thumb|250px|right|Côté chilien du principal col entre l'Argentine et le Chili

Operación Soberanía ou Operativo afianzamiento de la soberanía (littéralement ou ) est le nom de code du plan de d'invasion du Chili que la junte militaire argentine voulut mettre à exécution dans les derniers jours du mois de , mais qui fut suspendu au dernier moment par l'intervention du pape Jean-Paul II.

Pour trouver une solution au conflit de souveraineté sur les îles et les droits maritimes dans la zone du canal Beagle, l'Argentine et le Chili s'accordent en 1971 à recourir à l'arbitrage du gouvernement du Royaume-Uni, arbitre désigné formellement dans le Tratado General de Arbitraje du , mais qui ne pouvait seulement qu'accepter ou rejeter l'échec d'un tribunal nommé d'un commun accord entre les deux pays. En se basant sur le droit international, les juges rendirent leur sentence le attribuant les îles Picton, Nueva et Lennox au Chili. En 1978, le gouvernement argentin déclare nulle la et ordonne la mobilisation de son armée pour obliger le Chili à laisser ce jugement de côté et à négocier une solution au conflit qui soit plus favorable à l'Argentine. Ne parvenant pas à atteindre ces objectifs par la voie de la négociation, l'Argentine planifie une guerre d'agression contre le Chili Diario Clarín de Buenos Aires, journal argentin, 20 décembre 1998. Diario Clarín de Buenos Aires du 20 décembre 1998., Diario La Nación de Buenos Aires du 12 août 1996 Luis Alberto Romero, The agression against Chile…Argentina in the twentieth Century o Breve Historia Contemporánea de la Argentina, Pennsylvania State University Press o Fondo de Cultura Económica, 1994, de la version anglaise, Pacho O'Donnell, Se necesita una guerra dans Historias Argentinas, , Buenos Aires, Sudamérica, 2006, , Diario Clarín. Déclarations de Pio Laghi, nonce apostolique en en 1978. Diario La Nación de Argentina du 21 décembre 2003. Avertissement de Bob Pastor, assesseur pour les affaires inter-américaines des États-Unis, à la junte militaire argentine. Diario Río Negro du lundi 5 septembre 2005. Comentaire En su lógica. Diario La Tercera. Entretien avec Sergio Onofre Jarpa, ambassadeur de Chili en Argentine. |« Cartas desde el abismo », Diario Clarín du dimanche 20 décembre 1998. Diario Clarín du dimanche 20 décembre 1998. Déclarations du général Reynaldo Bignone. Déclarations d'Augusto Pinochet à María Eugenia Oyarzún dans Augusto Pinochet : Diálogos con su historia, Editorial Sudamericana, Santiago du Chili, 1999, .

La situation chilienne paraît alors délicate. Face à un pays dont la population était presque trois fois plus importante, avec un revenu par tête plus important et une position géographique plus avantageuse, le Chili devait en outre faire face à un embargo sur la vente d'armes, de la part de ses pourvoyeurs traditionnels – les États-Unis et les pays d'Europe occidentale – à la suite des violations des Droits de l'homme commises par le régime militaire d'Augusto Pinochet, ce qui compliquait encore la défense de son territoire.

L'état des forces militaires en présence À la suite de l'assassinat d'Orlando Letelier, les États-Unis décrètent un embargo sur les armes contre le Chili, le Kennedy Amendment, aggravé par la suite par le International Security Assistance and Arms Export Control Act of 1976 (par la suite, cet Amendment sera également appliqué à l'Argentine). Ainsi, l'Allemagne fédérale se refusait désormais de vendre des armes au Chili : l'hebdomadaire allemand Der Spiegel en page 31 de son édition du dans un article consacré à la politique officielle en matière de ventes d'armes disait :

L'Autriche refuse alors également de vendre des armes au Chili cité dans Andrés Cisneros, Carlos Escudé, Historia general de las Relaciones Exteriores de la República Argentina. Alors que dans le même temps, aussi bien l'Autriche que l'Allemagne vendent des armes à l'Argentine sans restrictions particulières. Les États-Unis maintenaient également de bonnes relations avec l'Argentine en remerciement de sa coopération dans la lutte contre les guérillas en Amérique centraleDiario Clarín de Buenos Aires du 24 mars 2006. Les secrets de la guerre sale continentale de la dictature..

Plusieurs pays européens continueront à vendre des armes à l'Argentine pendant la phase la plus dangereuse du conflit. En , lorsque la menace d'une guerre était évidente, les chantiers navals allemands Blohm + Voss acceptèrent de construire pour Argentine quatre destroyers. et, la même année, la France vend et livre deux corvettes de avec des missiles Exocet, baptisées Good Hope et Transvaal, construites à l'origine pour le gouvernement sud-africain qui n'avaient pas pu être livrées en raison de l'embargo décrété par l'ONU contre ce pays. Ces deux corvettes sont renommées par l'Argentine, et .

Pour autant, cette différence quantitative en matière d'armement était atténuée par certains facteurs tels que : Le fait que la défense d'un territoire implique moins de risques que l'attaqueIl s'agit de l'une des règles de base de la stratégie militaire. Par exemple, dans L'Art de la guerre, le stratège chinois Sun Tzu signale en diverses occasions les avantages dont dispose le défenseur par rapport à l'attaquant. ; Les interventions continues des forces armées argentines en politique depuis les années 1930 avaient réduit de manière conséquente ses capacités professionnelles dans du 21 de diciembre de 2001. Entretien avec le général Balza., alors qu'à l'inverse, le Chili possédait l'avantage d'avoir des forces de défense professionnelles et était doté de lignes de logistique et de communication de qualité cité dans Kristina Mani, Democratization and Strategic Thinking : What the Militaries in Argentina and Chile Learned in the 1990s, Columbia University Press, cité dans Michael A. Morris, The Strait of Magellan, Clemson University, Caroline du Sud, Martinus Nijhoff Publishers, Karl Hernekamp, Der argentinisch-chilenisch Grenzstreit am Beagle-Kanal, (traduction : Par ailleurs, un autre facteur jouait en faveur du Chili, de l'avis général des experts militaires, l'aptitude au combat supérieure de ses forces armées.)Le professionnalisme des forces armées chiliennes impressionna positivement les observateurs étrangers. Le 5 novembre 1900, c'est-à-dire 78 ans auparavant, alors que la situation de tension était similaire, Julio de Arellano, ministre plénipotentiaire de l'Espagne à Buenos Aires informait son gouvernement sur le risque d'une guerre entre le Chili et l'Argentine. Il disait alors : . Traduction : (voir Pedro Santos Martínez, Documentos Diplomáticos sobre historia argentina, 1850-1954), tome V : 1890-1909. Centro de Estudios e Investigaciones Históricas “Cuyo”, Mendoza, 2002, , , document L'armée attaquante devait traverser la cordillère en passant par des passages connus par les défenseurs et ces derniers pouvaient choisir le terrain sur lequel les affrontements auraient lieuDe fait, une des raisons avancées par Alejandro Luis Corbacho, Predicting the probability of war during brinkmanship crisis : The Beagle and the Malvinas conflicts () :

Traduction : Le journal Clarín expliquera quelques années plus tard qu'une telle prudence s'expliquait, en partie, par des raisons militaires. Afin de s'assurer la victoire, certains objectifs devaient être atteints moins de sept jours après le début de l'attaque. Certains responsable militaires [argentins] considéraient que ces objectifs ne pourraient être atteints en raison des difficultés posées par le transport à travers les passages andins….

S'il était évident que l'Argentine possédait davantage de matériel de guerre et des forces plus nombreuses, le rapport de force était inférieur à 3 contre 1, de plus un grand nombre de soldats argentins étaient inexpérimentésSe reporter aux déclarations du général britannique Jeremy Moore, Chile y su participación en las Malvinas de Informe Especial de TVN. Consultables du Youtube (Partie 5 sur 7) ce qui, en résumé, amoindrissait considérablement ses chances de victoire.

D'après le , la déroute eut comme cause la suprématie matérielle et organisationnelle de l'ennemi, mais également des erreurs et tergiversations internes des forces armées argentines et des dirigeants politiques de la République d'ArgentineParmi les critiques, le rapport mentionne la politisation de l'organisation du front (§767), l'incapacité des officiers chargés des opérations (§779), le manque d'appréciation correcte et globale du conflit (§760), la non-application des normes essentielles de planification (§764), le rejet du compromis chez les officiers supérieurs (§782), entre autres. Il est à noter qu'aucune de ces critiques ne suppose une comparaison entre les forces qui s'affrontèrent, elles portent toutes sur les failles internes aux forces armées et au gouvernement argentin. Par exemple, malgré les de $ dépensés par la junte militaire argentine entre 1979 et 1981 (voir Sabrina Melidoni) aussi bien le porte-avions (voir le rapport de l'amiral Harry Trent, de l'US Navy sur ) que des quatre sous-marins de la Marine argentine n'étaient pas opérationnels. le porte-avions était incapable de lancer ses avions et parmi les sous-marins, le seul affecté aux missions d'attaque, le , n'était pas en mesure d'envoyer des torpilles..

Selon Raúl Héctor Castro, ambassadeur des États-Unis à Buenos Aires en 1978, les officiers supérieurs argentins considéraient que la guerre serait facile à remporter : Voir l'entretien avec Raúl Castro dans Clarín de Buenos Aires du 20 décembre 1998 (en ).

Augusto Pinochet, au contraire, prévoyait une guerre longue et d'usure : Entretiens avec la journaliste María eugenia Oyarzún dans Augusto Pinochet, diálogos con su historia, 1999 (en ).

Le plan d'action thumb|100px|Organisation militaire de l'Argentine entre 1975 et 1983, chaque zone correspond à un Corps d'armée. Il n'existe ni déclarations ni documents officiels argentins sur l'existence de lOperativo Soberanía ; pourtant, la quantité de témoignages à tous les niveaux de la société argentine est telle, que l'existence de cette opération ne peut être mise en doute. Néanmoins, il est difficile d'établir les conditions, fins et moyens prévus par ces concepteurs à partir des expériences personnelles de ses protagonistes.

L'attaque devait être précédée par une plainte argentine fallacieuse devant le Conseil de sécurité des Nations unies de l'occupation militaire des îles situées au sud du canal Beagle par le Chili.

Les Forces armées argentines débarqueraient sur ces îles et, dans l'hypothèse où les forces d'élite chilienne qui étaient chargées de leur protection, offraient une résistance, une invasion du territoire continental du Chili serait déclenchée, en cherchant le long de la frontière le point qui offrirait le moins de résistance, l'objectif étant de couper le pays en deux pour contraindre le Chili à accepter les conditions argentines.

Dans la nuit du 21 au , après plus de vingt jours passés en haute mer et après avoir reporté au moins une fois le début des hostilités, les navires argentins chargés de troupes et de matériel de débarquement se mettent en route vers la zone de conflit pour déclencher l'opération amphibie et établir la souveraineté argentine sur ces îles.

Dans « La estrategia nacional y militar que planificó Argentina, en el marco de una estrategia total, para enfrentar el conflicto con Chile el año 1978 », Rubén Madrid Murúa signale que lOperativo Soberanía fut élaborée par l’État-major conjoint des Forces Armées argentines sous le nom de Planeamiento Conjunto de Operaciones Previstas contra Chile.

Le concept stratégique du plan, dont le but était d'atteindre l'objectif politique de s'approprier les îles situées au sud du canal du Beagle, était basé sur deux hypothèses : Que le Chili se rendrait rapidement après le début des opérations militaires en préparation ; et