Pierre de La Lande de Calan, né le à Paris et mort le à Louveciennes, est un haut-fonctionnaire, syndicaliste patronal, chef d'entreprise, économiste et écrivain français.
Biographie Jeunesse et études Pierre de Calan naît le à ParisÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970. Il est issu d'une ancienne famille bretonne de la noblesse. Il est le fils du vicomte Jean de La Lande de Calan, cadre administratif, et d’Élisabeth Barbier de La Serre, fille d'un conseiller référendaire à la Cour des comptes, qui se sont mariés en 1905Les Modes, octobre 1905, Le Journal, 7 août 1905. Il est un descendant de Louis René Villermé.
Il épouse en à Paris Madeleine de Frondeville (1/01/1914 - 8/12/2017), fille du marquis de Frondeville. Ses deux témoins sont deux de ses oncles, le comte Pierre de La Lande de Calan, conseiller référendaire à la Cour des comptes, et Louis de La Serre, ingénieur honoraire des eaux et forêts.Le Figaro, 17 juin 1936. Il est le grand-père maternel de François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France de 2015 à 2026.
Il effectue des études secondaires à Sainte-Croix de Neuilly, où il obtient son baccalauréat en 1928Annuaire de Sainte-Croix de Neuilly, édition 1982, promotion 1928.. Il est diplômé de l'École libre des sciences politiques en 1932. Il obtient deux ans plus tard un DES en droit public et en économie politique. Il est reçu en 1936 au concours de l'Inspection générale des finances.
Parcours professionnel
Haute fonction publique Capitaine d'infanterie, prisonnier de guerre, il est officier de la Légion d'honneur et décoré de la croix de guerre 1939-1945. Sous l'Occupation, il est un temps conseiller technique de Jean Berthelot, puis en 1942 chefcomposition du cabinet de Bichelonne en 1942 ( Informations générales, BNF/gallica ) puis directeur de cabinet de Jean Bichelonne, ce qui lui vaut d'être décoré de la francisqueAnnie Lacroix-Riz, Le choix de la défaite, Armand Colin, 2005, : francisque de juillet 1942, avec pour premier parrain Bichelonne.. Il est arrêté par les Allemands en , mais relâché au bout de deux joursRaphael Spina, Histoire du STO.
Il est directeur du commerce intérieur au ministère de la production industrielle puis de l'industrie d' à 1950cf sa nomination dans les Informations générales de Vichy ( BNF/gallica ).
Parcours syndicaliste et patronal Il quitte l'administration en 1950 pour devenir vice-président délégué du syndicat général de l'industrie cotonnière français, jusqu'en 1964Dernière conférence de presse en juin, au cours de laquelle il présente son successeur, qui n'est autre que son beau-frère, Guy de Frondeville ( cf. biographie dans annales.org ), et se penche sur son passé: Le Monde, 25/6/1964. Administrateur de sociétésCompagnie française de prospection sismique, Société industrielle de cellulose d'Alizay, éditions de Montsouris en 1965: Le Monde, 24/12/1965, "M. Pierre Beytout devient P-DG des éditions de Montsouris", il est aussi administrateur puis président de la banque cotonnière. Il est ensuite vice-PDG en puis P-DG en septembre de la même année d'une entreprise du secteur de la mécanique lourde, la société française de constructions Babcock et WilcoxLe Monde, 3/9/1965, "M. Pierre de Calan devient président de la société Babcock et Wilcox", ainsi que de Babcock-Atlantique Filiale conjointe fondée en 1967 de la société française de constructions Babcock et Wilcox et des Chantiers de l'Atlantique: Le Monde, 15 septembre 1967, "Babcock et Wilcox, les Chantiers de l'Atlantique et Fives Lille-Cail regroupent une partie de leurs activités" et Babcock-FivesLe Monde, 7 février 1970, jusqu'en 1973Le Monde, 22 mai 1973, "La fusion de Babcock et de Fives, les risques du métier de chef d'entreprise". Il préside ensuite la Barclays Bank SA, filiale française de la banque britannique Barclays, de 1974 à 1982Le Monde, 2 juin 1982.
Président du groupement de la mécanique lourde, de 1969 à 1974, vice-président de la Fédération des industries mécaniques et transformatrices des métaux de 1972Le Monde, 26 septembre 1972 à 1975, il est président de la commission des structures, président de la commission des échanges avec l'outre-mer, membre du bureau en 1968Le Monde, "Treize nouvelles personnalités entrent au bureau du CNPF", 11/7/1968 puis vice-président du Conseil national du patronat français de 1972 à 1975. Il a toutefois échoué en 1972 à se faire élire président du CNPFLe Nouvel observateur, 10/1/1972, Le Monde, 10/5/2005, Le Monde, 30/9/1972.
Il est aussi président de la commission économique internationale et vice-président de la section française de la Ligue européenne de coopération économique, et président en 1976 de Rexeco (Centre de recherche pour l'expansion de l'économie).
C'est un patron catholique, adhérent du Centre français du patronat chrétienDictionnaire historique des patrons français, p. 1017, Conférence aux journées chrétiennes de la fonction publique en 1954 ( Le Monde, 25/10/1954..
Un intellectuel engagé dans les débats du temps Économiste libéral et catholique, auteur d'essais remarqués, il s'engage dans les débats sur la réforme de l'entreprise, avec son essai de 1963 Renaissance des libertés économiques et sociales, prenant le contre-pied de son ancien collègue de l'inspection des finances François Bloch-Lainé, qui publie la même année Pour une réforme de l'entrepriseCf. Delphine Dulong, Moderniser la politique, L'Harmattan, 1998, . P. de Calan a auparavant publié un article dans la revue des Jésuites Etudes sur l'Etat et la nation en 1950: article de Calan dans Etudes, janvier-mars 1950. Il est alors le porte-parole d'un groupe patronal et néolibéral animé par Henri Fayol, président de la commission des prix du Conseil national du patronat français (CNPF)Fayol est aussi l'un des adjoints de Marcel Boussac. Son équipe, réunie à partir de décembre 1960, est composée de Louis Jullian, Ernest Lemaire-Audoire (président du syndicat des mandataires à la viande en gros des viandes et président de la commission d'études des questions agricoles du CNPF), Jean Louis (P-DG de la société française des constructions Babcock et Wilcox jusqu'en 1965), Georges Matheron (qui succède à Fayol à la présidence du CNOF en 1970), René Terrel (conseiller à la cour des comptes jusqu'en 1962, puis délégué général de la chambre syndicale de la sidérurgie française) et François Piketty (président de la commission de la Sécurité sociale du CNPF): préface de Fayol à Renaissance des libertés économiques et sociales, L'Informateur des chefs d'entreprise libres, 15/3/1964: conférence de Fayol à la société française de géographie économique, H. Fayol, « Liberté ou collectivisme », La Revue des deux mondes, février 1964.. Calan affirme 20 ans plus tard qu’à la publication de son texte, « la crainte de déplaire à l’Élysée – où l’on disait le général de Gaulle séduit par les propositions de Bloch-Lainé, se révéla si puissante que le comportement du patronat officiel ressembla fort à un désaveu de paternité ». Il note aussi que les jeunes patrons du CDJ « s’interrogeaient avec une âpre complaisance sur la légitimité de leur pouvoir » et souligne « le pharisaïsme de la mauvaise conscience » dans les salons parisiens, et « la tyrannie intellectuelle d’une gauche marxisante ». L’esprit de l’époque était à l’acceptation de « la mainmise croissante de l’État » et de « la pénétration toujours plus profonde et plus étendue de la bureaucratie dans la vie quotidienne des individus, des familles, des entreprises »La Revue des deux mondes, Pierre de Calan, « Vingt ans après ». En 1963, dans une conférence au Centre d'études politiques et civiques, il soulignait déjà « l’enthousiasme délirant » ou la résignation de certains milieux patronaux ou ecclésiastiques. Il y réaffirmait la conception traditionnelle de l’autorité patronale, fondée sur la propriété privée du capital, condamnait la « démocratisation » du « gouvernement » de l’entreprise. Et dénigrait le « mécanisme » du dirigisme administratif à l’œuvre depuis 1939, qui prend des « formes nouvelles et plus graves aujourd’hui », agitant la menace d’un État collectivisteLes Cahiers du CEPEC, n° 24, 1964, « Renaissance des libertés économiques et sociales » : texte de l'exposé fait au 34e diner d'information du CEPEC, le 19 décembre 1963. Cela n’a été pour lui que l’une des 80 conférences ou tables rondes qu’il fit dans les mois suivants la parution de son essai. Telle la table ronde organisée par La vie française en octobre 1963, avec Bloch-Lainé, Arnaud de Vogüé (patron de Saint-Gobain), Jean Boissonnat, le président de la CFTC et Louis Salleron, du CEPEC ( La Vie française, 25-10-1963, n° 961). Ou son interventions à un déjeuner-débat de l'Alliance démocratique (France) en 1964 ( Le Monde, 17 avril 1964. Fayol assiste à la conférence de Calan donnée au CEPEC. Fayol, Calan et Laederich ont auparavant discuté au sein du CRC en 1962 : Jean-François Colas, Patronat et réseaux d'influence : l'exemple de Georges-René Laederich, ou les ambiguïtés du néolibéralisme chrétien, dans Collectif, Histoire de l'Europe libérale, Libéraux et libéralisme en Europe, - siècle, Nouveau monde éditions, 2016, .
On lui attribue faussement la rédaction de la charte libérale du CNPF du , qui réclame une diminution des interventions publiques et valorise l'économie de marchécf. Dictionnaire historique des patrons français, p. 1017 et 1221, François Denord, Néolibéralisme version française, Demopolis, 2007, , De Gaulle: une ambition sociale foudroyée, Le Tiers livre, 2009, , Le Nouvel observateur, 21 janvier 1965, Le Monde, 16 avril 1965: il déclare au congrès de la Fédération nationale des étudiants de France : .. Il est en tout cas l'un des patrons qui ont milité au sein de la commission économique du CNPF pour cette charteTémoignage postérieur de François Ceyrac, p. 9 (Selon le témoignage ultérieur de François Ceyrac, les inspirateurs de cette charte étaient composés de membres de la commission économique générale du CNPF, dont Calan et le patron de Citroën, Pierre Bercot ; appuyés par le président de la Fédération de la mécanique et par Ambroise Roux, pour mettre en valeur la notion de profit : « François Ceyrac, le patron du social » (en ligne) dans « Gérer et comprendre », Les Annales des Mines, juin 2004, n° 76, p. 10., Dictionnaire historique des patrons français, p. 955. Cette charte a été « vite oubliée » selon Pierre de Calan, du fait notamment de la fraction du patronat « obsédée par la peur de ne pas être à la pointe de ce que l’on pensait alors être le progrès »Pierre de Calan, « Vingt ans après », La Revue des deux mondes. Ce texte libéral a été rejeté avec éclat par un autre patron, lui aussi catholique, Marcel Demonque, qui démissionna du CNPF..