La psychologie interculturelle est une discipline scientifique, un sous-champ de la psychologie qui étudie les relations entre la culture et la psychologie des êtres humains, et particulièrement les effets sur le psychisme des interactions culturelles prolongées.
Approches
Quatre approches existent et permettent de rendre compte des diverses conceptualisations en psychologie interculturelle : la psychologie culturelle comparative ou Cross-cultural psychology, la , qui postule l'immanence du lien psychisme culture), la psychologie des contacts interculturels , et la , qui affirment une spécificité culturelle.
La psychologie culturelle comparative répond à trois objectifs : .
La psychologie culturelle, moins pratiquée, rejette assez unanimement cette notion d'universalité. Les auteurs de psychologie culturelle (Jahoda, Cole, Bruner, Shwedder) postulent que le psychisme est inséparable des éléments culturels qui sont propres à chaque aire culturelle ou subculturelle. L'un agissant l'autre, selon l'idée que c'est le psychisme qui crée la culture, qui en retour crée le psychisme, etc.
Les chercheurs en psychologie des contacts culturels axent leurs travaux sur « la relation, la coexistence entre communautés culturelles différentes vivant dans un même espace social », et particulièrement sur les émergences interculturelles qui résultent de la confrontation culturelle vécue Interculturation, Réactions Psychologiques Transitoires, Chocs Culturels, Interculturation Narrative du Soi).
Les chercheurs en psychologie indigène orientent leurs travaux vers une compréhension spécifique du psychisme dans l'aire culturelle dans laquelle ils évoluent.
Les chercheurs en psychologie interculturelle, dans les différents travaux qu'ils développent, s'impliquent le plus souvent dans plusieurs de ces courants. Ainsi, l' tente de réunir les quatre approches susmentionnées.
Les modèles théoriques et méthodologiques développés en psychologie interculturelle sont également utilisés dans d'autres domaines de la psychologie : l’approche de psychologie clinique interculturelle est d'abord axée sur une psychologie clinique enrichie par la prise en compte des effets d'appartenance culturels. l’approche psycho-organisationnelle intègre l'effet des différences culturelles au niveau des organisations. l’approche psychopédagogique tente d’élucider le rôle majeur de la culture dans l’apprentissage.
Concepts de psychologie et de culture
De nombreuses définitions de la culture ont ensuite été avancées. L'une des plus citées est celle des anthropologues Alfred Louis Kroeber et Clyde Kay Mayben Kluckhohn (1952) : .. Certains psychologues culturels estiment que cette définition est l'une des plus appropriées pour étudier les liens entre culture et psychologie.
Le psychologue social James House a également défini la culture. Il la présente comme .
Historique thumb|right|Wilhelm Wundt Avant d'aborder l’histoire de la psychologie interculturelle, il est utile de retracer l'histoire des liens entre culture et psychologie et donc, pour ce faire, de remonter à la source. De manière générale, on peut dire que la rencontre entre le concept de culture et de psychologie est aussi vieille que l'homme. En effet, avant que les disciplines scientifiques soient aussi spécialisées comme nous les connaissons aujourd’hui, de nombreux auteurs se sont intéressés aux problèmes culturels. : philosophes, voyageurs, explorateurs, missionnaires, historiens et mathématiciens ont spéculé à propos de l’influence de la culture sur le comportement de l’être humain.
L’introduction du concept de culture en psychologie suit une histoire particulière. Une manière de décrire cette histoire est de la décomposer géographiquement, et d'intégrer les influences des nombreux penseurs qui l'ont faite grandir de part et d'autre de l'océan atlantique. C’est d'abord principalement en Europe de l’Ouest que s’est développée la psychologie interculturelle.
La Völkerpsychologie (littéralement : psychologie des peuples) nait en Allemagne, sous l’influence de Wilhelm Wundt, Heymann Steinthal et Moritz Lazarus. Le second tome des Cours sur l’âme humaine animale (1863) de Wundt est une référence importante pour la psychologie des peuples et marque son début historique, même si Lazarus et Steinthal avaient déjà évoqué l’idée de créer une discipline distincte à ce propos. Wundt y aborde notamment la distinction entre le collectivisme et l’individualisme.
Wilhelm Wundt donne son premier cours sur le sujet en 1875. Ce n’est néanmoins qu’en 1900 que paraitra le premier livre (sur dix – dont le dernier sera publié en 1920) traitant précisément de la psychologie des peuples comme discipline au carrefour de la psychophysiologie et de la philologie.
Wundt a pour projet de fonder à l’Université de Leipzig un institut scindé en deux, une partie étant réservée à la psychologie expérimentale, et l’autre à la psychologie des peuples. Son projet sera avorté à cause de la première guerre mondiale. Wundt publie d’ailleurs des propos très nationalistes sur cette guerre pour expliquer la défaite allemande en avançant l’idée d’une « : .
Paradoxalement pourtant, la Völkerpsychologie de Wundt ne s’apparente pas à une psychologie du caractère national puisque cette dernière relèverait plutôt de la psychologie ethnique. La Völkerpsychologie a pour ambition de parvenir à une . Pour Wundt, envisager une histoire universelle du psychisme semble évident. Cette histoire universelle, envisagée du point de vue de la psychologie, serait rythmée par quatre phases : l’homme primitif, le totémisme, les héros et les dieux et, enfin, l’humanité.
L'enseignement de Wundt traverse ensuite la frontière : plusieurs Français, curieux et attirés par la renommée de l'université de Leipzig, font en effet le voyage. Ainsi Émile Durkheim passe un semestre à Leipzig en 1886. Les intellectuels français rapportent donc dans leurs valises des préceptes de la Völkerpsychologie de Wundt.
À Paris, en 1871, Émile Boutmy crée l’École libre des sciences politiques. Cette discipline doit, selon lui, être abordée par une approche psychologique des cultures nationales. Le milieu physique serait le facteur clé et .
Toujours en France, un ouvrage d’une influence considérable est publié en 1895. La psychologie des peuples, signé par Gustave Le Bon, éponyme d’un courant du même nom, en renferme les prémisses. Pour Le Bon, .
Trois approches psychosociologiques
Trois approches coexistent depuis de nombreuses années, bien que les frontières entre elles soient perméables. Cependant, on pourrait dire que ce sont « des psychologies interculturelles » car les points de vue sur une même thématique peuvent être assez différents. De manière générale, l'approche interculturelle comparative tend à comparer les liens entre la culture et le comportement au sein de sociétés différentes, tandis que l'approche culturelle tend à n'examiner ce lien qu'au sein d'une seule culture. Enfin, l'approche des contacts interculturels s'intéresse aux liens entre la culture et le comportement lorsque des groupes entrent en contact les uns avec les autres.
Différentes thématiques telles que les valeurs, les attitudes, ainsi que la perception permettent de différencier les groupes culturels et sont envisagées dans chacune des approches.
Avant de décrire les trois approches, quatre concepts, abordés dans la littérature, sont importants à définir : les notions d’ « étic » et « émic » ainsi que les notions d’ « universalisme » et de « relativisme ». En psychologie, . La psychologie interculturelle comparative s'inscrit généralement dans la première approche : le chercheur compare deux groupes culturels sur des dimensions psychologiques en adoptant une position externe aux groupes. Il tente ainsi de mettre en évidence les différences mais surtout les invariants culturels (universalisme). Il a parfois été reproché à ces approches d'être sujettes à un biais ethnocentrique. Dans l’approche émic, qui se rapporte le plus souvent au domaine de la psychologie culturelle, le chercheur est inclus dans le groupe qu’il étudie, il participe au groupe. Il développe donc les connaissances sur le groupe, sa culture et ses mœurs, sans tenter de les transposer à un autre contexte culturel (relativisme).
Psychologie interculturelle comparative La psychologie interculturelle comparative est aussi appelée en anglais Cross-cultural psychology. Elle est définie comme « l’étude des similarités et des différences dans le fonctionnement psychologique des individus de groupes culturels et ethnoculturels variés, et des relations entre les variables psychologiques, socioculturelles, écologiques et biologiques »..
Naissance de la psychologie interculturelle comparative Cette discipline est née de la rencontre entre des psychologues et des scientifiques de domaines sociaux différents cherchant à développer des recherches multidisciplinaires : en par exemple, Kelman et Tajfel organisent une conférence à Ibadan, au Nigeria . À l’origine, la psychologie interculturelle s’intéressait à l’universalité des processus psychologiques. Dans cet esprit, les chercheurs souhaitaient valider des modèles scientifiques psychologiques à caractère universaliste.
Segall et ses collègues (1999) citent en exemple la réflexion de l’anthropologue et ethnologue Bronislaw Malinowski (1932) à propos du caractère universel du complexe d’Œdipe. Cet exemple, tiré d'un recueil de rêves chez les jeunes papous, permet de mettre en lumière la notion de « démêlage » de la discipline ; lorsque plusieurs facteurs sont présents dans une situation culturelle donnée, il devrait être possible de les démêler lorsque l’on envisage des situations culturelles différentes dans lesquelles les facteurs ne s’agencent pas de la même façon.
L'exemple est celui de deux rêves faits par deux jeunes garçons, le récit de l'un ayant été recueilli par Freud, et le récit de l'autre ayant été recueilli par Malinowski. Dans le premier cas, le rêve met en scène la mort du père du jeune garçon. Selon Freud, ce type de rêve indique un désir inconscient. Et ce désir du meurtre du père renvoie au complexe d'Œdipe. Freud travaillait dans le contexte d'une société patriarcale, où le père est à la fois l'amant et la figure d'autorité. Dans le second cas, le rêve est similaire, excepté l'identité du mort, qui n'est plus le père, mais l'oncle. Or Malinovski travaillait dans le cadre d'une société matrilinéaire, où l'oncle représente aussi une figure d'autorité, mais pas celle de l'amant. Le désir de meurtre ne se dirige donc pas dans ce cas vers le rival, ce qui, selon Malinovski, remet en question l'universalité du complexe d’Œdipe. Plus généralement, cet exemple démontre que les études interculturelles permettent un questionnement sur l'universalité des théories psychologiques.
Actuellement, la psychologie interculturelle comparative se situe plutôt entre les approches relativistes et universalistes car elle a tendance à prendre en compte simultanément les deux points de vue. Modèle éco-culturel de John W. Berry (Adapté de Segall & al. (1999))|alt=Modèle éco-culturel de John W. Berry (Adapté de Segall & al. (1999))|centré|sans_cadre|550x550px
Un des modèles les plus cités dans la littérature est le modèle éco-culturel de Berry et de ses collègues. Il . Le contexte écologique renvoie à l'environnement physique tel que le climat, la disponibilité de l'eau et les variations de température. Le contexte socio-politique concerne l'organisation du pouvoir, les relations hiérarchiques entre le groupe et un autre, les richesses du pays ainsi que les politiques d'immigration. Ce modèle prend également en compte les différents modes de transmission, qu'ils soient culturels ou génétiques, ainsi que les variables psychologiques des individus afin d'expliquer les comportements variés des individus.
Méthode en psychologie interculturelle comparative