L'islam est la première religion au Nigeria, le pays le plus peuplé d'Afrique avec 203 millions d'habitants en 2018. 53,5 % Données du CIA World Factbook de la population est musulmane (tandis que 45,9 % est chrétienne). Cela représente environ 109 millions de musulmans, majoritairement sunnites de rite malékite. Il existe aussi une minorité chiite qui représente 12 % des musulmans Étude du Pew Forum, surtout dans l'état de Sokoto. Une petite minorité de 3 % de musulmans sont ahmadisLes ahmadis ne sont toutefois pas considérés comme musulmans par les autres courants de l'islam.. Il y a aussi une petite minorité de Baha'is. Plusieurs États du Nigeria, dans le Nord, sont sous le régime de la charia.

Le pays compte trois grandes ethnies. Les Haoussas vivent surtout dans le Nord du pays et sont musulmans pour la grande majorité. Les Yorubas dominent le Sud du pays, étant chrétiens pour la moitié d'entre eux et musulmans pour l autre moitié d'entre eux. Enfin, les Igbos sont présents dans le Sud-Est, majoritairement chrétiensRapport du sénat français, de 1999.

Depuis l'indépendance du pays en 1960, il existe une opposition forte entre musulmans et chrétiens, mais aussi entre les 250 ethnies du paysPrésentation du Nigeria sur le site de l'université de Laval. Pour pallier ce problème, le Nigeria est un pays fédéral. Les inégalités économiques causent depuis longtemps des affrontements ethnico-religieux. En effet, les états du Nord, où prédominent les musulmans, demandent que les ressources pétrolières du Sud chrétien leur profitent aussiJean Christophe Servant : « La menace Boko Haram sert les intérêts de beaucoup de personnes » du site Afrik.com.

Le Nigeria est un pays membre de l'Organisation de la coopération islamique.

Histoire de l'islam À partir de l'empire du Mali, sans doute à l'époque du roi Mansa Musa, l'islam est venu dans le Nord du Nigeria dès le . Cela est confirmé par des archives islamiques. Il s'est établi dans le royaume du Kanem-Bornou pendant le règne de Humme Jilmi Dossier sur le Nigeria du centre d'études africaines Ascleiden. L'islam s'est étendu aux grandes villes du Nord du pays vers le , et s'est finalement répandu dans tout le pays. Ces archives indiquent que l'islam a été la religion majoritaire du royaume du Kanem-Bornou lors du règne de Mai Idris Alaoma (1571-1603), bien qu'une large part de ce pays adhérât toujours aux religions traditionnelles. Idris Alaoma fit progresser l'islam dans le pays en construisant des mosquées et une hôtellerie à La Mecque, où les Kanuris allaient en pèlerinage. Par ailleurs, c'est à ce moment que la ville de Katsina rivalise avec Kano et devient un important centre d'études islamiques. Ces deux villes constituent aussi d'importants marchés d'esclaves à destination du monde arabe. C'est pour cette raison que par la suite, de nombreuses ethnies refuseront d'adhérer à l'islam.

En 1804, l'érudit musulman peul Usman dan Fodio appela au djihad contre le royaume Haoussa, dans le Nord du Nigeria. C'est l'aristocratie musulmane de cette région qui était en cause, accusée d'avoir abandonné les préceptes de l'islam et contestée au sein du peupleArticle de G. Nicolas pour Études Africaines. C'est ainsi que commença la guerre des Peuls. Usman dan Fodio fut victorieux, et l'empire Peul établit sa capitale à Sokoto. Son mouvement de conquête a fait rapidement passer à l'islam politique toutes les sociétés du Nord du Nigeria.

Après l'indépendance du Nigeria en 1960, un programme d'islamisation amena à la conversion de plus de cent mille personnes dans les provinces de Kaduna et de Niger. Ce programme prit fin à la suite d'un coup d'état militaire en 1966, mais l'islamisation du pays continua jusque dans les années 1990, sous le président Ibrahim Babangida. Toutes ces années ont été marquées par de fortes tensions religieuses entre chrétiens et musulmans. Dans les années 2000, petit à petit, de nombreux états du Nord se sont mis à appliquer la charia.

L'islam contemporain L'islam dans la société nigériane

thumb|220px|Carte indiquant les religions et les principales ethnies du Nigeria Comme la société nigériane est pluri-ethnique et que par ailleurs, plusieurs institutions ont incorporé l'islam, il a une place centrale dans la société nigériane. Le gouvernement fédéral finance des mosquées et des pèlerinages à La Mecque. Le chef Sa'adu Abubakar, vingtième sultan de Sokoto, est considéré comme le chef spirituel des musulmans nigérians.

La charia est la législation qui prévaut dans les douze États du Nord : l'État de Sokoto, l'État de Zamfara, l'État de Katsina, l'État de Kano, l'État de Jigawa, l'État de Yobe, l'État de Borno, l'État de Kebbi, l'État de Niger, l'État de Kaduna, l'État de Bauchi et l'État de Gombe Etude de l'association Ascleiden. Les applications de la charia qui heurtent le plus, comme l'amputation ou la lapidation, ont été abondamment signalées par les médiasArticle du site Sangonetarticle du Monde-diplomatique.

Dans les années 1990, l'islam s'est répandu dans la vie quotidienne. Des meetings publics ont commencé à avoir lieu, avec des prières islamiques. Des tribunaux islamiques locaux ont enseigné les rudiments de la charia, selon l'école malékite. Actuellement, le cheikh Abu-Abdullah Adelabu a une grande influence au Nigeria. Sa prédication insiste beaucoup sur la bonne influence de la langue arabe dans les différentes langues nigériane, comme le Yoruba et le Haoussa.

Organisation de l'islam L'islam nigérian est peu structuré nationalement, mais son fonctionnement est très stable depuis plusieurs siècles. Sur le modèle aristocratique des familles de souverains ou dirigeants, il existe des familles de clercs, dont les descendants mâles sont envoyés à l'étranger pour étudier la théologie et le fiqh. Ils occupent la plupart des postes dans les mosquées et les tribunaux. Ces oulémas sont par leur famille au service des émirs depuis des siècles. Les émirs eux-mêmes constituent une noblesse issue de riches familles marchandes des grandes villes. Le peuple peut consulter le très nombreux clergé, plus ou moins formé, qui étudie auprès d'érudits locaux. Des rites de passage existent pour ce qui veulent devenir clercs, qui leur permettent d'augmenter leur pouvoir de bénédiction (baraka), en plus de l'éducation islamique.

Des confréries soufies existent surtout dans les grandes villes. Elles proposent un islam plus personnel et mystique. Les deux principales sont la qadiriyya et la tidjaniya. Elles ont leurs propres mosquée, et parfois des écoles soutenues par l'État. Ces confréries soufies ont joué un grand rôle dans l'expansion de l'islam dans le Nord et la ceinture centrale du pays.

Maitatsine Dans les années 1970, un petit groupe a commencé à mener un activisme religieux à Kano, sous la direction de Maitatsine. Maitatsine venait du Cameroun, et affirmait avoir des révélations divines qui remplaçaient celles de Mahomet. Avec ses propres mosquées et une doctrine différente de l'islam orthodoxe, il a recherché un pouvoir religieux et social. Pour cela, il a axé son message sur les immigrants pauvres des villes, qui étaient rejetés par les groupes urbains établis. Finalement, dans la ville de Kano, en , des milliers d'adeptes de la secte de Maitatsine semèrent la terreur pendant plusieurs jours. La répression de l'État fut encore plus violente. Il y eut aussi des pogroms antichrétiens les années suivantes.

Boko Haram

La secte islamiste Boko Haram (littéralement, « l'éducation occidentale est un péché ») existe depuis le début des années 2000. Elle est née dans la mosquée de Maiduguri, qui attirait des populations pauvres et sans emploi. Elle cherche à instaurer un État islamique appliquant la charia. En , 200 militants ont réussi des attaques contre des commissariats de police de l'État de Yobe. Certains ont été tués ou arrêtés ensuite. Les attaques ont été de plus en plus violentesArticle du Club International Virtuel par la Réflexion pour la Démocratie et la Paix en Afrique. Elles visaient les chrétiens et les musulmans considérés comme non religieux. La grande majorité des musulmans rejettent cette secte extrémiste. Les chrétiens sont nombreux à renoncer à leur foi à cause des menaces de mort. Lors du soulèvement de , les forces de police ont riposté et tué 800 personnes, dont le chef de la secte, Mohammed Yusuf. Malgré cela, la secte a continué de menacer tous ceux qui s'opposaient à la charia au Nigeria.

Voir aussi Ibraheem Yaqoub Zakzaky

Articles connexes Charia au Nigeria Maitatsine (1920-1980), prédicateur Abubakar Gumi (1922-1992), érudit, grand cadi

Tablighi Jamaat (1926, Association pour la prédication), mouvement islamique revivaliste Islamisme radical : Wahhabisme, Qutbisme, Salafisme djihadiste Mouvement islamique du Nigeria (1979, chiite), Massacre de Zaria (2015) Guerre du Sahel (depuis 2003), État islamique en Afrique de l'Ouest (2015) Boko Haram (2002), Insurrection de Boko Haram (depuis 2009), Massacres et attentats pendant l'insurrection de Boko Haram Ansaru (2012, dissidence de Boko Haram) Religion au Nigeria

Liens externes site internet musulman nigérian

Bibliographie Islam et Politique au Nigeria, genèse et évolution de la charia, de Alhadj-Bouba Nouhou, , Éditions Karthala Islam, sociétés et politique en Afrique subsaharienne : Les exemples du Sénégal, du Niger et du Nigeria, de Jean-Louis Triaud, Hassane Souley, Xavier Moyet et Abdourahmane Seck, Les routes de l'Islam: Anthropologie politique de l'islamisation de l'Afrique de l'Ouest en général et du pays Hawsa en particulier du , d'Olivier Meunier, 2000, Éditions l'Harmattan

Notes et références

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