Dennis Howard Marks (né le et mort le ) est un écrivain britannique et un ex-trafiquant de drogue qui est devenu célèbre comme trafiquant international de cannabis après avoir été inculpé dans plusieurs affaires de grande ampleur. Au pic de sa carrière, il aurait supervisé des expéditions de près de de marchandises, et entretenait des liens avec des groupes aussi variés que la CIA, l’IRA, le MI6, et la Mafia. Il a été poursuivi et condamné par la DEA (l’agence américaine de lutte contre le trafic de drogue) à purger une peine de 25 années de prison dans la prison fédérale de Terre Haute. Il a été libéré au bout de sept ans, en . Bien qu’il ait eu quarante-trois identités ou pseudonymes différents, il est devenu célèbre sous le nom de , après avoir acheté le passeport d’un condamné pour meurtre, Donald Nice.
Jeunesse et éducation Marks est né à Kenfig Hill, près de Bridgend, au Pays de Galles, fils de Dennis Mark, un capitaine de la marine marchande, et Edna, une institutrice. Il a déclaré que son souvenir d’enfance le plus lointain est d’avoir jeté par-dessus bord le chat de navire de son père dans l’océan Indien ; il a aussi déclaré que ce souvenir l’avait hanté pendant toute sa vie, et qu’il était si jeune qu’il espérait que le chat attrape des poissons et remonte sur le bateau. Éduqué comme un baptiste, il s’est ensuite tourné vers le bouddhisme, mais il n’a jamais été un disciple très fervent. Il est allé à l’école primaire Garw à Pontycymer. Il parle gallois couramment.
Il a gagné sa place au Balliol College d’Oxford après avoir, pendant son entretien, impressionné Russel Meiggs, un professeur réputé de civilisation romaine. Il y a suivi des cours de Physique de 1964 à 1967. C’est là qu’il essaie le cannabis pour la première fois par l’intermédiaire de Denys Irving. Après la mort de son ami Joshua Macmillan (fils de Maurice Macmillan ; petit-fils de Harold Macmillan), Marks s’est juré de ne jamais toucher aux drogues dures. Parmi ses autres amis à Balliol, il y avait l’épidémiologiste Julian Peto et la journaliste Lynn Barber. Grâce à une combinaison de tricherie et d’intenses révisions de dernière minute, il a réussi ses examens de fin d’année ; et ce, malgré des mois passés à s’intoxiquer plutôt qu’à aller en cours et une sérieuse infection développée quelques semaines avant les examens.
En 1967, il commença une formation pour devenir enseignant, et il se maria avec Ilze Kadegis, une Lettonne qui suivait la même formation. Il abandonna cette formation pour poursuivre ses études à l’université de Londres (1967-68), puis il retourna à Balliol à Oxford (1968-69), et ensuite à l’université du Sussex (1969-70) pour étudier la philosophie des sciences.
Un empire du cannabis Bien qu’ayant goûté la drogue à l’université, il n’avait vendu du cannabis qu’à ses amis proches ou à des connaissances jusqu’en 1970, quand on le persuada de venir en aide à Graham Plinston, qui s’était fait arrêter en Allemagne pour trafic de drogue. Par l’intermédiaire de Plinston, il fit la connaissance de Mohammed Durrani, un exportateur de haschich, descendant des Durranis ayant régné sur l’Afghanistan au . Avec Plinston derrière les barreaux, Durrani proposa à Marks de vendre la drogue à une grande échelle à Londres, et il accepta la proposition. Il forma un partenariat avec quatre associés, Charlie Radcliffe, Charlie Weatherly et un dealer prénommé Jarvis. Cependant Durrani ne fit jamais appel à eux, et le groupe acheta de plus petites quantités de haschich à d’autres fournisseurs et commença à le vendre à des consommateurs à Oxford, Brighton et Londres. Au bout de six mois, il retourna en Allemagne pour aider à faire libérer Plinston sous caution, puisqu’avec son casier judiciaire vierge il était le candidat idéal pour passer la frontière avec une importante somme d’argent.
De nouveau libre, Plinston confia à Marks une mission de transport de haschich à Francfort ; Marks quant à lui recruta un trafiquant néo-zélandais nommé Lang comme chauffeur. Après avoir payé Marks pour son travail à Francfort, Plinston fournit du haschich à Marks et ses trois amis (Radcliffe, Weatherly, et Jarvis) à Londres ; en vendant près de en l’espace d’une semaine, les quatre hommes réalisèrent un profit de . Ensuite, Durrani fit le nécessaire pour faire passer du haschich dans les meubles de diplomates pakistanais qui venaient s’installer à Londres ; Marks devrait intercepter les meubles pour y trouver la drogue - cette combine lui rapporta un profit de . Marks décida d’agrandir son entreprise en recrutant deux amis gallois, Mike Bell et David Thomas, pour stocker la marchandise et l’aider à la transporter. L’équipe devint vite frustrée de la façon dont les profits étaient partagés (80 % de l’argent issu de la vente allait dans les poches de Durrani) et ils prirent contact avec James Mc Cann, un trafiquant d’armes pour l’Armée républicaine irlandaise provisoire (IRA). Marks et Plinston persuadèrent Mc Cann de faire acheminer du haschich directement de Kaboul en Irlande, que les deux se chargeraient de transporter en ferry au Pays de Galles, puis en Angleterre ; Mc Cann ferait venir la drogue via l’aéroport détaxé de Shannon en utilisant ses contacts avec l’IRA. Marks évitait d’attirer l’attention des services fiscaux en créant des fausses factures qui indiquaient qu’il gagnait son argent grâce à la vente de timbres de collection et à une boutique d’habillement.
En 1972, il gagnait par cargaison. À la fin de l’année il fut sollicité par Hamilton McMillan des Services Secrets Britanniques (MI6), un ami d’Oxford, qui recruta Marks pour le compte du MI6 grâce à ses connexions dans les pays producteurs de haschich (Liban, Pakistan et Afghanistan), pour sa capacité à séduire des femmes, et pour ses contacts avec l’IRA. L’année suivante Marks commença à exporter du cannabis aux États-Unis par l’intermédiaire de la confrérie de l’Amour Éternel, en cachant la drogue dans le matériel de groupes de rock britanniques fictifs qui étaient censés partir en tournée aux États-Unis. Il continua à développer ses opérations en faisant des affaires avec d’autres trafiquants, et en utilisant régulièrement son réseau d’Oxford. Étant donné que Mc Cann risquait d’être abattu par l’IRA si le MI6 les informait qu’il était impliqué dans du trafic de drogue, Marks mit un terme aux opérations de contrebande à l’aéroport de Shannon.
Après l’affaire Littlejohn, le MI6 cessa toutes formes de collaborations avec Marks, tandis que son opération avec les États-Unis prit fin quand des policiers démontèrent un haut-parleur rempli de cannabis et arrêtèrent James Grater un des membres du gang impliqué, ce qui conduit à des arrestations en Europe. Marks fut arrêté par la police hollandaise en 1973, mais il ne se présenta pas au tribunal en 1974 ; la presse Britannique en fit alors une figure médiatique en faisant état de rumeurs selon lesquelles il avait été enlevé par l’IRA pour ses relations avec le MI6. Avec le gros de sa fortune confisqué par les autorités, il prit la route direction l’Italie, où il vécut trois mois dans un camping-car avant de revenir secrètement en Angleterre en 1974. C’est à cette époque qu’il commença une relation avec Judy Lane ; le couple allait ensuite se marier et faire trois enfants (Amber, née en ; Francesca, née en , et Patrick, né en ). Avant cela il avait vécu une relation pendant cinq ans avec Rosie Lewis, avec qui il eut une fille prénommée Myfanwy. Marks a ensuite mit en relation Ernie Combs, membre de la confrérie de l’Amour Éternel, avec John Denbigh, un homme avec des connexions dans la production de haschich népalais. Avec l’aide de Yakuza, de grandes quantités pourraient être exportées vers l’aéroport JFK en les dissimulant dans des climatiseurs, et le clan mafieux de Don Brown (dirigé par Carmine Galante) en prendrait possession. Une opération portant sur de haschich fut organisée et exécutée le , et fit de Marks un homme riche. Il y eut d’autres deals avoisinant les , et Marks continuait à vivre sous des noms d’emprunt au Royaume-Uni. En 1976, il fit un voyage aux États-Unis, et organisa un deal d’une tonne entre Combs et Sam le Libanais, empochant par la même occasion ; il continua à organiser des deals entre ses divers amis américains et ses contacts en Extrême Orient. À la recherche d’une nouvelle identité après que son pseudonyme de l’époque Anthony Tunnicliffe ait été repéré par la police, il acheta le passeport de Donald Nice en 1978.
« Entre 1975 et 1978, vingt-quatre cargaisons correspondant à un total de 55000 livres de marijuana et de haschich ont été importées avec succès à l’aéroport de JFK, New-York. Ces transactions avaient impliqué la Mafia, les Yakuza, la confrérie de l’Amour Éternel, l’armée thaïlandaise, l’Organisation de libération de la Palestine, les Forces armées pakistanaises, les moines Népalais, et d’autres individus de toutes les professions. Le profit dégagé par tous ceux impliqués approchait les . Ils avaient eu leurs heures de gloire. » —Conclusion de Marks à propos de la période du trafic de l’aéroport JFK dans son autobiographie Nice ; Cette période arriva à son terme quand la DEA commença à intercepter les marchandises et à arrêter des membres de la Mafia de New York.
À la fin des années 1970, la famille criminelle des Trafficante, avec à sa tête Santo Trafficante Junior, importait du cannabis en provenance de Colombie aux États-Unis sur des cargos, ce qui faisait baisser le prix de l’herbe à la revente partout en Amérique. En , Trafficante exporta pas moins de de cannabis directement de Colombie à Marks et à ses contacts au Royaume-Uni, suffisamment pour répondre à la demande du marché britannique pendant toute une année. En 1980, Marks a été arrêté par les douanes pour son rôle dans l’importation de 15 millions de livres sterling de cannabis ; la police avait suivi des associés de la famille Trafficante sur le lieu d’un important dépôt de cannabis. Lors de son arrestation, il était en possession de nombreuses pièces à conviction ainsi que de en liquide.
Défendu par Lord Hutchinson, Marks plaida « non coupable », en concoctant une histoire selon laquelle il était un agent du MI6 (dissimulant le fait que sa relation avec le MI6 avait pris fin en 1973), et des Services Secrets Mexicains qui lui avait fourni une identité de trafiquant de drogue pour mettre la main sur James Mc Cann (recherché en Angleterre pour ses activités au sein de l’IRA). Le jury le déclara innocent pour les accusations de trafic de drogues, mais coupable de l’utilisation de faux passeports, et Marks fut condamné à deux ans d’emprisonnement, mais il fut libéré au bout de cinq jours car il avait déjà purgé une grande partie de la peine avant que le verdict ne soit prononcé. Les douanes de sa majesté l’ont ensuite arrêté pour son rôle dans une opération de trafic de 1973, mais à la suite d’un plaidoyer de marchandage et d’une remise de peine, il ne purgea que trois mois sur une peine de trois ans.
Libéré en , bien que la plupart de ses employés soient encore en prison pour des faits dont il avait été innocenté, il passa l’année suivante à gérer un commerce légal d’importation de vin. Néanmoins, il continuait à dépenser plus d’argent qu’il n’en gagnait et l’épargne qu’il avait mise de côté grâce au trafic de drogue dans les années 1970 commençait à se réduire. En 1983, Mc Cann était toujours en cavale et son activité de contrebande était florissante ; il proposa à Marks l’opportunité de vendre de cannabis et celui-ci accepta. Cependant la police hollandaise intercepta la totalité de la marchandise et arrêta Mickey Williams, un membre des réseaux souterrains londoniens qui avait accepté d’aider Marks dans l’affaire.