Anagarika Dharmapala (né le à Colombo, mort le à Sārnāth) était un bouddhiste sri-lankais et un écrivain. Il fut un réformateur social, un rationaliste et l'un des premiers hérauts du nationalisme bouddhiste non-violent cinghalais. Il a également été un pionnier du renouveau du bouddhisme en Inde, où le bouddhisme avait pratiquement disparu depuis plusieurs siècles, et il fut le premier bouddhiste de l'époque contemporaine à enseigner le Dharma sur trois continents : l'Asie, l'Amérique du Nord et l'Europe.
À l'instar de Henry Steel Olcott et Helena Blavatsky, les fondateurs de la société théosophique, il fut un réformateur et un véritable moteur du renouveau du bouddhisme à Ceylan, et il joua un rôle de premier plan dans la transmission d'un bouddhisme rationaliste en Occident. Dharmapala est l'un des bouddhistes les plus vénérés du
Biographie
Formation De son vrai nom Don David Hewavitarne, Anagarika Dharmapala est né dans une famille de commerçants de Colombo qui appartenait à la classe aisée d'expression anglophone Donald Sewell Lopez Jr. (Ed.), A Modern Buddhist Bible. Essential Readings from East and West, Boston, Beacon Press, 2002 p. xvii. . Son père est , philanthrope et directeur des établissements H. Don Carolis & Sons, un établissement de meubles très prospère. Sa mère, Mallika Dharmagunawardhana, est la fille de , homme d'affaires, philanthrope et pionnier du renouveau bouddhiste. Elle-même fut une grande bienfaitrice du bouddhisme.. Il avait pour frères et .
Ceylan était alors une colonie britannique, et à ce titre l'enseignement public était dispensé en anglais. C'est donc dans cette langue que Hewavitarne fit sa scolarité, dans différents établissements catholiques et anglicans tenus par des missionnaires : d'abord l'école St Mary's à Pettah, suivie par la CMS Boys School à Kotte, puis le collège Saint Benedict à Kotahene, le collège Saint Thomas du Mont Lavinia, et l'Académie de Colombo. Il acquit ainsi une bonne connaissance du christianisme, sans pour autant y adhérer du fait de mise à mort délibérée par ses professeurs d'animaux innocents. Et c'est ainsi que le christianisme devint pour lui synonyme de « religion de torture ». Il travailla ensuite chez un notaire ainsi que dans le Département de l'instruction publique.
Le débat de Panadura Enfant, il assista avec son père à l'important débat public qui eut lieu les 26 et 27 et à Panadura, localité à 25 km au sud de Colombo, entre un moine bouddhiste du nom de et le Père méthodiste David da Silva. Dharmapala soutenait le moine bouddhisteLopez, 2002, p. vii-ix et xvii..
Connus sous le nom de Débat de Punara, ces échanges durèrent en tout douze heures. À l'issue de la joute, le public déclara Guananda vainqueur. Si ce débat n'était pas le premier du genre entre chrétiens et bouddhistes, il marque indéniablement le début du bouddhisme moderne, à savoir un boudhdisme qui se voit comme un retour aux origines, au bouddhisme du Bouddha lui-même, et qui se distancie des formes plus récentes que cette religion avait prises. En même temps, c'est ce bouddhisme de l'éveil du Bouddha, un événement qui s'était produit plus tôt, qui est vu comme le plus compatible avec les idéaux européens des Lumières du , comme la raison, l'empirisme, l'universalisme, l'individualisme, la tolérance, la liberté et le rejet des orthodoxies religieuses. Aux yeux de ces modernistes, le Bouddha connaissait donc déjà tous ces éléments, bien avant que l'Europe ne les découvreLopez, 2002, p. viii-x..
De la théosophie au bouddhisme Dharmapala grandit donc en un temps de renouveau du bouddhisme. En 1875, à New York, Helena Blavatsky et le colonel Olcott avaient fondé la société théosophique. Ils avaient eu connaissance du contenu des débats de Panadura, cette dispute ayant rencontré un large écho médiatique aux États-Unis. Tous deux manifestaient une vive sympathie envers le bouddhisme ainsi présenté, et en 1880, ils se rendirent à Ceylan où ils se déclarèrent bouddhistes, prenant publiquement les refuges et les préceptes auprès d'un éminent bhikkhu cinghalais. Le colonel Olcott revint plus tard à Ceylan et se consacra à la cause de l'éducation bouddhique, créant plus de 300 écoles bouddhiques, dont certaines existent toujours. gauche|vignette|Helena Blavatsky et le colonel Olcott. 1888. C'est en 1880 que le jeune Dharmapala (il a seize ans) fit la connaissance du colonel OlcottLopez, 2002, p. 54-55. et ’aida dans son travail, en particulier en lui servant de traducteur. En 1881, il change son nom — Hewavitarne — en Dharmapala, « protecteur du Dharma », et il adopte pour mode de vie le célibat religieux, portant également les vêtements monastiques bien qu'il ne fut pas ordonné. Dharmapala devint également très proche de Madame Blavatsky, et elle l'encouragea à étudier le pâli, la langue des écritures du bouddhisme Theravada. En 1884, il fut intronisé dans la Société théosophique et cette même année, il accompagna Madame Blavatsky au siège indien de la société théosophique, à Adyar, dans les environs de Madras. À son retour à Ceylan, il devint le plus proche collaborateur du Colonel Olcott .
Toutefois, Dharmapala se détourna bientôt de la théosophie: il ne pouvait plus partager son approche, en particulier la position d'Olcott sur la religion universelle. « L'un des facteurs importants de son [Dharmapala] rejet de la théosophie était cette question de l'universalisme ; le prix à payer pour que le bouddhisme soit assimilé à un modèle non bouddhiste de vérité était finalement trop élevé pour luiMcMahan, 111. ». Dharmapala déclaraStephen Prothero, The White Buddhist: The Asian Odyssey of Henry Steel Olcott, Bloomington, Indiana University Press, 1996b, p. 167 et 172. que la théosophie « ne faisait que consolider le culte de Krishna ». Et d'ajouter: « Dire que toutes les religions ont une base commune ne montre que l'ignorance de celui qui parle; le Dharma seul est souverain pour un bouddhiste. »
En 1886, il quitta son poste dans l'administration pour consacrer entièrement sa vie à la religion et au bien-être de l'humanité. Pour ce faire, il renonça à ses droits sur les affaires de son père et sur la succession paternelle.
L'anagarika gauche|vignette|En 1931 Dharmpala devient tout de même moine sous le nom Devimitta. Ici, en 1933, revêtu de sa robe monastique. À son nouveau nom, Dharmapala accola bientôt le titre de anagarika « sans foyer »Harvey, 1993, p. 386., ce second terme dénotant un état à mi-chemin entre le moine et laïc. Anagarika Dharmapala a donc le sens de « protecteur sans foyer du Dharma » ou « errant protecteur du Dharma ». Le mot fut adopté au début du pour les laïcs qui menaient une vie de moine sans être pour autant ordonnés Robert E. Buswell Jr. et Donald S. Lopez Jr., The Princeton Dictionary of Buddhism, Princeton, Princeton University Press, 2014, p. 38.. Jusque là, à Ceylan, le roi et les moines étaient les plus hautes autorités du bouddhisme. En choisissant cet état, Dharmapala attribue un nouveau rôle aux bouddhistes laïcs. En tant que anagarika, il se voulait un laïc qui étudie les textes, qui médite — tout comme le faisaient les moines — mais en prenant part à la vie sociale — comme le faisaient les laïcs. Il attribuait ainsi un rôle nouveau aux laïcs bouddhistes, et à ses yeux ce statut danagrika était le plus favorable pour travailler au renouveau et à la propagation du bouddhisme.
En tant qu'''anagarika, Dharmapala prit donc pour la vie entière les huit préceptes de la moralité, à savoir s’abstenir de tuer, de voler, de comportements sexuels déplacés, de paroles blessantes, d'ivresse, de prise de nourriture après midi, de spectacles, de tenues à la mode, et de lits de luxe. Si ces préceptes étaient et sont encore renouvelés par de nombreux laïcs de Ceylan à l'occasion de grandes fêtes religieusesHarvey, 1993, p. 260-261, il était tout à fait inhabituel de les prendre pour toute la vie à moins d'être moine. Dhrmapala fut le premier anagarika – c’est-à-dire un célibataire s'engageant totalement pour le bouddhisme – de l'époque contemporaine. Il semble qu'il ait fait vœu de chasteté à l'âge de huit ans et y soit resté fidèle toute sa vie. Il portait une robe jaune, qui n’était cependant pas le modèle traditionnel porté par les bhikkhu, et ne se rasait pas la tête comme les moines doivent le faire. Il estimait que le respect de l'ensemble des règles du vinaya interfèrerait avec son activité, en particulier parce qu’il se déplaçait en avion.
Ni le titre ni la fonction danagarika ne sont devenus populaires, mais dans ce rôle, « [Dharmapala] fut le modèle de l'activisme laïc dans le bouddhisme moderniste (néo-bouddhisme) ». Réformateur social, il promut l'éducation dans les campagnes, et sur le plan religieux; réformateur religieux, il défendit et encouragea un bouddhisme débarrassé de ses superstitions, son but étant de développer la société singhalaise et d'obtenir l'indépendance de son pays en tant que nation bouddhiste.
Voyages vignette|Le temple de la Maha Bodhi, à Bodhgaya. Dharmapala fut aussi un grand voyageur. En 1889, il accompagna le Colonel Olcott pour sa tournée de conférences au Japon. Deux ans plus tard, le 22 janvier 1891, il est en pèlerinage au temple de la Mahabodhi à Bodhgayâ, lieu de l'éveil du Bouddha. L'état dans lequel il trouva le sanctuaire le bouleversa..
En 1893, il est invité à participer au Parlement des religions qui se tenait à Chicago. Sur le chemin du retour, il s'arrêta à Shangaï, où il rencontra le grand réformateur du bouddhisme chinois, Yang Wenhui. Les deux hommes entretinrent pendant une quinzaine d'années une correspondance, qui porte surtout sur la nécessité de promouvoir le bouddhisme en OccidentLopez, 2002, p. xvii-xix..
En 1896, il retourna aux États-Unis pour un an, à l'invitation de Paul Carus. Il y voyagea et enseigna en de nombreux endroits. Il séjournera une nouvelle fois dans le pays entre 1902 et 1904Harvey, 1993, p. 406..
Fin de vie C'est sous le nom de sous le nom de Devamitta que Dharmapala fut ordonné moine (bhikkhu) en 1931. Il mourut à Sarnath en avril 1933, à l'âge de 68 ans. Il était devenu le héros du bouddhisme sri-lankais moderne, et dans son pays, il fut considéré comme un bodhisattva.
Défense et illustration du bouddhisme
Les sites sacrés en Inde et la fondation de la Mahabodhi Society gauche|vignette|Anagarika Dharmapala à côté du Trône de Diamant à Bhodgaya. Date inconnue. Lorsqu'il se rendit en Inde en 1891Sauf mention contraire, les informations de cette partie proviennent de Sangharakshita, Great Buddhists of the Twentieth Century, Windhorse Publications 1996. ., Dharmapala fut choqué de découvrir l'état de délabrement des grands sites de pèlerinages bouddhiques, tous sous contrôle hindou, et en particulier du temple de la Maha Bodhi à Bodhgaya Robert E. Buswell Jr. et Donald S. Lopez Jr., The Princeton Dictionary of Buddhism, Princeton, Princeton University Press, 2014, p. 250.. Il déclara: Dharmapala trouva en effet un temple administré par un prêtre shivaïte Robert E. Buswell Jr. et Donald S. Lopez Jr., The Princeton Dictionary of Buddhism, Princeton, Princeton University Press, 2014, p. 493-494 (« Mahâbodhi Temple »)., une image du Bouddha transformée en icône hindoue, et les bouddhistes interdits de culte. En conséquence de quoi, il décida de lancer un mouvement destiné à changer cette situationSean O'Reilly, James O'Reilly, Pilgrimage: Adventures of the Spirit, Travelers' Tales, 2000, p. 81-82.