La est une classe de deux porte-avions construits pour la Marine impériale japonaise à la fin des années 1930. Terminés peu avant le début de la guerre du Pacifique en 1941, le Shōkaku et le Zuikaku sont lors de leur construction. Construits dans le cadre du plan de réarmement japonais, non contraints par les restrictions du traité naval de Washington ayant expiré, ces deux porte-avions font l'objet de nombreux tests et bénéficient de l'expérience apportée par la construction de précédents porte-avions.

À l'exception de la bataille de Midway, ils participent aux opérations navales majeures de la guerre du Pacifique, parmi lesquelles l'attaque de Pearl Harbor, le raid sur Ceylan, la bataille de la mer de Corail et la campagne de Guadalcanal. Leurs groupes aériens coulent deux des quatre gros porte-avions perdus par l'United States Navy durant le conflit, ainsi qu'un porte-avions léger britannique. Le Shōkaku est finalement coulé par un sous-marin américain lors de la bataille de la mer des Philippines en et le Zuikaku est sacrifié comme leurre quatre mois plus tard durant la bataille du cap Engaño.

Contexte Les traités navals de Washington et de Londres

À la fin de la Première Guerre mondiale, les pays vainqueurs disposent chacun d'une flotte respectable : la Royal Navy est la plus puissante, suivie par l'United States Navy et la Marine impériale japonaise. Plusieurs programmes d'armement sont alors en cours dans chacun de ces pays. Ainsi, en 1907, le Japon a lancé le concept de « flotte huit-huit » qui prévoit la construction de huit cuirassés et de huit croiseurs de bataille. Le pays est alors tiraillé entre sa situation économique précaire à la sortie de la guerre russo-japonaise et la nécessité de répondre à la montée en puissance des États-Unis dans le Pacifique. En 1916 puis 1917, ce sont ainsi 63 navires qui sont prévus, dont 4 cuirassés. En 1918, 2 cuirassés sont programmés en plus, ce qui aurait permis d'achever le plan huit-huit. En 1916 puis 1919, l'US Navy annonce la construction d'une immense flotte qui aurait largement surpassé celle du Japon. Le résultat de l'élection présidentielle américaine de 1920 va changer la donne : le retour à l'isolationnisme pousse les États-Unis à convoquer la conférence navale de Washington afin de freiner une éventuelle course aux armements qui serait ravageuse et très coûteuse. Cette conférence débouche sur le traité naval de Washington, qui est historique : il va empêcher la construction de cuirassés pendant les quatorze années suivantes et modifier la composition des marines majeures du globe.

Le traité n'affectant que les cuirassés et les croiseurs, dans les années qui suivent, une course aux croiseurs lourds est engagée. En effet, seuls leur tonnage et la taille de leurs canons sont limités, respectivement à et . Le traité naval de Londres de 1930 va compléter ces limitations, mais il va provoquer le courroux des Japonais : le tonnage total de leurs croiseurs lourds est équivalent à 60 % du tonnage de croiseurs lourds des États-Unis et des Britanniques. Or, les experts japonais avaient calculé que 70 % étaient nécessaires pour repousser une éventuelle attaque américaine dans le Pacifique. Les termes du traité de 1922 expirant début 1937, une seconde conférence est convoquée à Londres fin 1935 ; les Japonais s'en retirent début 1936 et ne signent pas le second Traité naval de Londres, ce qui abolit toute limite à leur puissance navale dès l'année suivante.

Le réarmement japonais

Dès 1930, plusieurs programmes de construction navale sont lancés, connus sous le nom de « Plans Cercles ». Le plan Cercle 3, lancé en 1937, prévoit la construction de deux cuirassés, la classe Yamato, et de deux porte-avions, la classe Shōkaku, ainsi que de 64 autres navires. Le traité naval de Washington ayant expiré en , ses restrictions sont caduques ; un budget important permet de plus à la Marine de chercher à construire des navires de meilleure qualité que ceux des autres nations. La doctrine aéronavale japonaise de l'époque prévoit que les porte-avions servent à lancer des avions capables de détruire les porte-avions américains, affaiblissant ainsi leur flotte dans le cadre d'une guerre d'usure. Perçus comme vulnérables, ces porte-avions doivent ainsi frapper les premiers pour avoir l'avantage : les Japonais mettent l'accent sur de grands groupes aériens composés d'avions plus légers que ceux de l'ennemi, leur donnant une plus grande portée.

L'organisation japonaise des porte-avions dans une flotte est bien différente de ce qu'elle peut être pour l'United States Navy : en , toutes les flottes de porte-avions sont concentrées dans une seule formation, la . Le Kidō Butai (« Force mobile ») est ainsi composée de trois divisions de porte-avions : chaque couple de porte-avions d'une division fonctionne de concert, échangeant parfois d'escadrons ou de commandants durant les attaques.

Conception C'est ainsi que l'État-major de la Marine impériale japonaise, fort de l'expérience apportée par les nombreux porte-avions déjà conçus, imagine un navire pouvant égaler la capacité d'accueil de de l' et du , la vitesse du Hiryū et l'armement défensif du Kaga. Ce navire doit aussi posséder un blindage et un rayon d'action supérieurs aux porte-avions existants. Les concepteurs du département technique de la Marine impériale japonaise décident de partir sur la base d'un Hiryū agrandi et amélioré, avec l'îlot à bâbord, vers le milieu du navire. Après que la construction a commencé, le Département technique de l'aéronavale commence à se poser des questions sur la pertinence d'avoir l'îlot à bâbord, pensant que cette position sur les Hiryū et Akagi a eu des répercussions négatives sur les flux d'air sur le pont d'envol. Un autre problème est identifié : la position centrale de cet îlot raccourcit la longueur de l'aire d’appontage, rendant problématique l'atterrissage d'avions de plus en plus rapides et plus lourds. Afin de confirmer ces soupçons, le département technique filme des centaines de décollages et d'appontages sur lAkagi d'octobre à ; il décide ensuite de déplacer l'îlot à tribord et plus en avant, à un tiers de la longueur du navire depuis la proue. La construction du Shōkaku était alors la plus avancée. Reconstruire la structure supportant son pont s'avérant trop coûteux, en temps et en argent, aucune modification n'est entreprise. Ce déséquilibre est par la suite compensé par un élargissement d'un mètre du pont d'envol à l'opposé de l'îlot ainsi qu'un rabotage de la partie correspondante à tribord de ; de ballast sont rajoutées à bâbord pour rééquilibrer le navire.

Caractéristiques Généralités vignette|alt=Deux vues en couleur d'un porte-avions : l'une du dessus, l'autre de tribord|Vue du Shōkaku en 1942. Les porte-avions de la classe Shōkaku ont une longueur hors-tout de , un maître-bau de , un tirant d'eau de à pleine charge, et un creux de ; ils déplacent à pleine charge. Sur la base de recherches hydrodynamiques menées sur les cuirassés de la classe Yamato, les deux navires disposent d'un bulbe d'étrave et de deux gouvernails, positionnés dans l'axe du navire derrière les hélices. L'équipage stricto sensu d'un navire (sans le groupe aérien) est constitué de : , , et .

Ce sont quatre hélices de de diamètre qui propulsent chacun des porte-avions, mues par quatre turbines à vapeur à engrenages Kampon« Kampon » est la romanisation de , une « abréviation » de (département technique de la Marine impériale japonaise). Il s'agit donc d'un appareil conçu par ce département. alimentées par huit chaudières à tubes d'eau Kampon modèle B. Avec une pression de (soit ), les chaudières fournissent assez de vapeur aux turbines pour générer un total de et une vitesse de . Il s'agit du système de propulsion le plus puissant de la Marine impériale japonaise, avec respectivement et de plus que les classes Yamato et Mogami. Durant les essais en mer, les deux porte-avions atteignent les et , développant et . Ils emportent avec eux de mazout, leur procurant une autonomie de à la vitesse de . Les sorties des chaudières sont dirigées vers tribord, à mi-navire, et passent au travers de deux cheminées incurvées vers le bas, juste en dessous du niveau du pont d'envol. Trois turbo-alternateurs de et deux générateurs au diesel de fournissant du équipent chacun des navires.

Pont d'envol et hangars vignette|droite|alt=Photo en noir et blanc d'un porte-avions vu depuis bâbord.|Le Zuikaku à l'ancre le jour de sa mise en service, le .

Le pont d'envol des deux Shōkaku mesure de long et fait dans sa partie la plus large ; il dépasse la superstructure aux deux bouts, supporté par des piliers. Dix brins d'arrêt transversaux sont installés, pouvant arrêter un avion de . Si jamais celui-ci manque l'un des brins, il peut être arrêté grâce à l'un des trois filets d'urgence installés. Bien que l'espace ait été alloué pour l'installation de deux catapultes, le développement de celles-ci n'est pas terminé avant que les deux navires de la classe ne soient coulés. Deux hangars superposés sont installés ; celui du haut est long de , d'une largeur variant entre 18,5 et et d'une hauteur de ; celui du bas est plus court de , sa largeur varie entre 17,5 et et il est moins haut de , ce qui ne le rend accessible qu'aux chasseurs. Au total, ce sont qui sont alloués au stockage des avions. Chaque hangar peut être divisé en cinq ou six grâce à des rideaux métalliques et dispose de lance-mousse anti-incendie. Le hangar du bas est aussi équipé d'un système gazeux d'extinction des incendies à base de dioxyde de carbone. Chaque subdivision possède sa propre station de lutte contre le feu et son propre équipement.

Les avions sont déplacés entre les ponts grâce à trois ascenseurs ; il faut pour parcourir le trajet entre le hangar le plus bas et le pont d'envol. L'ascenseur le plus à l'avant est le plus spacieux, permettant aux avions qui viennent juste d'atterrir d'être descendus sans avoir à replier leurs ailes : il mesure , alors que les autres font . Chaque porte-avions dispose d'une grue côté tribord, à la hauteur de l'ascenseur arrière. Rétractable, elle s'intègre dans le pont d'envol.

À l'origine, les porte-avions de la classe devaient embarquer un groupe aérien de , dont 24 en réserve : Mitsubishi A5M, Aichi D1A2 Type 96, Mitsubishi B5M Type 97 et Nakajima C3N Type 97. Durant le temps que dure la construction des navires, ces appareils sont soit dépassés technologiquement, soit abandonnés, et chaque groupe aérien est finalement composé de Mitsubishi A6M « Zéro », en piqué Aichi D3A « Val » et Nakajima B5N « Kate ». , et sont de plus emportés en réserve, portant le nombre total d'appareils à 84.

Armement et capteurs vignette|gauche|alt=Photo en noir et blanc du bord de la piste d'envol d'un porte-avions. Gros plan sur des affûts de canon double.|Canons de Type 89 à bord du Zuikaku, en novembre 1941. L'armement antiaérien (AA) principal d'un navire est constitué de huit affûts doubles équipés de canons de 12,7 cm/40 calibres Type 89 à double-emploi (antiaérien et antinavire) montés sur des excroissances le long du pont ; groupés par paires, ils sont situés de chaque côté de la coque. Ces canons ont une portée de et un plafond de à un angle d'élévation de . Leur cadence maximale est de quatorze coups par minute, mais dans les faits elle tourne autour de huit coups par minute. Le porte-avions est équipé de quatre directeurs de tir Type 94, un par paire de canons de , bien que celui disposé sur l'îlot puisse les contrôler tous.