thumb|alt=Affiche dessinée, titre : "A menace we must beat!", montrant un cargo en train de couler, un naufragé agonisant sur un radeau, un périscope émergeant dans un reflet en forme de croix gammée, et un officier américain disant : "We need your metal to help fight the U-Boat !"|,

Développée dans les années 2000 par Walter G. Stephan et Cookie White Stephan, la théorie de la menace intégrée des préjugés, aussi appelée théorie de la menace intergroupe, met en évidence les processus qui entrent en jeu lorsqu'un groupe se sent menacé par un second. Les deux auteurs avancent que la menace est ressentie au sein d’un groupe lorsque ses membres perçoivent qu'un autre groupe est en position de leur causer du tort. Ces mêmes auteurs considèrent les menaces comme une des causes majeures des préjugés. La théorie se focalise également sur les conditions menant aux perceptions de menace, qui à leur tour ont un impact sur les attitudes et le comportement des individus ainsi que sur ceux des groupes.

La théorie de la menace intégrée, dans sa version initiale, inclut quatre types de menaces : la menace réaliste, la menace symbolique, l’anxiété intergroupe et les stéréotypes négatifs. Cette théorie a été revisitée à plusieurs reprises et a subi plusieurs modifications. Notamment, le nombre de types a été réduit à deux, à savoir les menaces réaliste et symbolique. En effet, Stephan et ses collaborateurs ont considéré l'anxiété intergroupe comme étant une conséquence de la perception de menace et les stéréotypes négatifs comme étant un antécédent de cette perception. En 2002, Stephan et Renfro ont introduit une distinction entre les menaces liées à l'endogroupe en tant qu'entité (menace intergroupe) et les sentiments de menace dirigés vers un des membres de ce même groupe (menace individuelle).

La théorie de la menace intégrée a été modifiée afin de mieux comprendre les attitudes intergroupes et d'envisager des modes d'intervention visant à améliorer les relations intergroupes. Cette théorie suggère des interventions concrètes qui peuvent être efficaces afin de réduire les sentiments de menace intergroupe.

Origines

L'intérêt que Walter Stephan et Cookie Stephan portent au rôle de la perception de menaces dans les attitudes négatives envers d'autres groupes date déjà d'avant les années 2000. Par le passé, les travaux réalisés par Stephan et Stephan se sont principalement centrés sur l'ignorance et l'anxiété intergroupe comme causes des préjugés. À partir des résultats de leurs études, ils commencent à penser que la peur et les menaces dans la vie de tous les jours sont responsables des attitudes négatives éprouvées par les membres d'un groupe à l'égard des membres d'un autre groupe.

La littérature scientifique sur les relations intergroupes s'est déjà intéressée au facteur de la menace et à ses conséquences. Bobo et ses collaborateursont par exemple étudié les menaces réalistes, tandis que Sears, ou Esses ont réalisé des travaux sur les croyances et les menaces symboliques. Stephan et Stephan étaient cependant insatisfaits des théories existantes sur les préjugés. Les chercheurs n'examinaient toujours qu'une partie de la menace en s'intéressant soit à la dimension symbolique, soit à la menace réaliste. Selon Stephan et Stephan, c'est une erreur car ces deux types de menace peuvent aussi être complémentaires. De plus, les études se déroulaient de façon isolées les unes des autres, sans qu'il y ait une véritable collaboration ou conceptualisation de la menace. En conséquence, les deux ont repris une grande partie des travaux à ce sujet qu'ils ont par la suite intégré dans un modèle théorique, l’Integrated Threat Theory of prejudice. En d'autres mots, de nombreux scientifiques se sont interrogés sur le rôle de la menace au niveau des conflits intergroupes ou des attitudes négatives, mais personne avant eux n'avait encore essayé d'intégrer plusieurs concepts de la menace dans un seul et unique modèle théorique qui soit également applicable sur le terrain.

Contenu thumb|upright=2.0|alt=Alternative textuelle|Modèle causal de la théorie de la menace intégrée En 2000, Stephan et Stephan proposent une première version de la théorie de la menace intégrée. Ils postulent l'idée que la perception de menace favorise l'apparition de préjugés ainsi que la dégradation des relations et du contact intergroupe. La théorie propose quatre différents types de menace susceptibles d’être perçus et ressentis par les membres d'un groupe à propos d'autres groupes. Ce sont la menace réaliste, la menace symbolique, l’anxiété intergroupe et les stéréotypes négatifs. Les menaces perçues sont souvent irréalistes ou exagérées.

Dans la théorie de Stephan et Stephan, la perception de ces différentes formes de menaces peuvent conduire à la formation de préjugés, peu importe que ces menaces soient réelles ou non. Allport (1954) définit le préjugé comme . Cette définition inclut des réactions émotionnelles telles que la haine et le mépris ainsi que des réactions évaluatives comme la désapprobation ou la dévalorisation.

Menaces réalistes Le premier type de menace consiste en une menace réaliste présentée par l’autre groupe, dit exogroupe. Elle constitue un danger pour l’existence de son propre groupe, qualifié d'endogroupe : une menace pour la puissance économique ou politique, ou encore une menace au bien-être physique ou matériel de l’endogroupe ou des membres de ce même groupe. Le concept de menace réaliste est dérivé de la théorie du conflit réel, aussi appelée , selon laquelle la compétition entre groupes pour des ressources limitées peut causer l’apparition de préjugés envers l’autre groupe. Les ressources pour lesquelles les groupes se battent peuvent être tangibles (par exemple, argent) ou non tangible (par exemple, pouvoir décisionnel, contrôle). Néanmoins, la menace réaliste telle que vue par Stephan et Stephan diffère sur deux points de la menace telle que proposée dans la théorie du conflit réel. Premièrement, la vision du concept de menace est beaucoup plus large chez les premiers, incluant toute menace au bien-être du groupe ou de ses membres. Deuxièmement, Stephan et Stephan se concentrent sur la perception subjective du conflit entre groupes. Ils mettent l’accent sur la perception de la menace réaliste parce qu'elle peut mener à des préjugés, et cela, qu'elle soit effective ou pas.

Menaces symboliques Deuxièmement, la menace symbolique met en danger le système de valeurs et de croyances ainsi que la manière de percevoir le monde de l’endogroupe. Ce type de menace fait donc référence aux différences perçues entre groupes, telles que les différences de valeurs, de morales, de standards, de croyances ou encore d’attitudes. La menace symbolique apparait, en partie, parce que l’endogroupe croit en la justesse morale de son propre système de croyances et craint que les nouvelles normes et croyances revendiquées par l’autre groupe mettent en péril sa manière de vivre.

De nombreuses études ont montré que lorsqu’un groupe perçoit de la menace dirigée vers ses valeurs de la part d’un groupe minoritaire, cela le conduit à opter pour des attitudes négatives envers ce groupe. C'est notamment le cas des théories du racisme symbolique et du racisme moderne, qui ont recours à la notion de la menace symbolique et selon lesquelles l'hostilité que présentent les Blancs d'Amérique du Nord vis-à-vis des Noirs américains est une réponse à la croyance selon laquelle ces derniers violent les valeurs traditionnelles partagées par de nombreux Blancs .

Anxiété intergroupe Ensuite, le troisième type de menace est l’. Spielberger (1976) propose de définir l’anxiété comme étant un sentiment qui apparait lorsque du stress est combiné avec la présence d’une situation perçue comme dangereuse ou menaçante. Contrairement à la peur, l’anxiété ne doit pas être dirigée vers un objet et l’intensité des émotions négatives ressenties est souvent disproportionnée. Elle joue un rôle important dans les relations intergroupes.

Selon les auteurs de la théorie, cette menace fait référence au fait que les personnes se sentent personnellement menacées lors d’interactions entre groupes parce qu’elles s’inquiètent des effets négatifs de celles-ci. L’anxiété intergroupe déclenche des réponses cognitives et comportementales amplifiées, qui sont en accord avec les sentiments négatifs causés par l’interaction. Une interaction avec un groupe ou avec l'un de ses membres peut générer un effet psychologique négatif tel que le sentiment d’embarras, un effet négatif de type comportemental tel que le fait d’être exploité ou physiquement blessé, une évaluation négative de la part de l’exogroupe à notre égard ou encore une évaluation négative de la part de notre propre groupe à notre égard.

L’anxiété est donc un sentiment qui influence notre capacité à interagir efficacement avec les membres d’un autre groupe. La de Gudykunst, va dans le même sens puisqu’elle assume que notre capacité à gérer notre anxiété et notre incertitude est un processus central influençant notre capacité à communiquer efficacement avec les autres.

Cette relation entre l'anxiété intergroupe et les attitudes négatives envers des exogroupes peut être observée dans une multitude de contextes.

Stéréotypes négatifs Enfin, le quatrième type de menace est les stéréotypes négatifs. Les deux auteurs citent Aarts et ses collègues, dans leur article, qui définissent le stéréotype comme étant un ensemble de caractéristiques, incluant des traits, des attitudes, des comportements et des buts qui sont associés aux membres d’une certaine catégorie sociale.

Les stéréotypes possèdent un certain nombre de fonctions. Ils permettent de : simplifier la complexité du monde social dans lequel nous vivons ; fournir des lignes d’action pour les interactions sociales ; apporter des explications aux comportements de l’exogroupe ; être utilisés pour justifier la supériorité de l’endogroupe ; améliorer l’estime de soi.

Les stéréotypes agissent de manière automatique et échappent à notre contrôle. En effet, Blair et Banaji ont démontré, en 1996, que le fait d’être en présence d’un groupe stéréotypé, qu’on en soit conscient ou pas, provoque l’activation automatique des stéréotypes que l’on possède à l’égard de ce groupe.

De plus, presque tous les stéréotypes vis-à-vis des exogroupes constituent une menace pour l’endogroupe. En effet, les stéréotypes servent de base pour constituer des attentes vis-à-vis d’un groupe et ces attentes conduisent souvent à des préjugés. Lorsque ces stéréotypes à propos d’un groupe sont négatifs, les individus s’attendent à ce que les membres du groupe stéréotypé se comportent en accord avec eux, leur attribuant des caractéristiques négatives et menaçantes . Le groupe constitue alors une menace au bien-être de l’endogroupe.

Théorie revisitée En 2002, Stephan et Renfro revisitent la théorie et proposent de réduire le nombre de menaces à deux : la menace réaliste et la menace symbolique. Les deux auteurs se basent sur la distinction que Tajfel fait entre les processus qui se passent au niveau individuel et ceux qui se passent au niveau du groupe pour argumenter le fait qu’une distinction peut être faite entre les menaces dirigées vers l’individu et celle dirigées vers le groupe.

En effet, dans la version originale de la théorie, les différentes menaces agissent à des niveaux différents : les menaces réaliste et symbolique agissent au niveau du groupe, alors que l’anxiété intergroupe intervient plutôt au niveau individuel.