La concession française de Shanghaï est un territoire chinois qui fut sous administration française de 1849 à 1943 dans la ville de Shanghai (法租界 fàzūjiè en chinois, Changhaï dans la graphie française employée jusqu'à la Seconde Guerre mondiale). Le territoire recouvre les quartiers actuels de Xuhui (anciennement Zi-Ka-Wei) et Luwan au nord-ouest de la rivière Huangpu. Ce lieu résidentiel préservé est un point d'attraction des touristes de la ville.
Histoire thumb|left|Le canal de Yang-King-Pang, séparant la concession internationale et française.
thumb|left|Vue d'une partie de la concession aujourd'hui. Le traité de Huangpu, signé le entre la France de Louis-Philippe et la Chine de Daoguang, amorce l'ouverture du marché chinois au commerce international, jusqu'alors limité au seul port de Canton. L'une des cinq villes concernées est Shanghaiavec Amoy, Fuzhou (ex Fou-Tchéou), Canton et Ningbo..
En janvier 1847, Charles de Montigny, l'un des participants aux négociations du traité, est nommé consul de France. Arrivé en janvier 1848, il présente ses lettres de créance au Daotai (chef de circonscription, dao) Lin Kouei. La ville ne compte alors qu'une petite communauté d'une trentaine de Français, presque tous des missionnaires jésuites, qui viennent d'ouvrir leur collège Saint-Ignace en 1847, et quelques commerçants. Un négociant en vins venu de Canton demande l'aide de Montigny pour développer son activité. Le consul, suivant la ligne établie en 1842 par son homologue anglais Georges Balfour, parvient à signer, le , un accord qui fixe l'emplacement du territoire de résidence des Français, malgré le manque d'enthousiasme de l'ambassadeur Forth-Rouen. La concession, constituée de marécages inhabités, est située au nord de la ville chinoise. Elle est limitée, à l'est, par le Huang Pu, à l'ouest, par Defense Creek, au sud, par le rempart de la vieille-ville et, au nord, par la concession britannique dont elle est séparée par le canal Yang King PangVoir une photographie.. Ses dimensions (66 hectares) sont nettement plus modestes que celles de sa consœur britannique (199 hectares)La création de la Concession Française de Changhai, par Charles Lagrange..
vignette|Bâtiment de la concession. Montigny œuvre au développement économique de la concession, n'hésitant pas à solliciter les religieux français de toute la Chine pour lui fournir des produits à exporter vers la France. Cependant, en 1853, l'invasion de la ville par les Xiaodao hui, mouvement rebelle chinois, met à mal les concessions française, britannique et américaine, qui construisent alors une muraille de protection. Un second assaut de l'armée Taiping a lieu le . Après plusieurs mois de lutte, les rebelles sont repoussés avec difficulté par une milice d'une centaine, puis d'un millier d'hommes, emmenée par un aventurier américain, Frederick Townsend Ward, assisté d'un Français : Albert-Édouard Le Brethon de Caligny. Ces années de trouble incitent la concession à s'organiser et à mettre en place leur propre force publique. En outre, alors que plus de réfugiés des campagnes chinoises, fuyant les violences des Taipings, se précipitent vers les concessions étrangères, la concession française est agrandie de 59 hectares en 1861 et un pont la reliant à la concession britannique est construit.
thumb|left|Cathédrale Saint-Ignace, construite par les jésuites français. L’église Saint-Joseph est édifiée la même année, alors qu'est créé un Conseil municipal, composé de cinq propriétaires français et présidé par le consul lui-même. Cent personnes constituent alors la communauté française. Dès 1856, le consul Benoît Edan avait mis en place une petite police qui deviendra la « Garde municipale », d'environ vingt-cinq hommes. Avec le Conseil municipal, la garde s'organise, elle atteindra d'ailleurs hommes à l'aube de la Première Guerre mondiale. Le conseil nomme aussi un collecteur d'impôts ainsi qu'un inspecteur des routes.
Mais le nouveau consul, le vicomte Antoine Brenier de Montmorand, entre rapidement en conflit avec le Conseil municipal. S'ensuit une longue période de désorganisation, accentuée par le départ des réfugiés chinois après la guerre, le déclin des affaires commerciales et de sombres affaires d'opium. De graves incidents entre Chinois et Français en 1874 raniment de vives tensions au sein de la concession.
Selon le recensement de 1890, le nombre d’habitants de la concession s'élève à dont seulement 444 étrangers. Parmi ces derniers, il n'y a que 149 Français, le plus fort contingent étant composé des 41 officiers de police consulaire, suivi des membres des divers ordres religieux, puis des fonctionnaires du consulat et du Conseil municipal. Le premier groupe de frères maristes en Chine arrive en 1891.Dans leur propre concession, les Français sont donc très largement minoritaires parmi les étrangers (Britanniques, Américains, Allemands, Belges, etc.), phénomène qui s’amplifiera jusqu’à la fin de la concession françaiseEn 1930, on dénombrait 1208 Français parmi les habitant la concession française.. Au tournant du siècle, il ne reste qu'un seul établissement commercial français qui est l’agence des Messageries maritimes, la seule grande maison d’affaires française de Shanghai, le Comptoir national d’escompte de Paris, ayant préféré s’installer dans ce qu’on appelle le settlement anglais. Cent quatorze Français élisent également domicile dans la concession voisineAlbert Perquer, « La France et l’Empire du Milieu – 1. Shanghai », Paris, Le Correspondant, vol. 172, 10 septembre 1893, p. 863-865.. Les Français de passage à Shanghai se désolent de cette désaffection de leurs compatriotes pour leur propre concession. Pour le géographe Onésime Reclus, « la concession anglaise, dont les habitants gèrent librement leurs intérêts, est la colonie modèle; c’est là que sont établis la plupart des résidents Français qui fuient le voisinage des bruyants quartiers de la ville chinoise, ou qui veulent échapper au pouvoir discrétionnaire de leur Consul armé de pouvoirs presque dictatoriaux ». On cherche la cause de « notre infériorité » dans « les pouvoirs quasi dictatoriaux confiés par notre législation aux Consuls généraux » qui font fuir les Français « vers la partie anglaise, plus libre »Albert Perquer, p. 866.. Le laissez-faire à l’anglo-saxonne de la concession internationale et son dynamisme économique spectaculaire attirent tant les particuliers que les entreprises commerciales.
En mai 1899, l'extension signée par le consul de France n'est que de , alors que, au même moment, la concession internationale (fusion des concessions britannique et américaine) s'agrandit de 760 hectares. Le refus d'alliance entre les deux concessions a raison de la France qui s'en trouve défavorisée. Parallèlement, le mouvement de révolte des Boxers s'étend et multiplie les exactions contre les chrétiens des provinces septentrionales de Chine. En 1900, les missions étrangères sont prises pour cible et leurs légations attaquées à Pékin. Après la libération de Pékin par l'Alliance des huit nations, le contingent de hommes stationné à Shanghai quitte la ville.
Fondée en 1903, l'université jésuite Aurore (avenue Dubail) devient la plus grande université catholique de Chine sous la République. thumb|Vue d'une maison de la concession française. thumb|right|Buste de Pouchkine dans un square de la concession française, installé par les Russes blancs en 1937, détruit pendant la révolution culturelle et remis en place en 1987. Jusqu'en 1940, la concession française connait un développement spectaculaire, les ruisseaux sont comblés et de grandes avenues sont tracées. On plante des platanes en 1902 avenue Joffre, qui donnent aujourd'hui le caractère de la vieille ville. Ils sont depuis appelés par les Chinois « arbres français ». La concession s'étend au centre, au sud et à l'ouest de la partie urbaine de la ville. Une bande de territoire va en plus à l'est par la rue du consulatAujourd'hui rue Jinling-Est, jusqu'au quai de France au sud du Bund. Le tramway fait son apparition en 1906, de même que l'automobile, dont le nombre dépassa en 1931La concession française de Shanghai : bref historique, de Marie-Laure des Dorides.. Une dernière extension est réalisée en 1914. Même les troubles de la Première Guerre mondiale n'affectent qu'à peine la concession.
thumb|upright=2|Carte de Shanghai en 1935, avec les limites de la concession française inscrites en rouge. Le est une aussi une date importante pour l'avenir politique de Chine puisque c'est aussi au sein de la concession française, dans une maison de briques grises sise rue Huangpi, que se tient le congrès fondateur du Parti communiste chinois« Dans un quartier branché de Shanghaï, la maison natale du PCC » - Article du Monde 25 septembre 2009.
Sun Yat-Sen possédait une maison rue Molière dans la concession, où il se retirait parfois de la tumulte révolutionnaire de son époque pour réfléchir et méditer sur ses idées..
En 1930, la concession française de Shanghai est à son apogée. C'est aussi à l'époque un quartier résidentiel prisé, où les étrangers aiment demeurer, surtout dans la partie nouvelle de la concession, où ils peuvent construire des maisons plus spacieuses. Les Américains y installent leur American College, rue PétainAujourd'hui rue Hengshan. Après la révolution de 1917, un afflux de Russes blancs fait croître leur population dans la concession de 41 (en 1915) à , et à , après l'occupation japonaise de la Mandchourie en 1934. En 1934, la concession française compte habitants, dont étrangers, parmi lesquels Russes-Blancs et seulement FrançaisJacques Guillermaz, Une vie pour la Chine, Robert Laffont, collection « Pluriel », 1989.
Dans les années 1930 et 1940, le seigneur du crime Du Yuesheng posséde une propriété de trois étages construite en 1936 dans la concession, au n°27 de la route Victor-Emmanuel III (devenue Shaoxing). Il y loge sa troisième concubine, Yao Yulan, une actrice d’opéra. C'est depuis devenu un restaurant.
gauche|vignette|Militaires français et tirailleurs indochinois du détachement français de Changaï en 1937.
Lors de la bataille de Shanghai, l'aviation chinoise bombarde lourdement à deux reprises la concession par erreur et cela fait plusieurs centaines de morts. À elle seule, l'attaque du fit 445 morts et 828 blessés..
Après la prise de Shanghai par les Japonais, leurs troupes traversent sans opposition la Concession Internationale, mais elles sont arrêtées à l’entrée de la concession française. Le vice-amiral Jules Le Bigot, commandant les Forces navales en Extrême-Orient, s’est assis sur un pliant au milieu de la rue, bloquant les véhicules et obligeant les Japonais à négocier. Finalement, seul un convoi de ravitaillement désarmé est autorisé à passer. Le , des convois non-armés japonais sont autorisés à traverser la concession française..