publiée en 1837. Dans cette œuvre, les protagonistes découvrent une Vénus en bronze, décrite comme très belle, mais inquiétante par la cruauté qu'elle semble exprimer. Au même moment, on célèbre un mariage qui, pour le jeune marié, est un mariage de raison et non d'amour. Plusieurs accidents surviennent, qu'on est tenté d'attribuer à la statue, sans pouvoir le confirmer. Finalement, le jeune marié meurt, le corps brisé dans sa chambre. Selon un témoignage, c'est la statue qui est venue le tuer de son étreinte.

Un autre écrivain français, Auguste de Villiers de L'Isle-Adam, s'attaque également à ce sujet dans son roman L'Ève Future, publié en 1886. Considéré comme une des œuvres fondatrices de la science-fiction., ce roman raconte l'histoire du jeune lord Ewald qui tombe profondément amoureux d'une jeune femme très belle, mais très sotte. Afin de remplacer cette femme, un ingénieur nommé Edison fabrique une androïde physiquement semblable au modèle humain, mais spirituellement bien supérieure. De Villiers donne une double description de l'andréide, une première insistant sur sa beauté, et une seconde longue et technique, utilisant de nombreux termes scientifiques dont l'auteur lui-même revendiqua la non-exactitude, ce qui lui permet de critiquer le jargon scientifique inaccessible au commun des mortels. D'ailleurs, cette longue explication du fonctionnement de l'Ève sert en fait à la rendre incompréhensible. Au-delà de sa critique ironique du progrès, où se mêle le rejet et la fascination de l'auteur pour les machines, cette œuvre pose la question de la place de l'être artificiel parmi les êtres vivants, ainsi que celle de la frontière entre illusion et réalité. Ce roman popularise le terme andréide (de nos jours utilisé davantage sous la forme androïde) dans son acception actuelle..

Karel Čapek thumb|Extrait d'une représentation de la pièce R.U.R. de Karel Čapek où apparaissent les robots.

Karel Čapek est un écrivain tchécoslovaque du début du . Son nom est très intimement lié à la robotique puisque c'est dans sa pièce Rossumovi univerzální roboti qu'apparaît le mot robot, repris aujourd'hui dans un grand nombre de langues. Le mot tchèque robota signifie « travail forcé ». C'est Josef, son frère aîné, qui lui aurait suggéré l'utilisation de ce mot, alors que Karel avait initialement pensé à laboris. Dans cette pièce, écrite en 1920 et jouée pour la première fois en 1921 à Prague, les robots sont des automates produits en masse pour travailler comme ouvriers. Mais les robots finissent par se révolter et décident d'éliminer la race humaine qu'ils jugent inutile. On retrouve donc le thème de l'apprenti sorcier et de la machine se révoltant contre son créateur, mais à une échelle plus vaste. En effet, plutôt que d'avoir une machine se révoltant contre son créateur, on a ici toute une population de machines qui se révoltent contre l'Humanité.

Cette pièce traduit le contexte historique de son époque ; la révolution industrielle est en marche et une certaine technophobie s'installe. La machine, au service d'une classe dominante, est accusée d'écraser l'homme en mettant les ouvriers au chômage. Quoique Čapek lui-même ait présenté différents points de vue, dont celui du technocrate dont les intentions ne sont pas spécialement mauvaises, considérant qu'il n'y a pas de vérité absolue, la critique du rationalisme économique froid et l'attitude des grands capitalistes vis-à-vis des travailleurs est celle qui ressort comme étant la plus forte. Cette thématique de la révolte des machines reste, pour plusieurs décennies, centrale dans la science-fiction, et s'impose comme un classique du genre.

Isaac Asimov thumb|right|Isaac Asimov en 1965.