L'église Notre-Dame est une église catholique située à Trumilly, en France. Comme souvenir de la première église romane du village et témoin de son ancienneté, elle conserve un portail de la fin du . Sinon, l'église est issue de la transformation gothique d'une seconde église romane de la première moitié du . Un nouveau chœur gothique rayonnant est édifié entre 1230 / 1240, faisant preuve d'une recherche architecturale et d'une qualité d'exécution rares pour une petite église rurale. Le croisillon sud est reconstruit peu après, puis les parties anciennes sont remaniées et voûtées d'ogives. Malgré les six campagnes de construction qui peuvent être identifiées, l'ensemble paraît tout à fait harmonieux. Le clocher, bien que pas très éloigné de certains clochers romans simples de la région, a été entièrement bâti à neuf peu avant la Révolution française. Globalement, l'église de Trumilly est très bien conservée et n'a jamais subi de restaurations profondes jusqu'à la fin du . En plus de la qualité architecturale du chœur, c'est donc surtout son authenticité qui rend l'édifice remarquable. Il a été classé au titre des monuments historiques par arrêté du .. L'église Notre-Dame est aujourd'hui affiliée à la paroisse Saint-Sébastien de Crépy-en-Valois.
Localisation
L'église est située dans le département français de l'Oise, sur la commune de Trumilly, rue de Néry (RD 98), au milieu du village à peu de distance au sud de la mairie. La façade occidentale donne sur un parking qui occupe l'emplacement de l'ancien cimetière, et l'élévation nord donne sur la rue. Au sud et à l'est, des propriétés privées s'approchent de l'église de près. Si le chevet est visible à travers la cour de la ferme voisine, l'élévation méridionale reste invisible pour le public.
Historique thumb|upright|left|Chœur, clocher et croisillon nord. thumb|upright|left|Clocher et croisillon nord.
La seigneurie de Trumilly appartenait au chapitre de l'église Saint-Rieul de Senlis, et le patronage de la cure avait été donné au chapitre de la cathédrale Notre-Dame de Senlis par l'évêque de Senlis, Eudes II, vers 1074. Sinon, très peu de détails sont connus de l'histoire de Trumilly et de son église en particulier, mais il ne fait aucun doute que l'origine du lieu est très ancienne. La genèse de l'édifice ne peut qu'être déduite de l'analyse de la modénature et du remplage des fenêtres gothiques. Six campagnes de construction peuvent être identifiées, dont la première porte sur l'église précédente, et la dernière sur le remplacement du clocher primitif peu avant la Révolution française..
Le portail occidental sous son porche provient de la première église de Trumilly, de style roman. Si l'on admet que la charte confiant le patronage de la cure au chapitre Notre-Dame est rédigée au moment du nommage du premier curé, mais que l'église n'est pas encore tout à fait terminée, l'on arrive à une datation du portail vers 1080. Cette datation est conforme à ses caractéristiques, qui se rencontrent dans la région entre la fin du et le début du . Si Maryse Bideault et Claudine Lautier suggèrent donc la date de 1080, Jacques Téaldi insiste sur une datation du début du sans donner de raisons., alors que Pierre-Jean Trombetta élude la question.. Tout le reste de l'église est en tout cas plus tardif. Une nouvelle église est en effet construite pendant la première moitié du , toujours de style roman. En subsistent les murs de la nef, des bas-côtés et du croisillon nord, sauf les parties hautes. Selon le raisonnement de Jacques Téaldi, cette église serait identique à celle dont reste le portail, et la première église de Trumilly n'aurait ainsi pas laissé de traces..
Vers 1230 / 1240, l'église encore romane est dotée d'un nouveau chœur de style gothique rayonnant dont l'architecture est d'une grande finesse, et la qualité d'exécution tout à fait remarquable. Si d'autres églises rurales de la Picardie possèdent une abside de la même forme et de la même époque, l'on n'y constate pas cette recherche de plasticité et de raffinement. Le dessin particulier du remplage des fenêtres, apparu dans les chapelles rayonnantes de la cathédrale Notre-Dame de Reims est développé pleinement dans une chapelle latérale nord de la nef de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Une influence de ce chantier sur Trumilly est incontestable, sans que pour autant l'on puisse y voir le travail d'un architecte parisien. Peu après l'achèvement du chœur, le croisillon sud est rebâti selon les mêmes caractéristiques. Enfin, un porche est ajouté devant le portail.
Les deux dernières campagnes de travaux pendant le Moyen Âge portent sur la transformation gothique des parties romanes de l'église. La nef n'est initialement pas voûtée, et les bas-côtés sont probablement voûtés en berceau, ainsi que peut-être le transept. Vers 1270 / 1280, la nef est donc voûtée sur croisées d'ogives, et des faisceaux de trois colonnettes sont appliqués contre les quatre grosses piles entre nef et bas-côtés. Puis, le croisillon nord est traité de la même façon, mais son mur oriental est entièrement bâti à neuf. Au , les bas-côtés sont eux aussi voûtés d'ogives, et les fenêtres du bas-côté sud sont même dotées de remplages, alors que celles du bas-côté nord restent des lancettes simples. Jacques Téaldi estime pour sa part que les bas-côtés auraient entièrement été rebâtis à cette époque, mais n'explique pas leurs doubleaux archaïques. L'église trouve alors sa configuration actuelle, exception faite du clocher qui est encore roman. Il a dû s'effondrer pendant la seconde moitié du , comme cela arrivait fréquemment faute d'entretien. En tout cas, il a été remplacé par un nouveau clocher assez proche de la physionomie d'un clocher roman fruste, et une inscription mentionne l'année d'achèvement, 1789. Le nouveau clocher est en réalité de style classique, comme le montre le parement des piles de la croisée du transept, habillées d'un lourd style antiquisant.
Pour Pierre-Jean Trombetta, l'église Notre-Dame de Trumilly est l'une des plus complexes de l'ancien diocèse de Senlis sur le plan chronologique. Ceci est vrai en tenant compte d'interventions qui n'ont porté que sur les éléments mineurs, tels que la fenêtre occidentale de la nef ou le porche. Globalement, l'on peut retenir un portail de 1080 ; un chœur gothique de 1230 / 1240 ; une nef, des bas-côtés et des croisillons romans de la première moitié du mais transformés successivement selon des préceptes du style gothique après l'achèvement du chœur ; et une croisée du transept de style classique de la fin de l'Ancien Régime.. L'église n'a jamais subi de remaniements à l'époque moderne, ni même de restaurations importantes avant la fin du . Elle est classée au titre des monuments historiques par arrêté du . Après 1923, quelques travaux de maçonnerie et de couverture sont exécutés sous la direction de l'architecte en chef des monuments historiques A. Collin. En 1948, la voûte du carré du transept est consolidée sous Jean-Pierre Paquet : il est à souligner que cette voûte est justement la plus récente de toute l'église. Ainsi, l'église Notre-Dame de Trumilly est un édifice particulièrement authentique et très bien conservé, ce qui fait une grande partie de son intérêt historique. Pour Jacques Téaldi, c'est l'une des églises les plus intéressantes du Valois.
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
À peu près régulièrement orientée, mais avec un axe dévié légèrement vers le nord-ouest, l'église suit un plan cruciforme et presque symétrique le long de son axe. Elle se compose d'une nef de trois travées accompagnée de ses deux bas-côtés ; d'un transept largement débordant, dont le croisillon nord est plus profond que le croisillon sud ; et d'un chœur de deux travées. La seconde travée comporte une partie droite et une abside à pans coupés. Le clocher en bâtière se dresse au-dessus de la croisée du transept, et un porche précède le portail occidental. Les bas-côtés sont recouverts de toits en appentis, et l'église possède des pignons sur la façade occidentale et aux deux extrémités du transept.. — En ce qui concerne les dimensions, sans tenir compte du porche, l'église Notre-Dame atteint une longueur de hors œuvre et de à l'intérieur, pour une largeur de hors œuvre et de au niveau du transept.. Les dimensions hors œuvre tiennent compte des contreforts.
Extérieur thumb|Vue depuis le nord-ouest. thumb|Vue depuis l'est.
La silhouette de la nef est trapue, et son architecture ne montre extérieurement aucune particularité en dehors des fenêtres. La façade occidentale est flanquée de deux contreforts à ressauts, et le pignon est couronné par une petite croix en pierre. Les bas-côtés sont pourvus de contreforts strictement verticaux se terminant par un glacis ou par un chaperon. Comme particularité, la troisième travée du bas-côté nord est plus élevée, et son toit est établi en continuité avec celui de la nef, alors qu'une partie des murs hauts de la nef est visible ailleurs. Le porche devant le portail occidental est assez large, et son ouverture en tiers-point est moulurée, mais le reste des murs est nu, et les murs gouttereaux aveugles. Sous le portail se cache le remarquable portail roman de la fin du , avec une quintuple archivolte, dont la partie supérieure a en partie été coupée pour l'établissement du toit du porche. L'archivolte inférieure est décorée de bâtons brisés, et les autres arborent un décor en pointe-de-diamant de grandes dimensions. En regardant de près, les pointes-de-diamant arborent des bâtons brisés qui épousent leurs formes, ce qui est une spécificité signalée par aucun auteur. Le portail de Trumilly aurait servi de modèle à Saint-Vaast-de-Longmont, où les pointes-de-diamant sont ordinaires.
Le croisillon nord est épaulé par des contreforts scandés par un larmier intermédiaire au niveau du seuil des fenêtres, et se terminant par un glacis. Dans le mur occidental subsiste le vestige de la dernière baie romane en plein cintre, simplement décorée d'un sourcil. Le chœur est sans conteste la partie la plus réussie de l'église et d'une facture élégante, notamment grâce à ses fenêtres remplissant tout l'espace disponible entre les contreforts. Le haut des murs du chœur est couronné d'une corniche composée de moulures qui semblent représenter une série de nœuds de ruban à bouts pendants. Les fenêtres en tiers-point sont surmontées par des sourcils retombant sur de petites têtes grimaçantes. Les contreforts sont scandés par un court glacis à mi-hauteur des fenêtres, ainsi que par un larmier à la hauteur du seuil des fenêtres qui court tout autour du chœur et monte plus haut dans les ébrasements des fenêtres.
Les fenêtres dans l'église Notre-Dame appartiennent à quatre types différents. Celles du chœur sont les plus anciennes et les plus élaborées. Elles datent des années 1230 / 1240 et leurs arcatures sont entourées d'un boudin, qui retombe sur les chapiteaux de frêles colonnettes le long des piédroits. Les deux lancettes sont également garnies de chapiteaux à la même hauteur, mais elles se partagent le même meneau central avec donc un seul chapiteau au centre. Le registre supérieur du remplage est formé par un oculus hexalobé, et les écoinçons entre les lancettes et les festons de l'oculus restent libres, ainsi que généralement les petits écoinçons entre les festons. Le chœur compte sept fenêtres de ce type (la première au sud ayant perdu sa rosace initiale, remplacée par un simple oculus rond). Le croisillon sud possède deux autres fenêtres du même type, mais elles sont encadrées en plus par une large gorge cernée de deux cavets. Dans le mur occidental du croisillon sud, au-dessus du toit du bas-côté adjacent, existe un oculus hexalobé seul.