Le plan Dyle est un plan d'opération français au début de la Seconde Guerre mondiale prévoyant une intervention militaire en Belgique en cas d'invasion de ce royaume par les forces armées allemandes. Ce cas se produit le et le plan est appliqué sous sa forme Dyle-Bréda étendant l'intervention franco-britannique aux Pays-Bas.

Le plan Dyle est adopté en (finalisé jusqu'en avril suivant), en plus du plan Escaut décidé en . Le choix d'exécuter l'un ou l'autre doit s'effectuer au moment où une attaque des Allemands contre la Belgique aurait lieu. Si l'autorisation des Belges d'intervenir dans leur pays parvient assez tôt aux Français, ceux-ci choisiront le plan Dyle, le plan Escaut étant celui par défaut. La possibilité d'intervenir également dans le Sud des Pays-Bas est envisagée dès sous le nom d’hypothèse Hollande et à partir de , l’hypothèse Bréda, plus ambitieuse, y étend l'hypothèse Dyle. Motivés par des raisons militaires, économiques et politiques pour les Franco-Britanniques, tous ces plans visent à établir en Belgique et aux Pays-Bas un front défensif pour y arrêter l'offensive allemande plutôt que de le faire sur la frontière française.

Le plan doit son nom à la Dyle, une rivière née près de Genappe et qui coule vers le nord en évitant Bruxelles par l'est, passant par Wavre, Louvain et Malines avant de rejoindre l'Escaut par le Rupel. Ce cours d'eau marquait une partie de la position à défendre par les forces françaises, britanniques et belges.

C'est finalement la version Dyle-Bréda qui est appliquée le , lorsque les Allemands déclenchent le plan Jaune (). Dès le 12, les Français renoncent au plan Bréda à cause de l'avance rapide des Allemands aux Pays-Bas. Alors que le plan Dyle est conçu en prévoyant que l'offensive principale des Allemands aura lieu à travers la plaine belge, celle-ci s'effectue en réalité à travers le Massif ardennais pour exploiter la faiblesse du centre du front et ainsi isoler l'aile nord des Alliés avancée en Belgique, poussant ceux-ci à abandonner la position prévue par le plan Dyle dès le 15, sans parvenir à rétablir la situation : la bataille de France est perdue pour les Alliés.

Plans de l'entre-deux-guerres

La planification des opérations est confiée en temps de paix au de l'état-major de l'armée française.

Principes d'une intervention L'idée de base est de faire marcher le corps de bataille français à travers une partie de la Belgique, pour établir sur le sol belge une position de combat sur laquelle les forces françaises appuyées de leurs alliés (Belges et Britanniques) attendront les forces allemandes. Les avantages pour les Français sont : de se concilier les Belges (en venant à leur secours) ; de satisfaire les alliés britanniques (en gardant le contrôle des ports belges et en augmentant la couverture aérienne anglaise) ; de récupérer la majeure partie de l'armée belge (qui possède 22 divisions en ) ; de couvrir ainsi les régions minières et industrielles du Nord de la France tout en se rapprochant de celle de la Ruhr ; de raccourcir le front (la frontière franco–belge compte de nombreux saillants).

Ces idées, fortement marquées par le souvenir de la Première Guerre mondiale, notamment les relations franco–belges, sont inspirées par un état d'esprit défensif. Les états-majors belges et français coopèrent depuis 1914, avec un accord militaire (aux clauses alors secrètes) signé en 1920 prévoyant , valable jusqu'en 1936. L'attitude française plutôt défensive et voulant exclure un combat de rencontre comme lors de la bataille des Ardennes en 1914, est formalisée par l’Instruction pour l'emploi des grandes unités de 1920L'Instruction provisoire sur l'emploi tactique des grandes unités de 1920 (IGU 20) est reprise dans l’Instruction sur l'emploi tactique des grandes unités de 1936 (IGU 36)., prônant des agissements prudents et méthodiques (doctrine de la « bataille conduite ») avec un fort soutien d'artillerie et un rôle central de l'infanterie ; ordonnant que les troupes doivent se déployer de préférence sur une position favorable (derrière un cours d'eau ou un relief) et réaliser des fortifications de campagne (en commençant par des tranchées).

Comme les forces françaises doivent se porter en avant de la frontière, l'état-major ne prévoit pas de fortifier celle-ci lourdement dans le Nord. En conséquence, les secteurs de la ligne Maginot de la mer du Nord jusqu'à la Lorraine ne sont aménagés que tardivement, avec seulement quelques casemates et petits ouvrages dans la forêt de Raismes (près de Valenciennes) et autour de Maubeuge, complétés par une foule de petits blocs bétonnés à partir de 1937 (construits par la main-d'œuvre militaire).

Évolution des plans thumb|Le canal Albert en 1940 : un obstacle notable.

Le premier plan français de mobilisation et de concentration, le plan « A », est basé sur la coopération belge, prévoyant la concentration de l'armée française (c'est-à-dire le débarquement des troupes) directement sur la rive gauche du Rhin en Allemagne, avec ses lignes de communication traversant la Belgique. En 1926, le plan « A bis » envisage la concentration sur le territoire belge, à la frontière avec l'Allemagne. En 1929, le plan B est nettement plus défensif, le déploiement initial se faisant uniquement en France, comprenant notamment deux armées dites « de Sambre et Meuse » face à la Belgique.

À la suite de l'évacuation complète de la Rhénanie par la France et la Belgique en 1930 et au réarmement allemand, les plans des années 1930 restent défensifs, avec un groupe d'armées prêt à intervenir en Belgique en cas de besoin : ce sont les plans C en 1931, D en 1933 et D bis en 1935. En Belgique, le général Galet planifie dès 1928 la défense face à l'Allemagne sur trois lignes successives : d'abord le canal Albert, les fortifications de Liège et la Meuse, ensuite la ligne d'Anvers à Namur suivant le tracé de la Dyle, enfin la Lys ; l'Ardenne, excentrée et peu peuplée, n'est pas défendue.

La remilitarisation de la Rhénanie en 1936 et la non-intervention française ont pour conséquence le retour de la Belgique à la neutralité, garantie par les Français et les Britanniques (déclaration conjointe du ) ainsi que par les Allemands (). Le plan français « E » de 1937 prévoit une concentration aux frontières françaises de Dunkerque à Nice, avec deux variantes, une offensive en Sarre (si l'Allemagne attaque en Europe centrale) et une intervention en Belgique (à condition que les Belges appellent à l'aide). Les contacts entre les états-majors belges et français sont rompus, tandis que le plan de mobilisation belge du général Van Overstraeten doit prévoir des défenses face au sud. En 1938, débute donc la préparation d'une position Ninove–Hal–Waterloo censée protéger Bruxelles contre une attaque française. À partir d' commencent de même face à l'est les travaux de la ligne KW (abris bétonnés et barrage antichar de Koningshooikt à Wavre) destinée à faire face à une invasion allemande si celle-ci dépassait la ligne de défense belge sur la Meuse-canal Albert.

Exercice CSG 36-37 D' à , le Conseil supérieur de la guerre mène sur carte un exercice portant sur la riposte française à une attaque brusquée (c'est-à-dire juste après la mobilisation) allemande en Belgique et aux Pays-Bas. Le « parti bleu » représente les Allemands, offensif, contre le « parti rouge », franco-belge, défensif.

Dans cet exercice, les Belges appellent au secours les Français tardivement, ne permettant que la défense de la ligne de l'Escaut ; mais le front rouge est percé par les bleus au sud de Maubeuge et à Sedan. Les rouges colmatent finalement les brèches par des contre-attaques limitées menées par des réserves, avec le commentaire du général Georges qui estime qu'il s'agit d'un , citant les cartons 1 N 59 et 60 du Service historique de la Défense ()..

Le front rétabli et l'alerte passée, les rouges prennent l'offensive méthodiquement au départ de la tête de pont de Gand vers Bruxelles, prenant de flanc les forces allemandes engagées plus au sud. Les conclusions de l'exercice critiquent la vitesse des colonnes mécanisées, composées de divisions cuirassées en tête suivies de divisions d'infanterie sur camions. Cette vitesse est qualifiée de par le général Gamelin, .

Plans de l'automne 1939 thumb|Maurice Gamelin, commandant en chef des forces armées françaises. thumb|Alphonse Georges, commandant du théâtre Nord-Est, en compagnie de Lord Gort, commandant de la BEF.

La mobilisation française de 1939 se fait selon le plan « E », avec application de l'offensive en Sarre, très prudemment à partir du , arrêtée dès le 14 (évacuation en octobre). Fin septembre, le dispositif français est remanié, avec l'envoi dans le Nord de divisions prélevées en Lorraine et dans les Alpes et l'intégration du Corps expéditionnaire britannique (). Côté belge, la mobilisation a commencé le , permettant de mettre sur pied 16 divisions. Parmi elles, douze sont déployées face au sud (autour de Bruges, Gand, Bruxelles et Namur) et quatre face à l'est (sur le canal Albert et autour de Liège) tandis qu'une barrière antichar dite ligne KW est construite entre et principalement le long de la Dyle.

Les plans sont désormais établis par les des différents niveaux hiérarchiques de l'armée française : au sommet le Grand quartier général (dirigé par le général Gamelin), qui a sous ses ordres quatre états-majors de théâtre d'opérationsLes quatre théâtres d'opérations sont ceux du Nord-Est (Georges), du Sud-Est (Olry), d'Afrique du Nord (Noguès) et du Moyen-Orient (Weygand). dont celui du théâtre Nord-Est (commandé par le général Georges).

Plan Escaut Le Grand quartier général français prévoit par son instruction du signée par le général Gamelin de combattre sur la « position de résistance » qui longe la frontière franco-belge, mais envisage l'intervention en Belgique en cas d'appel, soit sur l'Escaut, soit plus en avant . Le est créé le groupe d'armées n° 1 ()Les forces terrestres françaises du théâtre du Nord-Est sont articulées en trois groupes d'armées : le (Billotte) dans le Nord et les Ardennes, le (Prételat) en Lorraine et le (Besson) en Alsace et Franche-Comté. La est intégrée au , mais reçoit ses ordres directement du ., composé de la , de la , du détachement d'armée des Ardennes (renommée le ) et de la , le tout confié au général Billotte avec son PC près de Soissons, chargé d'une éventuelle manœuvre en Belgique. La , prévue en renfort, est en réserve autour de Reims. Sont ainsi concentrées dans le Nord les troupes alliées les plus mobiles, avec la totalité de la (partiellement motorisée), les divisions légères mécaniques (, blindées), les divisions de cavalerie (, en partie à cheval et en partie motorisées) et les divisions d'infanterie motorisées (, sur autobus et camions).