(136472) Makémaké (internationalement (136472) Makemake ; désignation provisoire ), est une planète naine transneptunienne (plutoïde) du Système solaire, située dans la ceinture de Kuiper. C'est la troisième plus grande planète naine et le troisième plus grand objet transneptunien connu, après Pluton et Éris, et le deuxième objet transneptunien le plus visible, là encore après Pluton.

Elle est découverte le par l'équipe de Michael E. Brown, Chadwick Trujillo et David Rabinowitz du California Institute of Technology (Caltech) à l'observatoire Palomar, qui la surnomment d'abord « Easter Bunny » (lapin de Pâques) du fait de la proximité de la découverte avec Pâques. L'annonce officielle de son existence, précipitée à la suite des controverses liées à la découverte de Hauméa, est faite le . En , au moment de l'obtention du statut de planète naine, elle est officiellement nommée par l'Union astronomique internationale d'après Make-make, le dieu créateur dans la mythologie de l'île de Pâques, afin de conserver la référence à Pâques.

Elle réalise une révolution autour du Soleil avec une période orbitale de plus de et possède une orbite modérément excentrique, son périhélie étant à et son aphélie à . Elle présente toutefois une forte inclinaison orbitale à de l'écliptique. N'étant pas en résonance orbitale avec Neptune, elle est donc un cubewano. Sa période de rotation est de , comparable à celle de la Terre.

Son diamètre moyen est estimé à environ , soit un neuvième du diamètre terrestre, bien que la valeur précise ne fasse pas tout à fait consensus. Elle possède au moins un satellite connu : , aussi surnommé MK 2 en l'attente d'une désignation définitive, qui serait très sombre et ferait environ de diamètre. La découverte de ce dernier en 2016 avec le télescope spatial Hubble permet ensuite à l'équipe d'Alex H. Parker de faire une première estimation de la masse de la planète naine à , soit près du quart de la masse du système plutonien.

Makémaké présente un albédo élevé de plus de 0,8, indiquant que sa surface est très réfléchissante. Combiné à sa température moyenne très faible d'environ , cela permet de suggérer que sa surface est majoritairement composée de glaces de méthane et d'éthane mais qu'elle est, à l'inverse d'autres objets similaires, relativement dépourvue d'azote. De plus, la présence de tholins lui confère une apparence rougeâtre, similaire à la couleur de la surface de Pluton. Toutefois, les données obtenues grâce à une occultation stellaire en 2011 suggèrent qu'elle ne possèderait pas d'atmosphère significative, contrairement à l'atmosphère plutonienne.

Historique Découverte

Première observation alt=Image d'une grande coupole blanche derrière des arbres.|gauche|vignette|Observatoire Palomar du Caltech, situé à San Diego aux États-Unis. La découverte de Makémaké s'inscrit dans le contexte de la recherche d'une dixième planète () après Pluton, alors encore considérée comme une planète. Elle est relancée à la suite de la découverte de en par Michael E. Brown, Chadwick Trujillo et David L. Rabinowitz du California Institute of Technology (Caltech). Celle-ci ayant été observée alors qu'elle était à la limite de détection de leur logiciel (mouvement de par heure) destinée à limiter les faux positifs, les astronomes américains décident d'abaisser ce seuil car ils postulent qu'il existe de nombreux autres grands corps après l'orbite de Pluton. À partir de , les équipes de Caltech traitent leurs anciennes images prises par l'outil QUEST du télescope de Schmidt Samuel-Oschin de à l'observatoire Palomar, en Californie, avec ce nouvel algorithme. Ils parviennent notamment à détecter (alors surnommée « Santa ») en puis (alors surnommée « Xena ») en .

Le , l'équipe de Caltech découvre un troisième objet : Makémaké. En raison de la proximité de la découverte avec la fête de Pâques, ils lui donnent comme surnom « Easter Bunny » (lapin de Pâques) et comme nom de code K50331A. Plus précisément, ils constatent que l'objet est très similaire à Santa, possédant une orbite et une distance au Soleil similaire, et se trouvant dans la même constellation : la Chevelure de Bérénice . Cependant, l'équipe de Caltech décide de n'annoncer publiquement aucune de ces découvertes : elle garde le secret sur l'existence d'Éris ainsi que de plusieurs autres grands objets transneptuniens, en attendant des observations supplémentaires pour mieux déterminer leur nature...

Des images de pré-découvertes sont ensuite obtenues, les plus anciens clichés de Makémaké ayant été retrouvés sur plusieurs diapositives de l'observatoire Palomar datant d'une période s'étalant du au , sans qu'elle soit relevée à l'époque..

Annonce publique précipitée L'annonce publique d'Éris et de Hauméa est initialement prévue pour septembre ou lors de conférences internationales, et celle de Makémaké est planifiée pour légèrement plus tard car l'équipe de Caltech n'avait alors pas conduit suffisamment d'observations complémentaires. Cependant, ce calendrier est grandement précipité par l'annonce de la découverte de Hauméa par une équipe espagnole dirigée par José Luis Ortiz Moreno de l'Instituto de Astrofísica de Andalucía.

gauche|vignette|La découverte de Hauméa, ici imagée par Hubble avec ses lunes Hiʻiaka et Namaka, par une autre équipe que Caltech précipite l'annonce de la découverte de Makémaké.|alt=Deux petits points entourent un gros point blanc devant un fond noir. Le , l'équipe de Caltech publie un résumé en ligne d'un rapport destiné à présenter Hauméa en septembre où il est précisé que l'objet pourrait être plus grand et plus brillant que tout objet précédemment connu dans la ceinture de Kuiper.. Une semaine plus tard, l'équipe espagnole, annonçant que Pablo Santos Sanz a découvert l'objet indépendamment le grâce à des images datant de à l'observatoire de Sierra Nevada, envoie en premier un rapport au Centre des planètes mineures (MPC) qui est officiellement diffusé le .. Dans un communiqué de presse publié le jour même, l'équipe de José Luis Ortiz qualifie Hauméa de ., choix que Mike Brown critique a posteriori car l'équipe espagnole n'avait pas assez d'informations pour l'affirmer, notamment sur sa masse..

Mike Brown se rend rapidement compte qu'il s'agit du même objet qu'il suivait et qu'il est possible d'accéder directement aux rapports de l'observatoire de Kitt Peak, qu'il avait utilisés pour des vérifications d'orbites, en cherchant via Google le code utilisé dans son rapport public... Il constate alors que les positions de Xena (Éris) et d' (Makémaké) sont accessibles.. Craignant de se faire également doubler pour celles-ci, il décide de ne pas attendre octobre pour les révéler et envoie le jour même au MPC les informations permettant d'officialiser leur découverte, qui sont donc aussi publiées le ... Le soir, le bureau central des télégrammes astronomiques (CBAT) publie une circulaire annonçant l'annonce de la découverte presque simultanée des trois grands objets et attribue comme désignation temporaire à l'objet.. Mike Brown fait en parallèle une conférence de presse sur le sujet de la découverte d'Éris , la présentant comme la dixième planète plutôt que Hauméa. Si la paternité de la découverte de Hauméa est discutée entre l'équipe espagnole et Caltech en raison de cette controverse, la première ayant notamment été accusée de fraude scientifique par la seconde, l'équipe américaine est totalement reconnue comme découvreurs d'Éris et de Makémaké..

Dénomination Lors de sa découverte, est provisoirement surnommée (le lapin de Pâques en anglais) par Michael E. Brown et son équipe en raison de la date de sa découverte le , quelques jours après Pâques.. Cependant, Govert Shilling rapporte que Mike Brown aurait dans un premier temps souhaité surnommer l'objet « Dead Pope » (pape mort) en référence à la mort alors imminente du pape , avant d'en être dissuadé par sa femme Diane. vignette|Pétroglyphe à l'effigie de Make-make (sous le masque).|alt=Dessin gravé dans une pierre marron.

reste un surnom et l'équipe doit songer à un nom permanent pour l'objet, privilège qu'ils ont en tant que découvreurs. D'abord, ils pensent à nommer le corps Éostre (en anglais Eostre, Oestre, Oster ou encore d'autres formes), la divinité anglo-saxonne dont est tiré le nom Easter, traduction de « Pâques ».. Toutefois, un tel nom s'avère impossible car il existe déjà l'astéroïde (343) Ostara.. Ils pensent ensuite à Manabozho (ou Nanabozo), esprit farceur ayant généralement l'apparence d'un lapin (en référence au lapin de Pâques) dans la mythologie des Anishinaabe, mais ils abandonnent également cette idée à cause de la terminaison en -bozo qui s'avère péjorative du fait de potentielles références à Bozo le clown. Finalement, ils proposent Makemake à l'Union astronomique internationale d'après Make-make, divinité démiurge de la fertilité dans la mythologie polynésienne de l'île de Pâques.. Cela permet de conserver la première référence à Pâques tout en se pliant aux usages de l'UAI qui veulent que les objets classiques de la ceinture de Kuiper (ou cubewanos) soient nommés d'après le panthéon des anciennes mythologies.. Makémaké reçoit officiellement son nom en ..

Son symbole planétaire est .

Classification Makémaké est classée à sa découverte comme un objet classique de la ceinture de Kuiper, aussi appelés cubewanos, ce qui signifie que son orbite se trouve assez loin de Neptune pour ne pas être en résonance avec la planète et qu'elle est donc restée relativement stable depuis la formation du Système solaire.. Ainsi, entre le , date de sa découverte, et le , date où l'Union astronomique internationale (UAI) tranche la définition de planète et introduit le terme de « planète naine », Makémaké n'a pas de statut particulier hormis celui d'objet massif de la ceinture de Kuiper... Ensuite, Makémaké devient avec Hauméa un candidat possible à la nomination de planète naine.

Le , l'UAI, lors d'une réunion de son comité exécutif à Oslo, précise ce système de classification en créant une sous-classe de planète naine, les plutoïdes, spécifiquement pour les planètes naines trouvées au-delà de l'orbite de Neptune.... Un mois plus tard, en , l'UAI fait de Makémaké la quatrième planète naine et le troisième plutoïde du Système solaire simultanément à l'attribution de son nom. Cela signifie qu'elle orbite autour du Soleil et qu'elle est suffisamment massive pour avoir été arrondie par sa propre gravité, mais qu'elle n'est pas parvenue au nettoyage du voisinage de son orbite.

Orbite Caractéristiques orbitales vignette|redresse=1.5|Tracé de l'orbite de Makémaké (en vert) comparée à celle des planètes et d'autres objets transneptuniens. Elle est notamment similaire à celle de Hauméa (en bleu clair). Les positions des objets sont prises le 01/01/2018.|alt=Deux graphes superposés en vue de haut et en vue latérale représentent divers orbites du Système solaire externe.Dans les années 2020, Makémaké est à une distance d'un peu plus de () du Soleil et s'approche progressivement de son aphélie à qu'elle atteindra en 2033... Makémaké possède une orbite très similaire à celle de Hauméa : elle possède une forte inclinaison orbitale à de l'écliptique et une excentricité orbitale modérée d'environ 0,16... Néanmoins, l'orbite de Makémaké est légèrement plus éloignée du Soleil que celle de Hauméa, avec à la fois un plus grand demi-grand axe ( contre ) et un périhélie plus éloigné ( contre ). Au niveau de ce demi-grand axe, il faut près de six heures et demie aux rayons du Soleil pour atteindre la planète naine. Sa période orbitale dépasse les , soit plus que les pour Pluton et les pour Hauméa..