L'abbaye de Forest-Montiers est une ancienne abbaye de moines bénédictins qui était située sur le territoire de l'actuelle commune de Forest-Montiers dans le département de la Somme en Picardie. Fondée en 640, l'abbaye fut supprimée en 1767, après d'existence.
Histoire Fondation de l'abbaye vignette|gauche|150px|Statue de saint Riquier. « Riquier, habitant de Centule (aujourd'hui Saint-Riquier), avait été converti à la religion chrétienne par deux moines irlandais », dit la chroniqueHariulf d'Oudenbourg, Chronique de l'abbaye de Saint-Riquier. Devenu prêtre puis évêque, il se retira en forêt de Crécy pour vivre dans la solitude et la prièreChronique de saint Riquier.
Sanctae Mariae Foresti Abbatia n'a été d'abord qu'un ermitage Altaria Foresti Celloc où saint Riquier se retira et finit ses joursDictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, Louis Alexandre Expilly, 1764, ., vers 645.
Près de l'ermitage, on construisit, en 640, un monastère, Monasteri Foresti qui devint plus tard une abbaye.
Une rue, dite de Saint-Riquier, aboutit, aujourd'hui encore, en face de l'abbaye.
Saint Wulphy († vers 630 ou 643 ), saint patron de Rue, fut enterré à l'abbaye au . Sa dépouille est ensuite transportée à l'abbaye Saint-Saulve de Montreuil pour être ramenée finalement à Rue.
L'abbaye à l'époque carolingienne L'abbaye, dédiée à Notre-Dame, abritait des moines de l'ordre des Bénédictins. Puissance foncière et politique, elle possédait la plupart des terres du villageFlorentin LeFils, Le Crotoy (réédition), Office d'édition du livre d'histoire, 1994.
En 798, Charlemagne réunit les monastères de Forest-Montiers et Saint-Riquier afin qu'ils ne formassent plus qu'un, régi par un seul abbé, comme cela avait été le cas auparavant.
Trente chanoines étaient présents en 831. Ils possédaient trois riches églises placées sous l'invocation de Marie, saint Pierre et saint RiquierFrançois-César Louandre, Histoire d'Abbeville et du comté du Ponthieu jusqu'en 1789, tome II, Le Livre d'histoire Lorisse, Paris, Monographies des villes et villages de France, reprise de l'édition de 1883, .
Essor de l'abbaye du au À la fin du , Hugues Capet enleva Forest-Montiers aux moines de Centule.
Suivant une bulle du pape Innocent IV, l'abbé de Forest-Montiers avait droit d'absolution sur l'abbé de Saint-Riquier.
Guy de Ponthieu, petit-fils d'Hugues Capet, mort le , fut abbé à Forest-MontiersNotice historique de l'instituteur de Forest-Montiers, 1899, Archives départementales de la Somme, Amiens.
1240 : Raoul, seigneur de Nouvion donna des terres aux moines de Forest-MontiersNicole Petitpont et Denise Bègue, Nouvion au fil du temps, Mairie de Nouvion, imp. Paillart, Abbeville, 2011, 157 p. .
Les moines étaient en possession de toute justice, hormis le rapt, la découverte des trésors et le meurtreFrançois-César Louandre, Histoire d'Abbeville et du comté de Ponthieu jusqu'en 1789, rééd. 1998, Lorisse, reprise de l'édition de 1883, tome 2, ..
1254 : Jeanne de Dammartin, veuve de Ferdinand III, roi de Castille, fit un don à l'abbayeForest-Montiers, village ouvert, document réalisé le 24 août 1985.
À partir de Forest-Montiers, la communauté étendit son domaine sur 52 villages et possédait sept hameaux à une lieue de distance : Retz à coulons, Bernay, Genville, Neuville, Romaine, Bonnelle, le Hamel.
1256 : Les moines de Forest-Montiers, propriétaires de la vicomté de Tourmont en Marquenterre, la cèdèrent au comte du Ponthieu qui leur donna en échange une partie de la forêt de Crécy appelée « les Écanges »Jacques Lengagne, La forêt de Crécy-en-Ponthieu, d'histoire, La Vague verte, Inval-Boiron, 2006, 150 p. , dans le secteur de MachielErnest Prarond, Cartulaire du Ponthieu, tome 2, .. À Saint-Quentin-en-Tourmont existe, aujourd'hui encore, une rue de Forest-Montiers.
En août 1260, Jean, abbé de Forest-Montiers, notifia que les lépreux du Val prendraient de son abbaye deux tènements à la Caloterie qu'ils avaient acquis de Renaud du ValGaëtan de Witasse, Géographie historique du département de la Somme, tome I, 1902, imp. Lafosse et Cie, Abbeville, (Cart. de Montreuil, folio 79).
Jean d'Arrech (Arrest) vendit en 1271, la moitié des terrages d'Arrest aux religieux de Forest-MontiersErnest Prarond, Cartulaire du Ponthieu, .
Les chroniqueurs médiévaux nous parlent du relâchement des moines. En 1463, plusieurs religieux furent condamnés à quatre livres d'amende pour avoir été trouvés .
Les moines étaient des bâtisseurs : ils construisirent l'église d'Estrées-lès-Crécy et celle de Regnière-Écluse.
La proximité de la Somme permit aux moines d'exporter du bois de la forêt de Crécy. Au village de Port, un chantier leur servait d'entrepôt (lieudit actuel « Aux Tilleuls »)Gérard Devismes, Histoires insolites de Picardie maritime, La Vague verte, 2008, ..
La mort d'un prince Charles II d'Orléans se rendait au siège de Boulogne-sur-Mer avec son frère aîné le Dauphin, le futur roi Henri II, au début de septembre 1545. Les circonstances de la mort du duc d’Orléans nous sont connues par une lettre écrite à Amiens par le nonce apostolique le et adressée aux présidents du Concile de Trente :
Charles II d'Orléans fut inhumé à l'abbaye de Forest-Montiers pendant deux ans. Sa dépouille fut ensuite transférée à la basilique Saint-Denis.
Déclin et disparition de l'abbaye ( et ) vignette|150px
En 1519, une cloche est donnée par l'abbaye de Forest-Montiers à l'église Saint-Firmin de Berthaucourt (Saint-Firmin-lès-Crotoy). Le prieur est alors Jacques Broquet. La cloche a été fondue par Jacques de Montfort en 1517Mémoires de la Commission départementale des monuments historiques du Pas-de-Calais, tome 11, 1ère livraison, Arras, Imprimerie Moderne, 7 place du Wetz d'Amain, 1899, Gallica..
Depuis le , l'abbaye était gouvernée par un abbé commendataire comme toutes les abbayes.
En 1646, l'abbaye tomba en ruines : la ferveur des moines était refroidie.
Au temps de Louis XIV, un plan indique l'église abbatiale, non loin de l'église paroissiale..
Au milieu du , le père Ignace (1596-1665) assure que, de son temps, existe encore la cellule que saint Riquier a construite avec l'aide de son disciple Sigobard : « Forest-Monstruel », à cinq lieues de CentuleMs. , , Biblioth. de Lille, Fol. 66, rectoHistoire civile, politique et religieuse de la ville de Rue et du pays du Marquenterre, Florentin Lefils, 1860, R. Housse, Abbeville, p., Gallica.
Au , l'abbé commendataire était Paul de Beaufort. Le revenu des terres, prés, bois, moulin et les dîmes de Crécy, Estrées, Froyelles, Machiel, Machy, Neuilly-l'Hôpital, Vismes, Arrest était de .
En 1730, le nombre de religieux était réduit à cinq. La communauté fut supprimée par décision épiscopale et lettres du Roi en 1767. Les biens de la mense conventuelle furent remis au Collège d'AbbevilleErnest Prarond, Les grandes écoles et le collège d'Abbeville, et 290. Le , les religieux quittèrent l'abbaye pour aller s'installer près de Saint-Quentin.
vignette|gauche|200px|L'ancien logis abbatial. Les biens furent vendus en 1773 à Antoine François de La Pâture, chevalier. Les objets, le mobilier, les vases sacrés, furent partagés entre plusieurs églises. Le dernier abbé fut Mouchet de Villedieu, vicaire de Nevers et maître de l'oratoire du comte d'Artois, le donateur des marais de Forest-Montiers, Ponthoile, Favières.
Le , décès de Jean Baptiste de Valois, 48 ans, ancien receveur du prieuré d'Abbeville, receveur de l'abbatiale de Forest-Montiers, inhumé à Forest-Montiers.
À la Révolution, l'Assemblée nationale déclara les biens de l'Église Bien national. Ce qu'il restait de l'abbaye fut vendu en 1793. La moitié fut achetée par un seul propriétaire, l'autre moitié fut morcelée en plusieurs lots. Propriété de l'abbaye, le moulin de Bernay-en-Ponthieu fut vendu pour en 1791.
Aux environs de 1895, une photographie des restes de l'abbaye de Forest-Montiers est présentée dans une séance du congrès archéologique de France, il y est noté que dans l'abbaye il y aurait « de belles sculptures de bois », sculptées par Pfaffenhoffen.
Vestiges de l'abbaye
En 2013, la ferme de l'abbaye est toujours détenue par les descendants des acquéreurs de 1793. La maison de l'abbé a, depuis la Révolution, plusieurs fois changé de propriétaire.
Liste des abbés
Pour approfondir Bibliographie
Florence Charpentier et Xavier Daugy, Sur le chemin des abbayes de Picardie, histoire des abbayes picardes des origines à nos jours, Amiens, Encrage Edition, 2008
Aline Magnien (sous la direction de), Saint-Riquier - Une grande abbaye bénédictine, Paris, Éditions Picard, 2009 .
Claire Labrecque, La chapelle du Saint-Esprit de Rue, Picardie. Étude historique, architecturale et iconographique d'un monument de la fin du Moyen Âge, thèse de doctorat, Québec, Université Laval (2008), 2 vol.. Les 348 pages de la thèse, mentionnant le passage de Wulphy à Forest-Montiers - Lire en ligne.
Articles connexes
Liste des abbayes, prieurés et monastères en France Liste des abbayes, prieurés et couvents en Picardie Liste d'abbayes bénédictines de France
Liens externes Notes et références Notes
Références
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