Georges-Henri Pingusson (né à Clermont-Ferrand le , mort à Paris le ) est un architecte, urbaniste, enseignant et ingénieur français.

Biographie Après des études à l'École des Roches, il obtient son diplôme d'ingénieur à l'École supérieure de mécanique et d'électricité en 1913. Il combat durant la Première Guerre mondiale dans les Dardanelles d'où il revient avec les honneurs militaires. Mais à son retour, il part pour un voyage initiatique en Italie à la recherche des bases de la civilisation. Classé premier au concours d'entrée de l’école nationale supérieure des beaux-arts de Paris, il étudie l'architecture de 1919 à 1925 dans les ateliers de Gustave Umbdenstock et de Paul Tournon.

Il entame sa carrière en réalisant une architecture balnéaire dans un style régionaliste associé à Paul FurietPaul Furiet, malade dès 1928, meurt en 1930. in Colonnes, , juin 1996. ; certains bâtiments contiennent les prémices de la modernité comme la villa Romée (1928) à Cannes.. Mais dans les années 1930, au décès de Paul Furiet, il change brutalement d'optique et se tourne vers le mouvement moderne.

Il dessine en 1930 une voiture au concept extrêmement moderne l'«Unibloc»l'Unibloc sur Archiwebture.: phares avant sous un vitrage caréné, ouverture des portes "en papillon" et structure en aluminium auto-portante. Il anticipe toute une recherche sur le mobilier moderne qui prendra place dans l'hôtel Latitude 43, et ses recherches sur les outils du quotidien (téléphones, lavabos), la production, l'économie et la valeur d'usage, qui sera un fil conducteur de son travail. Il se posera toujours la question non seulement du "comment", mais également du "quoi".

Il réalise en 1932 son chef-d'œuvre, l'hôtel Latitude 43. à Saint-Tropez, bâtiment emblématique de la coursive décalée, qui permet de s'adapter au site en offrant une double exposition aux chambres, vue mer au nord et soleil sur la pinède au sud. Le bâtiment développe sur son fronton mer la silhouette d'un paquebot moderne, radicalement layé par les lignes horizontales des coursives et des vues nord. Ce bâtiment s'inscrit dans un complexe aujourd'hui disparu qui s'échelonnait jusqu'au bord de mer : casino, piscine, terrains de sports, consacrés à l'homme moderne.

Il participe à l'Union des artistes modernes (UAM) aux côtés de Robert Mallet-Stevens. Il entre par ailleurs au comité de rédaction de la revue L'Architecture d'aujourd'hui dès les premiers numérosBiographie sur le site des éd. Verdier..

Durant la crise de 1935, il s'associe à Robert Mallet-Stevens pour des concours perdus, notamment le concours pour la réalisation de l'aérogare du Bourget en 1937, où il invente une passerelle fermée qui, depuis l'aérogare, dessert à niveau les avions (cette invention sera reprise aux États-Unis pour l'aéroport de San Francisco en 1957).

Durant la guerre, il travaille à des études sur la normalisation de la construction, et prépare la Reconstruction avec d'autres homologues comme Jean Prouvé.

Architecte en chef de la reconstruction de la Sarre de 1945 à 1950Rémi Baudouï, « La Reconstruction française en Sarre (1945-1950) », , revue d'histoire, nº 29, 1991, pp. 57-66 puis du département de la Moselle (de 1946 à 1957). Il y propose en 1947 un plan d'urbanisme futuriste et consacré à la modernité pour la reconstruction totale de SarrebruckSaarbrücken, Pingusson, Aufbauplan und Französische Botschaft, Institut d‘art contemporain en Sarre , dernière modification 27. octobre 2017, téléchargé le 21.01.2023., la caserne des pompiers de Metz, de Sarreguemines et le plan de Briey (Le Corbusier y fera bâtir une unité d'habitation). Il réalise en Lorraine un grand nombre de plans et logements, notamment pour la reconstruction de la ville de Waldwisse, mais aussi des églises dont Saint-Maximin de Boust, église ronde, exprimant, après les destructions et le chaos, la fraternité retrouvée dans l'unité de Dieu. Il avait déjà proposé ce modèle avant-guerre pour l'église "Jésus ouvrier" à Arcueil en 1938.

Son second chef-d'œuvre est le mémorial des Martyrs de la Déportation situé au bout de l'île de la Cité à Paris, réalisé avec une contrainte de non-visibilité par la présence de la cathédrale Notre-Dame. Il magnifie le programme en l'enfouissant dans une crypte, à laquelle on accède forcément seul dans le gabarit de l'escalier qui y mène, pour se retrouver broyé face à un peloton d'exécution stylisé qu'il fera réaliser en fer de construction. Tous les sols de France sont présents dans les agrégats du béton blanc mégalithique, de même que dans la porte d'entrée qui semble, par l'inclinaison des murs, se refermer sur l'individu. Le rond poli qui est gravé dans le béton de la porte d'entrée représente toutes les âmes qui, sur l'autre face en vis-à-vis, sont symbolisées dans les lumières qui brillent dans l'obscurité du couloir funéraire.

Doué d'une grande culture, il enseigne en tant que chef d'atelier à l'école nationale supérieure des beaux-arts de Paris, puis à l'école d'architecture de Nanterre, où il développe la notion de pluridisciplinarité et les outils d'investigation dans tous les domaines du savoir et des connaissances, techniques et sociales, il promeut des ateliers "hors les murs de l'école" dont le chantier/laboratoire de reconstruction d'un village, abandonné sur son oppidum ancien à Grillon (Vaucluse).

Son dernier projet, le vialle de Grillon, dont il ne put voir l'achèvement (il meurt à 84 ans pendant le déroulement des études), est la construction d'un ensemble de logements sociaux dans une portion de rempart d'un village ancien fortifié à Grillon (Vaucluse) et .Métropolitains, émission radiophonique du 6 mai 2010 de François Chaslin, France Culture, notamment avec les architectes Olivier Dugas, neveu de G.-H. Pingusson et son successeur à l'agence, et ses anciens élèves puis collaborateurs Philippe Alluin et Jean-Paul Mauduit. Les invités évoquent le lieu d'expérimentation réelle que représenta le vieux village de Grillon, pour Pingusson et ses élèves, loin de considérations pécuniaires. où il réemploie la coursive décalée permettant la double orientation du Latitude 43, permettant ici la vue plaine, et là la vue patio.

Distinction Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur.

Principales réalisations

vignette|Ancienne ambassade de France à Sarrebruck (façade au nord) vignette|Mémorial des Martyrs de la Déportation sur l'île de la Cité à Paris 1925 : hippodrome de la Canche. au Touquet-Paris-Plage avec Paul Furiet 1926-1927 : maisons ouvrières pour la Société française des explosifs, à Cugny (Seine-et-Marne) 1926-1927 : théâtre-cinéma Le Colisée. à Nîmes 1926-1928 : villa Bourboulon., dans le quartier de Costebelle à Hyères (Var) 1927-1928 : villa Isola Serena. (Paul Gillet commanditaire) et villa Romée à Cannes, labellisées « Patrimoine du  » 1927-1930 : villa Bagheera, à Anglet, boulevard des Plages / 8 avenue des ŒuilletsLa marque Chiberta. Photographie d'époque de la villa Bagheera, issue du fonds IFA. 1929-1931 : théâtre des menus plaisirs, actuelle Comédie de Paris., 42 rue Fontaine dans le de Paris 1931 : centrale thermo-électrique Arrighi. à Vitry-sur-Seine 1932 : villa Goyetchea. L'aspect contemporain a fait disparaître l'œuvre originale. (commanditaires famille Caron) à Urrugne 1932 : hôtel Latitude 43. à Saint-Tropez Brochure éditée à l'occasion d'une exposition hommage - 16 février/2 juillet 2018. 1934 : immeuble d'habitation dit villa Ternisien 5 rue Denfert-Rochereau à Boulogne-Billancourt vignette|Villa Ternisien à Boulogne-Billancourt 1952-1954 : ambassade de FranceLa construction de l'ancienne ambassade de France à Sarrebruck : le destin tumultueux d'un prototype devenu unicum, In Situ- Revue des patrimoines, 34-2018. à Sarrebruck (aujourd'hui ministère de la culture et des sciences de la Sarre) 1953-1960 : caserne de pompiers à Metz 1954-1964 : mémorial des Martyrs de la Déportation sur l'île de la Cité à ParisÉlisabeth Vitou, « Paris, Mémorial de la Déportation, Georges-Henri Pingusson, 1894-1978 », AMC, n°19-1988, p. 68-79. - Présentation sur le site de l'Académie de Rouen 1955-1960 : deux ensembles de 100 logements Logécos à Briey-en-Forêt 1955-1963 : quatre églises en Moselle : église Saint-Martin de Corny-sur-Moselle église Saint-Maximin de Boust. église de la Nativité-de-la-Vierge à Fleury église Saint-Pierre à Borny 1960 : école maternelle et primaire au titre de l'unité d'habitation de Briey-en-Forêt Meurthe-et-Moselle 1963 : groupe scolaire rue de la Belle-Feuille à Boulogne-Billancourt 1964 : immeuble HLM des Hautes-Plaines aux Ulis (Essonne) 1966-1968 : salle de spectacle, 60 rue Belle-Feuille, à Boulogne-Billancourt (actuel Carré Belle-Feuille) 1968-1974 : lycée technique Henri-Nominé à Sarreguemines 1974-1978 : ensemble de 18 logements au vialle de Grillon (Vaucluse)

Pour approfondir Bibliographie Antoine Brochard, Mémorial des martyrs de la déportation, éd. du Linteau, 2015 Jean-Philippe Donze, « George-Henri Pingusson dans l’est de la France et en Sarre : architecture, création, modernité », mémoire sous la dir. de Joseph Abram, École d'architecture de Nancy, 1995 Armelle Lavalou, Pingusson à Grillon, éd. du Linteau, 2010 Armelle Lavalou, Thierry Champalle, La folle histoire du Latitude 43, éd. du Linteau, 2012 George-Henri Pingusson, L'espace et l'architecture, édition établie par A. Lavalou, éd. du Linteau, 2011 Simon Texier, « Georges-Henri Pingusson, architecte, 1894–1978. L’architecture comme « transcendance poétique du concret », ou l’impossible doctrine », thèse de doctorat en histoire de l’art, université de Paris-IV Sorbonne, 1998 Simon Texier, Georges-Henri Pingusson, architecte, 1894–1978, éd. Verdier, 2006, 416 Georges-Henri Pingusson, architecte. L’Œuvre lorraine, Itinéraire du patrimoine, éd. Serpenoise, 1997, 18  Jean Marie Helwig, G-H Pingusson Architecte 1894-1978, éd. La Cartonnerie, 2019, 167

Articles connexes Dictionnaire des rues du Touquet-Paris-Plage Principaux architectes du Touquet-Paris-Plage Principaux entrepreneurs de Paris-Plage et du Touquet-Paris-Plage

Liens externes

Biographie et descriptif du fonds Georges-Henri Pingusson, conservés au Centre d'archives de l'Ifa, Cité de l'architecture et du patrimoine

Notes et références

Catégorie:Naissance en juillet 1894 Catégorie:Naissance à Clermont-Ferrand Catégorie:Élève de l'École des Roches Catégorie:Élève de l'École nationale supérieure des beaux-arts au XXe siècle Catégorie:Architecte français du XXe siècle Catégorie:Architecte lié au Touquet-Paris-Plage Catégorie:Architecte moderne Catégorie:Architecte de la Reconstruction en France Catégorie:Officier de la Légion d'honneur (date non précisée) Catégorie:Décès en octobre 1978 Catégorie:Décès dans le 6e arrondissement de Paris Catégorie:Décès à 84 ans Catégorie:Personnalité inhumée dans la Drôme