Il existe différentes formes d’habitat traditionnel en Provence.

Habitat groupé Habitat perché L'habitat perché est considéré comme typiquement provençal ; il est surtout typiquement méditerranéen. Ces villages édifiés sur leur « acropole rocheuse », qui ont gardé leur aspect médiéval, forment par l'orientation des façades de leurs maisons - vers la vallée ou la voie de communication - un véritable front de fortification. Les plus connus sont Séguret, Ménerbes, Gordes, Eygalières, Puget-Théniers, La Garde-Freinet, Tourrettes-sur-Loup, Cagnes, Gattières, etc.

Fernand Benoit souligne leur origine quelquefois préhistorique en signalant que Cicéron, à propos des Ligures qui peuplaient la région, les dénomme castellani, c'est-à-dire habitants des castellas (Brutus, LXXIII, 256). La toponymie confirme puisque des villages perchés comme Oppède, Oppedette, Les Baux-de-Provence, Le Beaucet, Le Beausset, Carros, Carry et Caromb tirent leur nom de l'oppidum; du bau (falaise escarpée en provençal), ou du roc sur lequel ils étaient primitivement installés.

Ces villages perchés se trouvent essentiellement dans les zones collinaires dont le terroir est pauvre en alluvions et où l'eau est rare. Ce qui est le cas général en Provence sauf dans la basse vallée du Rhône et dans celle de la Durance, où les terres alluvionnaires abondent et surtout où l'eau est facilement accessible pour chaque propriété grâce à un puits creusé dans la cour de la maison.

De plus ce groupement en communauté refermée sur elle-même correspond à des régions de petites propriétés, où les seules terres fertiles se situent au fond de quelques vallons, et ce regroupement a facilité l'existence d'un artisanat rural indispensable aux villageois (charron, forgeron, etc.). A contrario, l'habitat dispersé implique de grands domaines qui tendent à vivre en autarcie. D'où la loi émise par Fernand Benoit .

Habitat troglodytique thumb|Habitats troglodytiques de Calès, à Lamanon thumb|left|Village troglodytique de Barry à Bollène La première étude sur l'habitat troglodytique en Provence a été menée, entre 1987 et 1988, à la demande du Ministère de la Culture, par Pierre-Yves Dautier, avec l'aide technique du Parc Naturel Régional du Luberon.

L'inventaire de ces différents sites lui a permis de distinguer deux types d'habitat. Le premier correspond au creusement par l'homme dans les safres du Miocène d'abris rupestres, à vocation d'habitat et à usage agricole. Les exemples les plus emblématiques sont ceux des grottes de Calès, à Lamanon, qui furent occupées de la préhistoire au , du Baou de Saint-Chamas, qui a été aménagé en 1615, des villages du Barry et de Chabrières, à Bollène. thumb|Aménagement troglodytique du prieuré de Carluc

Le second correspond à l'occupation de grottes naturelles creusées par l'érosion dans le calcaire urgonien et obturées en façade par des murs de pierres sèches. Cette utilisation, parfois pérenne, fut le plus souvent liée au pastoralisme et au besoin des bergers d'abriter leurs troupeaux. Dans le Vaucluse, cet habitat se retrouve essentiellement dans les combes des Monts de Vaucluse et du Luberon. Dans la Provence centrale et orientale, la mémoire collective se réapproprie la présence humaine dans des grottes à concrétions en attribuant leur occupation à des êtres mythologiques pour les grottes des Fées, suivi d'une sacralisation avec des Saintes Baumes, quand elle n'est pas attribuée, non sans un certain romantisme, à des bandits d'honneur comme Gaspard de Besse.

Dans les Alpes-de-Haute-Provence, ont été répertoriés quelques sites remarquables comme les ermitages de saint Maurin, à La Palud-sur-Verdon et de saint Pons, à Valbelle, la Grotte des brigands, à Quinson, le prieuré de Carluc, à Céreste, et les deux cabanons de Lurs, dans le pays de Forcalquier.

Pour les Bouches-du-Rhône, outre les deux sites précités de Calès et de Saint-Chamas, sont à retenir les habitats du plateau de Sainte-Croix, au-dessus de Salon-de-Provence, ceux de Manivert, près de Lambesc, le Castellas d'Aurons et les ermitages des Aygalades, au nord de Marseille. Aux Baux-de-Provence, outre l'habitat, s'y ajoutent deux autres aménagements rupestres, avec un pigeonnier troglodytique et un plan dallé rainuré pour recueillir les eaux de pluie.

Dans le Var, sont à signaler deux Saintes-Beaumes, celle du Plan-d'Aups et celle de Saint-Raphaël, la Maison des Fées à Cabasse, LeVieux Moulin à Trans-en-Provence et le Nymphée du couvent des carmes à Barjols.

Pour le Vaucluse, où les sites sont à la fois plus concentrés, plus nombreux et plus diversifiés, il y a Bollène, déjà signalé, avec ses deux hameaux troglodytiques, des anciens villages médiévaux. Dans le premier, à Chabrières, où l'habitat est totalement ruiné à la suite d'effondrements, l'aménagement avait été fait en creusant la safre dit de Saint-Restitut, au pied ducastrum. Le second, Barry, fut habité jusqu'au . Ses façades, en pierre sèche, protègent un aménagement complet entièrement creusé dans le roc (cuisine, cheminée, pile d'évier, potager pour réchauffer les aliments, alcôves, étable, écurie, bergerie, cellier, citerne, etc.). thumb|Escalier dérobé creusé dans le roc au fort de Buoux thumb|left|Lavoir rupestre à Cabrières-d'Aigues Vient ensuite la basse vallée de la Durance où, dans les falaises du piémont sud du Luberon, se trouvent les sites du Jas de Puyvert, et de Cabrières-d'Aigues avec son aiguier et son lavoir. Au cœur du massif du Luberon, la vallée de l'Aigue Brun se trouvent la falaise du Moulin-Clos où ont été aménagées, dès le , des cellules d'ermites pour les moines cassianistes de Saint-Victor de Marseille et le fort de Buoux dont une partie est entièrement creusée dans la roche, les bastides de Beaumes et de Chantebelle ainsi que le hameau des Aiguiers à Sivergues. Dans la vallée du Calavon, on note les trois châteaux du pays d'Apt dont une grande partie de l'infrastructure est troglodytique. Il s'agit du Château de Milles, du Château de Roquefure et du Rocher des Druides qui, en dépit de son nom, est un fort médiéval aménagé pour accueillir hommes de troupes, cavaliers et montures.

Les monts de Vaucluse se distinguent par leur richesse avec le vallon de la Tapy et sa baume de Marcousy (habitat et cuve vinaire rupestre) à Saumane, le ravin de Fraischamp, entre Le Beaucet et La Roque-sur-Pernes, où une bergerie troglodytique est toujours en activité, Blauvac et son hameau du Bouquet, qui posséda une école publique jusqu'à la Première Guerre mondiale. Aussi riches sont Venasque et son site de Caroufa, ainsi que la vallée de la Sénancole à Gordes, où habitat rupestre, jas et moulin à huile troglodytiques, côtoient des aiguiers et des cuves vinaires rupestres abritées sous des bories. Enfin, entrent dans un même cadre, pour leur aménagement identique dans des abris sous roche, en dépit de leur éloignement, les bergeries des combes de Bonnieux et du vallon des Baumians à Cabrières-d'Aigues, ainsi que celle de la Coste-Brune à Villars.

Maison en hauteur

thumb|À Colmars, à droite, maison en hauteur avec ses deux entrées distinctes et son balcon, à gauche, l'étable du rez-de-chaussée a été transformée en garage Fernand Benoit explique que . Effectivement ce type d'habitation, qui se retrouve essentiellement dans un village, superpose sous un même toit, suivant une tradition méditerranéenne, le logement des humains à celui des bêtes. La maison en hauteur se subdivise en une étable-remise au rez-de-chaussée, un logement sur un ou deux étages, un grenier dans les combles. Elle était le type de maison réservée aux paysans villageois qui n'avaient que peu de bétail à loger, étant impossible dans un local aussi exigu de faire tenir des chevaux et un attelage.

Elle se retrouve aujourd'hui dans nombre de massifs montagneux de la Provence occidentale, dont les vallées alpines de la Bléone et du Haut Verdon, dans la montagne de Lure où elle est courante à Banon, Cruis, Saint-Étienne-les-Orgues et Sigonce.

Ces maisons datent pour la plupart du , période où les guerres de religion imposèrent de se retrancher derrière les fortifications du village. Celles-ci finies, il y eut un mouvement de sortie pour établir dans la périphérie de l'agglomération des « maisons à terre », plus aptes à recevoir des bâtiments annexes.

En effet, ce type d'habitation, regroupant gens et bêtes dans un village, ne pouvait que rester figé, toute extension lui étant interdite sauf en hauteur. Leur architecture est donc caractéristique : une façade étroite à une ou deux fenêtres, et une élévation ne pouvant dépasser quatre à cinq étages, grenier compris avec sa poulie extérieure pour hisser le fourrage. Actuellement, les seules transformations possibles - ces maisons ayant perdu leur statut agricole - sont d'installer un garage au rez-de-chaussée et de créer de nouvelles chambres au grenier. Pour celles qui ont été restaurées avec goût, on accède toujours à l'étage d'habitation par un escalier accolé à la façade (pontin).

La présence de terrasse ou balcon était une constante. La terrasse servait, en priorité, au séchage des fruits et légumes suspendus à un fil de fer. Elle était appelée trihard quand elle accueillait une treille qui recouvrait une pergola rustique. Quand elle formait loggia, des colonnettes soutenant un auvent recouvert de tuiles, elle était nommée galarié ou souleriè.

Habitat dispersé thumb|left|À Saint-Hippolyte-le-Graveyron, où n'existe aucun village, colonne marquant le centre de cette commune à habitat dispersé thumb|Grande propriété à Uchaux, pratiquant la polyculture L'habitat dispersé se trouve essentiellement dans les terres fertiles des vallées du Rhône et de la Durance. Il correspond donc à la plaine d'Arles, y inclus la Camargue, avec de grands domaines aux terres d'un seul tenant, spécialisés dans la culture des céréales et dans l'élevage avec de vastes pâturages. Autres lieux, la plaine maraîchère du Comtat Venaissin et la région de Barcelonnette où l'eau est abondante dans la vallée et alimente de nombreux pâturages.

Dans la région d'Arles, ces habitations portent le nom de mas, mot issu du latin mansus qui désignait un fonds cultivé par une famille. Il est à souligner que ce toponyme est également utilisé sur la rive droite du Rhône, dans les départements du Gard ainsi que dans la partie orientale de l'Hérault. Un mas regroupe la maison de maître plus celles de ses fermiers. Dans la Crau, il est entouré de grandes friches herbeuses, le coussou, où paissent les troupeaux de moutons pendant l'hiver.

Des noms différents désignent ce type d'habitat dans le reste de la Provence. dans un vaste secteur géographique allant d'Aix-en-Provence à Grasse, limité au nord par la Durance et au Sud par la côte méditerranéenne, il est appelé bastide. D'une façon générale cet habitat date du . Le Comtat Venaissin emploie le mot grange, qui est courant dans le Dauphiné voisin. Une plus petite exploitation agricole se voit attribuer le qualificatif provençal de granjoun (petite grange).

Fernand Benoit souligne que cet habitat a traversé les millénaire puisqu'il était identique à l'époque de la colonisation romaine : . Après avoir indiqué qu'il existe une adéquation parfaite entre le port du costume d'Arles pour les femmes et cette zone géographique du delta du Rhône qui remonte jusqu'à Avignon, il précise que depuis le milieu du , la substitution de la monoculture à la polyculture a modifié complètement l'habitat dans son rôle agricole et social. Mais celui-ci reste, le plus généralement, dans le cadre de ce qu'il dénomme l'habitat-bloc, c'est-à-dire une maison dans laquelle le logis d'habitation et ses dépendances agricoles restent groupées sous un même toit.

Il s'oppose, par le fait même, à la « maison à cour », type d'habitation très rare en Provence, où les différents bâtiments s'ordonnent autour d'une grande cour fermée ou ouverte en façade. Maison à terre