Melvin Gallant est un professeur, critique littéraire, éditeur et écrivain canadien né le à l'Île-du-Prince-Édouard et mort le .

Après des études au collège Saint-Joseph de Memramcook, il enseigne l'économie et la comptabilité de 1957 à 1960 au collège Sacré-Cœur de Bathurst. Il part étudier en Europe, où il obtient un diplôme en science politique de l'université de Paris en 1960 puis une maîtrise ès arts à l'Institut catholique de Paris en 1964. La même année, il commence à enseigner la littérature française et la littérature acadienne à l'Université de Moncton. Sa thèse de doctorat, présentée en 1970 à l'université de Neuchâtel, Le Thème de la mort chez Roger Martin du Gard, est remarquée.

Melvin Gallant est cofondateur des Éditions d'Acadie en 1972. C'est alors la plus importante maison d'édition de langue française en Amérique du Nord à l'extérieur du Québec. Il en est président jusqu'en 1975 puis président du conseil d'administration et du bureau de direction de 1977 à 1984. Il est aussi le fondateur en 1978 de l'Association des écrivains acadiens, qui donne naissance aux Éditions Perce-Neige en 1980. Il fonde la revue d'analyse politique Égalité la même année.

Il publie plusieurs romans, dont une quinzaine pour enfants. Avec sa série Ti-Jean, il est l'auteur jeunesse acadien le plus populaire. Son Ti-Jean est inspiré d'un personnage du folklore acadien, dont on retrouve aussi des versions dans différentes cultures. En 1999, il crée une version féminine du personnage, Tite-Jeanne. Les Éditions d'Acadie ferment leurs portes en 2000 et Melvin Gallant décide de publier de nouvelles versions de Ti-Jean, cette fois aux éditions Bouton d'or Acadie. Parmi ses autres textes figurent le documentaire La Cuisine traditionnelle en Acadie, coécrit en 1975 avec Marielle Boudreau, le recueil de poésie L'Été insulaire (1982) et le roman historique Le Métis de Beaubassin (2009). Ce dernier est le premier livre publié aux Éditions de la Francophonie. Melvin Gallant publie aussi des critiques, des manuels et des articles.

Biographie Jeunesse et études vignette|Roger Martin du Gard, dont l’œuvre fait l'objet de la thèse de doctorat de Melvin Gallant, soutenue en 1970. Melvin Gallant naît le à Urbainville, dans la région Évangéline, à l'ouest de l'Île-du-Prince-Édouard (Canada). L'un de ses ancêtres est Michel Haché dit Gallant, personnage principal de son roman Le Métis de Beaubassin, paru en 2009. Melvin est d'ailleurs secrétaire de l'Association internationale des familles Haché-Gallant de 2002 à 2005.. L'origine du patronyme Gallant, au début un sobriquet acadien de l'ancêtre, n'est pas connue mais Melvin invente une dans son roman. Melvin a été surnommé le « Métis d'Urbainville » car son ancêtre est un métis né d'un père acadien et d'une mère autochtone.

Après avoir terminé son éducation secondaire dans sa province natale, il entre à l'Université Saint-Joseph de Memramcook, dans la province voisine du Nouveau-Brunswick, où il obtient en 1956 un baccalauréat en sciences commerciales. Entre 1957 et 1960, il enseigne l'économie et la comptabilité au Collège Sacré-Cœur de Bathurst. Il se rend ensuite en France, où il obtient un diplôme en sciences politiques de l'université de Paris en 1960 et une maîtrise ès arts de l'Institut catholique de Paris en 1964.

Il prépare aussi une thèse de doctorat, Le Thème de la mort chez Roger Martin du Gard, qu'il soutient à l'Université de Neuchâtel, en Suisse, en 1970. Sa thèse est publiée l'année suivante par la maison d'édition Klincksieck, à Paris. Réjean Robidoux loue la ainsi que son et . Lors de ses études, Melvin Gallant obtient des bourses des gouvernements français et suisse ainsi que du Conseil des Arts du Canada. Il est membre du jury des bourses de travail libre d'artistes de cet organisme de 1974 à 1976 puis président de 1977 à 1979.

Il séjourne dans dix pays d'Europe et trois d'Afrique.

Enseignement En 1964, Melvin Gallant part enseigner la littérature française et la littérature acadienne à la nouvelle Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick. Il y publie un manuel : L'Initiation à la dissertation en 1966 ainsi que plusieurs études et articles. Il est membre fondateur en 1964 et secrétaire jusqu'en 1969 de l'association des professeurs de l'université. Il dirige aussi le département d'études françaises de 1969 à 1973. Il préside de plus le Comité d'équivalence entre les universités francophones de 1971 à 1975.

À la suite d'un concours de poésie lancé en 1971 par des étudiants en maîtrise de l'Université de Moncton, Melvin Gallant regroupe quelques auteurs pour fonder les Éditions d'Acadie l'année suivante. Il en est président jusqu'en 1975 puis président du conseil d'administration et du bureau de direction de 1977 à 1984. Jusqu'à sa disparition en 2000, cette maison d'édition est la plus importante de langue française sur le continent américain à l'extérieur du Québec. Il est aussi le fondateur en 1978 de l'Association des écrivains acadiens, qui donne naissance aux Éditions Perce-Neige en 1980. Il fonde la revue d'analyse politique Égalité la même année.

Il préside des présentations et des séances sur les littératures française et acadienne lors de divers colloques tenus en Belgique, au Canada et en France. En 1988, il est coprésident d'un comité de citoyens souhaitant la survie du journal quotidien Le Matin. Il est aussi président du comité organisateur du Colloque international sur le thème de la mer en 1991.

Retraite Melvin Gallant prend sa retraite de l'Université de Moncton en 1993. Il est fait professeur émérite de lettres peu de temps après. Depuis ce temps, il habite six mois par année à Grand-Barachois, dans Beaubassin-Est, au Nouveau-Brunswick, et six mois en République dominicaine. Il a aussi habité en Martinique.

Il continue tout de même d'écrire et il est aussi animateur culturel. Il est président d'honneur du Salon du livre de Dieppe en 2001 et membre du conseil d'administration jusqu'en 2005.

Mort Melvin Gallant meurt le ..

Écriture Selon David Lonergan, l'œuvre de Melvin Gallant est indissociable de l'émergence de la littérature acadienne. Ses contes et romans de jeunesse sont les plus populaires de la littérature acadienne, avec en tout exemplaires vendus avant 1995.

Selon le Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord, Melvin Gallant, dans son œuvre, s'attache à l'âme et à la vie de son pays, l'Acadie. Son intérêt pour l'histoire provient de sa recherche de ses origines et du désir de mieux comprendre l'Acadie contemporaine.

Ses œuvres sont souvent le fruit d'une volonté de renouveau dans la littérature acadienne. Ti-Jean (1973) est ainsi le premier recueil de contes n'étant pas purement ethnologique, L'Été insulaire (1982) est le premier recueil de poésie ne se bornant pas à l'identité, et Le Chant des grenouilles (1982) est l'un des premiers romans psychologiques. En 1999, en publiant Tite-Jeanne, il renouvelle sa propre œuvre car ce personnage féminin fait contrepoids au personnage masculin de Ti-Jean. La publication des contes de Melvin Gallant contribue pourtant à rendre plus accessibles les contes traditionnels..

Ti-Jean : contes acadiens vignette|Statue de Till L'Espiègle, un autre nom donné à Ti-Jean. En 1973, Melvin Gallant publie Ti-Jean : contes acadiens aux Éditions d'Acadie. Ce recueil de contes, tout en étant inspiré du folklore acadien, possède une portée universelle. C'est en effet une version acadienne d'un conte très commun, qui se retrouve sous ce nom au Québec, en Louisiane et aux Antilles, ainsi que sous le nom Till l'Espiègle en Allemagne et de Ian Beg en Écosse.. Destiné aux jeunes de dix à quatorze ans, c'est le premier d'une série de publications centrées sur le personnage éponyme, un garçon honnête et courageux partant à l'aventure pour sauver des princesses en danger et combattre des êtres maléfiques.. Dans le folklore acadien, plusieurs contes mettent en effet en scène un personnage ordinairement appelé Ti-Jean engagé par un roi pour accomplir diverses tâches, en faisant un conte-type AT 1000 à 1029 dans la classification Aarne-Thompson. Dans la version acadienne, le roi remplace le personnage de l'ogre stupide que l'on retrouve dans d'autres cultures. Ti-Jean est aussi le personnage principal du conte « le Fin-Voleur » (conte-type AT 1525), l'un des plus populaires du folklore acadien, dans lequel il accomplit des vols audacieux.

L'auteur affirme s'être inspiré de la des textes d'Honoré Saint-Pierre pour adapter ces contes. Il ne tombe pas dans le pittoresque comme de nombreux autres conteurs et il utilise un langage simple et une écriture neutre, un peu selon Alain Masson, contrastant avec le caractère malicieux du personnage principal. En français acadien, il n'y a pas de négation « ne... pas » à l'oral mais l'auteur l'utilise pourtant car il décide de ne pas recréer le discours oral comme cela se fait souvent dans l'écriture d'un conte. Il fait toutefois usage de superlatifs. Les contes sont écrits au passé simple, courant dans les contes acadiens, et non au passé composé, utilisé habituellement dans les fictions acadiennes de cette époque. Il n'y a pas d'acadianismes, ni d'anglicismes. Alain Masson note toutefois l'usage du mot « piastre » ainsi que « dollar », constituant donc un lapsus.

Le langage simple permet toutefois de valoriser la structure même du conte et de s'approcher des fonctions du personnage théorisées par l'auteur russe Vladimir Propp ; ce dernier a déterminé que tous les contes ont la même structure de base, comprenant sept types de personnages et 31 fonctions correspondant aux découpages du récit. En fait, les contes acadiens sont similaires aux contes européens dans leur structure mais s'en éloignent dans leurs détails.. Daniel Long compare même les contes de Ti-Jean à l'Odyssée. La mer est omniprésente, trait caractéristique de la culture acadienne. Un autre exemple d'influence acadienne du conte est le fait que le roi est toujours un riche fermier. Ti-Jean est un conte merveilleux, tel que le démontrent les machines magiques et le fait que tous les animaux sont dotés de pouvoirs. Ti-Jean n'a pas de pouvoirs, mais il utilise des objets magiques. Les contes s'inspirent de la tradition orale, commençant souvent par un empêchement transgressé, par exemple lorsque Ti-Jean part de son propre gré à l’aventure pour aider un membre de sa famille.

Les contes ne sont pas organisés au hasard mais selon un ordre pédagogique, voire initiatique. L'auteur a recours à la structure traditionnelle par les personnages et la triple répétition des éléments narratifs. Le dernier conte, La Quarantième chambre et les quatre murs, peut faire allusion aux quatre voyages de Ti-Jean, qui compte en fait trois étapes : deux retours chez ses parents, un retour manquant au récit et trois arrivées « à bon port », reprenant ainsi la triple répétition. D'ailleurs, le méchant baron trouve le quatrième mur barbouillé ; le quatrième, dans le recueil, est ainsi différent, marquant la fin du récit.

Toutes les femmes décrites, excepté les sorcières, sont des princesses, et Ti-Jean en séduit plusieurs au cours du récit. Il est plutôt mené par le désir que par l'amour, tel que le démontre sa description de la découverte de la princesse nue dans le dernier conte. Pour lui, les valeurs familiales dépassent tout de même les valeurs amoureuses : il se marie dans le conte Merlin mais a plus de difficulté à obtenir la reconnaissance du roi, figure paternelle, que la main de sa fille. Il déclare même qu'il préfère aller rejoindre ses parents que de se marier. En fait, Ti-Jean est attaché aux valeurs enfantines et a de nombreux scrupules. Il est très attaché aux vieillards, surtout les sorciers et les fées, qui lui font don d'objets magiques.