Jean Antoine d’Averhoult, ou Jan Anthony d’Averhoult ou Daverhoult, ou d'Averhould, né le à Utrecht aux Pays-Bas au temps des Provinces-Unies, mort le à Sedan en France, fut un patriote batave puis un révolutionnaire et un homme politique français. Issu d'une famille huguenote française réfugiée aux Pays-Bas un siècle auparavant, il fit le choix de la terre de ses ancêtres comme pays d'accueil après l'échec de la Révolution batave de 1787. Élu en 1791 député des Ardennes à l’Assemblée législative, il fut président de cette assemblée, en .
À propos de l'opportunité de déclarer la guerre, il proposa dans un premier temps de faire pression sur les États limitrophes, quitte à déclencher une guerre limitée, pour empêcher le rassemblement de troupes d'émigrés aux frontières. Cependant, dans un second temps, il rejeta toute idée de guerre d'ingérence. Lui, le citoyen cosmopolite, ne voulait pas d'une guerre pour porter les idées des Lumières aux peuples voisins, persuadé que la force des idées philosophiques suffisait à leur propagation, et permettait une progression, plus lente mais plus sûre, du « bonheur du genre humain ».
Partisan de la monarchie constitutionnelle, il quitta l'Assemblée législative en pour rejoindre le régiment, alors loyaliste, de son ami le général La Fayette ; après le 10 août 1792 et la fuite à l'étranger de son mentor, Jean Antoine d’Averhoult fut arrêté, alors qu'il tentait de quitter à son tour la France. Il se suicida alors d'un coup de pistolet.
Les origines familiales
La maison d’Averhoult est une vieille famille de la noblesse française. Elle est originaire d’Artois. Un certain Jean d'Averhoult sert le roi de France à la bataille d'Azincourt contre les Anglais en 1415. Il y laisse sa vie. Son fils David épouse Anne de Croÿ, descendante d'une des grandes familles nobles bourguignonnes. Une des branches se met au service des ducs de Bourgogne, puis des Habsbourg, assurant notamment la fonction de gouverneur de Saint-Omer et de Hesdin. Cette branche s’éteint à la fin du ..
Une autre branche continue à servir la couronne française. Un certain Aleaume d'Averhoult est seigneur de TourteronLes piles du bras nord du transept de l'église de Tourteron sont ornées des armoiries d'Averhoult. Cf. l'ouvrage d'Hubert Collin sur les églises anciennes d'Ardennes cité dans l'article Wikipédia consacré à l'Église Saint-Brice de Tourteron., et de Lobbe, dans le nord de la Champagne. Ses descendants se marient au sein de la noblesse française locale. Les hommes sont pour la plupart militaires. Ainsi, un Jean d'Averhoult, petit-fils d'Aleaume, devient lieutenant d'une compagnie du régiment d'Henri-Robert de La Marck, duc de Bouillon et prince de Sedan. La principauté de Sedan est alors un îlot protestant dans la région. Implantés non loin de Sedan, les Averhoult adoptent la foi calviniste. Leurs biens ne sont pas loin de Sedan. Jean d'Averhoult est le premier seigneur de Guincourt, une seigneurie désormais durablement associée à cette famille. Un des fils de Jean, le deuxième de son troisième mariage, JacquesUne pierre tombale porte les effigies de Jacques d'Averhoult, capitaine au régiment de Turenne, et de Jeanne de Son, son épouse, dans l'église Saint-Jean-Baptiste de Brienne-sur-Aisne. est capitaine dans le régiment de Turenne. Son fils Jean est capitaine de cavalerie dans le régiment de Montdejeu. Mais à la suite de la révocation de l’édit de Nantes en 1685, les nobles huguenots n'ont plus leur place dans l'armée française, malgré le rôle important qu'ils y ont joué. Le petit-fils de Jacques d'Averhoult, prénommé également Jean, ne se voit offrir aucun poste de commandement et se prépare à émigrer lorsqu'il décède en 1691. Son épouse quitte la France pour les Provinces-Unies, désirant élever ses quatre enfants, encore en bas âge, dans la foi calviniste. En Provinces-Unies, les Averhoult prennent soin de conserver leur titre de seigneurs de Guincourt, gardant ainsi le souvenir de leur lignée. Leurs biens en France sont en bonne partie confisqués. Dans leur nouvelle patrie, les fils choisissent le plus souvent la carrière des armes et sont amenés à se battre contre l'armée française. La famille tisse des liens avec la bourgeoisie néerlandaise, mais très peu avec la noblesse de ce pays..
Jean Antoine d'Averhoult est de la troisième génération née dans cette nouvelle patrie, en Provinces-Unies. Il est né à Utrecht en 1756.
Le patriote batave
Après une brève carrière militaire, au sein d'une armée mécontente de son prince, Jean Antoine d'Averhoult fréquente les milieux d'opposition, et participe aux réunions d'une loge maçonniqueSur le lien entre franc-maçonnerie et politique au , on peut lire le numéro 7 de la revue Lumières : , qui comprend Joan Derk van der Capellen tot den Pol. Il appartient aux patriotes, ces Néerlandais partisans de la démocratie, se qualifiant de Bataves. Ceux-ci s'opposent dans les années 1780 au Guillaume V d'Orange-Nassau qu'ils accusent de népotisme et de corruption. Ils sont inspirés par la philosophie des Lumières et manifestent généralement de l'intérêt et de la sympathie pour la guerre d'indépendance américaineNicolas de Condorcet écrit dans son hommage funèbre à Benjamin Franklin, en 1790 : , synthétisant ainsi l'influence de la Révolution américaine de l'autre côté de l'Atlantique, au sein d'une partie de la bourgeoisie, mais aussi de la noblesse européenne.. En 1785, Guillaume d'Orange doit prendre la fuite.. vignette|alt=Gravure représentant des membres d'une milice de patriotes|Membres d'une .
En cette année 1785, âgé d'un peu moins de trente ans, Jean Antoine d'Averhoult est officier d'une des milices privées d'Utrecht, les , regroupant les patriotes bataves. L'ancien conseil d'Utrecht est resté en place. Mais ce conseil se montre trop orangiste, ce qui entraîne des protestations. Le , Jean Antoine d'Averhoult est un des deux négociateurs des milices auprès du conseil d'Utrecht. En , le compromis restant lettre morte, les patriotes destituent la plupart des conseillers municipaux. Un nouveau conseil est mis en place dont Jean Antoine d'Averhoult est membre.. À la suite de cette destitution, le conseil orangiste de la province d'Utrecht déménage à Amersfoort. Le , les orangistes voulant reprendre Utrecht, Jean Antoine d'Averhoult dirige avec succès, en tant qu'officier, les milices bourgeoises qui repoussent les orangistes à la bataille de Vreeswijk...
Aux États généraux des sept Provinces-Unies, trois provinces votent orangistes, trois provinces rallient les patriotes et les députés d'Utrecht jouent un rôle-clé. Pour fortifier leur position politique, les patriotes d'Utrecht forment en un contre-conseil de province à Utrecht et envoient le Jean Antoine d'Averhoult aux États généraux. Après quelques journées de débats tumultueux, la session s'envenime le et, situation unique dans l'histoire parlementaire néerlandaise, le baron Van ZuylenIl s'agit du frère aîné de la femme de lettres hollandaise d’expression française Isabelle de Charrière, appelée dans sa jeunesse Belle Van Zuylen., représentant le conseil provincial d'Amersfoort, sort son épée de son fourreau et se dirige vers Jean Antoine d'Averhoult. Celui-ci quitte la salle pour éviter un combat au milieu de l'assembléeJean Antoine d'Averhoult aurait provoqué le baron Van Zuylen en duel à la suite de cette altercation, si l'on en croit Emmanuel May, et aurait été blessé. D'autres sources prétendent que ce duel, non décisif, n'a pas eu lieu : Jean-Daniel Candaux, Introduction aux Œuvres complètes d'Isabelle de Charrière, 1981.. Le contre-conseil est exclu des États-Généraux..
En , l'armée prussienne commandée par Charles Guillaume Ferdinand, duc de Brunswick, vient prêter main-forte à Guillaume V d'Orange-Nassau et rétablir le dans ses pouvoirs. Un grand nombre de patriotes s'enfuit en France, notamment dans la région de Saint-Omer. Jean Antoine d'Averhoult est du nombre et choisit le pays de ses ancêtres, où sa famille possède toujours des propriétés. Il se fait naturaliser français.. vignette|alt=peinture de Joseph-Désiré Court représentant le général La Fayette en uniforme en 1791 |La Fayette, en uniforme de lieutenant-général de 1791, peint par Joseph-Désiré Court en 1834.
L'homme politique français pendant la Révolution
En 1789, Jean Antoine d'Averhoult, ou DaverhoultLes deux orthographes se trouvent, d'Averhoult ou Daverhoult, la contraction de la particule au nom ayant été assez commune en France durant les années révolutionnaires., se déclare en faveur de la Révolution française. Il devient membre du directoire administrant le département des Ardennes.. Il est également un des premiers membres du club des Feuillants à Paris, en , où il retrouve d'autres compatriotes bataves, notamment Joan Geelvinck et Paul-Henri Marron, et devient l'un des dirigeants de ce groupe politique.. Il y côtoie également des personnalités telles que Antoine Barnave, Adrien Duport, les frères Lameth (Alexandre, Charles Malo, et Théodore), Emmanuel de Pastoret, Mathieu Dumas, François de Jaucourt, Vincent-Marie Viénot de Vaublanc, ainsi, bien sûr, que le marquis de La Fayette, militaire auréolé de sa participation à la guerre d'indépendance américaine puis de son commandement de la garde nationale de ParisLe général La Fayette commande la garde nationale parisienne du 15 juillet 1789 au 8 octobre 1791..
Le , il est élu député des Ardennes à l’Assemblée législative. Le décret du écartait les membres de l'ancienne Constituante des candidatures possibles, et imposait ainsi des hommes nouveaux dans la nouvelle législature.. Parmi les candidats pour ce département septentrional, il arrive en troisième position en nombre de voix, sur huit députés à élire, avec sur au sein du collège électoral, dans une élection en deux temps.. Il rejoint les rangs des modérés, favorable à la monarchie constitutionnelle et désireux de stabiliser le régime sur la base de la constitution de 1791. Il devient également membre suppléant du comité diplomatique de cette assemblée, chargé de contrôler l'action du ministre des Affaires étrangères..
Membre du comité diplomatique
En ces premiers mois de la Législative, le comité diplomatique se trouve au cœur d'un des plus importants débats de l'Assemblée, le débat sur la guerre. Ce thème est mis en avant par les Girondins, et particulièrement par le député Brissot. Ils sont persuadés que la guerre est nécessaire, autant pour consolider la Révolution que pour l’exporter.. Le , Christophe-Guillaume Koch, rapporteur du comité diplomatique, énonce les premières propositions sur les mesures à prendre contre les rassemblements de nobles émigrés aux frontières. Quelques jours plus tard, le , Jean Antoine d'Averhoult intervient en son nom propre dans les échanges. D'Averhoult considère que les émigrés ne représentent pas encore une grande menace, mais il convient qu'il est temps de faire cesser ces rassemblements avant que ce danger ne prenne de l'importance. Il fait référence dans son discours à son expérience de patriote batave : .. Il propose de forcer les électeurs de Trèves et de Mayence, ainsi que l'évêque de Spire à disperser les attroupements d'émigrés hostiles par un ultimatum. Jean Antoine d'Averhoult semble à cet instant, à la différence d'une bonne partie des Feuillants, se rallier aux partisans d'une politique de fermeté, voire d'une guerre limitée... Sa motion est renvoyée au comité diplomatique, et oblige Koch à présenter le un nouveau rapport sur cette question. Koch atténue le ton, et les moyens prônés par Averhoult : il ne croit pas utile de recourir dès maintenant à des menaces et remet en exergue l’intérêt de négociations en pressant toutefois le roi de renouveler le très critiqué corps diplomatique.
Président de l'Assemblée législative vignette|alt=Gravure représentant la salle du Manège où se réunissait l'Assemblée législative|Vue de l'Assemblée nationale législative siégeant dans la salle du Manège le .