La période babylonienne tardive est une phase mal définie de l'histoire de la Babylonie, qui couvre en gros la seconde moitié du , depuis la chute de l'empire néo-babylonien en 539 jusqu'à la disparition de l'antique culture mésopotamienne au début de notre ère. Cette région est successivement dominée par plusieurs dynasties d'origine extérieure : les Perses de la dynastie achéménide (539-331 ), les Grecs de la dynastie séleucide (311-141 ), les Parthes de la dynastie arsacide (141 -224 ).
Après sa chute, Babylone n'est plus jamais le centre d'un royaume, et l'histoire millénaire des grands royaumes mésopotamiens s'achève. La Babylonie n'est plus qu'une province parmi d'autres, mais à la différence de l'Assyrie post-impériale elle conserve sa prospérité, qui en fait un enjeu important. Pour autant, cette rupture politique ne s'accompagne pas d'une rupture dans le domaine économique et social, dans lequel les changements se font lentement. Mais la disparition progressive des institutions traditionnelles de la civilisation mésopotamienne entraîne la disparition de sa culture, qui est achevée dans les premiers siècles de notre ère.
Histoire de la Babylonie sous domination étrangère : des Achéménides aux Parthes
En 539 , les troupes perses dirigées par Cyrus II pénètrent dans Babylone, dont le roi Nabonide est déposé. Dès lors, la Babylonie n'est plus dominée par un roi autochtone. Il n'empêche qu'elle reste très importante si ce n'est centrale dans les empires qui la dominent.
La période de domination achéménide (539-331 )
thumb|right|L'Empire achéménide sous Darius .
L'esprit d'indépendance babylonien reste présent au début de la période achéménide, comme en témoignent les rébellions qui secouent la région sous le règne de Darius . On voit ainsi apparaître un Nabuchodonosor III en 522 , soi-disant fils de Nabonide, et un Nabuchodonosor IV l'année suivante, dans un contexte de troubles liés à la succession de , le fils de Cyrus II. Tous deux sont vaincus sans mal par Darius, et exécutés. Xerxès , le fils de Darius, réorganise l'administration de son empire, et divise en deux la province de Babylone qui auparavant allait jusqu'à la Méditerranée ; elle est séparée de ses anciennes possessions occidentales, pour reprendre les limites d'un ensemble constitué de la Babylonie et de l'Assyrie. Quelques révoltes ont lieu les premiers temps du règne du nouveau roi, mais elles sont sans gravité. Rien ne prouve que la destruction de l'Esagil de Babylone se soit produite durant des répressions perpétrées par Xerxès comme le rapportent des sources grecques. Sous la domination perse, la Babylonie connaît une période de paix et de prospérité, restant très peu impliquée dans les conflits dynastiques perses malgré le fait que la révolte de Cyrus le Jeune y prenne fin en 401 F. Joannès, « Achéménides (rois) », dans
La période hellénistique (331-141 )
thumb|right|Les royaumes des Diadoques vers 300
En 331 , les troupes macédoniennes d'Alexandre le Grand soumettent l'empire perse de et s'emparent de la Mésopotamie, après les victoires d'Issos et de GaugamèlesF. Joannès, « Alexandre le Grand », dans . Une fois les campagnes d'Inde achevées en 324 , Alexandre, qui se présente comme le successeur des rois perses, retourne à Babylone, avec des projets pour cette illustre cité et sa région (restauration de monuments, de canaux), où il s'établit avant d'y mourir en 323
C'est donc à Babylone que les Diadoques, les généraux d'Alexandre, décidèrent du partage de l'empire. La bonne entente fut de courte durée et ils entrèrent dans une longue période de conflits armés qui aboutirent à la division de l'héritage du conquérant. C'est finalement Séleucos qui devient maître de Babylone en 311 , fondant la dynastie séleucide et déplaçant sa capitale à Séleucie du Tigre qu'il fonde vers 301 av. J.-C. Le royaume séleucide connaît son apogée sous son fils Antiochos (280-261). La Babylonie reste une région importante pour la prospérité de cet État, même si son centre de gravité bascule progressivement vers la Syrie. C'est également une période d'hellénisation de plusieurs cités mésopotamiennes. Les guerres opposant en Syrie les Séleucides aux Lagides, qui dominent l'Égypte, puis la présence croissante des Romains dans cette même région, ainsi que les défections de plusieurs provinces orientales du royaume et des troubles successoraux eurent pour effet d'affaiblir progressivement la position séleucide en Babylonie au milieu du F. Joannès, « Hellénistiques (rois) », dans .
L'instabilité de la période parthe (141 -224 ) thumb|left|Rapport d'observation astronomique de 141 av. J.-C. mentionnant la défaite du séleucide Démétrios II par le parthe Mithridate . British Museum.
C'est dans ce contexte que les rois parthes de la dynastie des Arsacides réussissent à se rendre indépendants du pouvoir séleucide à partir de leur territoire situé sur les rebords de la Mer Caspienne. Ceci aggrave la situation intérieure du royaume séleucide, et Babylone tombe entre les mains des Parthes en 141 , lorsque Démétrios II Nicator est vaincu par Mithridate . Le roi séleucide contre-attaque, mais est fait prisonnier, ce qui permet à son frère de prendre le pouvoir. Il s'ensuit une série de conflits durant une bonne dizaine d'années. Au centre de la zone des combats, ravagée par des pillards, la Babylonie est une zone sinistrée quasiment en situation d'anarchie, le pouvoir étant exercé par des petits responsables locaux. Le vice-roi de (130-129), Himéros, organise la réduction en esclavage et la déportation de Babyloniens envoyés en Médie. Au début du , alors que le roi Mithridate II (123-88) a rétabli la stabilité du royaume parthe et réalisé de nombreuses conquêtes, il voit son royaume se diviser à la suite de la révolte de Gotarzès (91-80), qui s'empare de la Babylonie. Le royaume parthe s'enfonce alors dans une période d'instabilité forte, alors que les Romains qui ont supplanté les Séleucides en Syrie ont des visées sur la Mésopotamie du nord. Le les troubles successoraux s'aggravent ce qui permet aux pouvoirs locaux de prendre une autonomie plus importante. La Babylonie est donc secouée par une série de conflits, une très grande instabilité institutionnelle, et généralement le pouvoir central exerce une emprise moins forte qu'aux périodes précédentes, ce qui n'entrave pas forcément sa prospérité. C'est dans la seconde moitié du siècle, tandis que le pouvoir parthe est raffermi par Vologèse , que Babylone devient une cité-fantôme, désertée par ses habitants, tandis que la culture millénaire dont elle était le symbole s'éteint progressivementF. Joannès, « Parthes (rois) », dans .
Adaptation des structures économiques et sociales
Une province riche thumb|left|Le Cylindre de Cyrus, retrouvé à Babylone, dans laquelle le souverain perse se présente en successeur des rois babyloniens et rapporte avoir restauré plusieurs temples, British Museum.
Pendant les débuts de la période achéménide, les souverains perses reprennent souvent dans leur titulature le titre de « roi de Babylone », avant de l'oublier pour se contenter du titre de « Roi des pays ». La province de Babylone, qui correspond en gros à la Mésopotamie, est dirigée par un gouverneur reprenant le titre babylonien traditionnellement donné au détenteur d'une charge d'administration provinciale, pahat ou bēl pahati, et non satrape, qui désigne en Babylonie une charge inférieure. Ce sont des Perses qui détiennent les plus hautes charges de l'administration, s'occupant des affaires militaires, des taxes et de la justice. Durant la période séleucide, la province de Babylone est dirigée par un satrape (muma'iru), mais elle cohabite avec des entités disposant d'autres statuts, comme les cités (grec pólis), rang auquel est élevée Babylone, et peut-être aussi UrukJ. Monerie, « Notabilité urbaine et administration locale en Babylonie du sud aux époques séleucide et parthe », dans C. Feyel et al. (dir.), Communautés locales et pouvoir central dans l’Orient hellénistique et romain, 2012, . Au niveau local, les administrations des temples et les assemblées de notables et d'anciens continuent d'avoir des prérogatives judiciaires comme à la période précédente.
Le fait que la Babylonie soit réduite au statut de province et ne soit plus le centre d'un royaume puissant n'empêche pas qu'elle soit une province cruciale pour les États qui la dominent du fait de sa richesse. Durant toute la seconde moitié du millénaire, elle poursuit son développement démographique et économique, qui culmine à la période parthe malgré les troubles politiques qui s'y produisent et qui contrastent avec les périodes de paix durable de la domination des Achéménides et aussi de celle des Séleucides, qui ont largement contribué à cette prospérité. Les rois, bien qu'étrangers à la Babylonie, y sont actifs. Les Perses poursuivent ainsi l'aménagement et l'extension du réseau de canaux entrepris par leurs prédécesseurs néo-babyloniens, pour développer la surface en cultureF. Joannès, « Les droits sur l'eau en Babylonie récente », dans Annales, Histoire, Sciences Sociales 57/3, 2002, et 584.
Au service des empires : domaines royaux, terres de service et taxation
La mise en valeur de la Babylonie a donc un intérêt certain pour les empires qui la dominent, qui cherchent à en tirer des revenus importants. Une certaine réorganisation des terres est effectuée par les Perses dans ce but. Des domaines sont attribués à des membres de la famille royale ou des hauts dignitaires, prises sur l'ancien domaine royal babylonien. Au se met en place un nouveau système de gestion des terres, reposant autour de circonscriptions nommées hatru, comprenant une population résidente, et désignées d'après le métier, l'origine ethnique ou la nature militaire des dépendants qui s'y trouvent. Il s'agit là aussi d'une forme de réorganisation des terres royales babyloniennes et des dépendants travaillant pour le palais à la période néo-babylonienne. Le domaine du roi, le plus vaste, était exploité par des dépendants appelés gardu et rétribués par des rations d'entretien.
Les archives de Nippur nous informent sur le fonctionnement des terres militaires, qui s'effectue dans le cadre des hatru sous la direction d'un administrateur appelé šaknu, autre titre babylonien reprisÉtudié dans . Résumé par . Description plus précise du système sur la page consacrée à Nippur.. Les terres militaires sont divisées selon le type d'unité que leur détenteur devait contribuer à équiper : les plus petits domaines étaient les « domaines d'arc » (bīt qašti), pour un archer, puis on trouvait des « domaines de cheval » (bīt sisî) et des « domaines de char » (bīt narkabti). La question est de savoir si ce « service » (ilku) consistait uniquement en un versement d'argent pour l'armée ou bien s'il comprenait également un service militaire effectif. On est en tout cas là aussi en présence d'un système qui correspond aux terres de services qui pouvaient être utilisées pour équiper des troupes à l'époque du royaume babylonien. Riche région de l'empire, la Babylonie fournissait donc des contributions importantes pour la puissance perse, provenant de ses terres de façon directe mais aussi indirectement par des taxes, pesant notamment sur des biens fonciers ou certaines transactions, ainsi que par des prélèvements forcés de denrées agricoles ou des corvées.
Durant la domination séleucide, une partie du territoire rural devait disposer du statut de terre royale (en grec chôra), sur laquelle pouvaient notamment être constitués des domaines attribués à des membres de la famille royale ou des dignitaires. Le pouvoir séleucide avait mis en place des impôts pesant sur les revenus agricoles et l'élevage, perçus au moins pour partie en nature, et non attestés pour les périodes antérieures. Il percevait également des impôts en numéraire pesant sur les personnes et les transactions, exigeait des corvées.
Temples et notables urbains