L’Action Zamość (en allemand « ») est un projet expérimental de colonisation mené par le Troisième Reich en Pologne. Ce projet est appliqué, à partir de 1942, par le chef de la police et des SS du district de Lublin, Odilo Globocnik, à Zamość, une circonscription administrative du Gouvernement général de Pologne. Il a été longuement élaboré dès 1941, sous l’impulsion du Reichsführer-SS Heinrich Himmler, à partir d’études détaillées menées par des experts SS de la colonisation. La région de Zamość a été choisie en raison de la présence de colons allemands établis durant le règne de , de la richesse du terroir et de Zamość même, une ville datant de la Renaissance.

La première implantation a lieu à la fin de l'année 1942, après la déportation des habitants juifs, l’expulsion des Polonais, le déplacement des Ukrainiens (réimplantés dans d'autres villages du district) et une sélection précise des venus de toute l'Europe. Elle est rapidement renforcée par une seconde implantation au tout début de , mais ces établissements coloniaux gérés par la SS demeurent précaires : ils sont rapidement attaqués par la résistance polonaise, renforcée par des prisonniers de guerre évadés et des soldats soviétiques débandés. À partir du mois de , les nouveaux colons fuient sous la double pression de la résistance intérieure et de l'Armée rouge qui se rapproche. La colonie est complètement abandonnée lors de la conquête de la région par les Soviétiques, au début de l'été 1944.

Zamość et de sa région, la Zamojszczyzna vignette|upright=1.25|alt=|Panorama récent de la place du marché de Zamość (l'hôtel de ville se trouve dans le fond).

Avant le déclenchement du conflit Avant le conflit, le district est peuplé de , dont répartis dans les campagnes environnant la ville.

Deux tiers d'entre eux sont des Polonais, un quart des Ukrainiens, et on compte 10 % de Juifs, résidant en majorité à Zamość et dans les gros bourgsLes Juifs de la Zamojszczyszna, Ashkenazes en majorité, constituent de plus la majorité de la population urbaine.. La ville de Zamość est ainsi située dans une zone de contact entre les populations polonaise et ukrainienne, entraînant une rivalité entre ces deux peuples slaves, que les occupants n'ont aucun mal, le moment venu, à utiliser selon leurs objectifs.

Représentant le tiers de la superficie de la voïvodie de Lublin, le district de Zamość est une riche région agricole, aux sols comparables aux terres noires ukrainiennes, dont les rendements suscitent l'intérêt des agronomes et des planificateurs agraires. Sa prospérité est basée sur la culture des céréales, des pommes de terreLa région est en effet connue dès le comme un centre de production de pommes de terre. et du tabac. Le district, densément peuplé (environ ), est dominé par une petite paysannerie polonaise et ukrainienne, se partageant des micro-exploitations de cultures vivrières. Ce tableau doit cependant être nuancé par l'importante famine foncière qui sévit dans cette région.

Peuplée de en 1939, la petite ville de Zamość, édifiée par le magnat polonais Jan Zamoyski (1541-1605) sur le modèle de Padoue, a connu au un essor rapide, dans un contexte économique préindustriel ; cette croissance se poursuit après les soubresauts de la Première Guerre mondiale, la ville comptant en 1939. Cette croissance ne remet pas en cause le caractère pittoresque du centre-ville, déjà renommé dans les années 1930.

C'est dans ce contexte que les troupes allemandes entrent dans la ville le .

Le Gouvernement général de Pologne, administration compétente dans le district de Lublin

vignette|redresse|alt=|Carte des subdivisions du Gouvernement général. Le cercle de Zamość se trouve au Sud du district de Lublin.

La région de Zamość dépend administrativement du , du , polonais mis en place à partir du .

Dès la mise en place du Gouvernement général de Pologne, l'administration de Varsovie envoie sur place une centaine de fonctionnaires, résidant dans les gros bourgs du district, véritable courroie de transmission entre l'administration civile de Varsovie et l'administration polonaise maintenue dans les villages. Comme dans l'ensemble du Gouvernement général, le partage des responsabilités entre les fonctionnaires civils du Gouvernement général, peu nombreux et peu expérimentés, et les responsables allemands de la police créent les conditions d'un chaos administratif renforcé. En effet, les textes à portée législative ou réglementaire édictés par les services du gouverneur général sont appliqués, ou non, selon le bon vouloir des administrateurs en place.

Sur les territoires du Gouvernement général, la recherche nazie à des fins de colonisation bat son plein, renforcée par les projets élaborés à partir de 1940 : Durant le mois de , Hellmut Körner, responsable du département de l'agriculture dans l'administration du Gouvernement général, propose un projet de modification de la structure foncière, avec comme finalités une hausse de la production agricole et la création de flux d'exode rural, permettant la création d'une main d’œuvre pour l'industrie.

Cependant, ces projets, ceux de la SS, et surtout leur mise en application génèrent une sourde hostilité de la part de Hans Frank et de ses subordonnés. En effet, jusqu'en , Frank s'oppose à la politique menée par la SS sur les territoires dont il a la responsabilité. Au mois de , Hans Frank, ancien avocat, soulève la contradiction qu'il trouve dans le souhait de planifier l'extermination des populations polonaises tout en se livrant à des calculs savants visant à établir précisément leur capacité de travail. Frank ne discute pas sur le fond et les projets polonais de Himmler et de la SS, mais sur les conséquences durant le conflit de la réalisation des projets coloniaux et raciaux nazis en Pologne : il fait ainsi le lien entre le traitement des Polonais et l'essor de la résistance intérieure, proposant une série de mesures destinées à améliorer le sort des populations polonaises, pour tenter de contrarier cet essor. La réponse de Kaltenbrunner, datée du , à son courrier du de la même année, reprend les arguments développés par la SS tout au long du conflit.

Le district de Lublin sous l'occupation allemande

Compétents dans une zone de confins, les administrateurs allemands doivent faire appliquer une masse de règlements édictés depuis Cracovie par le gouverneur général et son administration macrocéphale en dépit de sa réorganisation.

Nommé par Himmler SS- und Polizeiführer de Lublin le , Odilo Globocnik s'entoure d'une équipe recrutée parmi ses proches durant son passage à Vienne en 1938. Il est muté en Slovénie annexée le , cette mutation sanctionnant dans les faits la fin des projets de colonisation du district.

Jusqu'en 1941, le district est situé à la périphérie de la zone d'influence du , dans un territoire frontalier, aux limites de l'Union soviétique. Cette proximité facilite l'organisation de maquis et rend toute politique de sécurisation et de contrôle effectif du territoire problématique. Ainsi, la tâche est confiée à une unité SS particulière, initialement recrutée parmi des chasseurs condamnés pour braconnage, la brigade Dirlewanger : les hommes de cette unité opèrent dans les forêts le long de la frontière, participent à des opérations de sécurisation de la frontière, de contrôle de la population et de lutte contre le marché noir, très actif dans la région.

Située dans le district de Lublin, confié à Odilo Globocnik, le cercle de Zamość est confié à un administrateur qui conserve son poste durant toute la durée de l'occupation, de la mise en place du régime d'occupation, en , à la libération du district par les Soviétiques en Cette spécificité demeure une exception dans le district et dans le Gouvernement général..

De plus, en , la ville de Zamość change de statut : de confins, la région est perçue comme un nœud de communication en devenir ; en effet, le district se situe à l'intersection de deux axes principaux qui doivent mener de l'Allemagne proprement dite à l'Ingrie et à la Crimée ; le long de ces axes, des points d'appui SS doivent être aménagés. Dans ce cadre, le district constitue, aux yeux de Hitler, un rôle fondamental dans la réorganisation future de l'Est de l'Europe. À cette volonté d'exploiter le caractère de nœud de communication entre les communautés de réparties dans l'Est de l'Europe, s'ajoute celle de faire revivre l'héritage germanique de la contrée. La ville a en effet rejoint la ligue hanséatique rapidement après sa fondation. Puis, échue à l'Autriche en 1772, la région a connu, sous la tutelle de , de profonds changements : le servage est alors aboli, les Juifs émancipés et, à partir de 1784, des paysans du Palatinat y sont installés. Or, à partir d'une liste de recrutés lors de cette vague de colonisation se trouvant à Vienne, les services de Globocnik estiment le nombre de personnes à à , issues de , qu'ils estiment pouvoir identifierselon les démographes nazis, la dégermanisation de cette population était achevée dans les années 1890.. Pour toutes ces raisons, Himmler souhaite ériger Zamość et son district en modèle de la colonisation future et lui conférer le statut de point d'appui SS. Ainsi, rapidement, de nombreux instituts liés à la SS s'installent dans le district et organisent leur travail en vue de projets coloniaux alors rapidement ébauchés en 1939 et 1940.

Les projets coloniaux

Alors que, dans les premiers mois d'occupation de la Pologne, Hitler affiche le souhait de transformer les territoires polonais non annexés en , il change rapidement d'avis, comme il le confie à Alfred Rosenberg, dès le . Ce changement de politique est explicitement formulé lors d'un entretien avec Hans Frank, gouverneur général de Pologne, le , souhaitant la germanisation du Gouvernement général de Pologne : intégrés dans le schéma directeur pour l'Est, les territoires qui en dépendent doivent être germanisés et être le lieu de la , selon le mot de Konrad Meyer-Hetling. Himmler, promoteur du projet, évolue dans ses représentations de l'avenir du Gouvernement général de Pologne durant l'été 1941.

Dans le cadre de la colonisation agraire de l'Est

Proche des théories de Walther Darré, ministre de l’Agriculture et défenseur d'une colonisation par l'épée et la charrue, Himmler, et, à travers lui, la SS, suggère de coloniser l'Est, dans la lignée des colons militaires romains et surtout des colonisateurs allemands de l'époque médiévale, les chevaliers teutoniques ou de Henri le Lion. Ainsi, Himmler, approuvé par Hitler, propose de mettre en place une colonisation de peuplement à l'Est, perçu par la SS comme un espace et de faire vivre à la race nordique nouveau printemps. Cette colonie doit s'appuyer sur des paysans soldats de la SS, lotis à l'image des légionnaires romains ; ces vétérans ne cessent pas un seul instant d'être des soldats au service de la germanité : Reinhardt Heydrich souhaite établir un , tandis qu'un fascicule de recrutement SS promet un avenir de soldats paysans aux vétérans de la SS ; Himmler, en , ne cache cependant pas, devant un auditoire restreint, que l'avenir des vétérans ne sera pas une sinécure. Mais, au sein de la société paysanne indogermanique refondée par la SS, doivent régner l'harmonie et la paix.

La colonisation par l'épée et par la charrue, c'est-à-dire la conquête du sol alliée au remodelage des paysages constitue aux yeux de Walther Darré, théoricien du Lebensraum, la pierre angulaire non seulement des projets de refondation raciale, une manière de renouer avec les pratiques des « Indogermains », considérés comme les lointains ancêtres des . Cette conquête non seulement du territoire, mais aussi des terroirs, préside aux projets SS dans le district.