L'hôtel de ville de Compiègne est un bâtiment communal réalisé au . Cet imposant édifice demeure autant l'exemple de l'architecture civile de style Louis XII des premières décennies du que des restaurations poussées du . En cela, il témoigne d'abord de la prospérité retrouvée du Compiègne de la fin du , renouvelant alors un patrimoine municipal auparavant négligé.
L'hôtel de ville abrite aujourd'hui le siège de l'administration de la ville de Compiègne ainsi que l’office de tourisme. Le monument est classé au titre des monuments historiques en 1840.
Situation L'hôtel de ville de Compiègne est situé sur la place de l'Hôtel de Ville. Cette dernière, reconstruite presque entièrement après la Seconde Guerre mondiale par l'architecte Jean Philippot, est le sujet de l'épreuve d'intégration du concours des architectes de Monuments historiques en 1945-1946. Au centre, s'élève, depuis , la statue de Jeanne d'Arc par Frédéric-Étienne Leroux..
Historique
vignette|centre|La place pavoisée pour la visite de Nicolas II en 1901.|355x355px
Commencée dès 1490, sur l'emplacement de deux maisons léguées à la Ville par Jean Loutrel en 1397 (il les lui louait depuis 1367), l'édification de l'hôtel de ville est confiée vers 1504-1505 à Pierre Navyer, dit Pierre de Meaux, un maître-maçon qui collabora avec Pierre Chambiges au portail sud de la cathédrale de Senlis. Il réalise à Compiègne un bâtiment de style Louis XII, marquant une transition entre le gothique finissant et la première Renaissance.
L’époque est heureuse pour la cité qui redevient un centre commercial florissant, passées les décennies de tourmente, les derniers avatars de la Guerre de Cent ans et la lutte entre le Duc de Bourgogne et le roi de France. La première moitié du a vu en effet s'accumuler les désastres : Compiègne au milieu du est en partie en ruine après avoir subi plusieurs sièges et perdu les deux tiers de ses habitants. Toutefois, l'administration communale, très sollicitée lors de la guerre de Cent Ans, s'est développée et pris une importance jusqu'alors jamais atteinte. Comme le montre fort bien l'édifice compiégnois, la fin du , portée par une reprise économique urbaine florissante, est la grande époque des constructions édilitaires municipales : hôtels de ville et halles. Signe des temps, la façade du bâtiment est monumentale : Il y a une volonté affichée d'éblouir et de marquer la puissance urbaine retrouvée. Il est vrai que réunir plusieurs parcelles dans l'espace resserré d'une ville remparée est en soi une manifestation de puissance. À partir de 1511, l'hôtel de ville est progressivement achevé, ce qui permet de tenir la première réunion dans la Grande salle le . Les travaux cependant se poursuivent jusqu'en 1530 avec la construction d'un assez vaste édifice rectangulaire surmonté d'une tour distendue formant beffroi, le tout obéissant à un programme détaillé..
Au cours du Grand siècle, vers 1650, une première modification du décor sculpté est réalisée. En complément, est édifiée une extension au bâtiment médiéval devenu insuffisant. En 1778, d'autres modifications sont apportées par l'architecte Adrien Mouton lors de l'installation de l'intendant dans le bâtiment. À l'issue du siècle des Lumières, l'hôtel souffrit beaucoup du vandalisme révolutionnaire où une grande partie du décor, médiéval notamment comme des tableaux et tapisseries ornant les intérieurs furent endommagés. Les meubles sont dispersés. À l'extérieur la façade est gravement endommagé et ses statues sont détruites. Seules des réparations de fortune lui permettent d'attendre des jours meilleurs. Toutefois, au centre de la façade, furent sculptées en 1821 les armes de la Ville au-dessus d'un cadran d'horloge. À la suite de l'intervention de Prosper Mérimée, cet intéressant monument est classé au titre des monuments historiques dès 1840.
Avec l'avènement du Second Empire, Compiègne redevient une ville impériale. Très présent, Napoléon III favorise la reprise des travaux. Un projet de restauration de l'hôtel de ville signé de la main même de Viollet-le-Duc est aujourd'hui encore conservé au Musée des beaux-arts de Limoges. C'est placés sous sa protection que les architectes Aymar Verdier, puis Auguste Lafollye réaliseront la restauration des bâtiments entre 1854 et 1882 : Si l'ensemble de la façade est reprise et les charpentes refaites, certaines parties du monument sont modificées voire agrandies. À l'achèvement des travaux, l'Hôtel de Ville est particulièrement admiré.
Mortimer-Robert Fournier-Sarlovèze est élu maire de Compiègne en 1904, et le reste jusqu'en 1935, période pendant laquelle il va surtout mettre en valeur l'hôtel de ville et l'héritage historique de sa ville. C'est à sa demande que son père, Raymond Fournier-Sarlovèze avec l'aide de José Vasquez, réalisa dans l'ancienne salle de la justice de paix une série de neuf peintures murales, achevées en 1907, évoquant certains épisodes de l'histoire de Compiègne.
Alors que la Première Guerre mondiale s'achève, 1918 est une année terrible pour l'édifice, car de mars à septembre, à la suite de l’offensive allemande, Compiègne se retrouve à quelques kilomètres du front et doit être évacuée sous le feu des batteries ennemies qui détruisent alors plus de 400 maisons..
En , les Fêtes de Compiègne, annoncées à grands coups de réclames attirent l'attention sur la ville en amenant à Compiègne un nombre de visiteurs jusque-là jamais atteint. Elles furent l'occasion du couronnement des "Reines du Muguet" à l'hôtel de ville.
Albert Guerineau, sous-préfet de Compiègne entre 1934 et 1942, a été l'un des rares témoins de la destruction de Compiègne en mai/. Ses souvenirs au jour le jour ont été publiés dans le Journal "l'Oise-Matin" de . et montre comment l'Hôtel de Ville de Compiègne a été épargné par les bombardements de la seconde guerre mondiale..
La façade est finalement ravalée et réaménagée de 1978 à 1980..
Description
La façade gauche|vignette|Statue équestre de Louis XII (réalisée au en remplacement du Louis XIV de Gilles Guérin perdu). L’hôtel de ville de Compiègne comporte une partie centrale dominée d’un beffroi couronné de deux clochetons, qui lui sont reliés par une balustrade sculptée et deux ailes latérales postérieures : l'aile droite fut construite en 1650 tandis que l'aile gauche date de 1867.
La façade de 47 mètres de haut sur 24 mètres de large est flanquée de deux tourelles en encorbellement que relie, à la naissance du toit, une balustrade flamboyante. Signe des temps, la façade du bâtiment est monumentale : Il y a une volonté affichée d'éblouir et de marquer la puissance urbaine retrouvée à cette époque par des emprunts au vocabulaire architectural des édifices religieux. L'élévation principale de style Louis XII marque cette transition dans les premières décennies du entre le gothique finissant et la première Renaissance. Conservant encore des éléments de l'art gothique tardif tels que les pinacles, les arcs en anse de panier et les fenêtres à meneaux, elle comporte deux étages surmontant une cave et un haut comble doté de deux grandes lucarnes à gables flamboyants. Typique du Style Louis XII, la présence de larges ouvertures, même non vitrées, véhicule une notion de luxe tandis que leur abondance participe à la féerie du bâtiment. Déjà à la fin du , cette propriété quasi magique du palais largement ouvert était apparue lorsque Guillebert de Metz évoquait la fastueuse demeure parisienne de Jacques Ducy, clerc à la Chambre des ComptesActes du premier colloque international de l'association verre et histoiren Paris-La Défense/ Versailles, 13-15 octobre 2005. Intervention de Sophie Lagabrielle, conservateur en chef, Musée du Moyen Âge, Paris.. Dès cette époque, les fenêtres à croisées permettent non seulement l’entrée de la clarté mais aussi l’aération des pièces tandis que sous Louis XII la superposition des ouvertures en travées reliées entre elles par des moulures organise de façon régulière le rythme des façades. On peut d'ailleurs rapprocher cette façade de celle du Beffroi de Dreux. En effet, Dreux tout comme Compiègne se trouvaient jusqu'au 16 février 1790, dans la Province d'Île de France. gauche|vignette|Façade de l'ancienne prison contiguë à l'hôtel de ville, derrière la porte de l'Arsenal. Au premier étage de l'hôtel de ville de Compiègne, s'étendait sans doute la Grande salle qui ouvrait sur la Place du marché par de grandes fenêtres à croisées encadrées de statues. Dans la niche centrale, se trouvaient à l'origine deux figures de l'Annonciation réalisées par le sculpteur Nicolas d'Estrée. Cette Annonciation fera place en 1654-1655 à une statue de Louis XIV, en pierre peinte couleur bronze sur un fond imitant le marbre noir, réalisée par Gilles Guérin pour la somme de 1200 francs. Cette œuvre fut détruite pendant la Révolution. La large niche abrite aujourd'hui un haut-relief représentant la statue équestre de Louis XII. Il s'agit d'une création originale de 1869 réalisée par le sculpteur Henri-Alfred Jacquemart dans la veine dite réaliste dominante à l'époque. Mais contrairement à l'allure courante des statues équestres de l'époque de Louis XII, Henri-Alfred Jacquemart choisit de ne pas réaliser un cheval allant "à l'amble", c'est-à-dire avec les deux jambes droites levées en même temps. On peut toutefois rapprocher cette sculpture avec celle réalisée à la même époque au château de Blois par Charles Émile Seurre. De part et d'autre de la statue équestre de Compiègne, les grandes fenêtres à croisées sont encadrées de statues sous dais flamboyants représentant les effigies de Charles VII, saint Denis, saint Louis et du cardinal Pierre d’Ailly, le tout complété par les statues de Charlemagne ainsi que des principales figures de l’histoire de la ville.
Le beffroi vignette|Bas-relief représentant la Justice par Gilles Guérin, 1654-1655.
Le beffroi dont la flèche est flanquée de tourelles à poivrières culmine à plus de 47m de hauteur. Il abritait à l'époque la cloche communale ou Banclocque, de près d'un mètre trente cinq, aujourd'hui une des plus anciennes cloches connues : Elle porte notamment l'inscription attestant de son nom et de sa fabrication en 1303 par maîtres Gilles de Bliki et Guillaume de Croisilles, au temps de Foucart Harel, l'un des derniers maires de l'époque médiévale compiègnoise, la fonction disparaissant en 1319. D'abord placée dans le clocher de l'église Saint-Jacques, la Banclocque gagna le nouveau beffroi en 1517. Ce dernier était sommé d'un lion en guise de girouette, il sera descendu en 1793. L'escalier de pierre quant à lui fut remplacé par un escalier de bois par l'architecte Adrien Mouton lors de l'installation de l'intendant dans le bâtiment en 1778.
Le , une horloge est installée au sommet du beffroi. Dès cette l'époque, elle animait tous les quarts d'heure trois jaquemarts en bois, les premiers Picantins figurant des lansquenets à la mode de François . Les Compiègnois leur donnèrent très vite trois surnoms correspondant aux ennemis de cette époque : Langlois pour les Anglais, Flandrin pour les Flamands et Lansquenet pour les Allemands. Aujourd'hui encore, ils scandent la vie de la cité en "piquant le temps", autrement dit en frappant de leur maillet pour faire sonner les heures.
Première extension
Une première extension est édifiée à droite du bâtiment médiéval vers 1650. Sur sa façade, le sculpteur baroque Gilles Guérin, auteur de la statue du Louis XIV du bâtiment central, réalisa également pour 500 francs "la Justice" en s'inspirant des œuvres de son maître présumé Jacques Sarrazin.
L'aile gauche
Elle est réalisée dès 1867 sous la direction de Viollet-le-Duc, reprend les grandes lignes architecturales du pavillon de droite.
La porte de l'arsenal