Le pouvoir de marché correspond à l'aptitude d’une entreprise, d’un groupe d’entreprises (cartel) ou d'un agent économique à relever et maintenir ses prix au-dessus du niveau de concurrence. L'entreprise, est dans ce cas, faiseuse de prix ().

L’exercice d’un pouvoir de marché (qualifiée également de pouvoir de monopole) se traduit par une moindre production et une perte de bien-être économique. Le pouvoir de marché, ses manifestations, les stratégies qui y conduisent, la manière de le contrôler sont les questions centrales de l’économie industrielle.

Historique

À titre d'exemple, au début du aux États-Unis, . Pour y mettre fin l'état a mis en œuvre les lois antitrust édifiées dès le (New York Telegraph Act, Sherman Antitrust Act, Clayton Antitrust Act).

Une entreprise emblématique, démantelée en est AT&T, opérateur de télécommunications.

Au ,

Selon un rapport accablant de la Chambre américaine des représentants a publié en :

Joseph E. Stiglitz fait remarquer qu'au début du , la concentration en œuvre dans de nombreux secteurs entraîne l'expansion du pouvoir de marché aux États-Unis .

La crise du covid a renforcé le pouvoir de marché de certains secteurs : les compagnies maritimes de marchandises ont pratiqué pendant plus de deux ans, en 2020, 2021, 2022, des prix très hauts en multipliant leurs tarifs par plus de cinq qui géneront des superprofits. Parmi elles CMA-CGM de Rodolphe Saadé a affiché plus de d'euros de profits qui lui ont permis d'investir dans des secteurs diversifiés tels les transports, la logistique, les médias. Chacun des géants du transport maritime Maersk, CMA CGM et MSC ont réalisé plus de 40 milliards de bénéfices sur la période (Avec le retour à la normale du transport maritime, les résultats de ces entreprises ont reculé fortement, avec par exemple un bénéfice net pour Maersk divisé par 13 sur le premier trimestre 2024 par rapport à 2023).

En conséquence de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, une flambée des cours du pétrole se produit dont vont profiter les entreprises du secteur énergétique. Faisant partie des supermajors qui dominent le marché mondial aux côtés de BP, Exxon, Chevron, Royal Dutch Shell, le cas de TotalEnergies attire l’attention pour la France. Au premier semestre de 2022, la multinationale a enregistré un résultat net de , trois fois plus que l’année précédente à la même époque, qui peuvent être qualifié de superprofits dus à son pouvoir de marché.

Efficacité sociale et le pouvoir de marché Dans une relation d’échange, l’efficacité devrait conduire à réaliser toutes les transactions qui génèrent un surplus. Dans ce cas, il s’agit d’une situation d’échange telle que la valeur du bien pour celui qui l’achète est plus élevée que le coût de production. Ainsi, l’efficacité sociale devrait conduire à produire et échanger toutes les unités telles que le coût marginal de production est inférieur ou égal à la valeur du bien pour l’acheteur, son utilité marginale. Pour la dernière unité échangée, on obtiendrait la règle d’efficacité classique : coût marginal de production = utilité marginale de consommationCette efficacité est atteinte dans une situation de concurrence pure et parfaite (CPP) où l'entreprise est preneuse de prix (price taker) alors que ce n’est pas le cas en situation de monopole.

Dans une situation de concurrence, c’est‐à‐dire une situation où un acteur (entreprise ou consommateur) pris isolement n’a pas d’influence sur le prix, la règle d’allocation efficace est atteinte. En effet, chaque entreprise faisant face à un prix de marché va produire tant que la valeur privée de cette transaction est positive. Ainsi, elle produit (et vend) tant que son coût marginal est inférieur au prix. Vendre à un prix inférieur au coût de production correspond à renoncer à des occasions de gagner supplémentaires. Vendre à un coût supérieur au prix correspond à une perte nette. Du côté de la demande, les consommateurs achètent le bien tant que la valeur qu’ils accordent à une unité supplémentaire est supérieure à son prix. Acheter à un prix inférieur à l'utilité signifie une sous satisfaction er à un prix supérieur correspond à une perte nette d'utilité. Ainsi, à l’équilibre, on obtient :

coût marginal de production =prix= utilité marginale de consommation

Dans le cas non concurrentiel (pour simplifier une entreprise en monopole sur un marché), cette entreprise fixe seule ses prix. Elle peut bien sûr choisir un prix égal au coût marginal, et obtenir un profit net strictement positif grâce à toutes les unités infra‐marginales pour lesquelles le prix est supérieur au coût de production. Mais elle peut également décider d’augmenter un peu son prix. Ce faisant, il est possible que la demande qui s’adresse à elle diminue mais sa marge sur les unités vendues va augmenter. C’est donc un arbitrage entre quantité et marge que va devoir effectuer ce monopole. Ceci amène le monopole à s’écarter de la règle efficace (celle de la CPP) et à proposer un prix qui s’éloigne du coût marginal.

Pour Joseph E. Stiglitz, le modèle d'une concurrence pure et parfaite est une illusion pour des économies ne mettant plus en œuvre les lois antitrust comme au début du aux États-Unis : .

Les entreprises recherchent tous les moyens pour ériger des barrières à l'entrée dans leur secteur comme des . Citant Warren Buffet dans sa déclaration devant la commission d'enquête sur la crise financière .

Mesure du pouvoir de marché On peut donner une définition économique précise de la puissance sur le marché, mais il est difficile de la mesurer concrètement.

En matière de concurrence, le pouvoir de marché est déterminé à l’aide d’une analyse structurelle du marché, notamment du calcul des parts de marché, qui oblige à examiner s’il existe d’autres producteurs des mêmes produits ou de produits substituables (substituabilité). L’analyse d’un pouvoir de marché doit également apprécier les barrières à l’entrée ou à l’expansion (Barrières à l’entrée) et le degré d’innovation. Elle peut par ailleurs faire intervenir des critères qualitatifs, tels que les ressources financières, l’intégration verticale ou la gamme de produits de l’entreprise concernée.

L’une des méthodes proposées est l’indice (ou critère) de Lerner, qui permet de calculer de combien le prix dépasse le coût marginal. Cette différence peut-être exprimée en pourcentage du prix fait par le monopole. Cependant, comme il est difficile de mesurer en pratique le coût marginal, une alternative consiste à effectuer ce calcul par rapport au coût variable moyen. Une autre solution consiste à mesurer l’élasticité de la demande par rapport au prix pour l’entreprise, puisque cette élasticité est liée à la marge prix-coût (bénéficiaire) de l’entreprise et à sa capacité à relever ses prix. Le calcul de cette élasticité pose néanmoins de nombreux problèmes. L’exercice effectif ou potentiel d’une puissance sur le marché permet de savoir si l’on se trouve en présence d’atteintes substantielles à la concurrence ou si de telles atteintes risquent de se produire.

Aux États-Unis et au Canada, les autorités compétentes chargées des fusions procèdent à cet égard de la manière suivante : elles examinent si, après fusion, les entreprises concernées pourront relever durablement leurs prix au-delà d’un certain seuil (par exemple 5 ou 10 pour cent, le chiffre variant selon le cas) sans provoquer l’entrée de nouvelles firmes ou la production de substituts. Cette capacité de majoration des prix est déterminée au moyen d’une analyse détaillée de la structure quantitative et qualitative du marché et des paramètres de comportement des entreprises.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes Économie de marché Taux de marge Indice de Lerner Économie industrielle Jean Tirole Joseph E. Stiglitz

Liens externes Qu'est ce que le pouvoir de marché? définition et structure sur apprendre-gestion.com

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