La cathédrale Saint-Étienne de Bourges est une cathédrale catholique construite entre la fin du . Dédiée à saint Étienne, premier martyr, elle est le siège de l'archidiocèse de Bourges (départements du Cher et de l'Indre).

Sur le plan architectural, l'édifice est remarquable aussi bien par ses proportions harmonieuses, liées à l'unité de sa conception, que par la qualité de ses tympans, de ses sculptures et de ses vitraux. Elle se distingue notamment des autres grandes cathédrales de l'époque par une recherche toute nouvelle d'un espace intérieur unifié. Cas exceptionnel en France pour une cathédrale gothique, elle ne possède pas de transept.

La cathédrale Saint-Étienne de Bourges a été consacrée le . Comme toutes les cathédrales construites avant la séparation des Églises et de l'État, elle appartient maintenant à l'État français. Elle fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862. et elle a été inscrite en 1992 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle se situe dans le centre historique de Bourges, secteur sauvegardé depuis 1965.

Histoire Sacrifices vignette|Façade occidentale en 2016.

En 1195, Henri de Sully, archevêque de Bourges, frère de Eudes de Sully, évêque de Paris, fait une donation au chapitre de la cathédrale de Bourges. Cette donation sera le point de départ de la construction d'une nouvelle cathédrale à Bourges, destinée à remplacer la cathédrale romane datant des , jugée trop petite, à propos de laquelle peu de données sont disponibles. Historiquement, il y a eu sur le site un centre de culte chrétien depuis le , à l'époque où la ville romaine d' abritait la première communauté chrétienne de Gaule. Quatre édifices se succédèrent sur le lieu de l'actuelle cathédrale : des cryptes monumentales furent érigées par saint Ursin au , saint Palais, archevêque au , et Raoul de Bourges, archevêque au . Gauzlin, archevêque de sang royal — le frère de Robert II le Pieux —, fut le constructeur de la première cathédrale romane, au début du .

Bourges, ville royale depuis 1100, était située à l’époque à la limite sud du domaine royal, à quelques lieues de l’Aquitaine. L’archevêque de Bourges avait d'ailleurs le titre de « Primat d’Aquitaine » et son autorité, souvent contestée, s’étendait jusqu’à Bordeaux.

Cette nouvelle cathédrale est le premier édifice gothique construit au sud de la Loire, et elle apparaissait d’une grande importance aussi bien pour le prestige du roi de France, que pour celui de l’archevêque. Figure de proue du domaine capétien face au midi de la France, la cathédrale Saint-Étienne de Bourges se devait d'être unique dans sa conception. Il fut donc décidé de réaliser un édifice de grande envergure, comparable à Notre-Dame de Paris, et d'innover.

Pour ce faire, il fallait construire au-delà du vieux mur d’enceinte gallo-romain sur lequel s’était appuyé le chœur roman et déborder dans les fossés. La différence de niveau nécessitait la construction d’un soubassement qui anticipe exactement le plan du chevet. C'est l'église basse, appelée à tort la crypte.

Construction La construction fut entreprise dès 1195, et en 1214 près de la moitié du bâtiment — à un peu plus du chœur actuel — était achevée.

Le plan de la nouvelle cathédrale est simple, mais harmonieux. Il s'agit d'une forme de basilique avec des chapelles qui entourent la nef. Ce qui rendra le nouvel édifice remarquable, ce sont la perspective des murs latéraux et l'unité de l'espace intérieur. Au départ, l'archevêque Henri de Sully semble s'être inspiré du plan de Notre-Dame de Paris. Il meurt en 1199. Son successeur, l'archevêque Guillaume de Dangeon, ancien abbé cistercien, prend une part importante dans le développement du chantier et dans la définition du programme iconographique. Le décès de Guillaume en 1209, bientôt suivi de sa canonisation, entraîne un afflux de dons de la part des fidèles et des pèlerins.

La construction recourt à une uniformisation des éléments de base, ce qui a dû en faciliter la réalisation. Toutes les moulures ont la même hauteur, il en est de même des chapiteaux et il y a deux diamètres seulement de colonnettes, quelle que soit leur position dans l'édifice.

Après une interruption d’une dizaine d’années, la deuxième campagne de construction — gros œuvre de la nef et de la façade occidentale — commence en 1225 et se poursuivra jusqu’en 1230. À cette date, le gros œuvre est terminé.

vignette|La Tour nord s'effondra en 1506 et dut être reconstruite. Ensuite, les travaux de la façade ont été effectués au ralenti. En 1313, il fallut étayer la tour sud, dans laquelle étaient apparues des fissures, en implantant un énorme « pilier butant ». Il n'a jamais été possible, en raison de cette fragilité, d'y implanter des cloches, d'où son nom de « tour sourde ». D’autres travaux de consolidation de la façade furent entrepris, et la tour nord était encore inachevée lors de la consécration de la cathédrale le par l'archevêque Guillaume de Brosse.

Les architectes qui ont succédé au premier Maître de Bourges — d'identité inconnue — ont su préserver la cohérence et la simplicité apparente du programme, l'absence de transept contribuant à l'effet d'unité de l'espace.

En 1424, la cathédrale reçoit son horloge astronomique, construite par André Cassart et conçue par Jean Fusoris.

Achevée durant les années 1480, la tour Nord montre des signes de fragilité dès 1503. Elle s’écroule le , puis est reconstruite entre 1508 et 1542, en harmonie avec la façade gothique malgré la présence de certains éléments décoratifs de style Renaissance. Financée notamment par des dons, des emprunts et diverses recettes, elle a été appelée la Tour de beurre, probablement pour la même raison que la Tour de beurre de la cathédrale Notre-Dame de Rouen, tour qui a été financée au moyen des sommes versées par les fidèles riches pour obtenir l'autorisation de manger du beurre pendant le carême..

Lors des guerres de religion, en 1562, Bourges ayant été prise par les protestants, les sculptures de la cathédrale furent gravement endommagées.

Sous la Révolution À la Révolution Française, la cathédrale fut vidée de son mobilier. Dès la cessation du culte public, elle fut vouée au Culte de la Raison, c'est ainsi que sera inauguré le Temple de l'Unité le .

vignette|La cathédrale en 1881. vignette|Grilles du chœur. L'architecte Antoine-Nicolas Bailly entreprend la restauration complète de la cathédrale. Il charge le ferronnier Pierre Boulanger de réaliser les grilles du chœur en fer forgéAnnales archéologiques, Adolphe N. Didron, Édouard Didron, volume 15, Librairie Archéologique de Didron, 1855 Lire en ligne.. Une de ces grilles a été démontée et se trouve actuellement au Foyer Saint-François au 11, rue JoyeuseLes grilles de la rue Joyeuse sur Wikimedia..

Classement et rénovation vignette|État des rénovations du toit de la cathédrale, en mars 2011. La cathédrale a été inscrite en sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Dans son rapport d'évaluation pour décider de l'éventuelle inscription du monument en tant que bien culturel sur la liste, la commission de l'UNESCO relève que « la cathédrale de Bourges revêt une très grande importance dans le développement de l'architecture gothique et de par le fait qu'elle constitue un symbole de la puissance de la religion chrétienne dans la France du Moyen Âge. Cependant ses qualités fondamentales restent sa beauté frappante, résultant d'une gestion magistrale d'un espace aux proportions harmonieuses et d'une décoration de la plus haute qualité ».

En 2008, après un an de travaux, la porte nord est entièrement rénovée. Les portes ouest, à l'avant de la cathédrale ont également été rénovées, puis la porte centrale en 2010-2011. En , un faux toit est installé à l'avant de la cathédrale afin de protéger les ouvriers qui ont procédé à une première partie de la réfection de la toiture achevée au milieu de 2011, dont la réfection totale fut menée jusqu'en 2013.

Description Architecture Le plan de la cathédrale de Bourges reprend celui de la cathédrale de Paris, avec double déambulatoire, mais en supprimant le transept et les tribunes. La similitude des plans des deux cathédrales provient peut-être des liens familiaux existant entre l'archevêque de Bourges, Henri de Sully, et l'évêque de Paris, Odon de Sully, au moment de leur mise au point.

Depuis le rachat, en 1101, des vicomtés de Bourges et de Dun par le roi Philippe , Bourges faisait partie du domaine royal. L'agrandissement de la cathédrale vers l'est, en franchissant le rempart gallo-romain, n'a été possible qu'après l'achèvement de nouveaux remparts commencés par Louis VII et achevés par la construction de la Tour Neuve en 1189 par Philippe Auguste.

Cathédrale du début de l'ère gothique, elle reprend comme à Paris la voûte gothique sexpartite, ce qui entraîne l'adoption d'une alternance de piles faibles et fortes dans la nef centrale.

L'architecte inconnu de la cathédrale a cherché à donner une ampleur particulière à l'élévation permettant une meilleure luminosité comparée à celle de la cathédrale de Paris.

La reconstruction a commencé par le chœur, établi au-delà du rempart gallo-romain dont des éléments sont toujours visibles de part et d'autre de la cathédrale. La reprise de la différence de niveau est assurée par l'église basse construite entre la donation de l'archevêque Henri de Sully, en 1195, et 1206. L'église basse est reliée à la crypte romane cruciforme. Pendant la construction de la cathédrale, l'église basse a dû servir de loge pour les ouvriers employés par la fabrique, comme semble le prouver l'épure de la rose de la façade occidentale gravée dans le sol. Pour permettre un meilleur éclairage de l'église basse, les chapelles rayonnantes ont été construites en encorbellement sur des corbeaux diminuant du haut vers le bas.

La légèreté apparente du chœur a été rendue possible grâce aux arcs-boutants et à l'utilisation d'un chaînage en fer. Ce chaînage s'arrête après la huitième travée de la nef au niveau de ce que les spécialistes appellent la coupure Branner, du nom d'un historien américain, Robert Branner, qui a étudié la cathédrale. Il a constaté qu'à l'ouest la position de l'appui des arcs-boutants sur les murs a été élevée, les contreforts et les culées sont plus massifs, les oculi ont été modifiés.

À l'ouest, la pente du terrain nécessite de faire l'agrandissement sur un remblai. Cette disposition va entraîner des problèmes de déformation des tours de la façade occidentale allant jusqu'à l'effondrement de la tour Nord à peine terminée, le (reconstruite de 1508 à 1542) et la construction d'une pile massive assurant la butée de la tour sud.

Matériaux de construction La ville de Bourges est installée sur un gisement d'un beau calcaire du Jurassique, blanc à coquilles roses de brachiopodes, tendre et facile à travailler, datant de d'années, très exploité au Moyen Âge en différents endroits dans la ville pour produire des pierres de taille. Mais ce calcaire local est aussi gélif et résiste mal au temps. Or les bâtisseurs du Moyen Âge avaient une très bonne connaissance des propriétés des différentes pierres à bâtir qu'ils avaient à leur disposition. Ce calcaire de Bourges n'a donc été que peu utilisé pour la construction de la cathédrale : il se trouve principalement en situation abritée, pour le parement des murs à l'intérieur, dans la crypte, et pour les voûtains.