Le Mouvement libertaire (en , en ) est une structure de coordination, fondée en en Espagne, qui réunit la Confédération nationale du travail, la Fédération anarchiste ibérique et la Fédération ibérique des jeunesses libertaires.
Débordant le concept strict de mouvement anarchiste, le concept est déjà utilisé par Sébastien Faure dans La synthèse anarchiste en 1928 ou par Jean Grave dans son ouvrage Le mouvement libertaire sous la , publié en 1930.
Par extension, le terme désigne dans le langage courant, l'ensemble des individus ou structures collectives qui sont proches des courants anarchistes ainsi que le démontre le Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone publié en 2014.
Historique En Espagne
En , à la suite des affrontements des journées de mai 1937 à Barcelone, la nécessité de changer en profondeur le schéma organisationnel de l'anarcho-syndicalisme pousse la Confédération nationale du travail, la Fédération anarchiste ibérique et la Fédération ibérique des jeunesses libertaires, à constituer le Mouvement LibertaireSerge Salaün, Carlos Serrano, Autour de la guerre d'Espagne, Presses Sorbonne Nouvelle, 1993, page 43.François Godicheau, Les mots de la guerre d'Espagne, Presses Universitaires du Mirail, 2003, , page 6..
Le terme devint d’usage courant seulement en 1937 et 1938.
En , est créé un Comité exécutif du Mouvement libertaire (CEML) qui vise à renforcer la cohérence de l'action des trois composantes considérées comme un tout organiqueFrançois Godicheau, La guerre d’Espagne. République et révolution en Catalogne (1936-1939), Paris, Éditions Odile Jacob, 2004, Chapitre VIII. La transformation du mouvement libertaire.. Selon l'historien Miguel Amorós, ayant capitulé devant l'enjeu révolutionnaire, les principaux dirigeants du Mouvement libertaire se rallient à l'option stalinienne, dont le résultat final est l'enterrement de la révolution et la défaite militaireGeorges Ubbiali, Durruti dans le labyrinthe, revue Dissidences, Bibliothèque de comptes rendus, 4 mai 2011, texte intégral..
En , l'organisation féminine libertaireMary Nash, Femmes Libres : Espagne, 1936-1939, La pensée sauvage, 1977, lire en ligne. Mujeres Libres demande sa reconnaissance comme branche autonome du Mouvement libertaireJean-Paul Salles, Mujeres Libres, des femmes libertaires en lutte. Mémoire vive de femmes libertaires dans la Révolution espagnole, revue Dissidences, Bibliothèque de comptes rendus, 11 juin 2011 texte intégral.. La proposition des femmes libres est rejetée, sous le prétexte qu' « une organisation spécifique de femmes injecterait un élément de désunion et d’inégalité au sein du mouvement libertaire et aurait des conséquences négatives pour la défense des intérêts de la classe ouvrière »Martha A. Ackelsberg, « Séparées et égales » ? Mujeres Libres et la stratégie anarchiste pour l’émancipation des femmes, Feminist studies, vol. 11, n°1, printemps 1985, pp. 63-83, texte intégral. Les détracteurs de Mujeres Libres clament l'universalisme du mouvement libertaire ; concevoir une lutte des femmes revient à nier la substance vitale du mouvement. De plus, il induit une révolution en une seule et unique étape : la révolution libertaire sera totale et globalisante, l'émancipation des femmes et des hommes y est incluseYannick Ripa, Le genre dans l'anarcho-syndicalisme espagnol (1910-1939), Clio, Histoire‚ femmes et sociétés, n°3, 1996, texte intégral..
Mouvement libertaire en exil Après la défaite et la retirada, le à Paris, est constitué le Conseil général du Mouvement libertaire espagnol (MLE). dont font partie notamment Federica Montseny, Juan Garcia Oliver, Juan Manuel Molina Mateo, Germinal de SousaDictionnaire international des militants anarchistes : Germinal de Sousa. et Pedro Herrera CamaretoDictionnaire international des militants anarchistes : Pedro Herrera Camareto..
Entre 1939 et 1975, le Mouvement libertaire espagnol organise des filières de passage clandestin utilisées par la guérilla antifranquisteGuillaume Goutte, Passeurs d'espoir : réseaux de passage du Mouvement libertaire espagnol (1939-1975), Éditions libertaires, 2013, extraits en ligne.. Sigfrido Catalán, Ramon Rufat, José Expósito Leiva font partie de ses dirigeants qui organisent la résistance intérieure, la propagande et les exfiltrations, ils sont régulièrement arrêtés ou exécutés.
Lors de son congrès ouvert le à Paris et réunissant 329 délégués représentant 442 fédérations locales et adhérents, le MLE réaffirme être « partisan du maintien de l’action directe » sur le terrain immédiat en Espagne franquisteLe Congrès du mouvement libertaire espagnol, Le Libertaire, n°6, juin 1945, texte intégral..
En France Lors de la Seconde Guerre mondiale, dans la France occupée, c’est dans la clandestinité, lors d'une conférence organisée en Nicolas Inghels, Le mouvement anarchiste en Belgique francophone de 1945 à 1970, Mémoire de licence en Histoire contemporaine, sous la direction de José Gotovitch, Université libre de Bruxelles, 2002, page 70., que se constitue le Mouvement Libertaire, fusion de deux organisations d'avant-guerre : l’Union anarchiste (UA) et la Fédération anarchiste de langue française (FAF)Qu’est-ce que le Mouvement Libertaire ?, Le Libertaire, n°1, 21 décembre 1944, La presse anarchiste, lire en ligne..
Le , se tiennent les assises du Mouvement libertaire, qui donnent naissance à la nouvelle Fédération anarchisteSimon Luck, Sociologie de l’engagement libertaire dans la France contemporaine. Socialisations individuelles, expériences collectives, et cultures politiques alternatives, Thèse pour le doctorat de science politique sous la direction d'Yves Déloye, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Département de science politique (UFR11), École doctorale de science politique (ED 119), Centre de recherches politiques de la Sorbonne (UMR 8057), 2008, texte intégral..
Maurice Joyeux précise : « Le Mouvement libertaire, fédérait trois tendances représentées par trois journaux : Ce qu'il faut dire, qui rassemblait Louis Louvet et ses amis ; Le Combat syndicaliste, organe de la minorité anarcho-syndicaliste de la CGT, animé par Pierre Besnard et Le Libertaire, organe de la Fédération anarchiste, créé par une autre motion du Congrès »Maurice Joyeux, L'Hydre de Lerne, Fédération Anarchiste, 1996, p. 3-4..
Évolutions contemporaines À la fin du e siècle, les termes anarchiste et libertaire sont utilisés comme des synonymes.
En France, à la suite des lois votées dans l'urgence les 11 et et le , interdisant tout type de propagande, les anarchistes s'emparent du mot libertaire pour s'identifier et poursuivre leurs activités, notamment éditoriales.
Au e siècle, un mouvement libertaire spécifique émerge, qui déborde le cadre historique du mouvement anarchiste.
Dans les années 1960-1970, le mouvement libertaire marque une rupture générationnelle et idéologique avec les vieilles traditions anarchistes jugées dépassées, au profit de la mouvance contestataire. Aujourd'hui, un grand nombre de militants se réclament de l'héritage libertaire tout en refusant l'étiquette anarchisteSylvain Boulouque, La fin du PCF : vers un néo-communisme ?, Communisme, n°72-73, L'Age D'Homme, 2002-2003, page 198..
Selon l'historien Gaetano Manfredonia, il existe « une histoire conflictuelle [au sein du mouvement] qui ne présente que peu de rapports avec les manifestations de prétendus « principes intangibles » de l’Anarchisme. En bien des points l’image traditionnelle que l’on se fait du mouvement libertaire, sa signification et sa portée, doit être profondément révisée »Gaetano Manfredonia, Études sur le mouvement anarchiste en France : 1848-1914, Thèse de doctorat, Histoire, dir. Raoul Girardet, Institut d’Études Politiques Paris, 1990, résumé en ligne..
Selon le politologue Simon Luck, le mouvement libertaire actuel se caractérise par des modes d’organisation horizontaux, des modes de délibération basés sur la démocratie directe et des répertoires d’action directe. Par ailleurs, le mouvement libertaire invente une nouvelle articulation entre l’autonomie des individus et la préservation de leur identité au sein du collectif, une transformation globale de l’engagement dans le sens d’une émancipation toujours plus grande des acteurs vis-à-vis des identifications collectives, un dépassement des contraintes du militantisme classique.
Pour le sociologue Mimmo Pucciarelli, on assiste, depuis la fin des années 1960, à un renouveau du mouvement libertaire. Il souligne que les « libertaires de l'an 2000, tout en continuant à exprimer leur sensibilité libertaire et une forte solidarité pour le plus démunis, ne sont plus les porteurs du rêve du Grand Soir, ou de celui visant à créer un paradis sur terre. Pourtant, par leurs pratiques quotidiennes et la problématique qui est la leur (quelle liberté et quelle justice pour un monde meilleur ?), ils continuent à parcourir les chemins de l'utopie. »Mimmo Pucciarelli, Les libertaires de l'an 2000 sociologie de l'imaginaire libertaire d'aujourd'hui, Thèse de doctorat en sociologie sous la direction de Alain Pessin, Université Pierre-Mendès-France - Grenoble II, 1998, résumé en ligne.
Un concept protéiforme Débordant le concept strict de mouvement anarchiste, l'expression mouvement libertaire est utilisée dans des cadres extrêmement divers et parfois contradictoires, en voici quelques illustrations : « Ces dernières années surtout, en France tout particulièrement, l'existence de ces trois éléments anarchistes [l'anarcho-syndicalisme, le communisme-libertaire, l'individualisme-anarchiste], loin d'avoir fortifié le mouvement libertaire, [a] eu pour résultat de l'affaiblir. » - Sébastien Faure, La synthèse anarchiste, 1928, texte intégral. « Mais ce n'était pas sans peine que les anarchistes syndicalistes s'efforçaient d'entraîner l'ensemble du mouvement libertaire dans la voie nouvelle qu'ils avaient choisie. » - Daniel Guérin, L'Anarchisme : de la doctrine à l'action, Paris, Gallimard, 1965, .. « Le besoin se fait sentir d'un mouvement libertaire fort, d'une offensive des organisateurs et des militants qui, par leur exemple et par un travail d'éducation, rendront les ouvriers réceptifs aux idées libertaires. » - Sam Dolgoff, Le néo-archisme américain. Nouvelle gauche et gauche traditionnelle, Le Mouvement Social, n°83, avril-, page 12. « Le mouvement féministe se présente, dans l'idéologie comme dans la pratique, comme un mouvement libertaire et anti-institutionnel. » - Tamar Pitch, Violence sexuelle, mouvement féministe et criminologie critique, Déviance et société, 1985, page 260. « La réduction du gauchisme au seul mouvement libertaire est donc un préalable aussi discutable qu'inutile : c'est à tenir compte, en effet, du contexte de la décolonisation que l'on peut avancer l'hypothèse selon laquelle le gauchisme, même dans sa composante léniniste, contribue ainsi à rendre « audible » une critique du totalitarisme. » - Évelyne Pisier, revue Pouvoirs, n°39, 1986, page 19. « Je suis de ceux pour qui la critique du totalitarisme et le grand mouvement libertaire des années soixante et soixante-dix n'auraient pas eu le même sens s'il n'avait été possible de les rapporter au système philosophique de C. Castoriadis. » - Jean-Pierre Dupuy, Individualisme et auto-transcendance, Revue européenne des sciences sociales, Librairie Droz, 1989, page 245. « Anatole France, qui tint souvent des propos antimilitaristes, se rapprocha du mouvement libertaire à plusieurs reprises. » - Thierry Maricourt, Histoire de la littérature libertaire en France, Albin Michel, 1990, page 175. « Des pratiques caractéristiques du mouvement libertaire dans la volonté éducationniste pour une émancipation vis-à-vis des anciennes structures sociales et mentales. » - Christiane Passevant, Claire Auzias, Mémoires libertaires : Lyon 1919-1939, L'Homme et la société, n°1, 1994, page 196.