Le château de Montépilloy est un château en ruine situé sur la commune française de Montépilloy, dans le département de l'Oise et en région Hauts-de-France. Les restes du château ont été classés au titre des monuments historiques par arrêté du .. Ils comportent le flanc nord-ouest d'un majestueux donjon haut de et visible depuis plus d'une dizaine de kilomètres à la ronde ; une muraille d'enceinte indatable ; un châtelet du début du rehaussé à la fin du ; et un « château neuf » inachevé du début du , comportant tour, courtine avec porte fortifiée et deux corps de logis. Le château est en ruine depuis la dernière phase de la guerre de Cent Ans dans la région, et son enceinte abrite une ferme depuis cette date, aujourd'hui inexploitée. Les vestiges représentent un intéressant témoignage de l'architecture féodale gothique.
Le château a été restauré par des bénévoles de l'association Chantiers Histoire et Architecture Médiévales au cours de l'année 2019.
Localisation Le château est situé en France, dans la région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, sur la commune de Montépilloy, au nord du village. Le château fait face à la place du village au sud, mais est lui-même entouré de forêt. Montépilloy est localisée sur l'ancien tracé de la route de Crépy-en-Valois à Senlis, remplacée par l'actuelle RD 1324, et l'une des missions du château devait être la défense de cette route. En outre, l'implantation stratégique du château sur le sommet d'une butte à au-dessus du niveau de la mer le fait dominer la plaine des alentours de , ce qui est suffisant pour assurer une vue de plusieurs kilomètres à la ronde. L'épine du donjon ruiné est également visible de loin et marque fortement le paysage, caractérisé notamment par des plaines agricoles à l'aspect dénudé.
Toponymie vignette|redresse|gauche|Vue depuis la place du village au sud ; au premier plan, l'abreuvoir. vignette|Vue du château depuis la place du village.
Le premier nom connu du lieu, Montem Agibodi, cité en 849 ; p. 987, n° 17782 ; lire en ligne., ne peut être considéré comme forme antérieure du même nom. En 1075, il a été question d'une forêt d'Espilloir, et en 1076, de Monte Expelierico. Une forme proche du toponyme actuel paraît dès 1148 par rapport au château, qui est désigné comme forteresse de Montespiloir. Le nom ne se confirme pas immédiatement, mais se fixe tout de même au . Étant donné que les documents de l'époque étaient rédigés en latin, l'on trouve aussi des formes latinisées, comme Monte speculatorio en 1166, Monte Pislerii vers 1200, et Monte Pigoci, en 1281. Quelle que soit la variante, le toponyme est un nom composé de mont, déjà utilisé en ancien français, et le nom picard espillouère (signifiant regard, ouverture dans un mur), dérivé du verbe espiller. Montépilloy se traduit donc par « mont de l'observatoire, de la tour de guet » ; p. 1471, n° 26737 ; lire en ligne..
Historique La genèse du toponyme est révélateur des origines du château, qui devait se résumer à la base à une tour de guet féodale. Si l'histoire du village et de ses fiefs est relativement bien documenté, avec toutefois des lacunes importantes, les chartes ne font que très rarement allusion à la construction du château. Entre le milieu du et 1353, la seigneurie de Montépilloy appartient à la puissante famille des Bouteiller de Senlis, officiers à la cour royale. Ce sont sans aucun doute les Bouteiller qui font édifier la muraille du château actuel à la fin du ou au début du ainsi que la porte fortifiée au début du , mais rien n'est connu de l'aspect de leur donjon ou de leur château proprement dit. En 1353, Jean Le Bouteiller vend la seigneurie avec le château à Robert de Lorris, chambellan du roi et seigneur d'Ermenonville. Sous la Grande Jacquerie fin mai, début , le château est dévasté et brûlé, et cinq ans plus tard encore, Robert de Lorris réclame de dommages et intérêt aux auteurs de ces actes afin de remettre le château dans son état antérieur..
Il est possible que Robert de Lorris soit le maître d'œuvre du donjon actuel, dont le début de construction peut remonter à 1360 tout au plus. Après son décès vers 1380, le château passe dans les mains de son gendre, Jean-Lancelot de Lorris. Sans que l'on en sache les circonstances ou conditions, entre en possession de la seigneurie entre 1383 et 1386. Si le donjon n'est pas encore entamé, c'est le nouveau propriétaire des lieux qui lance le chantier, ou sinon tout au moins le reprend. Les travaux peuvent être achevés vers 1390. Mais à cette date, Montépilloy appartient déjà depuis un an, Enguerrand de Coucy étant tombé en disgrâce et a dû se séparer du château. Olivier de Clisson parachève peut-être le donjon, comme certains traits de son architecture le suggèrent. En tout cas, le seigneur breton garde Montépilloy jusqu'à sa mort en 1407. Après, la seigneurie et le château reviennent aux Bouteiller de Senlis, en l'occurrence à Le Bouteiller. Une fois de plus, le transfert demeure inexplicable. Guillaume II fait mener d'importants travaux et engage comme architecte Jean Aubelet. Les compte de la châtellenie de Brasseuse à laquelle Montépilloy est rattaché font apparaître d'importants dépenses entre 1409 et 1411 : les deux étages supérieurs du donjon sont remaniés, et une nouvelle cour noble est édifiée entre le donjon et la muraille ancienne au sud. Ensuite, qui appartient à la fraction des Armagnacs, perd la seigneurie à Pierre des Essarts de la fraction des Bourguignons dès 1411, et les travaux cessent immédiatement. Le Bouteiller récupère la seigneurie en 1440, mais le donjon est sans doute déjà ruiné, et Guillaume revend l'ensemble à des seigneurs étrangers à la région. Ils font rehausser les tours de la porte fortifiée pour servir de résidence. Quand Montépilloy passe dans le giron de la maison de Montmorency en 1496, le château ne sert déjà plus que de ferme seigneuriale. La ferme avec les ruines du château restent dans la famille de Montmorency jusqu'à la Révolution française...
Les restes du château ont été classés au titre des monuments historiques par arrêté du .
Description Aperçu général vignette|Châtelet, vue depuis la cour.
Une reconstitution complète du château dans ses différents états jusqu'au début du n'est plus possible. Le donjon n'est certainement pas le premier que connût le château, et d'autres éléments ont pu disparaître sans laisser de traces. Les vestiges du château comprennent quatre éléments ou ensembles issus d'au moins cinq campagnes de construction différentes, à savoir : la muraille d'enceinte extérieure, indatable mais reprenant sans doute le tracé de la palissade du ; la porte fortifiée au sud-ouest, entre deux tours en fer à cheval, construite au début du et remaniée à la fin du ; le donjon circulaire ruiné situé un peu au nord du centre de l'enceinte, difficilement datable mais sans doute postérieur à la destruction du château en 1358-1360 et remanié vers 1409-1411. Pour Nicolas Mengus, la tour maîtresse (fin ) a été surélevée au avec l'adjonction de mâchicoulis. ; une tour en hémicycle sur la ligne d'enceinte primitive, au sud (à droite de la porte en regardant le château), avec une courtine orientée exactement nord-sud reliant la tour au donjon, un grand corps de logis à l'est de la courtine et mitoyen de la tour, et un petit corps de logis au nord du premier. Cet ensemble est connu comme le « château neuf » et date de 1409-1411..
Ces vestiges se superposent aux bâtiments de la ferme rajoutés à l'époque moderne. Le logis de la ferme s'interpose entre la porte fortifiée et la tour du début du , et les bâtiments d'exploitation s'adossent généralement à la muraille extérieure. Or, le donjon et le château neuf restent libres au milieu de la cour de ferme et n'ont pas été altérés. Une bâtisse ruinée se situe au nord-ouest, contre la muraille, mais il ne s'agit pas d'un élément du château féodal.
La porte fortifiée vignette|redresse|Avant-corps défensif.
La porte fortifiée est cantonnée de deux tours rondes à l'extérieur, mais plates vers la cour intérieure. Ces tours, hautes de quatre niveaux ou de , sont reliées entre elles par un passage. L'ensemble forme un châtelet. Devant la porte, subsistent les avant-corps destinés à recevoir le pont-levis, percés d'archères. Ce type d'ouvrage défensif n'existe pas avant le . Les tours étaient également percées d'archères, aujourd'hui remplacées par des fenêtres ou bouchées ; dans ce dernier cas, les ébrasements subsistent toujours à l'intérieur. Le passage reliant les deux tours était initialement voûté, mais la voûte a été remplacée par un simple plafond en bois. La façade tournée vers la cour intérieure se distingue fondamentalement de la façade extérieure, avec un arc brisé à double rouleau pour la porte, et de grandes fenêtres à meneau ainsi que de petites fenêtres au niveau des deux étages supérieurs. Il apparaît que ce deuxième et troisième étage ont été ajoutés postérieurement à la fin du ; en regardant de près, la rupture dans l'appareil est également visible depuis l'extérieur. Seul le rez-de-chaussée et l'étage sont donc d'origine ; abstraction faite de l'avant-corps, on peut les dater du début du . Le château avait alors une vocation purement militaire. En revanche, le caractère des étages supplémentaires est plutôt résidentiel, ainsi que les toits en poivrière des tours, sans les moindres traces de mâchicoulis..
La muraille d'enceinte
La muraille d'enceinte est entouré de larges douves, depuis longtemps tombés à sec et en partie nivelés, mais toujours perceptibles. La ligne d'enceinte décrit une forme irrégulière avec neuf angles et des côtés plus ou moins longs. L'extension diamétrale s'établit entre . Sauf au sud, à l'emplacement du logis moderne de la ferme, et au nord, la muraille reste debout ; plus que les trois quarts en subsistent. Elle est bâtie en blocage de moellons et dépourvue de contreforts et de tout autre attribut pouvant faciliter une datation. Pendant des siècles, des murs de ce type ont été édifiés dans la région. S'il est peu probable que la muraille remonte au premier temps du château au , aucun indice ne permet de l'attribuer à telle ou telle époque.. Étant donné qu'une porte fortifiée a été édifiée au début du , les parties les plus anciennes de l'enceinte devraient au moins être contemporaines de cette porte.
Le donjon vignette|redresse|Donjon, vue depuis le sud-est. vignette|redresse|Coupe du donjon par Viollet-le-Duc ; le premier niveau (cave) manque.
Le donjon portait initialement sur six niveaux ou de hauteur et possédait un diamètre de , un chiffre exact ne pouvant être fourni en l'absence de fouilles. L'entrée se faisait par un pont-levis au troisième niveau et par un couloir ménagé dans l'épaisseur énorme du mur. La défense de l'entrée était assurée par deux petites salles de garde, également ménagées dans l'épaisseur du mur. L'une était située à côté du couloir et était équipée d'une archère bien orientée vers l'accès ; l'autre était située au-dessus du couloir et contenait également le mécanisme d'enroulement de la chaîne du pont-levis et un assommoir, et une herse coupant le couloir en deux pouvait être actionnée depuis cette salle. Depuis le troisième niveau de la tour, des escaliers rampants distincts conduisent vers les niveaux inférieurs et supérieurs. Ils sont également ménagés dans l'épaisseur des murs et donnent accès à des ébrasements avec archères. Leur sens de circulation est différent, ce qui reflète un souci de sectionnement des communications entre niveaux, mais également la volonté de disposer les escaliers en tant qu'espaces creux affaiblissant la structure de l'édifice à un endroit où il était le moins susceptible de devoir faire face à des assauts. La salle de garde au-dessus du couloir d'entrée est par ailleurs desservie par un escalier indépendant depuis le quatrième niveau, avec lequel il ne communique donc pas directement..