La culture de Remedello correspond à une phase de l'Âge du cuivre d'une partie de l'Italie du Nord. Le site éponyme de cette culture a été découvert à la fin du dans la commune de Remedello sotto Brescia. L'essentiel des sites connus actuellement et rapportables à cette dernière ont pour la plupart été découverts durant cette même période, entre 1872 et 1899. Cependant, il faut attendre le milieu du et les travaux de L. Zambotti pour qu'elle soit clairement définieCornaggia Castiglioni O., 1971, La cultura di Remedello, problematica ed ergologia di una facies dell’Eneolitico padano, Memorie della Società Italiana di Scienze Naturali e del Museo Civico di Storia Naturale di Milano, vol. XX, fasc. 1, p. 5-79. Cette définition a ensuite été enrichie par les travaux d'O. Cornaggia Castiglioni. Ce dernier considère parmi les éléments spécifiques à cette culture les tombes en fosse, les poignards bifaciaux en silex, certains types d'objets en métal, certaines poteries et des éléments de parure.
De nombreux chercheurs ont par la suite montré que la plupart de ces éléments supposés caractéristiques avaient en fait une distribution nettement plus large que cette culture. Inversement, il a également été démontré qu'il existe une diversité importante entre les sites de cette culture à la fois dans les objets découverts mais également dans les structuresBarfield L. H., 1998, The chalcolithic in Italy: considerations of metal typology and cultural interaction, in Bagolini B., Lo Schiavo F. (Eds), Metallurgy: origins and technology, The Copper Age in the Near East and Europe, UISPP 1996 n. 13, Colloquium XIX, Ed. ABACO, Forlì, p. 65-74Barfield L. H., 1985, 10- Burials and boundaries in Chalcolithic Italy, Malone C., Stoddart S. (Eds), Papers in Italian Archaeology IV, part ii, Prehistory, The Cambridge Conference, BAR International Series 244, Archaeopress, Oxford, p. 152-174 . La notion de « culture de Remedello » continue malgré tout d'être très largement employée dans les publications scientifiques.
Chronologie La datation de cette culture est longtemps restée très imprécise et erronée puisque certains auteurs la plaçaient au cœur du II millénaire. Une série de datations radiocarbones effectuée sur les ossements des individus de plusieurs tombes du site de Remedello permet désormais de la situer entre la fin du IV et la première moitié du III millénaire. Sur la base de ces dates et sur la base des objets découverts dans ces tombes, deux phases différentes ont été définiesDe Marinis R. C., 1992, La piu antica metallurgia nell’Italia settentrionale, in Höpfel F., Platzer W., Spindler K. (Eds), Der Mann im Eis. Bericht über das Internationale Symposium 1992 in Innsbruck, Eigenverlag der Universität Innsbruck, Innsbruck, p. 389-409Mottes E., 2001, Bell Beakers and Beyond: Flint daggers of northern Italy between technology and typology, in Nicolis F. (Ed.), Bell Beakers Today, Pottery, people, culture, symbols in prehistoric Europe, Servizio Beni Culturali Ufficio beni archeologici, Proceedings of the International Colloquium, Riva del Garda (Trento, Italy), 11-16/05/1998, 2 vol., provincia autonoma di Trento, vol. 2, p. 519-545Bietti Sestieri A. M., Macnamara E., 2007, Prehistoric Metal Artefacts from Italy (3500-720 BC) in the British Museum, British Museum Press, London, p. 27 :
Remedello I : de 3350 à 2900 av. J.-C. Remedello II : de 2900 à 2500 av. J.-C.
Cependant, cette chronologie « longue » est discutée. L'attribution à l'une ou l'autre phase des différents types d'objets découverts dans les sépultures n'est pas claire et les exceptions au schéma proposé sont nombreuses. De ce fait, certains chercheurs proposent une durée beaucoup plus courte pour cette culture.
Aire de répartition L'extension de la culture de Remedello est limitée si on ne considère que les sites qui ont livré l'ensemble des traits supposés caractéristiques. De tels sites ne sont présents que dans le centre de la plaine du Pô, dans la région même où se trouve le cimetière de Remedello. Son extension est beaucoup plus importante si on ne considère que certains éléments, par exemple les céramiques à métopes. De telles céramiques se retrouvent dans quelques sites sur toute l'Italie du Nord, du Piémont jusqu'à la Vénétie.
Mode de vie À ce jour, aucun site domestique n'a livré un mobilier permettant de l'attribuer sans ambiguïté à la culture de Remedello. Aucun village n'a été découvert dans le centre de la plaine du Pô. Les seuls sites de cette région sont des cimetières. La reconstitution du mode de vie de la population se base donc uniquement sur les éléments déposés près des inhumés. Les différentes catégories d'objet sont issus de productions artisanales variées. Cela suggère que la population maîtrisait différentes activités et/ou pratiquait des échanges avec les communautés qui produisaient ces objets. Ces activités couvrent la métallurgie, la réalisation d'outils en pierre taillée et en pierre polie, la réalisation de poteries ou encore de tissages. Les activités de subsistance sont inconnues. On ignore ainsi l'importance de l'élevage (pastoralisme ?) par rapport à l'agriculture.
Les productions matérielles La céramique Les poteries découvertes dans les tombes sont d'un bas niveau technique. Elles sont rares, puisqu'on ne recense que 9 exemplaires et 10 fragments dans la nécropole de Remedello pour plus de 100 tombes fouilléesLonghi C., 2010, La ceramica della necropoli dell’età del Rame di Remedello Sotto, Brescia, Rivista di Scienze Preistoriche, vol. LX, p. 145-165. Le plus souvent, leur pâte est grossière, elles sont mal cuites et de ce fait, elles sont fragiles. Selon Cornaggia Castiglioni, elles auraient été spécifiquement réalisées pour être déposées dans les tombes.
Les vases sont carénés, leur fond est plat. Les formes, assez variées, sont généralement assez profondes. Le décor le plus fréquent est formé de motifs en métopes, c'est-à-dire en quadrilatères remplis de lignes ou de points incisés et imprimés sur la panse des vases. Ce décor, peut-être réalisé au peigne, peut constituer plusieurs frises sur le même vaseBagolini B., Pedrotti A., 1998, L’Italie septentrionale, in Guilaine J., Atlas du Néolithique européen. L’Europe occidentale, ERAUL, vol. 46, Paris, p. 233-341. Parfois, une bande de grands cercles est visible sur la carène. Quelques vases, de qualité technique supérieure, correspondent à des styles d'autres cultures. Ainsi, des vases de style campaniforme ont été découverts dans plusieurs sépultures de Remedello.
Les outils et les armes en roche taillée Les pointes de flèches et les poignards sont relativement fréquents dans les tombes. Ces objets sont présents dans 27 des 79 tombes avec du mobilier recensées par Cornaggia Castiglioni pour la culture de Remedello. Parfois, la différence entre les deux catégories ne se base que sur leurs dimensions, car l'emmanchement n'est jamais conservé : les petites pointes sont considérées comme des pointes de flèche et les plus grandes comme des poignards. La position de ces derniers, près de la main des inhumés conforte cette interprétationColini G. A., 1898, Il sepolcreto di Remedello sotto nel Bresciano e il periodo eneolitico in Italia, Bullettino di Paletnologia Italiana, vol. 24, p. 292. Les deux types d'objet sont réalisés par façonnage bifacial sur des grands éclats de silex. Les poignards sont nettement plus rares que les pointes de flèche. E. Mottes en recense plusieurs dizaines. Pour l'essentiel, ils sont façonnés dans le silex des . Leur qualité de réalisation est optimale. Il serait abusif de ne les considérer que comme des imitations des exemplaires en métalSteiniger D., 2010, The Relation between Copper and Flint Daggers in Chalcolithic Italy, in Anreiter P., Goldenberg G., Hanke K., Krause R., Leitner W., Mathis F., Nicolussi K., Oeggl K., Pernicka E., Prast M., Schibler J., Schneider I., Stadler H., Stöllner T., Tomedi G., Tropper P., 2010, Mining in European History and its Impact on Environment and Human Societies. Proceedings for the 1st Mining in European History-Conference of the SFB-HIMAT, 12.-15. November 2009, Innsbruck, Innsbruck University Press, Innsbruck, p. 151-156. Au moins une partie porte des traces d'utilisation comme couteau.
En dehors de ces poignards et de ces pointes de flèche, quelques éclats et quelques lamelles en roche taillée sont parfois déposés dans les sépultures.
La sépulture d'Asola, attribuée à la culture de RemedelloBarecelli P., 1971, Ostiano e Volongo (Basso Oglio), Note di preistoria bresciana, Oblatio, in Raccolta di Studi di Antichità ed Arte in onore del Prof. A. Calderini, Como, p. 81-108, a livré un poignard réalisé sur une grande lame en silex vraisemblablement originaire des gisements de Forcalquier, dans le sud-est de la FranceGuilbeau D., 2010, Les grandes lames et les lames par pression au levier du Néolithique et de l'Énéolithique en Italie, Thèse de doctorat, Université Paris-Ouest, Nanterre.
Les objets en métal En premier lieu, il faut noter l'absence totale de gisements métallifères dans la plaine du Pô. Les objets métalliques de la culture de Remedello viennent donc d'autres régions ou ont été réalisés grâce à du métal provenant d'autres régions. Dans le cimetière de Fontanella Mantovana, on compte un objet en cuivre pour 10 tombes. Bien que relativement rares, certains des objets en métal découverts dans les sites de cette culture sont caractéristiques : Les poignards de type "Remedello" ont une lame triangulaire large avec une nervure centrale, une soie courte et étroite rectangulaire percé d'un trou pour la fixation au manche au moyen d'un rivet. Ils sont en cuivre avec une proportion notable d'arsenic. Cornaggia Castiglioni en recense 9 pour l'ensemble de cette culture. Les haches sont plates, leur talon est droit. Elles sont en cuivre assez pur. Deux objets en argent, une épingle à tête en forme de T et un pectoral en forme de croissant, ont été découverts dans des tombes de la nécropole éponyme. D'autres objets, fragmentaires pour certains, sont également recensés, par exemple quelques poinçons et des lamelles, mais aussi des éléments de parure. À l'image de la culture de Rinaldone, les éléments en cuivre pur sont plus fréquents dans la culture de Remedello que dans les autres cultures contemporainesGiardono C., 2000, The beginning of metallurgy in Tyrrhenian south-central Italy, in Ridgway D., Serra Ridgway F., Pearce M., Herring E., Whitehouse R. D., Wilkins J. (Eds), Ancien Italy in its Mediterranean Setting: Studies in Honour of Ellen Macnamara, Accordia Specialist Studies on the Mediterranean, volume 4, Accordia Research Institute, University of London, p. 49-65.
Les objets en pierre polie Cornaggia Castiglioni recense 22 haches dans plusieurs des sépultures de la culture de Remedello. Au moins une partie est en jadéite. Il ne s'agit pas d'imitations d'objets en métal.
Les autres productions matérielles Les éléments de parure des inhumés sont constitués notamment de plaquettes en coquillage, de petits anneaux et de cylindres en calcaire et en stéatite, de pendentifs en marbre. Des défenses de sanglier sont présentes dans plusieurs sépultures. L'empreinte d’un tissu sur le poignard en métal de la tombe 83 du site éponyme témoigne de la pratique du tissage. L'os et le bois de cervidé étaient également travaillés comme en témoignent deux poinçons découverts à Fontanella Mantovana et deux gaines de haches à Remedello.
Pratiques funéraires