thumb|L'Art d'accorder soi-même son piano (1865) Claude Montal, né à Lapalisse (Allier) le et mort à Paris le , est un accordeur et facteur de pianos, aveugle.
L'émancipation et les débuts incertains d'un aveugle surdoué Claude Montal naquit dans une famille modeste de Lapalisse où son père était bourrelierBiographie sur commemoration-claude-montal.fr. À l'âge de quatre ans et demi, victime d'une amaurose dite aussi goutte sereine sur laquelle Charles Deval écrira plus tard un traité, il perd progressivement la vue, des suites d'une fièvre typhoïde. gauche|vignette|Ami de Madame Royale, le vicomte Félix de Conny, sous-préfet de La Palisse en 1816. Gravure de Maurin.|alt= Malgré ce lourd handicap, l'enfant montre d'indéniables capacités intellectuelles, manuelles et musicales qui impressionnent le maître de poste de Droiturier, bourgade située à quelques kilomètres de Lapalisse où les parents s'étaient transportés pour ouvrir une auberge sur la grande route entre Paris et Lyon. Ne voulant pas être une charge financière pour ses modestes parents, l'adolescent Montal avait ouvert dans l'auberge familiale une petite échoppe d'articles de cuir, objets qu'il vendait à son profit auprès des voyageurs, afin de satisfaire à son entretien. Esprit créatif et inventif, en possession de quelques planches de bois et de crin de cheval, il se mit dans l'idée de confectionner un violon muni d'un semblant d'Archet, objet certes très rudimentaire mais d'où il parvint cependant à tirer quelques sons. Client de l'auberge Montal et admiratif des prouesses manuelles et musicales insoupçonnées du jeune aveugle, Claude Noailly notable de la région, riche marchand de blé et maître de poste à Droiturier, le récompensa en lui offrant un violon. L'histoire phénoménale et les avatars politiques nés sous la Terreur de Claude Noailly qui fut accusé d'être un « affameur du peuple », passèrent à la postérité dans un ouvrage au succès international : Histoire d'une Famille noble sous la Terreur d'Alexandrine des Echerolles, descendante de la famille Giraud des Écherolles. gauche|vignette|220x220px|L'Institution royale des aveugles, installée en 1815, dans l'ancien séminaire Saint-Firmin de la rue Victor à Paris. La flèche indique le logement qu'occupa l'abbé Vincent-de-Paul.|alt= À la fin du printemps de 1816, la requête de la famille Montal fut exposée par le sous-préfet de La Palisse Félix de Conny lors d'une audition auprès de Marie-Thérèse Charlotte de France, venue en séjour prendre les eaux à Vichy. Bien qu'ayant dépassé l'âge autorisé pour être pensionnaire, l'année suivante, Claude fut admis à l'Institution royale des aveugles de Paris, institution charitable installée depuis 1815 dans l'ancien et austère séminaire Saint-Firmin, dont la figure emblématique fut Vincent de Paul qui y jeta les premiers fondements de sa congrégation. Cette institution nouvellement dirigée par le docteur Sébastien Guillié, médecin en chef de l'établissement fut par ailleurs ophtalmologiste de la bienveillante Madame Royale.
Montal poursuivit dans l'Institution d'excellentes études aux côtés de son camarade de classe Louis Braille. Quatre ans après son admission, le directeur le fit en 1820, répétiteur d'une classe de grammaire, et bientôt après il professa ensuite dans plusieurs autres disciplines : la géographie, l'arithmétique, l'algèbre, la géométrie, etc. Au début du XIXe, malgré les mérites du système d'enseignement mis au point par Valentin Haüy, les méthodes pédagogiques en usage pour l'instruction des aveugles étaient encore embryonnaires et fort imparfaites, car il restait à trouver une forme d'écriture adaptée à la cécité des non-voyants.
C'est pendant ces années passées à l'institut que Claude Montal prend conscience de la médiocrité des accordeurs intervenant sur les pianos de l'école. Probablement Montal eut-il connaissance à cette époque de l'opuscule publié en 1808 par Pierre Joseph Joubert de La Salette, sur la nouvelle manière d'accorder les forte-pianos, méthode bien approximative cependant. Rapidement il constate l'empirisme, les approximations des professionnels responsables des instruments de l'Institution. Il décide de se consacrer à l'étude de cette science avec son ami Tourasse. Imprégné de théories puisées dans le traité de Dom Bédos de Celles, en 1829, secondé de son ami Tourasse-Maupas, Montal excellent mécanicien, fut chargé par le directeur (le Dr. Pignier) d'examiner le vieil orgue de la chapelle de l'Institution, alors dans un état de délabrement très avancé. Après quelques inouïs travaux de remise en jeu du grand orgue, afin de le récompenser de ce travail accompli avec brio, le conseil de classe délibéra de lui octroyer une somme de , placée sur un livret d'épargne mis à sa disposition à échéance. Bénéficiant de la protection qu'offrait alors l'Institution royale des aveugles où il put mener en toute sérénité ses recherches, l'habileté et la sagacité du jeune acousticien ne manquèrent pas d'attirer fin 1829, l'attention d'un physicien Charles Cagniard de Latour, qui fit appel aux étonnantes capacités de Montal, pourtant encore un parfait inconnu dans le Tout-Paris musical. Le scientifique Latour sollicita les connaissances de Montal, afin d'établir le calcul d'un tempérament juste du diapasonDe l'Unité Tonique et de la Fixation d'un Diapason Universel par Adrien de La Fage . Edition E. Dentu - Paris 1859 - (Montal page 61 - Table des Diapasons) de l'Opéra. Dans un ouvrage particulièrement éclairant, Adrien de La Fage fit allusion de cette première expertise apportée par l'acousticien Montal.
En , à la suite du décès de son fidèle Tourasse-Maupas, Montal prit la décision audacieuse mais hasardeuse de quitter l'Institution. En effet, quelques mois après la révolution de juillet 1830, Claude Montal en quête d'émancipation quitta l'Institution royale des aveugles de la rue Victor, trouvant refuge dans les combles d'une modeste mansarde située au 11 rue Poupée. Peu avant son départ, Montal qui avait souhaité être chargé de l'accord et de l'entretien des pianos de l'Institution reçut une catégorique fin de non-recevoir; l'Institution préférant alors s'en remettre aux services d'accordeurs voyants externes à l'établissement. Dépourvu d'appuis et pensant vivre de son expérience passée de professeur et d'accordeur de pianos, Montal affronta le sibérien hiver de 1830 dans le plus grand dénuement, affamé et mis au ban de la société qui n'avait cure des « prétentions ubuesques » de cet aveugle imprudent.
Totalement désœuvré, ne possédant que quelques maigres économies en poche, Claude Montal fut inscrit le comme grand indigent sur le Livre des Pauvres du Bureau de Charité du arrondissement de l'hôpital des Quinze-Vingts, où il fut assuré d'une salutaire pitance (N° d'admission : 9127) gauche|vignette|Compositeur et professeur de piano au Conservatoire de Paris, Pierre Joseph Guillaume Zimmermann, fut en 1832 l'inconditionnel protecteur de l'accordeur Claude Montal. Malgré sa situation précaire, en 1832 Montal réussit à entrer en relation avec M. LaurentAdolphe François Laurent (1796-1867) fut professeur de piano au Conservatoire de Paris et suppléant de Pierre Joseph Guillaume Zimmermann . Ce professeur de piano initia de nombreux élèves, dont le plus célèbre fut le compositeur Jules Massenet ., professeur de piano au Conservatoire de musique. Celui-ci avait Almanach Royal et National, pour l'An 1831. Conservatoire de Musique et de Déclamation. Professeurs de musique. page 709. Chez A. Guyot et Scribe. 1831 - Almanach des 25000 adresses des principaux habitants de Paris. Année 1832. - Almanach des Artistes Français. Année 1832. Chez Guyot de Fère. 1832chez lui au 10 rue de Chaillot, deux vieux pianos de différentes factures, qu'aucun accordeur n'avait pu jusqu'ici accorder... L'intuitif M. Laurent, voulant sans doute tester les capacités supposées de l'aveugle Montal, lui fit l'offre de répondre à cette mission mécanicienne jugée des plus périlleuses. Montal se proposa d'essayer et après quelques laborieux travaux d'examen, parvint à dompter le mécanisme de ces deux instruments dissemblables et à en ajuster à la perfection le réglage des cordes à l'unisson.
Complètement médusé, Adolphe Laurent présenta Montal comme « le meilleur accordeur de Paris » auprès de MM. Jean-Louis Adam et à Pierre-Joseph-Guillaume Zimmerman alors deux des pédagogues les plus éminents du Conservatoire de musique. Admiratifs de ce travail accompli avec maestria, conforté de leurs unanimes suffrages, l'ancien répétiteur Claude Montal devint Accordeur de pianos agréé auprès du Conservatoire de Paris. Suppléant au Conservatoire de Musique pour les classes de piano de MM. Pierre Zimmermann et de Jean-Louis Adam; cette incroyable rencontre avec Adolphe Laurent, ce « bon maître du piano » professeur tant vénéré plus tard par son plus célèbre élève Jules Massenet, constitua pour l'infortuné Montal, la plus heureuse des providences. Promis comme jeune officier à une brillante carrière militaire qu'il délaissa en 1828 Almanach Royal pour l'An 1828, présenté à leurs Majestés. Chez Guyot & Scribe. Paris 1828pour celle de l'enseignement musical, François Adolphe Laurent François-Adolphe Laurent fut fait Chevalier de la Légion d'Honneur, le 10 Juin 1837. (Annuaire Impérial de la Légion d'Honneur. 1852)fut un homme habité d'une grande intelligence et affabilité. premier prix de piano à l'Ecole royale de musique sous Louis XVIII, il se maria en Janvier 1825 à l'une des deux filles du docteur Louis-Urbain Canuet, membre de l'Académie nationale de médecine, médecin en chef de l'Institution royale de Sainte-Perinne (hôpital Sainte-Périne). Ce médecin républicain (1771-1842) qui voua sa vie au service de l'action humanitaire au service des plus pauvres se fit particulièrement remarquer lors de la sanglante guerre de Vendée, où prisonnier Gaston Blandin, Médecine et médecins pendant la guerre de Vendrée : 1793-1796. Edition du Choletais 1990. -- Mémoires de Madame de Genlis. 1825 - de François-Joseph Westermann et comme chirurgien, il fut contraint de sauver la vie de son opposant royaliste le marquis Louis de Salgues de Lescure. Voici tiré des Mémoires de Madame de Genlis, qui avait alors trouvé refuge dans la maison de santé du docteur Canuet, quel fut le portrait succinct mais flatteur que dressa cette femme d'esprit du jeune Adolphe Laurent, le sauveur miraculeux de l'aveugle Montal, homme d'une rare probité :
Au domicile du déconcertant docteur Canuet Nommé Chevalier de la Légion d'Honneur, le 7 Mars 1831.et de son gendre Adolphe Laurent, les deux vieux pianos ré-accordés à merveille par l'accordeur aveugle Montal, durent laisser incontestablement une grande impression auprès des pensionnaires de l'Institution Sainte-Perrine, lesquelles enchantées s'exercèrent à souhait sur ces deux pianos inespérément ressuscités.
1833 : fondateur du premier cours d'accord de pianos au monde. Rompu aux inlassables travaux de recherches en ingénierie mécanique et en acoustique passés sur les instruments à cordes de l'Institution, Montal devint un technicien hors pair dans sa spécialité. Bravant les puissants préjugés ressentis dans la société à l'encontre des aveugles, Montal, fortement encouragé par certains professeurs du Conservatoire, ouvrit le un cours public d'accord de pianos, donné à l'usage des instrumentistes. Placé sous l'égide du Conservatoire de musique, l'ouverture de ce cours inédit fut donné dans les salons du facteur Wetzels, audition qui suscita dans l'opinion publique la plus grande des curiosités. Si comme tout un chacun M. Montal ne put jouir de l'usage de la vue, il posséda en revanche un toucher et une ouïe étonnement remarquables. Bien que perplexes, plusieurs journaux se risquèrent néanmoins à publier des annonces pour la tenue de ce cours. Dans l'un d'entre eux, on pouvait lire :