(136199) Éris (internationalement (136199) Eris ; désignation provisoire ) est une planète naine du Système solaire, la plus massive (27 % de plus que Pluton) et la deuxième plus grande ( de diamètre, contre pour Pluton). C'est ainsi le connu le plus massif et le plus grand en orbite directement autour du Soleil. Par ailleurs, c'est le plus gros objet du Système solaire n'ayant pas encore été survolé par une sonde spatiale.
Objet transneptunien, et plus précisément un objet du disque des objets épars, Éris est située au-delà de la ceinture de Kuiper. Son orbite possède une forte inclinaison () et une grande excentricité (0,436), se situant entre (ua) du Soleil . Cela en fait la planète naine connue la plus éloignée en moyenne du Soleil. Elle parcourt cette orbite avec une période de révolution de et est, depuis sa découverte, proche de son aphélie, vers . Jusqu'en 2018, à l'exception de certaines comètes de longue période, Éris et son unique satellite naturel Dysnomie (d'environ de diamètre) sont les objets naturels connus les plus éloignés du Système solaire. Sa période de rotation est estimée à , mais cette valeur ne fait pas totalement consensus. Sa masse volumique de indique qu'elle est majoritairement rocheuse mais recouverte d'une couche de glaces très brillante, ce qui lui confère un important albédo de 0,96. Elle posséderait une légère atmosphère, composée de méthane et d'azote, évoluant en fonction de sa distance au Soleil, similairement à l'atmosphère de Pluton.
Éris est découverte le par l'équipe de Michael E. Brown, Chadwick Trujillo et David Rabinowitz, du (Caltech) à l'observatoire Palomar, qui la surnomment d'abord , d'après la série télévisée Xena, la guerrière. L'annonce de sa découverte, précipitée à la suite des controverses liées à la découverte de Hauméa, est faite officiellement le . Sa taille, alors estimée comme étant beaucoup plus importante que celle de PlutonLes premières estimations donnaient un diamètre atteignant , plus d'une fois et demi celui de Pluton, mais cette valeur a été grandement précisée et revue à la baisse grâce à une occultation stellaire d'Éris observée en 2010., fait qu'elle est initialement qualifiée de dixième planète du Système solaire par ses découvreurs et les médias. Cette qualification, ainsi que la perspective de découvrir d'autres objets similaires à l'avenir, incitent l'Union astronomique internationale (UAI) à définir le terme « planète » pour la première fois de façon formelle. Selon cette définition approuvée le , Éris est une planète naine, au même titre que Pluton et Cérès, définition qui sera ensuite également appliquée à Hauméa et Makémaké. En , l'UAI décide par ailleurs de classer Éris dans la catégorie des plutoïdes, les planètes naines orbitant plus loin que Neptune. Elle porte le nom de la déesse grecque de la discorde, Éris, par allusion au conflit que sa découverte a provoqué parmi les astronomes au sujet des critères définissant une planète.
Historique Découverte
Première observation alt=Image d'une grande coupole blanche derrière des arbres.|gauche|vignette|Observatoire Palomar du Caltech, situé à San Diego aux États-Unis. La découverte d'Éris s'inscrit dans le contexte de la recherche d'une dixième planète () après Pluton, alors encore considérée comme une planète. Elle est relancée à la suite de la découverte de en par Michael E. Brown, Chadwick Trujillo et David L. Rabinowitz du (Caltech). Celle-ci ayant été observée alors qu'elle était à la limite de détection de leur logiciel (mouvement de par heure) destinée à limiter les faux positifs, les astronomes américains décident d'abaisser ce seuil car ils postulent qu'il existe de nombreux autres grands corps après l'orbite de Pluton. À partir de , les équipes de Caltech traitent leurs anciennes images avec un nouvel algorithme qui parvient à détecter Éris sur une image prise le avec l'outil QUEST du télescope de Schmidt Samuel-Oschin de à l'observatoire Palomar, en Californie.
vignette|Animation montrant le mouvement d'Éris (pointée par la flèche) sur trois images prises en trois heures et ayant permis la découverte.|alt=Devant un fond fixe avec des points lumineux de différentes tailles, un point à gauche se déplace.
L'existence d'Éris est constatée le par Mike Brown et son équipe, qui lui donnent le surnom de « Xena » et comme nom de code K21021C. Elle suit la découverte par QUEST de (alors surnommée « Santa ») réalisée en et précède la découverte de (136472) Makémaké (alors surnommée « ») en . Toutefois, l'équipe de Caltech décide de n'annoncer publiquement aucune de ces découvertes, et garde secrète l'information de l'existence d'Éris ainsi que de plusieurs autres grands objets transneptuniens, en attendant des observations supplémentaires pour mieux déterminer leur nature.. Lors de ces recherches, elle constate que, bien que Xena soit trois fois plus éloignée que Pluton et 30 % plus éloignée que Sedna, elle est six fois plus lumineuse. Ceci les amène à penser qu'elle est plus grande que les deux autres en supposant un albédo usuel de à pour l'objet.
Des images d'une pré-découverte sont ensuite retrouvées, le plus ancien cliché d'Éris datant du , sans qu'elle soit relevée à l'époque..
Annonce publique précipitée L'annonce publique d'Éris, initialement prévue pour septembre ou lors d'une conférence internationale, est précipitée par l'annonce de la découverte de Hauméa par une équipe espagnole dirigée par José Luis Ortiz Moreno de l'.
gauche|vignette|L'annonce de la découverte de Hauméa, ici imagée par Hubble avec ses lunes Hiʻiaka et Namaka, par une autre équipe que Caltech précipite l'annonce de la découverte d'Éris.|alt=Deux petits points entourent un gros point blanc devant un fond noir.
Le , l'équipe de Caltech publie un résumé en ligne d'un rapport destiné à présenter Hauméa en septembre où il est précisé que l'objet pourrait être plus grand et plus brillant que tout objet précédemment connu dans la ceinture de Kuiper.. Une semaine plus tard, l'équipe espagnole, annonçant que Pablo Santos Sanz a découvert l'objet indépendamment le grâce à des images datant de à l'observatoire de Sierra Nevada, envoie en premier un rapport au Centre des planètes mineures (MPC) qui est officiellement diffusé le .. Dans un communiqué de presse publié le jour même, l'équipe de José Luis Ortiz qualifie Hauméa de ., choix que Mike Brown critique car l'équipe espagnole n'avait pas assez d'informations pour l'affirmer, notamment sur sa masse..
Mike Brown se rend rapidement compte qu'il s'agit du même objet qu'il suivait et qu'il est possible d'accéder directement aux rapports de l'observatoire de Kitt Peak, qu'il avait utilisé pour des vérifications d'orbites, en cherchant via Google le code utilisé dans son rapport public... Il constate alors que les positions de Xena (Éris) et d’ (Makémaké) sont accessibles.. Craignant de se faire également doubler pour celles-ci, il décide de ne pas attendre octobre pour les révéler et envoie le jour même au MPC les informations permettant d'officialiser leur découverte, qui sont donc aussi publiées le ... Le soir, le bureau central des télégrammes astronomiques (CBAT) publie une circulaire annonçant la découverte presque simultanée des trois grands objets.. Mike Brown fait en parallèle une conférence de presse sur le sujet de la découverte d'Éris la présentant elle comme la dixième planète plutôt que Hauméa. Si la paternité de la découverte de Hauméa est discutée entre l'équipe espagnole et Caltech en raison de cette controverse, la première ayant notamment été accusée de fraude scientifique par la seconde, l'équipe américaine est totalement reconnue comme découvreurs d'Éris et de Makémaké..
Dénomination Éris est nommée d'après la déesse grecque Éris (en grec ), une personnification de la discorde.. Le nom est proposé par l'équipe de Caltech le et est officiellement attribué par le biais d'une circulaire du Bureau central des télégrammes astronomiques le , à la suite d'une période inhabituellement longue pendant laquelle l'objet est connu par sa désignation provisoire , automatiquement donnée par l'Union astronomique internationale suivant le protocole de désignation des planètes mineures. Ce délai dans l'attribution du nom est causé par l'incertitude du statut de l'objet à l'époque, à savoir planète ou objet mineur, car différentes procédures de nomenclatures s'appliquent pour ces différentes classes d'objets.. La désignation des planètes mineures et autres petits corps implique de donner aux corps dont l'orbite est connue avec certitude un numéro définitif.. Éris possède le numéro 136199 et sa désignation scientifique officielle complète est donc (136199) Éris.
vignette|droite|La déesse grecque Éris (peinture de vase athénienne, vers ).|alt=Une femme avec des ailes regarde vers la droite.Avant cette désignation définitive, deux surnoms sont utilisés pour l'objet dans les médias. Le premier, « Xena » est le nom informel utilisé par l'équipe de Caltech, d'après l'héroïne éponyme de la série télévisée Xena, la guerrière, qui était toujours diffusée à la télévision à l'époque.. Selon Mike Brown, ils avaient conservé ce surnom pour le premier objet découvert plus grand que Pluton car débutant par un X et symbolisant la planète X. De plus, il sonne mythologique et ils souhaitaient faire en sorte qu'il y ait plus de divinités féminines parmi les objets transneptuniens ; comme pour Sedna. Cependant, ils n'avaient pas pour objectif que ce surnom soit diffusé et c'est un journaliste du qui permet sa popularité à la suite d'une discussion avec Mike Brown. D'après Govert Schilling, Mike Brown aurait d'abord souhaité appeler définitivement l'objet « Lila », d'après un concept de la mythologie hindoue ressemblant à « Lilah », le nom de sa fille qui venait de naître. Brown choisit de ne pas rendre ce nom public avant qu'il ne soit officiellement accepté car il avait été fortement critiqué un an plus tôt en violant ce protocole pour Sedna.. Cependant, sa page Web personnelle annonçant la découverte avait pour adresse /~mbrown/planetlila et dans le chaos à la suite de la découverte de Haumea, il oublie de la modifier avant de publier. Plutôt que de relancer une controverse similaire à celle de Sedna, il dit simplement que la page Web est nommée d'après sa fille et abandonne ensuite l'idée de nommer l'objet « Lila ». Par ailleurs, Diane, la femme de Mike Brown était de toute manière contre le fait que ce nom soit utilisé afin de faire secrètement référence à leur fille en raison des potentielles conséquences que cela pourrait avoir sur l'enfant.
L'équipe de Caltech suggère également « Perséphone », l'épouse du dieu Pluton.. Le nom avait déjà été utilisé plusieurs fois par l'auteur de science-fiction Arthur C. Clarke. et est alors populaire auprès du public, ayant notamment remporté un sondage mené par .. Dans ce dernier, « Xena », en dépit d'être seulement un surnom, arrive quatrième. Cependant, ce choix devient impossible lorsque l'objet est annoncé comme une planète naine car il existe déjà un astéroïde portant ce nom, (399) Perséphone..