Les États-Unis se sont constituées par l'arrivée de plusieurs vagues d'immigration à différentes périodes historiques. Depuis la traversée de l'Atlantique en 1492 par Christophe Colomb, et l'arrivée des premiers Espagnols en Amérique, les vagues d'immigration, plus ou moins importantes, se sont succédé en Amérique du nord. Les premiers migrants, qualifiés de colons, provenaient essentiellement d'Europe (Anglais, Allemands, Français, Hollandais, Polonais et Irlandais) et étaient pour la plupart des paysans, attirés par la promesse de terres bon marché (Homestead Act de 1864), de meilleures conditions de vie et d'opportunités multiples. Parmi les colons figuraient des membres de nombreuses minorités religieuses, fuyant des persécutions en Europe.
Après la déclaration d'indépendance de 1776, les États-Unis ont construit leur propre politique migratoire, au départ très ouverte. Le droit à la « poursuite du bonheur » figurait même dans la Déclaration d'indépendance. Ce droit fonde en partie le « rêve américain », héritage de l'esprit pionnier, qui est l'idée selon laquelle n'importe quelle personne vivant aux États-Unis peut, par son courage et sa détermination, réussir à partir de rien et devenir prospère.
L'immigration de 1820 à 1900
Le début d'un contrôle de l'immigration.
Les premiers contrôles des immigrés commencent dans les années 1820 avec la mise en pratique d’une loi de 1819. Celle-ci imposait aux capitaines des navires débarquant sur la côte atlantique de fournir une liste mentionnant les noms, âges, professions, genre et pays d’origine de tous les passagers. Ces premiers registres constituent le point de départ d'un recensement à plus grande échelle des immigrants. Le référencement des immigrants s’institutionnalise à partir de 1867.vignette|La statue de la liberté sur Liberty IslandEntre 1855 et 1892 la plupart des immigrants, arrivant à New York, sont accueillis à Castle Garden qui fut, pendant cette période, le premier centre officiel d'accueil des immigrants. Mais à partir de 1892, pour des raisons sanitaires et logistiques, c'est à Ellis Island qu'on les accueille. Ainsi l'île accueillera environ 12 millions de personnes, essentiellement des Européens, entre le et le . La première immigrante a y transiter se nommait Annie Moore, une jeune fille de 15 ans venant de comté de Cork en Irlande pour rejoindre, avec ses deux frères, Anthony et Philip, leurs parents venus à New York deux ans auparavant. Elle a été accueillie par les officiels et une pièce d'or de . La dernière personne à passer sur l’île fut un marchand norvégien du nom d’Arne Pettersen.
Les personnes présentant des signes de maladies étaient renvoyées chez elles ou étaient gardées à l’hôpital de l’île pour une longue période, pour éviter la contamination. Les immigrants devaient aussi répondre à une série de 29 questions portant entre autres sur leur nom, leur métier et la quantité d’argent qu'ils avaient sur eux. Généralement ils étaient acceptés et ne passaient que 3 à 5 heures sur l’île. Mais environ 2 % furent renvoyés chez eux à cause de leur santé ou de leur passé criminel. Ils surnommèrent l’île « The Island of Tears » (l’île aux pleurs) ou « Heartbreak Island » (l’île des cœurs brisés).
C'est à cette époque, le , que le président américain James Monroe prononce un discours à l'intention des Européens. Celui-ci devint en 1854 la "doctrine Monroe" qui fixa la diplomatie des États-Unis durant le et le début du . Ce discours définissait trois principes; le premier affirme que le continent américain est libre et ne devra subir aucune tentative de colonisation de la part de l'Europe. Le second que toute intervention des Européens sur le sol américain serait considérée comme une manifestation inamicale à l'égard des États-Unis et le dernier affirme que toute intervention américaine dans les affaires européennes était exclue, puisque les Européens ne pouvaient intervenir en Amérique.
Le est voté le premier Immigration Act qui impose une taxe de par immigrants. L'argent récolté devait servir à payer les frais de régularisation de l'immigrant. Cette loi a aussi donné le pouvoir aux autorités de refuser l'entrée aux personnes jugées indésirables et marginalisées, comme considérées comme des "fous", des "idiots", des "criminels" et ainsi que les personnes qui étaient considérées comme susceptibles de devenir des "charges publiques". Ce taxe a aussi servi à la rémunération des agents de l'immigration et à financer les organismes fédéraux indépendants d'immigration.
Cette loi est complétée par celle de 1891 qui établit définitivement la supervision fédérale de l'immigration et renforce les dispositifs relatifs à l'exclusion des personnes jugées "indésirables".
Principaux facteurs d'immigration dans les années 1820 à 1900
Les années 1840 sont la période de la conquête de l’ouest où le gouvernement américain poursuit une politique expansionniste. Le peuple américain qui se croit investi d’une mission divine « destinée manifeste » et s’approprie les terres de l’ouest. Cette période est caractérisée par nombreux conflits et violences envers les américains natifs, largement perpétuées par l'Armée américaine, qui peut être qualifiée d'ethnocide voire de génocide selon certains auteurs. Cette colonisation de l'ouest est favorisée par la création de chemins de fer transcontinentaux dont le premier est inauguré en 1869 et le l'Homestead Act signé par le président Abraham Lincoln le . Elle permet à chaque famille pouvant justifier qu'elle occupe un terrain depuis 5 ans d'en revendiquer la propriété privée, dans la limite de 160 acres (soit 65 hectares). Si la famille y vit depuis au moins 6 mois, elle peut aussi décider d'acheter le terrain au prix relativement faible de par acre (soit pour ).
En 1849 la Californie connait une ruée vers l’or de très grande ampleur, ce qui attire des populations du monde entier. Cet épisode transforme radicalement la Californie en provoquant une forte croissance démographique et l’apparition de villes en quelques mois. Les niveaux de criminalité dans ces villes nouvelles sont alors très élevés, jusqu'à ce que le maintien de la loi y soit instauré.
Politiques anti-migratoires et discriminatoires 1860-1900
A partir de 1860 commence une phase d'immigration de masse. Des voix s'élèvent alors contre ces vagues qualifiées de « massives et incontrôlées". Ainsi après la guerre de Sécession (1861-1865) l'origine des migrants se diversifie, principalement originaires d'Europe du Nord et de l'Ouest, de nouveaux viennent du Sud et de l'Est ainsi que d'Asie. Ces derniers n'ont aucune famille déjà sur place et essuient les premières politiques hostiles aux immigrants. Ainsi en 1882 est votée la Chinese Exclusion Act, qui supprime le traité de Burlingame signé en 1868 qui autorisait les travailleurs chinois à immigrer aux États-Unis pour venir travailler, notamment sur les chantiers des chemins de fer reliant l'Ouest et l'Est du pays. Donc pendant dix ans à partir de 1882, le gouvernement américain a décidé de suspendre l'immigration des ressortissants chinois. Cette loi fut votée malgré le veto du président à cause des travailleurs californiens qui accusaient les Chinois de leur voler leur travail. Plus tard elle fut élargie aux Japonais.
Cette loi est renforcée en 1892 par le Geary Act qui renouvelait la précédente loi et exigeait que tous les résidents chinois des États-Unis portent sur eux un permis de séjour ou "certificat de résidence" sous peine d'être déporté ou condamné à un an de travaux forcés. De plus les Chinois n'avaient plus le droit de témoigner en cours de justice et ne pouvaient pas être libérés sous caution selon les règles de l'habeas corpus. Cette loi fut renouvelée en 1902 sans date d'expiration, puis abrogée en 1943 par le vote de la loi Magnuson.
C'est à cette époque que la statue de la liberté, offerte en 1886 par la France aux États-Unis pour célébrer le centenaire de la déclaration d'indépendance américaine, devient un symbole fort pour les migrants arrivant aux États-Unis. Inaugurée le , cette statue fut créée par Auguste Bartholdi, un architecte français qui fit appel à l'ingénieur Gustave Eiffel pour décider de la structure interne de la statue. En plus d'être un monument important de la ville de New York, elle est devenue un symbole des États-Unis en représentant la liberté et l'émancipation vis-à-vis de l'oppression. Située sur l'île de Liberty Island à l'embouchure de l'Hudson près d'Ellis Island, elle fut pour beaucoup de migrants leur première vision de l'Amérique. Le elle entre dans le "National Historic Landmarks" et en 1984 dans le patrimoine mondial de l'UNESCO.
Politiques migratoires de 1900 à 1965
Avant et pendant la Première Guerre mondiale
Peu après 1891 les États-Unis voient une courte période de dépression industrielle et beaucoup de personnes cherchent alors à obtenir une législation plus restrictive exigeant un "test d'alphabétisation". Une telle mesure a en effet été adoptée par le Congrès en 1896, mais elle a cependant été refusée par le président Grover Cleveland. Ce véto fut bientôt justifié par le retour de la prospérité qui s'accompagna d'une recrudescence de la demande de main d'œuvre. Ainsi en 1896, l'industrialisation des États-Unis attire de plus en plus d'immigrants. Cette vague d'arrivants qui s'étend de plus ou moins 1900 à 1920, est la plus forte de toute l'histoire des États-Unis. Elle est estimée à plus de 14,5 millions de personnes, dont immigrants en 1907 qui fut l'année record à Ellis Island.
La même année, une nouvelle loi sur l'immigration remet à jour celle de 1882 et de 1891. Elle augmente la taxe d'entrée sur le territoire et passe de à et les "imbéciles, personnes faibles d'esprit, les enfants de moins de 17 ans non accompagnés et les personnes présentant après examen des problèmes mentaux ou physiques qui nuiraient à leur capacité de gagner leur vie" sont ajoutés à la liste des exclus. Une version plus sévère qui prévoyait d'exclure tout homme n'ayant pas initialement et toute femme n'ayant pas a été retirée avant son adoption par le congrès. Cela révèle le début d'une politique nativiste qui vise à restreindre et surtout sélectionner les immigrants. Elle est cependant modulée par leurs opposants.
En 1917 est cependant votée une nouvelle loi qui abroge et remplace lImmigration Act de 1891, Celle-ci impose le test d'alphabétisation, initialement rejeté en 1891, à toute nouvelle personne qui souhaite s'installer aux États-Unis. Cette nouvelle mesure interdit surtout l'entrée sur le territoire américain des personnes jugées indésirables comme les déficients mentaux et moteurs, les alcooliques, les toxicomanes, les personnes polygames, mais aussi les anarchistes ou les opposants politiques. En effet dans le cadre de la Première Guerre mondiale, le nombre de réfugiés est en augmentation et les États-Unis cherchent à éviter tout risque de guerre dans leur pays. Or l’arrivée de réfugiés politiques des deux camps pouvait amener le pays à une guerre civile. Ainsi les États-Unis voient arriver entre 2,5 et 3 millions de Juifs durant cette période.
Ce document est surnommé "Barred Zone Act" car il réglemente encore plus l'immigration asiatique, renforçant le Chinese Exclusion Act et le Japanese Exclusion Act voté en 1908.
L'entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale
Renforcement de l’isolationnisme
C'est dans ces années que la politique américaine sur l'immigration se radicalise. Ce ne sont plus seulement les nativistes et les conservateurs radicaux, mais l'opinion publique elle-même qui demande de plus fortes restrictions. Ce changement n'est pas dû à un contexte économique à la baisse, car après la Première Guerre mondiale la tendance générale est à la prospérité. Mais c'est plutôt dû aux théories raciales qui se développent à cette époque.