Les De Pino sont une famille pisane importante à la fin du , proche des marquis de Massa dont ils deviennent les vassaux. À l'époque, cette famille était largement possessionnée dans toute la Balagne.
De l'origine de la seigneurie
Au début du , la Corse était occupée par les Sarrasins. Le pape Étienne IV envoie Ugo Colonna, Guido Savelli et Amondo Nasica, trois grandi gentil'huomini Romani, avec mille Romani di piè e dui ciento da cavallo délivrer l'île.
Guido Savelli laissa un fils nommé Pino dont les descendants furent appelés les seigneurs Pinaschi.
Il existait à la fin du dans le « deçà des montsLe « deçà des monts correspond au Nord-est de la Corse », un grand nombre d'édifices de culte privés, aux mains des riches propriétaires terriens, notamment des familles de Pino, de Bagnaia, de Justignani ainsi que des marquis de Massa. La documentation écrite révèle leur existence ainsi que des donations de biens faites aux moines. Les terres offertes aux abbayes continentales sont presque toujours associées à des églises, tel l'exemple des donations dans le secteur de Spano (commune de Lumio) où il existait deux églises médiévales - Sant' Ambrogio et San Nicolao, offertes au monastère San Venerio del Tino par des personnages de la famille de Pino vers la fin du . Proche de là, dans la basse vallée du Regino, la même abbaye possédait trois chapelles léguées par des laïcs avant le début du .
La famille de Pino est originaire de la piève de Pino, au centre de la Balagne, mais ses membres sont propriétaires de domaines fonciers beaucoup plus au nord. Au , plusieurs d'entre eux offraient le casamentumles textes désignent comme casamentum ou casa plusieurs parcelles appartenant à un même propriétaire regroupées pour constituer des unités d'exploitations - Daniel Istria de Brumica situé dans le NebbioArchives départementales de Haute-Corse, Bastia, IH1, 15, vers 1079~80. En 1116, Lanfrancus dit Mazzacorta, celui-là même dont il est question dans le document rédigé à Mutula, faisait don d'un domaine et de plusieurs terres dans l'OstriconiASP, Libro Maestro G, f° 163rv, 16 juillet 1116 = Scalfati 1994, ). Dans un acte plus tardif relatif à San Venerio del Tino, des membres de la famille de Pino semblent vouloir récupérer les terres et églises abandonnées par leurs grands-pères, pères ou oncles. Dans un document il est fait mention de la donation par Uberto de Pino d'un champ de vigne qu'il possédait peu avant 1150 à l'Aiale.
La seigneurie De Pino C'est probablement en Balagne qu'apparaissent les premières fortifications, érigées soit par les Pisans et les marquis - castrum de Sant' Angelo, de San Colombano de Giussani - soit par les seigneurs « Pinaschi » - Ortifusci et Mutula. D'après les chroniques, le lignage serait originaire de la piève de Pino, d'où son nom, et plus exactement du village de CastiglioneVillage ruiné se situant aujourd'hui dans la commune de Montegrosso près du hameau de Montemaggiore en Balagne. À ne pas confondre avec la commune de Castiglione se situant, elle, dans la microrégion de la Giovellina. Ses représentants sont mentionnés dans la documentation écrite, dès les années 1070-80 où ils sont déjà qualifiés de domini. Possédant des biens en Balagne mais aussi dans le Nebbio, ces seigneurs comptent parmi les premiers et les plus généreux bienfaiteurs des monastères de San Venerio et surtout de la Gorgone.
Les documents donnent l'image d'un groupe familial cohérent et uni. Lanfranco paraît être la personne qui dirige le consortium familial. C'est lui qui, en 1095 (?), demandait avec le marquis Ugo à l'évêque d'Aléria d'offrir l'église Santa Reparata à l'abbé de la Gorgone. Son père semble avoir un poids politique important sur les hommes de la pieve d'Ostriconi, qui lui versent une redevance banale, l'acchatu, en reconnaissance de tout le bien qu'il a fait pour euxASP, Libro maestro G, f° 163r.v., 16 juillet 1116 = Scalfati 1994, page 90-9l.
De l'abbé Letteron : "Les Pinaschi, aveuglés par la discorde et par leurs projets ambitieux, prirent à leur tour les armes les uns contre les autres. ... Malpensa, qui prétendait avoir sa part de l'héritage d'Arrigo, s'établit à Speloncato et y construisit un château. Malafidanza ... passa à Bracaggio et s'y fortifia. Malaspina s'en alla à Sant' Antonino qui était la résidence seigneuriale ... Le partage achevé, les trois cousins se firent une guerre sanglante ... "Letteron in Bulletin de la Société des Sciences historiques et naturelles de la Corse - 1888, page 134.
Sept forteresses ont été repérées sur le terrain - E Cuntee, Bracaggio, Avazero, Sant' Angelo, Avortica, Ortifusci et Mutula - qui s'ajoutent aux cinq encore habitées aujourd'hui - Calvi, Sant' Antonino, Corbaia, Speloncato, Belgodere - et aux quelques tours, telle celle de Pilone. Il semblerait que la Balagne n'ait pas constitué une seigneurie homogène, du moins avant la fondation de Calvi.
Entre la seconde moitié du et le milieu du , le système féodal se met en place, les châteaux se multiplient. Ils sont alors regroupés entre les mains d'une quinzaine de familles nobles d'origine locale ou péninsulaire, parfois fragmentées en seigneuries indépendantes, voire mêmes rivales : Bagnaia, Amondaschi, Cortinchi, Pinaschi, de Coasini, Loreto de Nebbio, Loreto de Casinca, Orezza, Avogari, Camilla, Turca, Pevere, de Mari (à partir du milieu seulement) et les marquis de Massa et de Corse.
Les fortifications Les Pinaschi étaient étroitement liés aux marquis de Massa dont ils étaient les vassaux. Ils possédaient plusieurs castelli, les plus importants étant Mutula et Ortifusci.
Castello de Mutula Entre 1118 et 1131 est mentionné dans un document le premier castellumToutes les fortifications citées dans les textes des sont désignées uniquement par les termes castellum ou castrum - Daniel Istria, le lieu fortifié nommé Mutula qui devait appartenir aux seigneurs de Pino. L'acte dans lequel il apparaît est une renonciation de trois personnages de la famille de Pino, domini, à tous les biens que Lanfrancus dit Mazzacorta - très probablement leur oncle - avait légués au monastère de la Gorgone (San Gorgonio) en 1116.
Le castellum de Mutula est situé en Balagne, dans la basse vallée du Regino. Installé sur un tertre naturel au cœur d'un riche terroir agricole, il domine un réseau d'habitats implanté sur les replats de mi-pente vers d'altitude. Mutula pourrait avoir été érigée au centre d'une grande propriété, sur un site de hauteur pour mieux la dominer, faisant face à une fortification construite à moins de , sur un dôme rocheux culminant à . Les Pinaschi, qui en sont donc très probablement les détenteurs, ne sont pas richement possessionnés dans ce secteur où les domaines sont extrêmement fragmentés.
Castello d'Ortifusci Les seigneurs de Pino paraissent être les détenteurs du castrumLe terme castrum est utilisé dans le sens que lui donnent les textes médiévaux relatifs à la Corse, c'est-à-dire à la fois de fortification isolée et/ou d'habitat fortifié associé à un château - Daniel Istria d'OrtifusciACC, Pergamene, 29 novembre 1155: in castro de Ortifusci. qui est dans une situation identique à celle de la Mutula. Érigé sur un éperon rocheux très bien défendu par le relief naturel, il domine de quelque le terroir de la vallée du Regino. Il appartient à Ansufredus de Pino, personnage connu pour les dons qu'il fait aux monastères de la Gorgone et de San Venerio del Tino, probablement mort avant 1155.
La chronique de Giovanni della Grossa relate que la fortification d'Ortifusci fut édifiée par les seigneurs de Pino de Sant' Antonino pour un seigneur originaire des Marches, avec qui ils établirent une alliance matrimoniale. Les descendants de ce "gentilhomme" furent ensuite appelés « de Lasso ». Ils passèrent également dans la piève d'Orto où ils se rendirent maîtres de la région de Furiani. Or, ces « Laschesi » ou « Aschesi », sont effectivement documentés dans ces deux secteurs au . En 1286, notamment, ils possèdent le castrum de Sant' Angelo situé face à Ortifusci, à moins de , de l'autre côté de la vallée et qui, selon les chroniques génoises, appartenait aux Pisans en 1124. Le château est nommé dans le texte « Orto Fosso ». Le castrum d'Ortifusci est situé juste en face de celui de Sant' Antonino, à .
La disparition des Pinaschi Les chroniqueurs attribuent leur disparition . Dès 1289 les documents ne mentionnent plus les seigneurs et les châteaux de Balagne - à l'exception de celui de Sant' Angelo - et celui de 1324-25 ne cite que trois familles dont le rôle est très secondaire, les « Bratagliesi » (Bracaggio), les « Santatoninatti » (Sant' Antonino) de Corbaia et les « Spiloncattici » (Speloncato).
De son analyse, Daniel Istria dégage qu'aucune des cinq fortifications étudiées n'est antérieure au . C'est aussi à partir des années 1120 environ, que certaines grandes familles de Balagne, les de Pino notamment, commencent à inquiéter les monastères de San Gorgonio et San Venerio del Tino dans la possession de leurs biens. Selon lui, les castra privés sont apparus, dans le nord de la Corse, durant les premières décennies du . Enfin, Il a aussi constaté dans tous les cas, qu'un château appartenant probablement à une famille aristocratique locale fait face à une fortification "marquisale" ou pisane : Mutula et Belgodere, Ortifusci et Sant' Angelo, Montechiaro et Rostino, peut-être Petralerata et Aléria.
Généalogie non exhaustive
Famille de Pino │ ├────Ansifredo (1080), seigneur possesseur du castello d'Ortifusci │ │ │ ├─Landolfo (1080) │ │ │ │ │ └─Ugo (1124) │ │ │ └─Alegreto (1080) │ └────Lanfranco (1080 - 1095) │ └─Uberto (1080 - 1095) │ ├─Ansaldo Vernaccius (1124) │ └─Lanfranco Mazacorto (1116), seigneur possesseur du castello de Mutula │ ├─Lanfranco, (début )) │ └─Gerardo (1124)
Voir aussi Bibliographie Daniel Istria : Pouvoirs et fortifications dans le nord de la Corse : du au , Éditions Alain Piazzola, Ajaccio 2005. Abbé Letteron : Histoire de la Corse - Tome 1, Bulletin de la Société des sciences naturelles et historiques de la Corse, Imprimerie et librairie V Eugène Ollagnier Bastia 1888. Giovanni della Grossa in Croniche publié par l'abbé Letteron Bulletin de la Société des sciences naturelles et historiques de la Corse, à fascicules - Imprimerie et librairie C. Piaggi Bastia 1910.
Articles connexes Noblesse corse
Notes et références Notes
Références
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