Le nu est un genre artistique qui consiste en la représentation du corps humain dans un état de nudité, et — par synecdoque – dans tout état qui fasse allusion à sa possible nudité, même si celle-ci n'est pas exactement représentée.
La représentation de corps nus est fréquente dans l'art européen, d'une part dans l'Antiquité et d'autre part depuis la Renaissance, avec une différence notable de genre, le nu masculin dominant dans l'Antiquité, et le nu féminin dans l'art européen depuis le .
Comme tradition, elle est entretenue par la conservation des œuvres dans les musées et par des enseignements esthétiques et pratiques, au premier plan desquels se trouve le dessin d'académie.
Définition Le nu est un des genres définis officiellement pour la description des œuvres conservées dans les musées.
La section « Typologie » définit le genre comme une . Elle définit le nu simplement comme une .. Selon la définition la plus rigoureuse, un nu est la représentation d'un corps humain entièrement découvert et entièrement représenté (), à l'exclusion de toute autre chose.
On parle aussi de nu lorsque des œuvres présentent des figures totalement ou partiellement dévêtues comme accessoires de la compositionThésaurus de la base de données Joconde sur les collections des musées de France.. Ainsi le terme nu s'étend par synecdoque à des œuvres où un recadrage peut isoler un nu au sens strictDécouper un nu dans une œuvre qui en offre la possibilité est une pratique assez fréquente dans les ouvrages sur le nu. Par exemple, des 298 illustrations de , 18 (6 %) montrent moins de la moitié de l'œuvre dont elles sont tirées, et 7 (2 %) font un nu en extrayant moins d'un quart d'une image où la nudité est isolée., aussi bien qu'à des œuvres qui ne représentent pas le corps entier, mais qui montrent des parties du corps ordinairement cachées, etc.
Le critère de la présence ou non de voiles est d'ailleurs insuffisant. Les draperies ont été utilisées, depuis l'Antiquité, comme procédés stylistiques dans la représentation du corps nu, soit pour mettre des accents sur certaines formes (), en masquer ou en simplifier d'autres, soit pour représenter le mouvement. Un nu académique peut ainsi être légèrement couvert.
La plupart des auteurs préfèrent traiter de la représentation de la figure humaine sans se soucier principalement de sa nudité. Certains auteurs comme Antoine Schnapper affirment explicitement que . ; il suffit à d'autres de ne pas utiliser cette caractéristique d'une œuvre ou d'un fragment d'œuvre comme critère de classement.
Le nu dans l'histoire de l'art
Le nu ne s'est constitué comme une catégorie de la critique d'art qu'au début du La première monographie sur la figure humaine dans l'histoire de l'art est Menneskefiguren I Kunstens Historie, publié en danois en 1899 par Peter Köbke, à partir d'écrits laissés par de l'historien d'art Julius Henrik Lange (1838-1896), et traduit en allemand peu après : . Les deux versions sont republiées en fac-simile par les éditions Kessinger (2010).. Auparavant, on parlait de « nudités » lorsque des corps apparaissaient sans vêtements dans une œuvre d'art. Pour l'Académie royale de peinture et de sculpture, dont les classements ont eu force de loi jusqu'à la Révolution française, les nudités n'étaient justifiées que dans la peinture religieuse ou de mythologie ou les allégories qui constituaient le domaine réservé de la peinture d'histoireVoir ; ; ; .. Le est une époque de remise en question de ces conventions.
Alors qu'au début du apparaît la désignation de « nu », les artistes peintres remettent en cause l'art figuratif avec le cubisme, puis avec l'art abstrait. Pour la peinture, le nu est donc une catégorie largement rétrospective, au moment où elle apparaît. Hausenstein conclut : . Il n'en va pas de même pour la sculpture et surtout pour la photographie.
Nu dans l'art occidental Préhistoire
Les archéologues recherchent dans les peintures et sculptures de la préhistoire des renseignements sur le rapport que les hommes de cette époque avaient avec leur corps, et s'interrogent sur l'usage de ces objets..
Les premières représentations humaines en général nous apparaissent nues. Les corps réduits à des formes symboliques précisent nettement les signes de différence sexuelle. Les formes stylisées des femmes peuvent être rondes, comme la Vénus de Willendorf dont le visage et les détails sont minimisés alors que les seins, le ventre (fécond) et le sexe sont accentués, ou bien longilignes, comme les poupées cycladiques ou la figurine de Schwartzort. Pour les hommes, le pénis est la plupart du temps noté par un trait ; on trouve aussi des figures au phallus proéminent.
Hausenstein traite dans les mêmes sections les productions des peuples contemporains dont le niveau de développement technique est comparable, chap. 3 , le début de 13 et le 17 [de la beauté de la forme].. Il constate une grande diversité de formes.
Antiquité
Mer Égée, Cyclades (3300 - 2000) Les figurations humaines nues sont ici extrêmement stylisées. Leur découverte par de nombreux artistes modernes comme Brancusi, Epstein, Giacometti, Moore et Picasso a participé au renouvellement des formes au .
Égypte
vignette|Statuette représentant une jeune femme, trouvée enveloppée de lin dans une tombe d'Assiout. Acacia ? H. . Bois peint, v 2000. Louvre L'art de l'Égypte antique comporte de nombreux bas-reliefs. Ceux-ci ayant un rôle religieux et politique, ils représentent les corps suivant un schéma de proportions précis et codifié.. La taille des figures dépend ainsi de l'importance hiérarchique, du statut de chaque personne représentée ; dans ce contexte la nudité indique un statut servile, comme on peut par exemple sur la fresque des danseuses. Le nu apparait aussi dans ce bas relief représentant une princesse de la période amarnienne. La dynastie, à laquelle appartient la période amarnienne, ayant été particulièrement sensible à une représentation « réaliste » de la réalité visible, tout autant que la manifestation de la vie spirituelle.
Grèce vignette|droite|Athlètes au repos et leurs javelots. Médaillon d'un kylix attique à figures rouges, peintre de Pistoxenos, 480-460. Altes Museum, Berlin.
Le nu apparait, en Grèce antique, dès l'Époque géométrique du , dont nous sont parvenues maintes pièces en céramique, les sculpture sur bois étant perdues.
Les dieux Les représentations des dieux, masculins comme féminins, sont celles de corps humains, puisque ce corps humain dans ce qu'il a de plus beau et de parfait évoque les valeurs divines et leur nudité idéale manifeste avec gloire leur statut surhumain idéal.. Les représentations du coros nu de quelques divinités masculines, par contre, montrent leur laideur, comme la met en évidence le phallus démesuré, donc disgracieux, de Priape., car le sexe masculin des dieux, héros, combattants ou athlètes doit être de taille modeste.À l'époque classique, , les déesses sont vêtues sans cacher leur beauté parfaite.Seule est nue Aphrodite au sortir du bain, calme, ..Pour autant, Aphrodite n’est pas toujours représentée nue. Un voile couvre toute Vénus genitrix, aussi peu qu'il cache au spectateur la beauté de la déesse.La Vénus vêtue d'un drap mouillé est fréquente dans l’art grec.`. Les héros Enfin, il a toujours existé des vases déposés dans les tombes et qui représentent des scènes tirées des grands textes de la culture grecque. Les héros y sont très souvent nus, mais les héroïnes toujours vêtues, quoique leur état émotionnel ou leur bonheur se traduise dans des poses qui laissent deviner la beauté de leurs corps. Les Grecs La Grèce est aussi connue pour un type de sculpture représentant un jeune homme isolé, debout et nu, le kouros. Une offrande aux dieux ou un monument funéraire représentant en général un jeune aristocrate, mais jamais sous forme de portrait. Les artisans grecs ont réalisé d'innombrables vases, dont un grand nombre de coupes (à boire le vin au cours des banquets) qui portent un décor peint avec des scènes de la vie quotidienne. Elles présentent souvent les jeunes athlètes au gymnase (en grec gymnasion [de gymnos : nu] qui désignait le lieu où l’on s’exerçait nu) suivant une tradition relativement récente - peut être vers la fin du . D'autres coupes représentent le banquet avec, pour les plus anciennes, la nudité rituelle de la danse du komos (par des hommes) et, de tous temps, les plaisirs et les jeux sexuels (hommes, hommes et femmes) qui sont exposés, invitant les participants au banquet à faire de même. Ces plaisirs étaient montrés avec simplicité comme de purs moments de bonheur, pouvant légitimement être déposés dans une tombe, pour le défunt.
Rome et l'époque impériale
Non seulement l'art de la Rome antique reconnaît la qualité de la sculpture grecque, mais la mode se développe en Italie en créant un immense marché des copies, à but « décoratif », réalisées dans tout le bassin méditerranéen, par des ateliers hellénistiques grâce auxquels la statuaire grecque antique a été ainsi préservée de la fonte qui a vu disparaitre presque tous les bronzes. Ces ateliers vont parfois jusqu'à produire des faux. C'est le cas de l'Apollon de Piombino (Apollon faisant une libation) réalisé probablement dans un atelier rhodien de Tyr interprète et assemble subtilement le vocabulaire du nu archaïque pour séduire un public de connaisseurs romains. Parallèlement à cet engouement, Rome développe des formes propres à l'histoire de sa culture. Ainsi il était courant de faire faire son portrait « héroïsé » : on achetait la sculpture sans tête d'un corps nu dans un style héritier de l'art grec, taillé dans le bassin méditerranéen puis transporté jusqu'au commanditaire du portrait. La tête était alors traitée à part, devant le modèle, puis assemblée au corps.
Moyen Âge
L'art pictural et la statuaire du Moyen Âge sont presque exclusivement à buts religieux. La reproduction de la nudité est assez rare, concernant essentiellement des martyres, des enfants impubères, des damnés et des personnages bibliques. Pour ces derniers, les théologiens préconisent de privilégier la symbolique pour des nus imposés par des épisodes bibliques (représentations d'Adam et Ève, rappels de la condition mortelle et imparfaite de l'homme, et un interdit après le péché originel ; baptême de Jésus, sa Passion). Les artistes ont le plus souvent recours à certains subterfuges (suppression du sexe, recouvrement par une main, une feuille ou une fleur, un drap…) en s'appuyant parfois sur certains récits bibliques. ou certaines traditions. L'une d'elles rapporte que dès qu'Adam et Ève ont pris connaissance de leur nudité, ils se sont tressé des ceintures avec des feuilles de vigne ou de figuier..
Dans les représentations des enfers sur les tympans des églises, on trouve quelquefois des personnages nus, dont les parties génitales sont dévorées par des griffons, des serpents, des scorpions.
Dans l'imagerie sacrée, la nudité reste également associée à la misère de Job..
Au un certain relâchement se produit, marquant le début de l'évolution qui débouche, en Italie, sur la Renaissance. Ainsi, dans le Bréviaire de Marie de Savoie, réalisé à Chambéry, entre 1400 et 1450, on note la présence de petits enfants nus dans les marges.. On observe l'apparition de vierges allaitant, plutôt dans la sculpture que dans la peinture, comme le prouvent les réactions indignées de certains ecclésiastiques devant la Vierge à l'enfant de Jean Fouquet. alors que des Vierges de pierre montraient leur sein au déjà. Cette Vierge a surtout choqué car elle est représentée sous les traits d'une maîtresse royale, Agnès Sorel, et qu'elle dégage un érotisme certain. Cela n'empêche pas les miniaturistes des Très Riches Heures du duc de Berry et d'autres manuscrits de la même époque de représenter des nus lorsqu'ils en éprouvent le besoin..
Renaissance