L'histoire du christianisme en France débute probablement au cours du . À partir de la séparation des Églises d'Orient et d'Occident, elle est principalement marquée par le rôle prépondérant de l'Église catholique dans la vie spirituelle et sociale du pays du Moyen Âge jusqu'à l'époque moderne puis, au et au début du , par la récession de l’emprise du clergé sur les fidèles et celle de la pratique religieuse.

Antiquité vignette|Baptistère Saint-Jean de Poitiers dont la construction remonte au .

L'évangélisation des Gaules, plus lente que celle des provinces orientales de l'Empire romain, débute sans doute au cours du mais reste difficile à appréhender. Le christianisme en Gaule pénètre probablement par des marchands venus d'Orient mais il est alors une religion non reconnue des autorités (religio illicita) dont peu de sources littéraires et de traces archéologiques témoignent. Cette religion est plus ou moins tolérée dans les faitsPaul Petit, Histoire générale de l’Empire Romain, Seuil, 1974, ., et les chrétiens ne sont pas systématiquement poursuivis. Seules des dénonciations nombreuses et concentrées dans une région ou une communauté aboutissent à une mise à mort d'apparence collective (martyrs de Lyon et de Vienne en 177)..

Le christianisme a dû suivre le courant commercial méditerranéen en remontant la vallée du Rhône dans laquelle sont attestées par Eusèbe de Césarée les premières communautés chrétiennes connues en 177, celles de Vienne et de Lyon.. Les chrétiens à cette époque se réunissent dans la clandestinité, sans doute dans des lieux de culte aménagés dans leurs demeures privées (maisons-églises ou domus ecclesiae) dont la structure est progressivement adaptée aux besoins des rituels (baptême et eucharistie).

Grégoire de Tours, dans son Histoire des Francs, amalgame des récits d'origines, de dates et de valeurs différentes, pour raconter l'histoire légendaire des sept missionnaires qui, au temps de la persécution de Dèce autour de 250, auraient été envoyés en Gaule par « les évêques de Rome » : Gatien de Tours, Trophime d'Arles, Paul de Narbonne, Saturnin de Toulouse, Denis de Paris, Austremoine de Clermont et Martial de Limoges.. En réalité, la fondation des premiers évêchés n'est connue le plus souvent que par des traditions locales tardives et légendaires qui visent à prouver l'antériorité d'un siège par rapport à un autre., et même à faire remonter la conversion aux temps apostoliques.. Ces traditions primitives, à l'historicité douteuse, s'appuient sur des monuments chrétiens dont les quelques traces archéologiques sont difficiles à interpréter, comme la crypte du martyrium de saint Denis ou le mons Cetardus au pied duquel s'est implanté le plus ancien cimetière chrétien de Paris à la fin du .). La lente et inégale christianisation des Gaules n'est ainsi perceptible jusqu'au que par les sources littéraires dont les passions et vies des saints fondent alors la partie principale du corpus..

De nombreuses légendes hagiographiques et traditions poétiques sont créées aux pour légitimer un sanctuaire, un pèlerinage, une fête ou des origines dynastiques, faisant apparaître des saints apostoliques et martyrs dont l'historicité n'est pas assurée. : Caprais et Foy d'Agen dont les corps, inconnus jusqu'au , apparaissent lors de translations miraculeuses de reliques. ; Maurice d'Agaune et ses compagnons dont les corps sont également inventés. ; Quentin à Vermand et Lucien de Beauvais qui apparaissent dans des tardives..

En dehors de Vienne et de Lyon (dont le deuxième évêque, Irénée de Lyon, est connu comme un des Pères de l'Église et le premier occidental à réaliser une œuvre de théologien systématique), il faut attendre le milieu du pour trouver trace d'autres communautés chrétiennes en Gaule.. L'étude des catalogues épiscopaux montre l'établissement d'une trentaine d'évêchés avant la Paix de l'Église.. Les communautés gauloises connaissent au un affermissement matériel, grâce aux dons des fidèles, voire à l'évergétisme de notables. Ce développement se retrouve dans l'historicité d'un nombre croissant d'évêques (historicité confirmée par les suscriptions des conciles ou les correspondances diverses) et les traces de construction d'églises à cette époque, ainsi que les plus anciens monuments chrétiens subsistant en Gaule, des baptistères rectangulaires (baptistère de Poitiers, baptistère de Lyon doté d'une abside)..

L'expansion du christianisme en Gaule se traduit en chiffres : alors que la population totale de chrétiens n'excède pas 2 % vers 250, elle atteint 5 à 10 % sous Constantin au .. Le concile d'Arles en 314 condamne le donatisme. Alors que l'arianisme se développe en Gaule, Hilaire de Poitiers, grand défenseur de l'orthodoxie nicéenne, condamne cette « hérésie » en 355. Du , les chrétiens sortent de la clandestinité et renforcent l'organisation de leur église. L'État romain s'estime menacé par leur expansion rapide. Ils , aussi suscitent-ils plusieurs persécutions..

En 380, le christianisme devient la religion officielle de l'Empire romain.

Martin de Tours introduit le monachisme en Gaule moyenne à la fin du : le monachisme martinien s'ancre autour de la Loire, tandis que les monachismes lérinien et cassianite se développent dans la Gaule méridionale au .

Moyen Âge À la fin du , l'occupation des Francs affecte un temps l'implantation chrétienne dans les régions où ils s'installent, mais le baptême de leur roi Clovis vers l'an 500 favorise la fusion de ce peuple germanique avec le peuple gallo-romain sous le couvert du christianisme nicéen de la Gaule. Cet événement apparaît a posteriori, dans l'historiographie française ancienne, comme un tournant historique majeur, symbole à la fois de la conversion du pays au catholicisme et de l'origine de la monarchie sacrée des rois de France, inscrit notamment dans les Grandes Chroniques de France rassemblée sous Louis IX (1214-1270).. De 511 à 673, les conciles mérovingiens tendent à codifier les rapports entre le roi et l'église nicéenneL'église nicéenne est assimilée par la théologie catholique à l'Église catholique et à elle seule : tous les ouvrages classiques traitant de ce sujet s'y conforment, comme ..

Le est une période importante, pour l'Europe comme pour la Gaule franque, de pénétration et d'expansion chrétienne. L'évangélisation des villes et des milieux aristocratiques dans laquelle s'impliquent directement les évêques, et celle des campagnes en pleine croissance démographique, favorise la multiplication des lieux de culte, notamment grâce aux défrichements, à l'irrigation et à la mise en culture menés à partir des fondations monastiques (tels les qui deviennent très vite des centres de hautes études sacrées). Cette période d'optimum climatique voit également le développement du réseau paroissial, les domaines ruraux de quelque importance ayant au moins au leur église propriétaire..

En quête d'un meilleur protecteur militaire contre les Lombards, le pape Étienne II rompt les dernières amarres de Rome avec l'Empire romain d'Orient (exarchat de Ravenne) en 754 et sacre Pépin le Bref roi des Francs. Dès lors, l'histoire du christianisme occidental se confond tant avec celle de l'Église de Rome qu'avec celle de la monarchie franque. : le document apocryphe appelé « Donation de Pépin » prétend créer le les États pontificaux.. Le concile de Charroux en 989 officialise la volonté de la Pax Dei et aboutit au principe de « Trêve de Dieu », manifestation du pouvoir croissant de l'Église dans la société.

Du , les chevaliers et souverains français prennent une part prépondérante dans les croisades en Espagne et en terre sainte. La création de l'Ordre du Temple en 1129 naît dans ce contexte de guerre sainte et de croisades. L’Inquisition médiévale chargée de lutter contre les « hérésies », est introduite devant les tribunaux ecclésiastiques par le pape Innocent III en 1199. Avant de s'adoucir au pour muer en « Sacrée congrégation du Saint-Office », elle marque la France par la vauderie d'Arras, les procès en sorcellerie en milieu urbain entre 1459 et 1461, la mise en cause des personnes de toutes conditions sociales, les conversions forcées de Juifs et son intervention à l'intérieur de la chrétienté catholique, rôle similaire à celui des croisades à l'extérieur. Le concile de Vienne de 1312 condamne les Templiers et interdit les béguinages.

Au Moyen Âge tardif, l'Église catholique n'a plus le rôle culturel et social qui était le sien au milieu du Moyen Âge féodal et qui l'avait rendue indispensable à l'exercice du pouvoir. Les mutations économiques induisent la création d'États modernes et d'entreprises privées : l'Église n'a plus autant de moyens fonciers et économiques pour rassembler culturellement. Sur le terrain politique, cela se traduit par l'affrontement du roi de France Philippe le Bel et du pape qui cherchent, chacun, à affirmer la primauté absolue de leur pouvoir, ce qui aboutit au grand schisme d'Occident de 1378 à 1418 : des papes se succèdent à Rome, d'autres à Avignon (voir papauté d'Avignon de 1309-1418).

La pragmatique Sanction de Bourges en 1438 marque le premier pas vers le gallicanisme.

Époque moderne Le concordat de Bologne signé en 1516 entre François et le pape Léon X régit les relations entre l'Église catholique et le roi de France jusqu'en 1790. Il donne aux rois de France un pouvoir sur l’Église dans leur royaume, dont ne disposait aucun autre souverain catholique.

Implanté en France dès les débuts de la Réforme grâce aux succès du luthéranisme, le protestantisme coexiste pacifiquement avec le catholicisme pendant une trentaine d'années, puis des guerres de Religion se déclenchent, marquées notamment par la création de la Sainte Ligue en 1568, par le massacre de la Saint-Barthélemy en 1572 et par l'édit de Nantes en 1598. Le concile de Trente de 1545 à 1563 marque « la coupure entre l'Église médiévale et l'Église des temps classiques ». La Compagnie de Jésus, fondée à Paris en 1539, s'engage fortement dans la réforme catholique post-tridentine. Cette Réforme est notamment marquée par un nouvel apogée du culte des saints et des reliquesLe concile de Trente réaffirme la légitimité de l’invocation des saints et de la vénération de leurs restes, tout en soumettant ces derniers à l’authentification épiscopale qui sous-tend une historicisation des reliques existantes. Cf. ..

La France adopte en 1582 le calendrier grégorien qui est toujours son calendrier au .

Le développement du culte marial en France voit son couronnement à l'occasion du vœu de Louis XIII en 1638 au cours duquel la Vierge Marie est proclamée sainte patronne de la France.

Louis XIV, cherchant à unifier son royaume sur les plans religieux, administratif et politique, souhaite faire disparaître le protestantisme de France. En 1685, il signe l'édit de Fontainebleau, souvent appelé Révocation de l'édit de Nantes. La conséquence la plus concrète de cet édit est l'accélération de l'exil définitif de quelque , soit environ un pour cent de la population du royaume, appartenant à l'élite intellectuelle, principalement au profit de tous les concurrents économiques de la France : l'Angleterre, les Pays-Bas, la Suisse et la Prusse, et parfois de leurs colonies comme l'Amérique ou l'Afrique du Sud.

Dans le contexte de cette révocation, Louis XIV souhaite alphabétiser le peuple et astreindre tous les enfants, quelle que soit leur confession, et notamment protestante, de suivre les mêmes écoles. Il signe l'Ordonnance royale du 13 décembre 1698 sur les écoles paroissiales. De facto, l'Église catholique de France prend en charge gratuitement ces derniers.

Le jansénisme se développe au et se confond au avec la lutte contre l’absolutisme et l’ultramontanisme. L'abbaye Port-Royal des Champs, centre névralgique de ce mouvement, est rasée sur ordre de Louis XIV en 1713