droite|vignette|300px|Le document officiel de l'abdication La crise d'abdication d'Édouard VIII est une période de crise survenue en 1936 au Royaume-Uni et dans l'Empire britannique, quand , roi du Royaume-Uni et des dominions britanniques et empereur des Indes, décida d'abdiquer en faveur de son frère afin de pouvoir se marier avec Wallis Simpson, une roturière américaine, qui était en instance de divorce (de son second mariage).

Ce mariage fut rejeté par les gouvernements du Royaume-Uni et des dominions autonomes du Commonwealth of Nations. Des objections religieuses, juridiques, politiques et morales furent soulevées. En tant que monarque britannique, Édouard était le chef nominal de l'Église d'Angleterre qui ne permettait pas aux personnes divorcées de se remarier si leurs ex-conjoints étaient encore en vie. Ainsi, il fut largement admis qu'Édouard ne pouvait rester sur le trône et épouser Wallis Simpson, qui était perçue comme une personne politiquement et socialement inappropriée pour occuper le rôle d'épouse, en raison de l'échec de ses deux précédents mariages. Les membres de l'establishment étaient nombreux à considérer qu'elle était attirée par l'argent ou par le statut plutôt que par l'amour du roi. Malgré l'opposition, Édouard déclara qu'il aimait Simpson et avait l'intention de l'épouser avec ou sans l'accord de ses gouvernements.

La réticence répandue à accepter Simpson comme épouse du roi, et le refus d'Édouard de l'abandonner, conduisirent à son abdication le 11 . Il est le seul monarque britannique à avoir volontairement renoncé au trône depuis la période anglo-saxonne. Ce fut son frère Albert, qui prit le nom de règne de , qui lui succéda. Après avoir abdiqué, Édouard reçut le titre de Son Altesse Royale le duc de Windsor et épousa Wallis Simpson le . Ils restèrent mariés jusqu'à la mort d'Édouard en 1972, 35 ans plus tard.

Contexte Dans les années 1920 et 1930, au lieu d’épouser une princesse européenne ou une aristocrate britannique comme le veut la coutume, Édouard a des aventures avec des femmes mariées, comme Freda Dudley Ward, Thelma Furness et, à partir de 1934, Wallis Simpson, une Américaine deux fois divorcée. En vue de l’éloigner de ces relations inconvenantes, ses parents lui font faire des visites royales à l’étranger.

Édouard et Wallis Simpson vignette|gauche|Édouard VIII et Wallis Simpson en Méditerranée, 1936. Édouard VIII succéda à son père, , en tant que de l'Empire britannique, le . Il était alors célibataire, mais pendant les quelques années qui précédèrent, il était souvent accompagné lors d'événements sociaux privés par Wallis Simpson, l'épouse américaine du directeur du transport maritime britannique . Ernest Simpson était le second mari de Wallis; son premier mariage avec le pilote de la US Navy, , avait fini par un divorce en 1927. Au cours de l'année 1936, Wallis Simpson assista à des fonctions plus officielles en tant qu'invitée du roi et, bien que son nom apparût régulièrement dans la , celui de son mari en était absent. L'été de cette même année, le roi évita le long séjour traditionnel à Balmoral, optant plutôt pour des vacances avec Simpson en Méditerranée orientale à bord du yacht à vapeur . La croisière fut largement couverte par la presse continentale européenne et américaine, mais la presse britannique maintint un silence volontaire sur le voyage du roi. Par contre, les Canadiens et les Britanniques expatriés avaient accès aux journaux étrangers, et furent en général scandalisés par cette couverture.

En octobre, il se disait dans la haute société et à l'étranger qu'Édouard avait l'intention d'épouser Simpson dès qu'elle serait libre. À la fin de ce mois, la crise atteignit son paroxysme lorsqu'elle demanda le divorce et que la presse américaine annonce que son mariage avec le roi était imminent. Le , le secrétaire particulier du roi, Alec Hardinge, lui écrivit l'avertissement suivant : Les ministres britanniques plus anciens savaient que Hardinge avait écrit au roi et l'avait peut-être aidé à rédiger la lettre.

Le lundi suivant, le , le roi invita le Premier ministre britannique Stanley Baldwin au palais de Buckingham et l'informa qu'il avait l'intention d'épouser Simpson. Baldwin répondit au roi qu'un tel mariage ne serait pas acceptable pour le peuple, déclarant : On prête des propos plus directs () à Stanley Baldwin : « Si le roi veut coucher avec une putain, c'est son affaire. Mais s'il veut en faire une Reine, cela concerne l'Empire ». Le point de vue de Baldwin était partagé par le haut commissaire australien à Londres, Stanley Bruce, un ancien Premier ministre australien. Le jour même où Hardinge écrivit au roi, Bruce rencontra Hardinge et écrivit alors à Baldwin exprimant un sentiment d'horreur à l'idée d'un mariage entre le roi et Simpson. Le gouverneur général du Canada, Lord Tweedsmuir, témoigna au palais de Buckingham ainsi qu'à Baldwin de la profonde affection que les Canadiens avaient pour le roi, mais mentionna également que l'opinion publique canadienne serait outrée si Édouard épousait une femme divorcée.

La presse britannique resta néanmoins silencieuse sur le sujet, jusqu'à ce qu', , prononçât un discours lors de sa Conférence Diocésaine le . Dans ce discours, il faisait allusion à la nécessité pour le roi de recevoir la grâce divine, il disait : La presse prit cela comme le premier commentaire prononcé par une personne notable sur la crise et en fit sa première page le lendemain. Lorsque plus tard, il fut interrogé sur ce sujet, l'évêque affirma cependant qu'il n'avait pas entendu parler de Simpson au moment où il avait rédigé son discours.

Sur les conseils de l'entourage d'Édouard, Simpson quitta la Grande-Bretagne pour le sud de la France, le , pour échapper à l'acharnement des médias. Elle et le roi furent tous deux dévastés par cette séparation. Lors de leur adieu larmoyant, le roi lui dit :

Le , le psychologue sexuel écrivit de manière confidentielle à Baldwin au sujet de la relation existante entre Édouard et Simpson. Son diagnostic était que, lorsqu'il était jeune homme, Édouard avait souffert d'inadaptation sociale et sexuelle. Il terminait en disant que

Opposition

L'opposition au roi et à son mariage avait différentes origines et motivations.

Sociétale

La volonté d'Édouard de moderniser la monarchie et de la rendre plus accessible, bien qu'appréciée par de nombreuses personnes, inquiétait l'establishment britannique. Édouard contrariait l'aristocratie, traitant leurs traditions et leurs cérémonies avec dédain, et beaucoup s'offusquaient de son abandon des normes sociales et des mœurs établies.

Religieuse

Édouard fut le premier monarque britannique à vouloir épouser une femme divorcée ou voulant se marier après un divorce. Au , comme le pape refuse l'annulation de son mariage avec Catherine d'Aragon, le roi fait sécession, sépare de Rome l'Église d'Angleterre, créant ainsi le schisme anglican et la Réforme anglaise, mais il ne divorce jamais ; ses mariages sont annulés par l'Église nouvellement créée. En 1936, l'Église d'Angleterre ne permettait pas aux personnes divorcées de se remarier à l'église lorsque l'ex-conjoint était encore vivant. Selon Cosmo Lang, archevêque de Cantorbéry, le monarque était tenu d'être en communion avec l'Église d'Angleterre dont il était le chef nominal. Si Édouard épousait Wallis Simpson, une femme divorcée ayant deux ex-maris vivants, il serait en conflit avec son rôle ex officio de gouverneur suprême de l'Église d'Angleterre. Lang craignait les dissidences et l'affaiblissement de la monarchie britannique.

Dans un discours radiodifffusé, Lang décrit « une soif de bonheur personnel » que le roi a cherché à satisfaire « d'une façon incompatible avec le principe du mariage chrétien ». Cette allocution suscite de nombreuses critiques pour son manque de charité. Selon Compton Mackenzie, elle a « porté un coup désastreux au sentiment religieux dans tout le pays » (dealt a disastrous blow to religious feeling throughout the country).

Légale

Le premier divorce de Wallis (prononcé aux États-Unis en raison d') n'était pas reconnu par l'Église d'Angleterre et, en cas de contestation devant les tribunaux anglais, aurait pu ne pas être reconnu par la législation anglaise. À cette époque, l'Église et la législation anglaise considéraient l'adultère comme le seul motif de divorce. Par conséquent, en vertu de cet argument, son deuxième et son troisième mariages auraient été bigames et nuls.

Morale

Les ministres du roi (tout comme sa famille) jugeaient les antécédents ainsi que le comportement de Wallis Simpson inacceptables pour une reine. Des rumeurs et des insinuations à son sujet circulaient dans la société. La mère du roi, la reine douairière Mary, eut même pour information que Simpson aurait exercé une sorte de contrôle sexuel sur Édouard, l'ayant libéré d'un quelconque dysfonctionnement sexuel par des pratiques apprises dans un bordel chinois. Ce point de vue était en partie partagé par le , aumônier de l'archevêque de Cantorbéry, qui écrivit qu'il soupçonnait le roi d'. Même le biographe officiel d'Édouard VIII, Philip Ziegler, nota que : .

Des détectives appartenant à la police poursuivant Simpson rapportèrent que, pendant qu'elle était avec Édouard, elle avait également une autre relation sexuelle avec un mécanicien automobile et vendeur marié du nom de Guy Trundle. Cette information a peut-être bien été transmise à de hauts responsables de l'Establishment, y compris aux membres de la famille royale. Un troisième amant a également été évoqué, le duc de Leinster. Joseph Kennedy, ambassadeur américain, la qualifia de , et son épouse, Rose, refusa de dîner avec elle. Cependant, Édouard soit n'était pas au courant de ces allégations, soit avait choisi de les ignorer.

Wallis était perçue comme poursuivant Édouard pour son argent ; son écuyer écrivit qu'elle finirait par le quitter, . Le futur Premier ministre Neville Chamberlain nota dans son journal qu'il s'agissait d'.

Politique vignette|gauche|Fort Belvedere, Surrey, résidence d'Édouard dans le Windsor Great Park.

Lorsqu'Édouard visita des villages miniers qui subissaient la Grande Dépression dans le pays de Galles, le commentaire qu'il fit, , conduisit à des inquiétudes parmi les élus qui craignaient qu'il se mêlât des affaires politiques, traditionnellement évitées par les monarques constitutionnels. Ramsay MacDonald, lord président du Conseil, écrivit à propos des commentaires du roi : En tant que prince de Galles, Édouard s'était publiquement référé aux politiciens de gauche en les traitant d'"excentriques" et faisait des discours à l'encontre de la politique du gouvernement. Pendant son règne, le refus du roi d'accepter les conseils de ses ministres se poursuivit : il s'opposa à l'imposition de sanctions à l'Italie après son invasion de l'Éthiopie, refusa de recevoir l'empereur d'Éthiopie déchu, et ne voulut pas soutenir la Société des Nations.

Les commentaires d'Édouard l'avaient certes rendu populaire dans le pays de Galles, il devint en revanche extrêmement impopulaire auprès du public en Écosse à la suite de son refus d'inaugurer une nouvelle aile à l', affirmant qu'il ne pouvait le faire car il était en deuil de son père. Au lendemain de l'inauguration, il apparaissait dans les journaux, s'ébattant en vacances : il avait refusé l'événement public et avait préféré retrouver Simpson.

Les membres du gouvernement britannique furent aussi consternés par le projet de mariage après avoir été informés que Wallis Simpson était un agent de l'Allemagne nazie. Le ministère des Affaires étrangères obtint des dépêches divulguées, en provenance de l'ambassadeur du Troisième Reich au Royaume-Uni, Joachim von Ribbentrop, révélant la forte opinion de ce dernier que l'opposition au mariage était motivée par le désir .